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interviewFrance Inter — Le téléphone sonne (sur Site radio)· 15 juillet 2026 38 min

La guerre de l’eau aura-t-elle lieu ?

Source d'origine 4 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, France Inter, le téléphone sonne, Christelle Rebière. La France a soif alors que l'on sort de ce troisième épisode de Canicule. La totalité de l'Hexagone subit des restrictions d'eau plus ou moins drastiques. Et dans 43 départements, le niveau de crise est atteint. Une sécheresse aussi exceptionnelle que précoce. Le quart des petits cours d'eau est même déjà à sec. Et quand l'eau devient de l'or blanc, précieux, rare et cher, sa quantité mais aussi sa qualité deviennent cruciales et sources de conflits. Alors comment partager l'eau équitablement entre les agriculteurs, les consommateurs d'eau potable ou encore les industriels comme les centrales nucléaires ?

C'est un enjeu vital pour nous tous qui relève aussi évidemment de l'adaptation au changement climatique. Une chose est sûre, il faut changer nos usages. Qu'êtes-vous prêt à faire pour avoir une consommation sobre ? Vous, avec l'eau du robinet, vous les agriculteurs, beaucoup mis sur le stockage de l'eau. Mais comment adaptez-vous aussi vos cultures ? Et vous, les élus, comment faites-vous face à la pollution ? Le projet de loi d'urgence agricole qui prévoit un changement de gouvernance de l'eau est très clivant. En ce moment, le sujet est tendu. Alors la guerre de l'eau aura-t-elle lieu ? C'est le téléphone sonne ce soir. Soyez les bienvenus. Et bonsoir à vous Patrice. Oui, bonsoir.

C'est vous qui commencez cette émission, nous vous écoutons.

1:27
Auditeur

Eh bien, je vous remercie, je vous apporte un témoignage qui va induire ma question. J'habite un petit village de la Meuse, dans le sud meusien, qui s'appelle Damarie-sur-Seau. Alors pourquoi Damarie-sur-Seau ? Parce qu'il passe la Sceau. C'est une petite rivière affluent de la Marne et la Marne qui est affluent de la Seine. Donc ça passe devant chez vous. Ça fait 3-4 ans que la rivière est à sec. Donc ça pose des questions. Ça va poser des questions pour beaucoup de gens sur le partage de l'eau, comme vous l'avez indiqué, sur qui va utiliser l'eau, les particuliers, les entreprises, les industries, les éleveurs, les agriculteurs, etc.

Et se posent des questions de sécurité primordiale, puisque justement, près de chez moi, est prévu un projet gigantesque, qu'on appelle le projet CIGEO, d'enfouissement des déchets nucléaires. Et pour lequel, Landra, qui est maîtresse d'œuvre, va avoir la quasi-propriété de toute la nappe entourant le canton où j'habite. Ce qui est purement scandaleux, puisque chacun ne sera plus maître de l'eau dont il dépend. Je rappelle aussi que si un moindre incident arrive, ce sera vous, sur Paris, qui serez aussi concerné par rapport à cette nappe phréatique, par rapport à ces cours d'eau qui alimentent la Seine.

2:38
Présentateur

Eh bien, merci Patrice, vous avez bien posé le débat. Alors, pour en parler avec vous, près de moi, en studio, Agathe Eusen. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes directrice de recherche au CNRS, co-directrice du programme national de recherche One Water, eau bien commun, co-autrice avec Claire Marc de Tout Comprendre ou Presque sur l'eau aux éditions au CNRS, c'est paru en 2024. En face de vous, Esther Delbourg, bonsoir. Bonsoir. Économiste de l'eau et fondatrice du cabinet de conseil Wiser Water. Et nous sommes en ligne aussi avec Nicolas Garnier. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes directeur général de l'association Amorce qui regroupe des collectivités territoriales.

Je vais commencer avec vous, Agathe Eusen. Patrice, il nous dit la question sur le partage de l'eau. Elle est cruciale parce que l'eau est un bien commun ?

3:27
Invité

Alors oui, effectivement, l'eau est cruciale parce que c'est elle vitale. Et que de plus en plus, on se retrouve dans des situations où on doit changer notre perception de la disponibilité de la ressource. Elle n'est plus disponible autant qu'on souhaiterait et qu'on a eu l'habitude de l'utiliser. Mais le dérèglement climatique, tout comme les différents prélèvements, tout comme les différents usages, nos modes de vie ont conduit à faire évoluer la disponibilité de la ressource et la non-renouvelabilité là où on veut, quand on veut, en quantité qu'on veut et en qualité qu'on veut. C'est-à-dire qu'il y a une partie qui est perdue désormais, qu'on ne pourra pas récupérer ?

Alors, avec le dérèglement climatique, on a une exacerbation d'un certain nombre de phénomènes extrêmes. Donc, il va pleuvoir à certains endroits et ça va être sec à d'autres. On va avoir des périodes où on aura énormément de précipitations et d'autres où on les attend. Et ce qu'on a entendu tout à l'heure montre bien, et ce qu'on vit aujourd'hui par rapport aux canicules, montre bien à la fois des inégalités au niveau des territoires et donc des impacts différents au niveau de l'eau et qui sont liés aussi, pas seulement à la question des précipitations. Non, parce que, pardon, mais on a bien rechargé, si j'ose dire, cet hiver. Il n'a plus cet hiver.

Alors, il n'a plus cet hiver, mais selon les territoires, la nature des sols, l'eau se stocke plus ou moins naturellement. Et en plus, avec l'augmentation des températures, on est dans une logique d'évapotranspiration. Et donc, avec une perte de l'eau d'une certaine façon, parce que la végétation en a eu besoin, la température a fait qu'il y a eu des sécheresses de plus en plus grandes. Et en plus, comme on a manqué d'eau, là, ces derniers temps, on a eu tendance à prélever davantage, alors même qu'on était dans des situations où les stocks avaient déjà été bien atteints.

