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Podcast / conversationLe Crayon· 1 décembre 2021 10 minAutoproduitDivertissementInstitutions & électionsImmigration & asile

LES BASES - L'EXTRÊME DROITE

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Attaque 5 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:20Locuteur non identifiéFait
    « Par contre, le fait que tu aies raconté un nombre de bêtises ahurissantes à la minute, c'est factuel. »
  • 2:57Locuteur non identifiéFait
    « Simplement, le général Boulanger, malgré de multiples succès aux élections entre 1888 et 1889, et une aura incontestable dans le pays, va désvoir ses partisans, la république parlementaire va réagir, et de ce point de vue, la crise boulangiste, loin d'affaiblir la république parlementaire, en réalité est une crise qui renforce le modèle de la 3ème république. »
  • 5:53Locuteur non identifiéFait
    « En général, quand on dit extrême droite, qu'est-ce qu'on entend par là ? Généralement, on comprend dans l'extrême droite, et notamment en Europe occidentale et en particulier en France, des mouvements qui sont relativement basés sur le nationalisme, la nation, l'identité d'un pays très fortement, comme si un peu l'identité de ce pays devait être préservée à tout prix dans son unicité notamment. »

Temps de parole

  • Présentateur78 %
  • Locuteur non identifié8 %
  • Locuteur non identifié 28 %
  • Locuteur non identifié 34 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

La semaine dernière, nous avons tourné un débat dans notre émission Ring sur le sujet « Faut-il débattre avec l'extrême droite ? » Nous y recevions Louis Boyard, jeune homme de gauche chroniqueur sur « Touche pas à mon poste » et Georges Jordi, ancien journaliste de VA+, qui travaille aujourd'hui à Livres Noirs. Voici ce que ça a donné. Il n'y a aucune forme de violence.

0:17
Locuteur non identifié

Je suis très détendu, je suis très détendu. Par contre, le fait que tu aies raconté un nombre de bêtises ahurissantes à la minute, c'est factuel. Je suis très détendu, je suis très détendu.

0:26
Présentateur

Concernant Marx ? Et ce débat, il m'a fait me poser pas mal de questions. Et comme je ne suis certainement pas le seul à m'interroger là-dessus, je me suis dit que j'allais vous partager ça. On va revoir les bases. C'est bon, je crois que j'ai les bases, je vous explique. Pour cette vidéo, j'ai eu recours à des sources diverses. Je me suis beaucoup inspiré de travaux d'autres chaînes YouTube. Je vous indiquerai ici, en haut à droite, au cours de la vidéo « Leur travail ». J'ai surtout à nouveau interrogé deux chercheurs. Le premier, c'est Olivier Dard. Il est agrégé et docteur en histoire et il enseigne à la Sorbonne à Paris. La deuxième, c'est Virginie Martin.

Elle est politologue, elle enseigne à Kedge Business School et elle a rédigé une thèse sur le Front National. J'ai eu envie de balayer trois questions. D'abord, de quoi on parle quand on parle de l'extrême droite ? Comment on la définit ? Deuxièmement, quelle est son histoire ? Et quand le terme apparaît-il ? Troisièmement, quelles en sont aujourd'hui les caractéristiques ? Comme à chaque fois, avant de parler de quelque chose, il faut définir de quoi on parle. Alors, de quoi s'agit-il quand on parle d'extrême droite ? Et avant ça, comment définir la droite et la gauche ? Historiquement, ces deux termes de droite et de gauche apparaissent au moment de la Révolution française.

Lors de la première Assemblée nationale en 1789, à la droite du président de l'Assemblée s'asseillent ceux qui sont pour le veto du roi contre les décisions de l'Assemblée nationale, tandis qu'à la gauche du président s'asseillent ceux qui y sont opposés. Je ne m'étends pas plus sur les différences entre droite et gauche, mais je vous recommande chaudement une vidéo de la chaîne Zizimittel sur ce sujet. D'ailleurs, si vous ne connaissez pas cette chaîne, c'est une pépite de vulgarisation politique. Matez-moi ça. Maintenant qu'on sait quand apparaissent les termes droite et gauche, on va pouvoir avancer. C'est parti pour la prise chronologique.

