Bruno Bonnell parle de "révolution industrielle" - RTL - RTL
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« Vous êtes le président du syndicat français de la robotique de service. »
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« Entre autres choses, vous avez plusieurs casquettes. »
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« Vous êtes persuadé que demain, notre quotidien sera avec des robots. »
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« C'est certain que c'est un des métiers, ce sont un secteur d'activité qu'on appelle un champ diffusant, qu'on doit faire intellectuel, qui va dans tous les secteurs qu'on connaisse. »
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« Il est doté de combien d'argent ce fonds ? »
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RTL Soir, Bernard Poiret.
Il est 18h37.
Et l'invité de RTL Soir s'appelle Bruno Bonnel. Monsieur Bonnel, bonsoir. Je précise pour les gens qui ne vous connaissent pas, et ils sont peut-être nombreux, que vous êtes le président du syndicat français de la robotique de service. Entre autres choses, vous avez plusieurs casquettes. Et aujourd'hui, avec Arnaud Montebourg, vous avez lancé Robolution Capital, qui se veut le premier fonds d'investissement 100% dédié à la robotique de service. Alors écoutez, vous parlez ce soir à un enfant qui ne comprend rien à ce monde-là. Vous, vous êtes persuadé que demain, notre quotidien sera avec des robots.
Expliquez-nous, ils seront où ? Ils feront quoi ? Alors, on va commencer par définir ce qu'est un robot, parce que dans l'imaginaire collectif, le robot, c'est Metropolis ou c'est Terminator. C'est R2-D2. Ou R2-D2, ça dépend des cas. Un robot, c'est beaucoup plus simple, c'est une machine qui a trois caractéristiques. D'abord, elle a des capteurs. Des capteurs pour comprendre son environnement. Ça peut être du microphone à un capteur de distance. Ensuite, elle a des processeurs pour prendre une décision par rapport à ce qu'elle comprend de son environnement. Et enfin, elle a des actionneurs, c'est-à-dire des moteurs. Elle peut agir sur le monde réel.
Donc par exemple, le métro automatique de Paris ou d'ailleurs, c'est un énorme robot dans lequel on se fait transporter. Il vérifie s'il arrive en station, capteur, il prend la décision de s'arrêter et il freine, actionneur. Donc voilà ce que c'est qu'un robot.
Donc en fait, ce n'est pas le petit bonhomme avec des gros yeux qui fait tututututut qu'on voit et qui avance tout seul. C'est bien autre chose.
Bien évidemment, les robots, ça touche notre quotidien de tous les jours. Je vais vous donner quelques exemples. Quand on voit les voitures qui se gardent toutes seules, qu'est-ce que c'est que les voitures qui se gardent ? Elle calcule les distances, capteur, elle réfléchit, elle va prendre une décision, puis elle va bouger des pédales, des roues, des choses, actionneur. Donc une voiture qui garde tout seul, c'est déjà une forme de robot. Et demain, dans pas si longtemps que ça, avoir le permis de conduire, ça sera soit un luxe, soit un hobby, puisque les voitures seront même capables de carrément nous conduire n'importe où toutes seules.
Et où en sommes-nous aujourd'hui en France dans ce monde-là ? Est-ce qu'on est à un bon niveau ? Est-ce qu'on suit bien le rythme ? Est-ce qu'on est déjà largué ? Est-ce qu'il faut accélérer ?
Alors dans ce monde-là, ce qui est intéressant, c'est que les cartes sont rebattues en permanence. On entend toujours parler de la robotique japonaise ou des miracles américains. Mais dans la réalité, la robotique allant de partout. Dans l'agriculture, par exemple, il y a des robots qui traient les vaches. C'est déjà, par exemple, les Européens et la France en particulier sont leaders dans ce marché-là. Il y a des secteurs de robotique inattendus. Il y a une société qui nettoie les vignes automatiquement avec des robots pour que la qualité du vin soit meilleure. Il y a tellement de domaines, l'agriculture.
Ils sont donc meilleurs que les humains, vous laissez entendre.
