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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 12 septembre 2021 28 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSolidarités & familleEurope & international

A sept mois de l’élection présidentielle, y a-t-il un opposant sérieux à Emmanuel Macron ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:03OuverteRéponse directe

    Y a-t-il dans le paysage politique d'aujourd'hui un opposant ou une opposante sérieuse à Emmanuel Macron ?

  • 6:56OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'un candidat sérieux selon vous ?

  • 17:44OuverteRéponse partielle

    La proposition d'Anne Hidalgo de multiplier par deux le salaire des enseignants est-elle sérieuse ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:43InvitéFait
    « Anne Hidalgo sera candidate ce soir. »
  • 11:15InvitéChiffre
    « 70% de l'ensemble de la population totalement vaccinée, plus de 80% des éligibles au vaccin, les plus de 12 ans totalement vaccinés. »
  • 12:03InvitéFait
    « La croissance, l'emploi sont quasiment revenus à leur niveau d'avant-crise. »
  • 18:08InvitéFait
    « Les salaires des enseignants en France sont, de tous les pays de l'OCDE, les plus dérisoires. »
  • 24:21InvitéFait
    « Les contrats passés avec les sociétés d'autoroutes sont redoutables. Ils sont bétonnés. »

Temps de parole

  • Invité27 %
  • Invité 226 %
  • Présentateur22 %
  • Invité 315 %
  • Présentateur 210 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:06
Présentateur

Au théâtre Romain de Fréjus, Marine Le Pen va passer la main au numéro 2 du Rassemblement National, Jordan Bardella, pour lancer sa campagne sur le thème des libertés, avec une affiche qui reprend un verre de la marseillaise, Liberté, Liberté chérie, sur les bords de Seine.

Mais loin de Paris, au doc de Rouen, Anne Hidalgo vient il y a quelques minutes à son tour de se déclarer candidate à la présidence de la République, avant de se soumettre à un vote interne des militants socialistes, sans doute en octobre, à peu près au moment où sera désigné le candidat issu de la primaire écologiste, et au côté ou en face de Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg, Fabien Roussel, Anne Hidalgo qui a déjà dégainé une proposition choc, multipliée par deux au moins le salaire des enseignants sur la durée du quinquennat.

D'où ma question, faussement provoquante, mais vous l'aurez compris comme telle, y a-t-il dans le paysage politique d'aujourd'hui un opposant ou une opposante sérieuse à Emmanuel Macron ? Aurélie Philippetti.

1:15
Invité

Oui, visiblement, il y en a un certain nombre. Ce qu'on peut dire, c'est que...

1:20
Présentateur

Tout est dans le sérieux.

1:21
Invité

Ce qui me frappe, c'est finalement à quel point, pour avoir fait un certain nombre de campagnes présidentielles maintenant, à quel point là on est très tard dans le processus. C'est-à-dire que les candidats se déclarent de plus en plus tard, on est en septembre, l'élection est en avril, et voilà, les choses sont à peine en train de cristalliser. Effectivement, Anne Hidalgo sera candidate ce soir. Donc en fait, la campagne va véritablement démarrer dans les semaines qui viennent. Et ça, c'est assez nouveau.

Ça veut dire que cette accélération du calendrier de campagne électorale pour la présidentielle conduit encore plus à, finalement, la construction de récits, d'histoires, des stratégies de communication rapides, des stratégies de blitzkrieg, et de moins en moins à des véritables analyses de la société, la construction de projets, la discussion avec les forces, les corps intermédiaires, les forces vives, aller à la rencontre du pays, etc. Comme ça se faisait par le passé. Parce que là, franchement, en six mois, avoir le temps d'élaborer un programme, une vision, de le défendre, de l'exposer et d'aller dans tous les départements de France, ça me semble extrêmement compliqué.

Donc, voilà, cette rapidité-là me surprend un peu. Ensuite, deuxièmement, la multiplicité des candidats. Ça, c'est lié aussi à l'effondrement des partis traditionnels. Puisque, auparavant, les partis avaient leur propre processus, et on voit que tout a volé en éclats. L'affaissement de la légitimité des partis fait que, maintenant, tout le monde peut se prétendre candidat. Finalement, à l'élection présidentielle, et que les élections de 2017, présidentielles et législatives, ont donné l'impression, effectivement, qu'on pouvait être candidat à l'élection présidentielle en six mois. Voilà. Auparavant, il fallait 25 ans pour faire un candidat à la présidentielle. Maintenant, il faut six mois.