Et donc, selon les régions, on n'est pas du tout égalitaire par rapport à la présence de l'eau, à l'évolution du stock naturel de l'eau. Et donc, il faut composer aussi à l'échelle du territoire en fonction des besoins et réviser, revisiter nos différents usages pour réellement la partager entre les différents acteurs des territoires.

5:46
Présentateur

On compose avec qui, Esther Delbourg, puisque vous, vous êtes économiste ?

5:51
Invité

Oui, alors c'est vrai que, déjà, c'est bien parce qu'on parle de partage des usages et pas forcément de conflit. Et en vrai, il faut savoir que sur le territoire français, et d'ailleurs dans le monde, en fait, on a largement assez d'eau pour faire tout ce qu'on voudrait et produire toutes les choses qu'on produit déjà. Simplement, effectivement, on en prélève davantage, toujours plus vite, et toujours au même endroit. On la pollue, il faut le rappeler, mais la plupart des zones dans le monde...

6:11
Présentateur

On va venir à la qualité de l'eau parce que c'est un sujet aussi.

6:13
Invité

C'est important et ça va coûter très cher. Pour l'instant, on est sur le quantitatif. Absolument, mais c'est vrai que ça va coûter très cher de dépolluer, donc il faut le rappeler. Et puis, le changement climatique rabat les cartes. Et en France, il faut savoir que, du coup, l'unité de lecture de l'eau, c'est le bassin. Le bassin, c'est ce qui va lier, en fait, des usagers entre eux à travers l'eau. Et donc, autour d'un bassin, vous allez avoir des usagers domestiques. Donc, c'est nous à la maison, c'est les toilettes, se laver les dents, cuisiner. Vous allez avoir tous les usagers économiques qui sont bien plus gros que ce que nous sommes à la maison en termes de prélèvement.

Et c'est normal. Donc, vous allez avoir des industriels. Vous allez avoir de l'énergie, notamment nucléaire, qui est aujourd'hui le premier prélèveur en France. Et puis, vous allez avoir de l'agriculture. Et donc, il se partage l'eau. Et en fait, on avait de la chance parce que jusqu'à récemment et jusqu'en 2022, on va dire qu'on n'avait pas trop de problèmes d'eau en France. Et c'est 2022 qui a montré qu'en fait, oui, on pouvait avoir des zones de stress hydrique extrêmement fortes. Et on a commencé un peu à paniquer en se disant, mais qui a le droit à l'eau en premier ? Et donc, c'est vrai qu'il y a une hiérarchie des usages.

Et aujourd'hui, tout en bas de cette hiérarchie, il va y avoir des industriels non critiques. Au-dessus, vous allez avoir l'agriculture. Au-dessus, normalement, vous allez avoir l'agriculture. Qu'est-ce que ça veut dire des industriels non critiques ? Ça veut dire, je ne vais pas citer, mais disons que produire un bien non critique de grande consommation, que ce soit, je ne sais pas, j'ai une gourde d'eau devant moi, etc. Je ne sais pas, de l'électroménager, des sacs à main, des choses qui ne sont pas considérées comme critiques au vital. Par contre, si vous produisez des médicaments très importants, là, vous pourrez être considérés comme critiques.

Et donc, cette hiérarchie des usages fait qu'aujourd'hui, on a peur d'être coupé. Et du coup, de fait, il va falloir apprendre à partager. La bonne nouvelle, c'est qu'on a suffisamment d'eau. Donc, en fait, si on met en place tous les programmes de sobriété, sobriété, vous voulez en pouvoir dire garder nos niveaux de production, mais avec beaucoup moins d'eau. Ça veut dire être plus productif avec chaque goutte d'eau. Si on sait compter notre eau, si on sait la recycler, la réutiliser, si on sait mieux produire les bonnes choses au bon endroit avec les bonnes quantités d'eau qu'il faut, potentiellement, moi, sur le défi de la quantité, je suis très, très, très optimiste, en fait.

Agathe Zenn. Oui, je pense qu'il faut clarifier ce qu'on entend par prélèvement et par consommation. C'est deux choses qui sont extrêmement différentes, qui ne doivent pas être confondues. Quand on dit qu'on va prélever de l'eau douce, ça veut dire que la majeure partie va retourner au milieu après avoir été utilisée. Donc, éventuellement... Ça, c'est l'eau potable, par exemple, ou pas ? Non, alors... Le refroidissement, oui. On est sur du refroidissement. Ah, sur le refroidissement. Sur le refroidissement. Et c'est pour ça que la majeure partie, la moitié des prélèvements en France, porte sur le refroidissement, notamment des centrales électriques. Donc, ça, c'est la part importante.

En revanche, ce qui relève de la consommation, c'est-à-dire qu'il y a peu d'eau qui va retourner ensuite dans le milieu. Et donc, ça veut dire que c'est une eau qu'on a intégrée. Donc, ça, c'est important d'avoir ces représentations. Et en France, on peut dire qu'on a plus de 33 milliards de mètres cubes qui sont prélevés. et on en a 5,3 milliards qui sont consommés et qui se répartissent entre les différents usages. Donc, ça, c'est un point important.

9:11
Présentateur

Mais vous êtes d'accord avec Esther Delbourg

9:14
Invité

quand elle dit qu'on a suffisamment d'eau aujourd'hui ? Oui. Ça dépend à quelle échelle. À l'échelle mondiale, oui. La question qui se pose, c'est sa répartition dans l'espace et dans le temps. C'est-à-dire que l'endroit où on va en avoir besoin n'est pas forcément l'endroit où l'eau est disponible. Et ni le moment où elle va être disponible, ni avec la qualité qui va être disponible. Donc, c'est là qu'il y a des enjeux. C'est-à-dire qu'on va être dans des...

Nécessairement, on va devoir tenir compte de la disponibilité de la ressource et sa renouvelabilité à un endroit donné pour que le milieu, lui, puisse rester en bon état tout en favorisant et en permettant un développement socio-économique du territoire de façon raisonnée.