Historiquement, ce qu'on appellerait l'extrême droite, ce sont des monarchistes légitimistes. Je m'explique. Initialement, la droite, c'est la réaction, qui s'oppose à la Révolution. Les révolutionnaires veulent instaurer une république, tandis que les réactionnaires leur sont opposés. Ils sont antirépublicains. Ils veulent préserver ou restaurer la monarchie. De là l'origine du terme réactionnaire, qu'on utilise aujourd'hui pour qualifier des personnes très conservatrices. La droite extrême est incarnée à la restauration avec Charles X.

Puis, dans le courant légitimiste qui pèse au début de la 3ème république, dans les années 1870, alors que la France a perdu la guerre contre la Prusse et que se pose la question du rétablissement de la monarchie. En 1886 et 7, la république souffre sous de nouveaux coups de boutoir avec la crise boulangiste. Les partisans du général Boulanger estiment que la république est faible et qu'elle ne se préoccupe pas assez de la question de la revanche face à l'Allemagne. Ils considèrent qu'un homme providentiel, en l'occurrence le général Boulanger, serait une solution, plutôt que de réinstaurer la monarchie.

2:57
Locuteur non identifié

Simplement, le général Boulanger, malgré de multiples succès aux élections entre 1888 et 1889, et une aura incontestable dans le pays, va désvoir ses partisans, la république parlementaire va réagir, et de ce point de vue, la crise boulangiste, loin d'affaiblir la république parlementaire, en réalité, est une crise qui renforce le modèle de la 3ème république.

3:23
Présentateur

En politologie, quand on parle de la droite, on se réfère souvent aux 3 droites de René Raymond. René Raymond identifie une droite légitimiste, qui est contre-révolutionnaire, comme par exemple les monarchistes ou le régime de Vichy, une droite orléaniste, c'est-à-dire libérale, comme l'était par exemple Valéry Giscard d'Estaing, et une droite bonapartiste, c'est-à-dire Césariste, qui croit dans le culte d'une personnalité, du chef. Au tournant du siècle, émerge une nouvelle famille politique au sein de la droite, la 4ème, le nationalisme, qui est incarné par exemple par Maurice Barrès ou Charles Maurras.

Le nationalisme prend toute son ampleur avec l'affaire Dreyfus, qui revêt un caractère antisémite, mais qui est aussi une affaire d'espionnage, supposée au profit de la Prusse. L'Action française est créée en 1898, d'abord contre les Dreyfusards, mais devient nationaliste sous l'influence de Charles Maurras. Outre l'affaire Dreyfus, le 2ème temps fort du nationalisme, c'est le temps des ligues. La Ligue de l'Action française, qui est son organe de propagande et de recrutement, naît en 1905, et prend partie pour les catholiques, contre les anticléricaux, au moment de la loi sur la séparation de l'église et de l'état en 1905.

Ce point sur les ligues me permet un bref détour sur les différences avec le fascisme. La forme politique du nationalisme, c'est la Ligue et pas le parti. D'ailleurs, l'Action française refuse de participer aux élections par principe. Comme on le remarque, elle n'y a pas survécu. C'est l'une des différences fondamentales avec le fascisme, qui a compris l'importance des masses et qui est devenue, à partir des années 1920, des partis puis des régimes qui sont responsables de la Seconde Guerre mondiale. Après 1945, les droites nationalistes sont marquées par l'opprobre de la collaboration du régime de Vichy.

La reconstruction est lente et elle s'effectue sur deux piliers, l'anticommunisme et les guerres de décolonisation avec l'Indochine et l'Algérie. En France, un moment important de l'histoire de l'extrême droite au XXe siècle, c'est la création en 1972 du parti Front National, entre autres par Jean-Marie Le Pen, qui est parvenu à agréger plein de groupuscules autour d'un parti. Et si ce parti est certes cantonné à environ 1% des suffrages au départ, il connaît quelques succès électoraux dans les années 80. En 1995, le Front National remporte même quatre mairies, dont la ville de Toulon.

Une réussite qui fait considérer à certains historiens que c'est à ce moment-là que le Front National cesse de représenter un vote contestataire pour devenir un vote d'adhésion. Maintenant qu'on a examiné l'histoire de l'extrême droite en France, on peut en tirer des leçons sur les caractéristiques qui transcendent son évolution. Deux aspects sont constants. D'abord, un discours identitaire. Le nationalisme glorifie un passé idéalisé et tient un discours sur la décadence supposée de l'état actuel du pays.