Je ne sais pas si c'est une amélioration de la modernité ou pas. Mais, c'est ça. C'est le XXIe siècle. Donc, bon, on va voir. Après, je crois que l'élection n'est pas... Il ne faut pas considérer que l'élection est gagnée pour Emmanuel Macron. D'abord, parce que le Front National, malgré les mauvais scores au régional, reste très présent. Que le Front National ne sera pas... Oui, le Rassemblement, pardon. Le Rassemblement National, décidément, j'ai du mal avec la modernité. Mais, le Rassemblement National, à mon avis, est durablement ancré, malgré Zemmour, etc., etc. Donc, et les deux blocs, gauche-droite traditionnel, sont dans un état, effectivement, très désordonné. Éparpillé. Éparpillé.

Thierry Pêche. Je repensais à la phrase de M. Prud'homme, en regardant la mer, une telle quantité d'eau frise le ridicule. Je me disais qu'une telle quantité d'opposants frise le ridicule. Il en a tellement des opposants qu'il n'en a plus. La question n'est pas de savoir simplement lequel ou laquelle serait plus sérieux. C'est d'abord de savoir si notre système politique est capable de structurer une offre aux Français. Parce que là, dans l'état actuel des choses, si les électeurs devaient se prononcer, ils ne sauraient vraiment pas quel est le dilemme, le problème qu'il leur faut trancher ou arbitrer. C'est très confus.

Et d'où vient cette difficulté du système politique à structurer une offre des problèmes que vient d'évoquer Aurélie ? Il vient de l'effondrement des partis. De l'effondrement, mais du dépérissement tragique des partis. C'est-à-dire du dépérissement de cette façon de faire collectivement de la politique. Et du coup, on voit proliférer, comme des champignons après la pluie, des aventures personnelles. Des gens dont même l'histoire politique rend parfaitement imprévisibles les positions qu'ils prennent aujourd'hui. Donnez un exemple. Arnaud Montebourg était un fervent partisan des primaires. Tout à coup, il s'en émancipe. Xavier Bertrand a été annoncé comme un candidat de centre droite social.

Il fait des sorties sur des questions régaliennes très radicalisées. Michel Barnier, alors là, c'est l'exemple chimiquement pur, vient nous expliquer que la primauté du droit européen devrait être remise en cause. Donc, on est entré dans l'ère de la dissidence généralisée. La dissidence, moi, quand j'étais jeune en politique, c'était des choses qui arrivaient rarement, qui supposaient du courage. Et les gens mettaient la tête sur le bio quand ils risquaient la dissidence. Ils risquaient d'être exclus de leur parti, de voir leur carrière politique sombrer dans l'oubli. Et bien là, non, c'est fini.

La dissidence est généralisée, c'est un mode d'être en politique, un mode de vie en politique qui ne rend pas les choses très claires pour les électeurs et qui, en plus, abuse cela même qui s'y livre. Parce qu'en réalité, tous ont le sentiment qu'ils vont pouvoir refaire le coup, le casse du siècle, le coup d'Emmanuel Macron en 2017. Un peu comme si tous les cambrioleurs de France se disaient qu'ils allaient refaire au même endroit, exactement dans les mêmes termes, le casse de Spaggiary à la Société Générale de Nice. Et bien, ça ne va pas marcher.

6:46
Présentateur

Oui, et puis ça va encombrer le tunnel, forcément. Frédéric Worms. Oui, merci. Moi, j'ai beaucoup aimé l'intitulé de la discussion de ce matin. Et je voudrais même vous proposer une définition du candidat sérieux. Oui, alors c'est sérieux, évidemment. C'est sérieux par ses propositions et sérieux par ses chances d'accéder au second tour et de l'emporter. Les deux sens sont liés. C'est-à-dire qu'un candidat sérieux, pour moi, c'est quelqu'un qui incarne une idée assez simple, un projet politique, mais qui l'incarne, évidemment. Qui le porte aussi par des actes, par des choix et par la capacité aussi à rassembler. Et de ce point de vue-là, moi, je pense qu'Emmanuel Macron l'a été en 2017.