9:54
Présentateur

C'est le casse-tête auquel vous êtes confronté, Nicolas Garnier, puisque vous représentez l'association Amorce. Je rappelle que c'est un réseau national de territoires qui est engagé dans la transition écologique.

10:05
Invité

Oui. Aujourd'hui, les collectivités locales ont la compétence à la fois de la gestion de l'eau et de la distribution de l'eau aux populations. Et l'équation à laquelle on fait face aujourd'hui, c'est effectivement une équation où on commence à avoir des vraies interrogations sur la capacité de distribuer de l'eau à l'ensemble de la population. Il y a deux ans, plusieurs agglomérations se sont retrouvées à moins de dix jours de la rupture d'eau, c'est-à-dire qu'on aurait pu ne plus avoir d'eau du tout au robinet. Et puis, par ailleurs, vous voulez peut-être en parler dans un deuxième temps, on assiste à un phénomène de pollution assez montante dans les captages d'eau.

Il y a 33 000 captages d'eau qui alimentent nos concitoyens. Et aujourd'hui, on constate une montée des pollutions, principalement des pollutions agricoles.

10:46
Présentateur

Oui, on parle beaucoup des pesticides et des pifaces, par exemple.

10:49
Invité

Et donc, du coup, je suis obligé de dire à vos auditeurs qu'aujourd'hui, si on ne change pas notre relation à l'eau, on étend les populations, les industries, l'agriculture, l'État. Un jour, dans pas très longtemps, on va avoir soit des collectivités qui n'auront plus d'eau au robinet, soit des collectivités qui auront de l'eau polluée. Et donc, c'est vrai que depuis trois ans, nous portons l'idée d'une grande loi sur l'eau parce qu'aujourd'hui, si on n'apprend pas à économiser l'eau et à protéger l'eau, un jour, on n'aura plus d'eau. Comme aujourd'hui, on se rend enfin compte des effets du dérèglement climatique. On se rendra compte, dans deux ou trois ans, qu'on s'y est pris trop tard.

Trop tard. Et donc, c'est vraiment une prise de conscience collective qui doit avoir lieu dans les prochains mois, j'allais dire, pour sauver l'eau des Français.

11:30
Présentateur

Bonsoir, Maurice.

11:31
Invité

Oui, bonsoir.

11:32
Présentateur

Soyez le bienvenu sur France Inter. Nous vous écoutons.

11:34
Auditeur

Je vous remercie. Voilà, en fait, je voulais rebondir sur deux faits. La privatisation de l'eau avec les méga-dacines. Et surtout, justement, cette histoire de pollution, puisque tous les cours d'eau français sont pollués. Votre interlocuteur, là, est un petit peu optimiste. Moi, je donne des cours en géographie et je le dis bien à mes élèves, tous les cours d'eau sont contaminés. Voilà.

11:58
Présentateur

Donc, il y a plusieurs choses dans ce que vous nous dites. D'abord, la privatisation des méga-dacines. Je reprends vos mots. Ça, c'est un sujet hautement sensible avec les agriculteurs, Esther Delbourg, qui disent, nous, on a besoin de stocker l'eau. L'hiver, pour pouvoir s'en servir l'été. Et puis, tout le monde autour qui dit, ben non, en fait, il y a une déperdition énorme. Et c'est une certaine forme de privatisation, comme le disait Maurice.

12:26
Invité

Oui, effectivement. Et pour préciser, je suis très optimiste sur la quantité. Je ne le suis pas sur la qualité. Donc, je vous rejoins absolument là-dessus. Tout est pollué. Il va nous falloir des centaines d'années si on y arrive un jour à ce que ce soit propre. Donc, je vous rejoins. Sur les méga-dacines, effectivement, il faut rappeler que les agriculteurs n'ont pas de chance. C'est ceux qui prennent, en fait, le premier... Enfin, c'est les premiers, en fait, en ligne de... Ils sont en première ligne. Oui, exactement. En première ligne de changement climatique. Il faut quand même le dire.

Et depuis 2022, il n'y a pas une année qui a été normale parce que 2022, 2023, 2025, 2026, extrêmement chaud. 2024, trop d'eau. Donc, on a perdu, cette fois-ci, 40% de notre maïs français à cause du trop d'eau. Et donc, il faut trouver une solution. D'autant plus qu'ils sont dans un système productiviste, très concurrentiel, avec des concurrences à des bas prix, etc. Donc, c'est un des métiers les plus difficiles du monde. Et donc, il faut trouver une solution sur l'eau. Ceci étant dit, il y a stockage et stockage.

Et ça, je trouve que ça n'a pas forcément été assez bien expliqué pendant la crise des méga-dacines parce que stocker de l'eau, typiquement à travers des retenues collinaires, donc ça veut dire venir récupérer l'eau de pluie dans des paysages qui le permettent pour venir, notamment, par exemple, irriguer du maïs comme ça se fait autour de la Dourgaronne avec des petites retenues de 2-3 hectares. Ça, ça ne nous pose pas de problème. En revanche, il y a d'autres sujets sur les méga-dacines qui, elles, vont venir prendre l'eau des nappes phréatiques. Donc, ce n'est pas l'eau de pluie, c'est l'eau des nappes phréatiques.

Il faut savoir que quand les nappes se rechargent pendant la période hivernale, donc elles se rechargent parce qu'il n'y a pas de végétation ni d'arbres ni de fleurs pour venir la capter en surface. Donc, ça recharge les nappes phréatiques. Mais ce n'est pas simplement une baignoire qu'on viendrait déplacer d'un endroit à un autre. Cette eau, elle remplit plein de fonctions écologiques absolument géniales. Elle va remplir les nappes phréatiques. Elle crée de l'humidité dans les sols. Elle crée de la biodiversité. Et en fait, ces sols ont besoin de leur eau. Donc, on ne peut pas leur enlever.