Ce n'est pas qu'ils soient meilleurs que les humains, c'est qu'ils font un travail qui est beaucoup plus systématique et qui serait harassant à faire par l'homme. C'est-à-dire que ce ne serait pas possible, brin d'herbe par brin d'herbe, de l'analyser, de l'enlever, de ne pas l'enlever. Laissons ça aux machines. Parce que c'est ça, en fait, la finalité. Ils ne sont pas syndiqués, en plus. Ils ne sont pas syndiqués, mais ça, ce n'est pas tellement grave. Ils le seront peut-être un jour. Le plus important, c'est qu'ils ne sont pas l'opposé de l'homme. D'ailleurs, les Japonais ne parlent déjà plus de robots, mais ils parlent de kobos, pour collègues robots ou pour compagnons robots.
C'est-à-dire qu'ils ont oublié le mot robot, pour balisquer vers les kobos, pour dire que ce sont des outils intelligents, des machines intelligentes qui vont participer à notre quotidien.
Oui, parce que moi qui n'aime pas les machines, j'aurais tendance à vous dire que, bon, ben voilà, moi je veux bien qu'il y ait des robots, mais ça fait du boulot en moins pour les hommes. C'est la première analyse qu'on peut faire. Elle est fausse.
Elle est fausse, malheureusement ou heureusement. En tout cas, elle est certainement fausse à long terme, puisque c'est vrai qu'il y a des jobs qui vont disparaître. Les jobs pénibles, dangereux, risqués, répétitifs, absolument, vont disparaître et tant mieux. Et puis à côté de ça, il y a des jobs qui vont apparaître, mais des jobs de tous les niveaux. Il ne faut pas simplement des gens qui ont des Bac plus 12, des techniciens de mainstance, des installateurs, des suiveurs de robots, des gens qui vont les accompagner dans le quotidien. Je vais vous donner un exemple dans la médicale.
Quand vous allez chez un médecin aujourd'hui, vous passez une vingtaine de minutes avec lui, en moyenne, c'est des statistiques françaises, dont pratiquement 15 minutes sont des gestes répétitifs et systématiques. J'écoute, je prends la température, je regarde, etc. Est-ce qu'il ne faudrait pas mieux que tout ça soit soiffé un petit peu par une machine rapidement et qu'on puisse passer 20 minutes à dialoguer avec son médecin ? Donc la co-botique, ça se cache...
Il existe celui-là, le robot, là, qui vous scanne complètement, qui prend la température, la tension, tac, tac, tac, tout seul ?
Alors, ça vous étonnera, mais il existe en tout cas sous des formes diverses. Donc il y a des capteurs aujourd'hui qui sont capables, juste en vous regardant, de connaître votre température, votre tension, votre rythme cardiaque, tout à fait sans aucune intrusion corporelle, quelle qu'elle soit. Donc oui, on arrive maintenant vers des sophistications des capteurs qui font que les robots ont bien plus de sens que nous.
Et donc, Bruno Benel, vous êtes parmi ceux qui disent qu'aujourd'hui, un jeune qui se forme à ses métiers déjà d'aujourd'hui et encore plus de demain, il est sûr d'avoir du boulot à la sortie.
Ah oui, il y a 100% des gens, et ça je l'affirme, qui se forment à la robotique, trouveront un travail, parce que c'est un métier qui est un petit peu comme l'Internet des années 90, 95, ça n'existait pas, c'était marginal, et on a vu la révolution que ça a apporté. D'ailleurs, moi, je parle de révolution industrielle, comme on parlait de révolution industrielle, il y a une manière simple, il y a un salon le 18 mars à Lyon qui s'appelle InnoRobo, où il y a plus de 300 robots qui sont présentés, on voit l'engouement des étudiants, des familles, des gens qui viennent pour comprendre et avoir de l'appétence pour ces nouveaux métiers.
C'est certain que c'est un des métiers, ce sont un secteur d'activité, qu'on appelle un champ diffusant, qu'on doit faire intellectuel, qui va dans tous les secteurs qu'on connaisse, et qui est cette fameuse révolution industrielle.