Ce n'est pas juste un coup du sort. Et il a un problème aujourd'hui. Parce que pour moi, vu un peu de l'extérieur comme ça, ce qu'il a fait en 2017, c'est porter une idée assez simple, qui aujourd'hui est au cœur du débat de manière beaucoup plus compliquée, qui est l'idée de liberté. Et il l'a incarné sur le libéralisme économique, bien sûr, en plus en quittant, justement, en faisant dissidence, en quittant un gouvernement, se déclarant libre, etc. Et voilà, les parcours individuels, s'émanciper d'un État, s'émanciper de règles. Donc c'était une idée assez forte, incarnée par un geste fort. Et je pense que c'est ça le candidat sérieux. Est-ce qu'il y en a...

D'abord, il a un premier problème aujourd'hui. Et moi, je vous avais cité le thème pris par Marine Le Pen pour liberté. Alors moi, ce qui me frappe, c'est que c'est liberté, liberté chérie. C'est-à-dire qu'il y a un clin d'œil vers le nationalisme. Pour moi, la liberté, c'est évidemment universelle. Et ça ne met tous les citoyens français face à, justement, un principe universel, complété d'ailleurs par deux autres. En principe, égalité et fraternité, qui reste un terme important, même s'il est contesté de diverses façons. Et on peut dire solidarité, peu importe. Mais la liberté, liberté chérie, moi, j'y vois une tension très très forte. Il y a d'un côté quand même ce principe universel.

Mais il y a un clin d'œil en disant que c'est peut-être les Français d'abord cachés dans la phrase de la Marseillaise. Et puis, il y a quand même cette question de la complication même de la part de Macron de la question de la liberté, après une gestion quand même assez autoritaire, non seulement de la pandémie et des libertés publiques, mais des manifestations, de la contestation, etc. Donc, il y a un vrai gros débat qui est monté sur les libertés publiques. Et je pense qu'il a un problème avec son idée centrale.

Et ça, quand même, ça va perturber les choses parce qu'on est tous un peu gênés, de même qu'on l'a été par certains sujets comme l'âge d'échéance de nationalité après les attentats de la part du gouvernement de François Hollande. Là, on peut quand même être très gênés par la question des libertés aujourd'hui. Donc, il va falloir, à mon avis, c'est pas que je donne conseil à personne, conseil de personne, mais vraiment clarifier ce point. Et puis, de l'autre côté, on attend, en effet, un ou une candidate sérieuse, c'est-à-dire qui porte une idée. Et de ce point de vue-là, moi, je relirai au sujet de la première discussion.

Je pense que l'idée de justice est fondamentale, notamment dans les questions de santé publique, de climat. Je pense que, vraiment, le sentiment que l'action politique fait progresser la justice, notamment dans des questions vitales comme ça, est porteur, est nécessaire aujourd'hui. Et qui va le porter ? Est-ce que quelqu'un est capable d'assumer une idée ? Sans abandonner la liberté, mais quand même une idée, peut-être, parce qu'il n'y a pas que les libertés, même si elles sont fondamentales. Donc, pour moi, c'est ça la vraie question.

Et du côté de la gauche, je ne suis pas sûr qu'il y ait encore une idée fédératrice et une ou un candidat capable de l'incarner, pas seulement par un positionnement comme ça, un look ou des slogans, mais par des actes et par un projet. Et donc, oui, je pense que c'était une très bonne question. Bon, qu'est-ce qu'un candidat sérieux ? Merci, Frédéric Vance, d'avoir pris au sérieux l'intitulé de ma question sur le sérieux de l'opposition. Gérard Courtois. Mais moi aussi, je l'ai prise au sérieux.

10:31
Invité

Et je me suis demandé qui était le concurrent le plus sérieux d'Emmanuel Macron. Et j'ai conclu que c'était Emmanuel Macron. D'ailleurs, la meilleure preuve, c'est cette recommandation extrêmement ferme qu'il a martelée lors du Conseil des ministres de mercredi dernier à tous ses ministres. Un seul mot d'ordre, humilité, humilité, humilité. Il est donc très clair, et on l'entend, même si chacun se retient d'exprimer pleinement son optimisme, on entend cette espèce de triomphalisme totalement prématuré des entourages ou des membres du gouvernement ou du parti LREM. Alors, bon, ils ont quelques raisons d'être optimistes. La politique de vaccination est pour l'instant un succès indéniable.