Et effectivement, en plus de ça, vous rajoutez le sujet de la privatisation parce que c'est que pour un certain nombre. Et puis après, il y a le sujet que je rajoute qui est quitte à faire ça, est-ce qu'on le fait pour la bonne culture ? Évidemment, on va le faire pour une culture qui rapporte le plus d'argent. Là, je suis économiste, je ne suis pas folle. Je trouve ça intéressant. Mais attention, parce que la méga-bassine ne va pas résoudre le problème de sécheresse des sols. Il ne va pas résoudre le problème qu'un jour, il va falloir se poser la question de est-ce qu'on cultive la bonne culture au bon moment, au bon endroit ? Et ce n'est pas qu'une question de protéger notre agriculture.

C'est du bon sens économique. Et les industriels aussi devront faire leur travail pour s'adapter.

14:36
Présentateur

On va y venir. Nicolas Garnier ?

14:39
Invité

Oui, en fait, ce que je voulais dire, c'est que c'est vrai que le projet de loi qui est en cours de discussion, qui va être voté normalement même demain...

14:45
Présentateur

C'est le projet de loi d'urgence agricole.

14:48
Invité

Effectivement, introduit une forme de privatisation. Le mot n'est peut-être pas bien choisi, mais une sorte de droit prioritaire à l'eau au monde agricole. Alors, on sait que le monde agricole va mal et est en grande douleur. Mais ce n'est pas pour autant que les députés doivent voter le fait que l'agriculteur doit avoir l'eau avant les autres usages. C'est un peu ce qui est proposé là dans les articles 5 et 6.

C'est-à-dire le fait qu'en réalité, un projet porté par des agriculteurs ou une décision du préfet peut écraser la hiérarchie des usages de l'eau et finalement de dire que l'agriculteur aurait la capacité de stocker, comme l'a dit Esther, de différentes manières, l'eau avant de s'assurer que le reste des usagers de l'eau, en particulier les populations pour leurs besoins courants ou les activités économiques, auront assez d'eau. Et donc, l'un des enjeux du texte demain, c'est effectivement de dire qu'il faut un dialogue, il faut une sorte de parlement de l'eau qui doit décider comment hiérarchiser. Et surtout, ça a été dit, d'abord avec une approche sobre et efficace.

Parce que si on commence à dire que tout agriculteur a le droit de prendre toute son eau, même pour arroser n'importe quelle culture, à n'importe quel moment de la journée, ce n'est pas possible. Donc, il faut d'abord que la loi, cette loi agricole, est pour nous une mauvaise loi. On aurait dû faire une loi sur l'eau, pas une loi agricole qui traite de l'eau, qui est une manière très réductrice de poser la question de l'eau. Il doit d'abord se poser la question de comment le monde agricole doit économiser l'eau.

Ensuite, comment le monde agricole peut effectivement imaginer des stockages qui sont tout à fait envisageables, comme l'a dit Esther, mais en s'assurant qu'il n'y a pas de préjudice pour les autres acteurs. Il faut savoir qu'il y a eu des grands industriels de la cosmétique qui, en 2023, ont arrêté leurs usines et on a eu effectivement des collectivités qui étaient tout prêts d'arrêter l'approvisionnement. Donc, il faut se poser la question du partage de l'eau de manière démocratique et la démocratie, c'est quand même l'Assemblée nationale et le Sénat.

Il faut que les sénateurs et les députés se reprennent et votent un texte qui dise on décidera ensemble de la répartition et non pas le monde agricole doit avoir l'eau avant tout le monde.

16:28
Présentateur

Alors, je précise qu'il y aura une commission mixte paritaire demain sur ce projet de loi d'urgence agricole, c'est-à-dire sept députés et sept sénateurs qui vont plancher sur le sujet pour essayer de trouver un compromis. Mais c'est quand même extrêmement tendu. Là, il y a tous les lobbies en ce moment, cette semaine, on voit des tribunes un petit peu à droite, à gauche où chacun défend un petit peu son précaré. Et il y a eu une tribune, justement, il y a deux jours dans le Figaro de la part des agriculteurs. Une tribune que vous avez signée, Jocelyn Dubost. Bonsoir. Bonsoir. Et merci d'être avec nous. On voulait parler de tout ça aussi avec vous.

Vous êtes président des Jeunes Agriculteurs. Alors, quand vous entendez un de nos auditeurs parler de privatisation de l'eau de la part des agriculteurs via les méga-bassines. Qu'est-ce que vous avez envie de lui dire ?

17:14
Locuteur non identifié

Non, ce ne sont pas des termes qui me sont très plaisants. Voilà. Aujourd'hui, effectivement, nous, on pense qu'il faut développer le stockage de l'eau comme ça a été dit précédemment dans votre émission. Je ne pense pas qu'on puisse parler de privatisation. Aujourd'hui, voilà, il y a des choses qui sont mises en place. Il y a des plans de répartition de l'eau. Nous, ce qu'on milite, c'est que l'agriculture, elle est un rang de priorité important dans ce plan de répartition.

Bien sûr qu'on ne passera jamais avant l'eau potable et l'approvisionnement de nos concitoyens, mais on estime que pour garder une souveraineté alimentaire, pour garder de quoi nourrir les Français, on a besoin d'avoir un rang de priorité. Mais pour nous, plutôt que, comme c'était dit tout à l'heure, plutôt que de ne pas être confit sur l'eau, on préfère parler de partage. Et si demain, on arrive à se partager un plus gros gâteau tous ensemble, parce qu'on a stocké plus d'eau, de manière diverse et variée, j'entendais parler de bassines, parler de retenues collinaires.

On travaille aussi, nous, à Génériculteurs, pour voir comment on peut mettre en place des dispositifs qui facilitent la réinfiltration de l'eau dans les nappes phréatiques plus facilement par le travail des agriculteurs. Donc voilà, c'est toutes ces solutions-là qu'on voudra porter avant d'arriver à un conflit sur l'eau, plutôt qu'on ait demain un vrai plus gros gâteau à se partager tous ensemble.