5:53
Locuteur non identifié

En général, quand on dit extrême droite, qu'est-ce qu'on entend par là ? Généralement, on comprend dans l'extrême droite, et notamment en Europe occidentale et en particulier en France, des mouvements qui sont relativement basés sur le nationalisme, la nation, l'identité d'un pays très fortement, comme si un peu l'identité de ce pays devait être préservée à tout prix dans son unicité notamment. C'est pour ça que souvent, on dit que l'extrême droite finit par être raciste, puisque son pendant, c'est de dire, attention, s'il y a trop d'immigration, l'unité du pays, cette unité nationale, va être fragmentée, va être abîmée, va être entachée.

6:43
Présentateur

Charles Maurras insistait sur les quatre États confédérés en accusant les juifs, les protestants, les francs-maçons et les métèques, c'est-à-dire les étrangers. Face à ces menaces supposées, l'identité d'une nation relativement unifiée devrait être protégée à tout prix. De là découle également la xénophobie, car les étrangers pourraient représenter une menace. Le nationalisme se pense comme une régénération du pays réel sur un pays légal qu'aurait imposé la République. D'ailleurs, le site web de l'Action Française indique aujourd'hui en page d'accueil « La voie du pays réel ». On voit la référence.

La deuxième caractéristique transcendante de l'extrême droite, c'est la recherche de la verticalité du pouvoir, avec une glorification de l'autorité, un culte du chef et une soumission à l'ordre. Je vous renvoie à cet égard aux excellentes vidéos de Guy Lévy 6 sur la personnalité autoritaire. Précisons, comme à chaque fois qu'on liste des caractéristiques, ce n'est pas parce qu'on coche l'une de ces cases que l'on correspond à la définition. En revanche, toutes les personnes qui correspondent à la définition ont tendance à cocher toutes ces cases. Vous me suivez ? Bon, et alors maintenant, avec ces bases, on fait quoi ?

Le sujet est brûlant au moment où nous nous tournons cette vidéo, et qu'il vaut toujours le coup de prendre du recul historique, ce que nous venons de faire. Maintenant, restons sobres sur les enjeux contemporains. D'abord, la question de la violence. Si le nationalisme n'a pas du tout le monopole de la violence, ni dans l'histoire, ni aujourd'hui, on ne peut éluder qu'il y ait une menace terroriste-nationaliste qui soit régulièrement pointée par la DGSI, et qui se soit même, par exemple, concrétisée en Allemagne. Deuxième enjeu, la confusion sur les termes.

La droite accuse la gauche de dévoyer ces termes d'extrême droite en traitant tout le monde de fachos, de collabos ou d'extrême droite, en intervertissant ces termes et en rendant confuses les nuances politiques. De l'autre côté, certains à droite confondent aussi les notions, en restreignant l'extrême droite aux nazis, qui seraient les seuls racistes, ou aux monarchistes, qui seraient les seuls antirépublicains.

Alors que les caractéristiques sur lesquelles s'accordent les chercheurs, y compris de droite, et qu'on a listées, c'est-à-dire un certain discours sur l'identité, la décadence, le culte du chef et de l'autorité, on les retrouve, y compris, dans d'autres mouvances politiques, par exemple chez Éric Zemmour, Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Téguer. Une merde ! Troisième enjeu, la manière dont on doit agir et se comporter vis-à-vis de l'extrême droite. C'est un débat qui est brûlant. En découle la question de débattre ou non avec l'extrême droite. Il semble que ce soit un choix personnel.

Certains militants de gauche considérant qu'ils préfèrent ne pas s'y associer, donner de la visibilité, qu'il est impossible de discuter avec quelqu'un qui serait de mauvaise foi, ou que le paradoxe de la tolérance veut que trop de tolérance tuerait la tolérance. D'autres considèrent que la lutte doit s'effectuer sur tous les terrains et qu'il vaut mieux prendre la parole pour imposer ses thèmes que pratiquer une politique de la chaise vide. C'est la position que nous défendons au crayon. J'en ai terminé. Gardez en tête que c'est un sujet que je n'ai traité qu'en surface. C'est les bases, quoi. Il y a d'autres ressources, comme je vous l'ai indiqué pendant la vidéo et en description.

Et si vous voulez vous forger votre propre opinion, abonnez-vous et regardez le ring qui sort sur ce sujet. C'était Jules pour le crayon. Maintenant, sortez d'ici.

9:28
Locuteur non identifié

Sous-titrage Société Radio-Canada C'est parti.