70% de l'ensemble de la population totalement vaccinée, plus de 80% des éligibles au vaccin, les plus de 12 ans totalement vaccinés. Mais ça plafonne, là, mais bon, on n'est quand même pas très loin du niveau de protection que les scientifiques estimaient nécessaire. Pas très loin. Bon, il reste 7 à 8 millions de gens qui ne sont pas encore vaccinés, qui devraient l'être. Il y en a qui sont contre, il y en a qu'il faut aller chercher, etc. Bon, mais par rapport à il y a, je dirais, 4 mois, c'est un succès. La situation économique est encourageante, objectivement. Et c'est dû en partie, pas seulement, mais en partie aux mesures qui ont été prises depuis 18 mois, depuis le début.

La croissance, l'emploi sont quasiment revenus à leur niveau d'avant-crise. Et, je dirais, personne, me semble-t-il, ne conteste que le quoi qu'il en coûte a été salutaire. Troisième chose, et ça rejoint ce qui a été dit précédemment, jusqu'à présent, en tout cas, jusqu'à présent, aucun des adversaires du président, déclaré putatif ou possible, ne marque des points, véritablement. La gauche est éparpillée et se neutralise. La droite est à la recherche encore d'un candidat ou d'une candidate. Et même l'extrême droite est face à la concurrence inédite d'une éventuelle candidature d'Éric Zemmour.

Bref, tout va presque trop bien pour Emmanuel Macron, parce que le risque, et c'était ça, en fond, le message sur le mot d'ordre d'humilité, le risque, c'est évidemment que cette situation fasse renaître, disons, l'excès d'assurance, et pour beaucoup de gens en France, ça a été vécu comme de l'arrogance, qui a plombé durablement l'image d'Emmanuel Macron et le début de son mandat pendant les deux premières années. Ensuite, les gilets jaunes, la crise des gilets jaunes, puis la crise sanitaire, l'ont obligé à revenir à plus de sobriété ou de modestie au moins affichée. Mais le risque aujourd'hui pour lui serait de, si je puis dire, de relâcher la bride à son hubris originel.

Et c'est important parce que ce n'est pas la première fois, ou ce ne serait pas la première fois, qu'un candidat est victime de son sentiment de supériorité. C'était le cas de Giscard en 1981. Je l'avais rencontré il y a quelques années pour refaire le film de ses campagnes présidentielles, 74-81. Et il avait admis, très simplement, mais avec cette espèce de précision mathématique qu'il affectionnait, qu'au mois de mars 1981, quand il se déclare, le 2 mars, il se déclare pourquoi ? Parce que dans son esprit, il est persuadé qu'il va gagner cette élection avec 53% des voix. Voilà, c'est une absolue certitude pour lui. Moins de deux mois plus tard, il est battu par François Mitterrand.

Édouard Balladur, en 1995, est tellement porté par les sondages, les commentateurs, flattés par tout cet encense, qu'il pense pouvoir déménager très tranquillement, sans coup faire rire, de Matignon à l'Elysée. Et même Lionel Jospin, en 2002, avait un tel mépris, à peine voilé, à l'encontre du président de la République de l'époque, Jacques Chirac, qui a gravement, ce n'est pas la seule cause de son échec, mais gravement sous-estimé la pugnacité de Chirac. Donc, pour moi, celui dont Emmanuel Macron devrait d'abord se méfier aujourd'hui, c'est lui-même.

15:14
Présentateur

Oui, on peut aussi, compte tenu du rappel que vous venez de faire, Gérard Courtois, retourner le raisonnement, l'idée qu'un président sortant apparaisse comme le favori à six mois de l'élection, hors période de cohabitation, et l'élection de François Mitterrand ou Jacques Chirac, ça n'est pas arrivé depuis Giscard, sans doute. Ça serait une prouesse. Si, si, une première sous la Ve République.

15:41
Invité

Mais on n'est pas élu avec un bilan, et surtout, ce qui serait catastrophique, ça serait d'être élu par défaut. Parce que je crois que, malheureusement, quand les gens sont élus par défaut, ça renforce la coupure, le mécontentement, la rupture entre les Français et leurs gouvernants. Et donc, la question, c'est, finalement, quel est le programme, quel est le projet d'Emmanuel Macron pour les cinq ans à venir ? Si le projet, c'est la réforme des retraites qu'il essaye de faire passer, comme ça, si c'est encore davantage...