18:32
Invité

Agathe Zen. Oui, alors, c'est intéressant d'avoir ce témoignage. Alors, je ne parlerai pas de gros gâteau à se partager, j'aimerais qu'on en ait un. Mais je ne suis pas sûre qu'on en ait un, malheureusement. Et que la sécurisation de l'accès à l'eau pour certains usages, oui, mais pas au détriment des autres. Et donc, ça nécessite, effectivement, de revisiter sa façon de déployer un certain nombre d'usages. Le stockage naturel, le développement de l'agroécologie sont des moyens particulièrement efficaces qui ont fait leur preuve.

La préservation des zones humides, la préservation des bocages sont des moyens, tout comme la non-déforestation, de limiter à la fois l'érosion, de favoriser un stockage naturel de l'eau qui puisse être au bénéfice de tous. Oui,

19:23
Présentateur

et qu'il n'y ait pas de priorisation.

19:25
Invité

Et qu'il n'y ait pas de priorisation parce qu'évidemment, en plus, dans une situation actuelle de crise, c'est une question de survie aussi pour les agriculteurs. Mais on comprend absolument qu'on est dans des situations où, sauf qu'il peut, il faut avoir l'eau, c'est juste la vie. Mais partageons la vie.

19:42
Présentateur

Bonsoir Jean-Paul. Oui, bonsoir. Soyez le bienvenu, nous vous écoutons. Bon, tout le monde, merci pour vos émissions. et j'aurais voulu qu'on s'interroge sur le fait que les politiques manquent singulièrement de courage en continuant à subventionner massivement à travers la politique agricole commune et ses subventions la culture d'une plante comme le maïs. Le maïs qui est particulièrement gourmand en eau et que l'on voit maintenant dans toutes les régions. Dans la région de la Haute-Loire, par exemple, on voit du maïs mais on ne voit plus de champs de lentilles. C'est un véritable scandale. On crée le besoin et après, on cherche des solutions. On a la même chose avec le nucléaire.

Les centrales nucléaires, elles consomment énormément d'eau, elles transforment deux tiers de leur énergie en vapeur d'eau pour se refroidir et on nous dit que c'est une solution écologique. C'est scandaleux. Les politiques devront un jour rendre compte aux citoyens de leur incurie. Donc, en fait, vous vous demandez quand on va financer des cultures qui ne nécessitent pas beaucoup d'eau. C'est ça la question en creux. Qui nécessitent moins d'eau. Oui, c'est ça. Le maïs, c'est celle qui en nécessite le plus. On pourrait planter du blé associé à des légumineuses, par exemple, pour nourrir les bestiaux. On pourrait planter du sorgho, ce qui nous éviterait d'acheter du soja.

On pourrait planter des cultures de ce type. Mais on ne le fait pas. Pourquoi ? Parce que la FNSEA ne veut pas, évidemment, parce que la FNSEA vend des produits liés à la culture du maïs et a monté un système industriel en aval pour utiliser l'agriculture du maïs et en particulier le maïs comme outil de production énergétique parce que la FNSEA s'est lancée là-dedans. Bon, on va quand même poser la question à Jocelyn Dubost, président des Jeunes Agriculteurs, qui est toujours en ligne avec nous.

21:40
Locuteur non identifié

Non, j'entends ce qui a été dit. Je ne partage pas du tout. Mais voilà. Sur des nouvelles cultures, ça fait des années. Aujourd'hui, on se retrouve bien malheureusement à gérer dans l'urgence. Ça fait des années qu'on alerte sur ce problème-là. On parlait de politique agricole commune. Nous, chez Jeunes Agriculteurs, on porte quelque chose qui s'appelle les plans et contrats d'avenir, qui est comment demain on arrive à structurer des nouvelles filières, des nouvelles cultures qui sont peut-être moins gourmandes en eau ou sur lesquelles il y a une réelle demande des Français. Il y a l'exemple de la lentille qui a été citée. Moi, je peux prendre mon exemple personnel.

J'ai essayé la lentille pendant deux ans. Sauf qu'aujourd'hui, personne ne consomme de lentilles françaises et du coup, ma récolte de l'année dernière, elle était quasiment invendable. Donc moi, je veux bien demain que les agriculteurs français fassent des cultures moins consommatrices d'eau mais il faut que derrière il y ait une réelle consommation, un réel besoin.

Et c'est pour ça qu'avec nos plans et contrats d'avenir qu'on veut mettre en place, on voudrait structurer une filière qui part de l'agriculteur jusqu'au consommateur avec une vraie rémunération des agriculteurs pour qu'on puisse vraiment structurer demain des nouvelles cultures et pas qu'on ait des agriculteurs qui essayent des cultures moins gourmandes en eau mais qui malheureusement derrière n'ont aucun débouché et qui du coup sont des pertes économiques sèches pour nos agriculteurs.

22:48
Invité

Esther Delbourg. Oui, alors peut-être rappeler déjà quelque chose, c'est que ce n'est pas grave de consommer de l'eau. C'est-à-dire, disons-le au effort ici, de toutes les façons, sans eau, on ne fait rien et donc il faut apprendre effectivement à la partager. Ça va être long d'arriver à faire transitionner économique qui est bien installé, qui est extrêmement difficile et donc il va falloir le financer. Et donc le maïs récupère tous les maux du monde. Moi j'adore ça personnellement le maïs mais effectivement... On a beaucoup d'auditeurs qui nous parlent du maïs. Oui, c'est important mais parce que c'est la culture qui a finalement symbolisé tous les sujets sur l'eau.

Attention, il y a différentes formes de maïs. Il y a du maïs non irrigué aussi en France, il y en a beaucoup. Et effectivement, rappelons que l'agriculture irriguée c'est moins de 7% de notre agriculture en France. Donc en fait, ce n'est pas grand-chose. La plupart de l'alimentation française qu'on produit, elle vient de l'eau de pluie. Donc c'est bien de le rappeler. Et effectivement, attention parce que les batailles politiciennes sont très mauvaises pour l'eau et pour les consommateurs et pour la gouvernance en général. En fait, cette espèce d'agribashing qu'on a qui est très compliquée et qui du coup antagonise deux mondes.