Alors, il va séduire, peut-être, continuer de séduire l'électorat de droite, puisque ce que l'on voit, c'est quand même qu'aujourd'hui, sa cote de confiance augmente dans l'électorat de droite. Il prend des voix à l'électorat de François Fillon de 2017. Mais, ce qui est inquiétant aussi, c'est de voir le niveau de dégradation du débat public en général sur des questions comme l'immigration, comme le racisme, comme, évidemment, la place de l'islam dans la République. Enfin, il y a une ambiance, un fond de l'air qui est brun, qui est absolument insupportable. Et un président élu par défaut, ça contribuerait, finalement, à cette libération des haines, des passions tristes.

Et ça ne permettrait pas, justement, la déshystérisation de ce débat public en France, à laquelle on assiste en ce moment, et qui est quand même vraiment, vraiment inquiétante. Donc, moi, je souhaiterais que, vraiment, cette campagne électorale puisse remettre les thèmes sociaux, économiques, sociétaux, enfin, qu'on parle vraiment des problèmes chômage, traitement économique, du post-Covid, et qu'on arrête de chercher toujours les boucs émissaires.

17:44
Présentateur

Pardon de revenir à mon idée de sérieux, mais je voudrais savoir si vous pensez que la proposition d'Anne Hidalgo de multiplier par deux au moins le salaire des enseignants sur la durée du quinquennat est une proposition sérieuse.

18:00
Invité

Écoutez, moi, je suis enseignante, donc je ne peux pas être contre cette proposition. Mais, après, si c'est réaliste, il faudrait voir comment elle le finance. En tout cas, les salaires des enseignants en France sont, de tous les pays de l'OCDE, les plus dérisoires. Les enseignants ont perdu, en niveau de vie, si on compare avec 1981, à l'époque, un salaire d'un professeur agrégé, d'un professeur certifié, par rapport au salaire médian ou au salaire minimal de l'époque, eh bien, c'était 4 ou 5 fois le salaire minimal, si je ne dis pas de bêtises. Et aujourd'hui, c'est peut-être 2 fois et demi. Donc, il y a eu une perte de pouvoir d'achat des enseignants qui est absolument incontestable.

Maintenant, dire, est-ce qu'il faut multiplier par 2 sur 5 ans, ça, je ne sais pas, à vrai dire, si c'est possible. Enfin, augmenter le salaire, de au moins, ben, écoutez, ça dépend. Alors, maintenant, la question, c'est, oui, il faut augmenter le salaire des enseignants. Maintenant, dans quelle proportion, ben, ça, ça sera un débat budgétaire. Mais ce n'est pas seulement dans quelle proportion, c'est aussi en échange de quoi ? Non, mais Thierry, le salaire des enseignants, sincèrement, en France, il est scandaleux par rapport à tous les pays européens. Et ça pose quand même un problème aussi, après, sur l'attractivité, sur les recrutements. Non, ce n'est pas ça que je dis.

C'est qu'il ne faut pas comparer simplement les salaires, il faut aussi comparer les régimes d'activité. Est-ce que les enseignants français ont tout à fait les mêmes tâches que les enseignants prédéliques ? Non, mais, moi, je crois que les demandes de cette nature dans la fonction publique, il va y en avoir d'autres. Les policiers, les infirmiers, les infirmières, malgré le Ségur et les efforts financiers historiques qui ont été faits, les questions de pouvoir d'achat vont remonter très très haut sur l'agenda, pour des tas de raisons, parce qu'on sort de 20 ans de modération salariale, etc.

Et qu'Aurélie a raison, quand on se compare aux autres pays, on a pas mal de fonctions dans la fonction publique qui sont moins rémunérées que chez nos voisins, et c'est un problème. Mais ça peut être l'occasion aussi d'avoir une grande discussion socioproductive. Je ne veux pas parler que du salaire, mais parler, par exemple, les infirmières. Les infirmières, leur carrière professionnelle est un tube rectiligne, où il est très difficile de progresser. Est-ce qu'on ne peut pas imaginer une autre division du travail médical avec les médecins ?

Elles pourraient sans doute faire certains gestes qu'ils font aujourd'hui, elles pourraient être libérées de ces charges pour faire autre chose, et elles pourraient ainsi avoir des parcours professionnels plus intéressants. Je veux dire, la question salariale est légitime. Plus de deux en cinq ans, ça paraît beaucoup, mais elle est légitime. Mais elle ne peut pas être isolée d'autres discussions sur ce que font les gens et les responsabilités qu'ils ont.