Le monde du consommateur qui bien sûr veut consommer des choses de bonne qualité et qui ne veut pas détruire l'environnement et puis de l'autre des agriculteurs qui quand même tiennent à leur santé, tiennent à leur sol et tiennent à leur production mais qui n'ont parfois pas le choix. Et je trouve que d'antagoniser les deux ensemble c'est très dangereux parce que les agriculteurs avec qui on travaille déjà ils ont un métier difficile mais ils le ressentent de façon très difficile et rappelons-nous qu'il y a aussi beaucoup de types d'agriculteurs d'agriculture différentes et que tout n'est pas représenté forcément à travers les syndicats qu'on a mentionnés.

Donc une petite prise de recul là-dessus est importante. En revanche, ce qu'il faut dire c'est que la loi d'urgence agricole elle porte bien son nom. C'est une loi d'urgence. C'est pas du tout une loi comme l'a dit Nicolas de gestion long terme de l'eau. C'est une loi de réponse qui contient d'autres choses d'ailleurs que l'eau notamment par exemple sur la présence de pesticides etc. Et donc elle peut tenir on va dire le temps des présidentielles mais il faut absolument absolument qu'il y ait un courage politique derrière pour revenir dessus parce que la gestion de l'eau partagée n'est pas vraiment abordée dans cette question de loi d'urgence.

24:45
Présentateur

Agathe Zenn je crois que vous n'êtes pas tout à fait d'accord.

24:48
Invité

Non, moi ce qui me paraît extrêmement important c'est comme vous le dites ça concerne toute la filière et tout le monde. et qu'on ne peut pas cibler tel ou tel pour telle raison. Et ça va même jusqu'à l'Europe puisqu'on a des pressions à tous les niveaux et c'est si ensemble on construit on reconstruit des modes de consommer au regard des enjeux actuels c'est à ce moment-là qu'on pourra trouver les meilleures réponses. Vous entendez

25:16
Présentateur

Julien Jocelyn Dubos il nous dit moi j'ai fait des lentilles et personne n'achète des lentilles françaises. C'est un principe de réalité.

25:23
Invité

Mais justement et je trouve que leur démarche de réfléchir sur la notion de filière et j'aurais la bonne parce que ça concerne tous les niveaux et même faire remonter à l'échelle européenne par rapport aux différents enjeux alors au niveau de la PAC mais à tous les enjeux parce qu'on voit bien qu'on est actuellement dans une forme de détricotage de l'ensemble des lois qui à la fois préservent l'environnement dont préservent la vie dont préservent l'humain il faut aussi l'avoir en tête et donc qui aura des conséquences absolument évidentes et rapidement on le voit d'ailleurs aujourd'hui et que si actuellement il y a une loi qui est en cours on dit que c'est de l'urgence mais c'est de l'urgence qui va durer donc faisons les choses efficacement mais le plus raisonnablement et ce qui nécessite encore des discussions Bonsoir Thomas

26:14
Locuteur non identifié

Bonsoir

26:15
Invité

Nous vous écoutons Thomas

26:16
Locuteur non identifié

Oui mais c'est je suis ce que vous disiez je voulais dire que c'était très politique personnellement j'ai travaillé dans l'agricole et je vois que les agriculteurs sont tout à fait disposés à s'adapter on l'a entendu sur votre antenne il y a beaucoup de gens même de la FNSEA ou de la coordination urale qui ont pris la parole pour dire qu'ils étaient prêts à changer de mode de culture ils étaient prêts à changer de type de culture à condition d'avoir un vrai accompagnement politique et de ne pas avoir une incitation et six mois après que cette incitation s'arrête par exemple l'accompagnement à l'agriculture biologique où ils ont été on a enlevé une partie des primes au maintien etc et donc face à une une instabilité politique c'est très dur pour les agriculteurs même de bonne volonté de s'adapter alors qu'ils ont déjà l'habitude de faire en fonction de ce que les coopératives parfois leur improsent etc ils sont capables d'évoluer ils sont capables de changer mais souvent il faudrait qu'il y ait un petit peu il faudrait qu'il y ait

27:16
Présentateur

un petit peu de cohérence au niveau politique et qu'on ne change pas tous les six mois Jocelyn Dubost je suppose que vous êtes d'accord avec ce que vient de dire Thomas

27:25
Locuteur non identifié

oui exactement une vraie cohérence politique une vraie cohérence et une vraie implication des consommateurs parce que comme je le disais on pourra faire demain toutes les cultures du monde si demain derrière on n'a pas des consommateurs qui sont prêts à acheter français qui sont prêts à acheter nos produits malheureusement ce sera qu'un coup d'épée dans l'eau donc effectivement ça fait des années que les agriculteurs s'adaptent moi j'ai la chance de manger avec trois générations d'agriculteurs à ma table tous les midis l'agriculture que je pratique aujourd'hui elle est loin d'être celle de mon grand-père donc voilà clairement les agriculteurs ils s'adaptent déjà depuis un moment ils sont prêts à s'adapter mais par contre d'une il faut qu'on leur donne les moyens et de deux il faut qu'on leur donne des vraies perspectives d'avenir sur le long terme comme c'était dit par votre auditeur précédent