20:47
Présentateur

Un enseignant veut prendre la parole. De façon non corporatiste. La question, c'est surtout, effectivement, dans quel projet d'ensemble de justice sociale et de reconnaissance des vraies priorités d'un pays, cette mesure qui fait... Je me suis content qu'elle frappe les esprits. Mais en même temps, frapper les esprits par une mesure isolée, ça a été très dangereux pour la politique, justement.

Et il faut la situer dans un projet d'ensemble où, en effet, il y a quand même un projet de redistribution par la fiscalité dans son ensemble, de revalorisation de certains métiers dont le peu de pouvoir d'achat n'est pas seulement un problème social, c'est un problème symbolique, c'est une dévaluation de l'ensemble d'une société, de la culture du soin ou de la médecine dans une société. Je crois que c'est, effectivement, ça frappe les esprits aujourd'hui, mais ça doit être situé, en effet, mais pas seulement dans une réévaluation de l'enseignement ou de tel ou tel métier, mais dans un projet d'ensemble de justice sociale et de, quand même, de rebasculement. Et c'est ça qui me frappe.

On a vraiment besoin de comprendre dans quel cadre elle propose cela, avec quels moyens, mais aussi avec quels équilibres. Et c'est possible, aujourd'hui. Et je crois que c'est vraiment extrêmement important. Je voudrais revenir, peut-être, si on a le temps, d'un mot sur un autre aspect qui est la pandémie, mais même si je ne reviens pas sur l'importance de l'enseignement. Moi, je suis très frappé que, finalement, vous parliez, c'est ça qui m'a frappé de la cohabitation, premier président hors cohabitation. Mais Emmanuel Macron a eu une cohabitation. Ce n'était pas avec un autre parti politique, mais c'était avec la pandémie qui a gelé, en quelque sorte, son agenda.

Et on a l'impression qu'il va être tenté de dire, voilà, je n'ai pas pu faire ce que j'ai fait, un peu comme Jacques Chirac après la cohabitation. Ou Nicolas Sarkozy avec la crise financière. Oui, il y a un gros empêchement. Et en fait, moi, ça me gêne, ça me choque presque, qu'on considère la pandémie comme un empêcheuse de réformer en rond et de revenir au projet initial, parce qu'en fait, elle a quand même bousculé les enjeux. Et c'est vrai que tout le monde le dit, mais je suis quand même très frappé qu'on n'en tire pas toutes les conséquences. Ce que disait Thierry, il y a un instant sur les infirmières, c'est évidemment aiguisé par l'évidence du besoin social, des priorités.

Donc, dans cette reconfiguration d'un projet d'ensemble, moi, je serais très gêné qu'on agite des marqueurs qu'on cherche, comme à un certain moment donné, peut-être avec des communicants, je ne sais pas comment, un marqueur de gauche. On a besoin d'une politique d'ensemble liée aux sujets climatiques et médicaux, mais avec un enjeu de justice politique, un enjeu explicitement démocratique aussi, de participation citoyenne. Quand une idée vient d'en haut et qu'on n'a pas réuni, justement, les six mois, moi, le candidat, en quelques secondes, le vrai problème, c'est qu'avant, les partis politiques faisaient quand même un travail de médiation sociale.

Et là, il n'y a plus le travail de participation sociale. Donc, cette médiatisation instantanée des candidats, ça va encore frustrer ce qui est un enjeu central, on l'a vu, c'est la participation citoyenne. C'est l'éloge du discours complexe que vous faites et qui a un libre cours dans cette émission, mais malheureusement, de moins en moins, dans le débat public. Évidemment, vous l'aurez tous remarqué. Gérard Courtois.

23:46
Invité

Juste un mot. Je ne voudrais pas qu'on reste sur une analyse caustique ou critique de la proposition d'Anne Hidalgo.

23:56
Présentateur

Non, elle est très importante. On n'a pas dévalué.

23:59
Invité

Ou sur son caractère éventuellement irréaliste. Je n'en sais rien. J'y reviens dans un instant. Sans dire qu'elle est loin d'être la seule à lancer en l'air des idées qui, à ce stade, ne sont ni documentées, ni charpentées, ni même sérieuses. La proposition de Mme Le Pen de renationaliser ou de nationaliser, puisqu'elles ont été privatisées il y a 20 ans, les autoroutes, il faudra qu'on me démontre à quel coût Mme Le Pen imagine de régler ce problème. Les contrats passés avec les sociétés d'autoroutes sont redoutables. Ils sont bétonnés. Ça m'a été une proposition de François Bayrou il y a quelques années. Absolument.

Donc, la différence que je fais entre les deux, je pense que les deux propositions, dans leur genre, sont à ce stade, comment dire, difficiles à considérer comme sérieuses. Mais la différence que je fais, c'est que, dans un cas, on a une candidate qui l'a déjà été, qui a fait ses preuves, qui a démontré, qui connaît sa troisième candidature, Mme Le Pen, dans l'autre cas, Mme Hidalgo, mais c'est le vrai de tous les candidats de gauche, oui, de tous les candidats de gauche et de tous les candidats de droite, c'est la première fois qu'il... Sauf Jean-Luc Mélenchon. Sauf Jean-Luc Mélenchon, pardon.

25:22
Présentateur

Elle s'est déjà présenté à des élections.

25:23
Invité

Oui, oui, oui. Non, mais ce n'est pas la même chose. Oui, bien sûr. Ce n'est pas la même chose de se présenter à une élection législative, à une élection régionale, et de se présenter à l'élection présidentielle. C'est un scrutin redoutable, qui peut broyer des candidatures, sans remonter trop... Enfin, si, Chaband Elmas, qui se voyait élu, a été démoli par cette élection. Benoît Hamon a fait la démonstration que ce n'était pas à la portée de tout candidat qui avait, par ailleurs, une expérience politique et une expérience électorale solide. Donc, voilà, je pense que c'est prématuré de juger. Autant, je pense qu'on peut juger du sérieux ou du manque de sérieux de Mme Le Pen et de M.

Mélenchon. Ils ont déjà fait leur preuve. Ils sont, depuis quatre ans, dans l'incapacité d'incarner le rôle d'opposant numéro un. Ils le voulaient. Ils n'ont pas réussi à le faire. C'est, me semble-t-il, un constat qu'on peut faire aujourd'hui. S'interroger sur la raison pour laquelle ils n'y sont pas parvenus. Mais, laisser le bénéfice du doute à ceux qui s'engagent pour la première fois dans cette campagne, quels qu'ils soient, que ce soit à gauche ou à droite.

26:42
Présentateur

Alors, il nous reste une minute trente, donc c'est compliqué. Qui veut ajouter un mot ?

26:46
Invité

C'est vrai que cette notion de sérieux, c'est un petit peu gênant. On n'a pas donné des brevets de respectabilité aux candidats. Si c'est candidat sérieux en termes de chance de gagner, là, oui, on peut en parler. Mais, après, tous les candidats qui... Oui, mais qui est-on pour juger des propositions comme sérieuses ? On n'a plus jugé du sérieux ou du manque de sérieux de Mme Le Pen lors du débat de 2017. Je veux dire, faire parler de Samuel Paty avec une photo de deux Youtubers, etc., ce n'est pas non plus sérieux. À ce moment-là, personne n'est sérieux. Vous voyez ce que je veux dire ? Tout le monde est pris dans les problèmes de médiatisation.

On sait très bien que pour passer la rampe, on a besoin de sortir des propositions chocs. Et que ces propositions chocs, elles sont toujours un peu simplistes. C'est tout. Il est trop tôt pour juger du sérieux des propositions et des programmes, parce qu'il faut les appréhender dans leur entier. En revanche, il commence à être temps de juger du sérieux de la capacité des candidats à rassembler. Et moi, ce qui m'inquiète... C'est un peu tôt pour le dire, on verra. On verra aussi dans les mois qui viennent. Non, vous disiez au début de votre intervention que ça tardait. Je dis la même chose. Je pense qu'il est urgent que certains candidats fassent la preuve de leur capacité à rassembler.

Sinon, on aura une offre émiettée et qui sera perdante pour tout le monde.

28:02
Présentateur

Merci à vous tous. Aurélie Philippetti, Thierry Pêche, Frédéric Worms, Gérard Courtois. L'émission a été préparée par Anne-Claire Bazin, réalisée par Luc-Jean Reynaud, avec, à la technique, Valentin Bobinet.