28:05
Présentateur

Nicolas Garnier de l'association Amorce vous vouliez nous parler du signal prix

28:10
Invité

oui parce que depuis tout à l'heure on discute de ce qu'il faudrait faire mais en réalité soit vous avez des lois avec des gens derrière des gendarmes derrière les robinets ça on n'y arrivera pas et l'autre question c'est la question du signal prix si on revient sur la question de la sobriété on sait qu'en gros on paye nous notre mètre cube d'eau à peu près 4 à 6 euros vous et moi au robinet mais en fait sur les 4 ou 6 euros 90% c'est pour payer les installations le prix de l'eau le prix d'accès à l'eau il est à peu près de 7 centimes payé aux agences de l'eau pour avoir l'accès à l'eau depuis le milieu naturel il faut savoir qu'un agriculteur lui la paye 1 centime et qu'une centrale nucléaire la paye 0,01 centime ça veut dire qu'en fait aujourd'hui on est dans un pays où on dit on a du mal à avoir de l'eau pour tout le monde mais où l'eau est quasiment gratuite c'est-à-dire l'accès à la ressource en eau est trop bon marché pour que vraiment se développent des logiques de sobriété donc il y a vraiment quelque chose à faire pour que l'accès à l'eau ait son juste prix ça c'est le premier point le deuxième point c'est effectivement l'exemple des lentilles c'est qu'aujourd'hui on l'a vu dans d'autres domaines par exemple la fast fashion sur laquelle on a beaucoup travaillé si vous ne créez pas un signal pris sur des produits importés et la fast fashion va être largement malussée et bien la lentille qui vient de l'étranger sera toujours beaucoup plus compétitive il faut qu'on mette en place ces signes au prix sur ces produits j'allais dire vertueux de l'agriculture française et puis dernier élément parce qu'on n'en a pas beaucoup parlé on n'a pas beaucoup parlé de pollution mais aujourd'hui la pollution aujourd'hui il y a 33 000 captages en France il y en a un tiers qui sont j'allais dire préoccupants du point de vue de la pollution c'est-à-dire qu'on voit comme l'a dit le monsieur au début de la réunition des traces de pollution on n'a pas encore dépassé la norme on n'en est pas très loin donc là il y a deux options soit comme le propose le projet de loi agricole quelque part laissons faire le modèle agricole actuel avec des molécules qu'on n'a pas le droit d'avoir dans l'eau mais qu'on a le droit d'utiliser sur les sols au-dessus de l'eau ce qui est quand même une vraie aberration et ça pose la question d'un recours d'une responsabilité de l'Etat ou de l'Union Européenne d'interdire des molécules dans l'eau mais de les permettre au-dessus de l'eau sur les terres qui sont utilisées soit on accepte de se dire qu'à l'origine de ces pollutions il y a principalement des grandes firmes de l'agrochimie Monsanto, Bayer, Chim-China et ces gens payent 0,0€ le prix de l'eau donc ça veut dire que soit on fait payer l'usager et on va voir le prix de l'eau exploser dans les prochaines années parce qu'il va falloir traiter fermer des captages aller trouver des nouveaux captages parce que cette pollution est là soit c'est ce que nous proposons on crée le principe pollueur-payeur et on va mettre en place un vrai financement une vraie contribution de l'agrochimie qui ne doit pas être répercutée sur le monde agricole ça peut être écrit comme ça c'est vraiment ces grandes entreprises qui gagnent des milliards d'euros chaque année de dividendes qui doivent être taxées parce qu'elles sont à l'origine du problème parce qu'elles gagnent beaucoup d'argent parce qu'elles sont étrangères et parce qu'elles polluent notre eau donc appliquons pollueur-payeur ça évitera que ce soit l'usager qui voit sa facture d'eau doublée ou triplée

30:47
Présentateur

Esther Delbourg le juste prix de l'eau vous êtes d'accord avec ce que dit Nicolas Garnier le principe pollueur-payeur

30:53
Invité

déjà on est aligné sur le fait que le prix de l'eau d'ailleurs la plupart des gens et je pense des auditeurs ne savent pas combien forcément déjà ils consomment d'eau mais combien ils la payent ça c'est le prix que Nicolas a évoqué le 4 à 6 euros du mètre cube c'est le prix à la maison effectivement le prix que payent les usagers économiques est beaucoup plus faible alors c'est normal vu les volumes qu'ils prélèvent en revanche ce prix est extrêmement faible et dans un monde parfait où on paierait un prix qui reflète la valeur ou même la rareté de l'eau on ne pourrait plus rien se permettre donc il y a une question de jusqu'où il peut augmenter d'ailleurs le plan haute 2023 avait largement concentré ses efforts sur le prix domestique donc nous qui représentons une toute petite partie finalement des prélèvements et moins parler de l'agriculture et un peu parler de l'industrie donc oui il va falloir qu'il augmente un petit peu peut-être avec des incitations des prix plus chers peut-être en période sèche pour inciter à une meilleure à une sobriété et je rejoins tout à fait le principe de principe préleveur-pollueur et j'ajouterai deux autres principes qui sont celui qui crée de la valeur sociétale et celui qui crée de la valeur économique parce qu'il faut aussi toujours se rendre compte qu'un acteur économique qui prélève de l'eau s'il crée des emplois il faut aussi le reconnaître mais il y a une façon de créer ou non de la valeur économique et donc ça c'est la valeur sociétale si vous produisez des chaussures versus des salades je prends un exemple comme ça on sait qu'il y en a un qui a une valeur sociétale immédiate celui de nous nourrir versus un autre qui est les moindres donc on peut aussi venir jouer un petit peu sur ce genre de choses mais ça ça demande des politiques de tarification plus complexes et en vrai aujourd'hui personne dans le monde n'a craqué le sujet de la bonne tarification de l'eau et d'ailleurs aujourd'hui vous voulez dire que c'est un casse-tête dans tous les pays c'est impossible en fait l'eau ne coûte rien partout et là l'ensemble des habits que nous portons sur nous ma robe ou votre chemisier il a été produit dans un autre pays sûrement avec de l'eau gratuite sûrement avec de l'eau qui n'était pas aux normes d'un point de vue qualité et donc aujourd'hui nous avons cette trace sur nous en France en fait finalement de l'eau du monde entier qui ne coûte pas cher donc non seulement on exporte effectivement notre eau à l'étranger virtuellement à travers tout ce qu'on envoie le vin le luxe l'aéronautique mais on importe aussi tous les jours cette eau qui vient de l'étranger donc il faut se rendre compte que cette interdépendance elle n'est pas qu'en France donc c'est pour ça que ne nous focalisons pas uniquement sur le fait qu'il y a des grandes entreprises qui gagnent de l'argent et qui exportent notre eau parce que nous aussi on est bien contents d'en importer c'était juste la petite nuance que je voulais dire

33:07
Présentateur

le prix de l'eau Agathe Eusen c'est aussi un problème d'acceptation sociale

33:12
Invité

oui en fait il s'avère que le prix de l'eau comporte à la fois alors si je parle sur l'eau domestique oui la partie eau potable et la partie assainissement et que il y a eu une évolution sur la part assainissement liée à une mise au des collectivités locales par rapport au respect d'un certain nombre de règles par rapport à la qualité donc qui a contribué à une augmentation de l'eau et finalement à un inversement de la part eau potable par rapport à la part assainissement sans compter le fait que la majorité concerne effectivement la question des taxes des taxes mais les taxes qui sont réutilisées pour la préservation de l'environnement et de la biodiversité ce qui est absolument essentiel et donc plus on aura une eau brute de qualité moins on aura besoin de la traiter et donc au moins on aura des coûts

34:08
Présentateur

le problème c'est qu'on a de moins en moins d'eau brute de qualité en fait c'est un fait à cause des pesticides on a vu aussi tous les scandales de certaines eaux minérales

34:15
Invité

alors on parle des pesticides mais moi j'aimerais quand même élargir le spectre parler d'épiphase puisque alors l'épiphase mais c'est l'arbre qui cache la forêt c'est à dire l'ensemble des matières actives qui sont utilisées on parlait de vêtements de cosmétiques de médicaments toutes ces matières actives il y en a qui arrivent sur le marché en permanence on n'a pas la capacité à mesurer les impacts environnementaux et sanitaires de chacune de ces matières actives et encore moins de ces matières actives quand elles sont mélangées et donc ça a des conséquences directes sur les milieux et forcément sur l'eau qu'on va prélever et que derrière on va éventuellement consommer donc là c'est probablement une bombe chimique qui va apparaître une fois qu'on aura un peu plus d'eau et que la canicule sera passée

35:05
Présentateur

Nicolas Garnier j'imagine que vous partagez l'opinion d'Agathe Zen

35:10
Invité

oui complètement j'ai évoqué d'abord les pesticides mais c'est vrai que la question d'épiphase aujourd'hui il y a énormément de matériaux de vêtements qui contiennent des épiphases et aujourd'hui malheureusement ils sont mis sur le marché ensuite on les lave et on va retrouver ces pollutions donc effectivement le sujet de savoir qui doit payer est absolument essentiel et d'ailleurs c'est important de se dire puisque vous aviez un interlocuteur du monde agricole que pour nous une partie de l'argent qui va être prélevée sur ces pollueurs doit être utilisée pour accompagner les bonnes pratiques et en particulier les bonnes pratiques agricoles la proposition qu'on fait nous c'est effectivement de créer un fonds de compensation pour les agriculteurs qui se trouvent sur les fameux captages qui sont pollués pour lesquels on va être obligé de leur dire vous allez devoir modifier l'usage d'un certain nombre de pesticides parce que les captages sont pollués et on ne peut pas continuer comme ça il faut bien entendu les compenser puisque pendant 1, 2, 3 ans il va y avoir une mutation et économiquement il faut qu'ils tiennent le coup donc le principe aux leurs payeurs va aussi permettre de générer des moyens financiers pour accompagner les solutions les plus vertueuses que ce soit le monde agricole mais on n'en a pas parlé il y a énormément d'exemples qu'on peut vous donner de collectivités qui ont fait des économies d'eau qui ont réduit de 20% leur facture d'eau des populations il y a énormément de solutions aujourd'hui la différence elle est économique la solution de facilité qui surconsomme l'eau et qui pollue l'eau est malheureusement trop compétitive il faut les rendre moins compétitives c'est l'un des grands enjeux puis in fine si je voulais conclure c'est vraiment le moment d'ouvrir les yeux c'est pour ça que ces émissions sont importantes parce qu'il faut que les français prennent conscience qu'on nous parle de retraite on nous parle de guerre etc mais s'il n'y a plus d'eau s'il n'y a plus d'eau de qualité il n'y a plus rien la première ressource souveraine c'est ni les énergies fossiles ni les aliments c'est l'eau et donc il faut vraiment que les populations prennent conscience et aussi les acteurs économiques et le monde agricole qu'on a un énorme défi j'espère que ce sera aussi un des grands sujets des présidentielles de 2027 parce que c'est probablement un projet de société que savoir bien gérer sont bien le plus précieux parce que l'eau c'est la vie Agathe Zen oui je crois que s'appuyer sur les connaissances scientifiques est absolument essentiel puisqu'il y a des réponses il y a des solutions et donc c'est ce qu'on essaye de faire à travers le programme national de recherche One Water au bien commun qui vise justement à considérer l'eau avec toutes les diverses approches disciplinaires toute la diversité des données nécessaires pour venir en appui aux gestionnaires aux acteurs dans les territoires et pour réhabiliter l'eau comme un commun un commun absolument essentiel pour partager cette ressource pour les générations actuelles mais aussi les générations futures donc pour conclure Esther Delbourg

37:41
Présentateur

la guerre de l'eau ne doit pas avoir lieu la guerre de l'eau

37:44
Invité

a déjà lieu dans plein de petits endroits c'est des micro-guerres de l'eau mais je voudrais rajouter un aspect vu qu'on est sur la présidentielle c'est très bien il faut qu'on interdise le maximum de pifaces de pesticides il faut qu'on nettoie nos eaux mais il faut en même temps que les gouvernements français et européens arrêtent d'en faire rentrer massivement aussi parce que là sur nos habits je peux compter des milliers de pifaces qui sont déjà là et qui vont venir davantage polluer nos eaux donc c'est pas qu'en France c'est aussi en fait une souveraineté européenne qu'il faut défendre de la qualité de l'eau

38:11
Présentateur

Voilà et ce sera le mot de la fin Merci à vous tous qui avez participé à cette émission Merci aussi à ceux qui l'ont fabriqué à la programmation des invités Pierre de Certaines Marius Serriès Baptiste Piquet est à la doc et en face de moi Ludovic Asselot et Mélissa Etrois