Alors, qu'est-ce que vous avez fait aujourd'hui avec Arnaud Montebourg ? Vous avez lancé un fonds d'investissement qui s'appelle le Revolution Capital, il est doté de combien d'argent ce fonds ?
Alors, c'est un fonds de 80 millions d'euros, c'est un fonds intéressant parce que c'est 50% d'argent public, donc le Fonds Européen d'Investissement, le FEI, et la BPI, et 50% d'argent privé.
Donc le BIC d'investissement.
Voilà, et l'argent privé avec des grandes entreprises, Orange, EDF, Thales, AG2R La Mondiale, et puis des entrepreneurs, moi-même, M. Simoncini, qui voulons jouer le jeu. Donc c'est un fonds qui réunit à la fois des entrepreneurs, des grosses structures et de l'institution.
Et vous allez faire quoi avec cet argent ?
Investir dans les sociétés françaises et européennes spécialisées en robotique de service. Parce que le Paris, c'est la très haute technologie. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ça va très vite, le numérique se solidifie, comme on dit, c'est-à-dire qu'il rentre dans les machines, et les Français sont très très loin d'avoir perdu cette guerre, et l'objectif, c'est de les mettre sur le podium des Jeux Olympiques de la robotique.
D'accord.
Elle est tellement diverse qu'on ne gagnera pas toutes les batailles. Clamer, on sera les numéros 1 mondiaux de la robotique, c'est très ridicule. Mais dans certains secteurs, on peut gagner. Et ce qui manque à beaucoup d'entreprises, ce sont les moyens de construire une stratégie. Parce qu'à l'inverse du numérique traditionnel, il faut des moyens pour acheter des moteurs, faire des moules, construire des robots. C'est un petit peu moins... C'est un petit peu plus cher que simplement faire du code informatique.
Peut-être que ce qui manque également, ce sont des gens compétents, des jeunes en formation, qui sortent très bien formés. Est-ce que là, les filières de formation en France sont suffisantes, correctes ou améliorables, sans doute ?
Alors la bonne nouvelle, c'est que c'est améliorable. Mais ça y est, ça commence. Il y a beaucoup d'un col d'ingénieurs, l'INSA de Lyon, par exemple, qui ont créé des options en cinquième année roboticien. C'est-à-dire qu'on sort en étant un diplôme où il y a marqué robotique. Ce genre de diplôme vaudra certainement une clé à 100% pour l'emploi de demain. C'est la même chose dans les domaines des BTS et des formations plus techniciennes. Je pense qu'on est sur la bonne voie. En tout cas, le plan France Robots Initiative qui avait été initié avec Arnaud Montebourg et dont il m'a confié la responsabilité, il dit bien ça.
Il dit que pour faire la filière, il faut sensibiliser les salons INROBO, former les écoles, faire des diplômes, trouver des moyens, révolution capitale, soutenir la recherche, beaucoup de défis de recherche, et enfin, aider les entreprises à se robotiser. C'est le plan Start Robots PME qui donne les moyens aux entreprises petites de financer leur premier robot.
Une dernière question un peu plus personnelle, Bruno Bonnel. Pourquoi vous êtes si fan de robots ? Tout petit déjà, vous jouiez avec ça ? Moi, j'ai construit mon premier robot,
j'avais 10 ans. C'était à partir d'un moteur de machine à laver. Vous l'avez construit, vous ? Oui, un moteur de machine à laver. C'est un robot épouvantail. Dans mon souvenir, il a explosé au bout de quelques minutes, donc je pense qu'il a duré 5 secondes. Et j'ai compris que la technologie n'était pas au point. Maintenant, j'en ai 55, 45 ans plus tard, je peux enfin refaire mon robot épouvantail. Donc c'est un peu ma rosebud à moi. C'est un petit peu ma nostalgie à moi. Et en tout cas, ma conviction, c'est que cette mutation du monde qu'on fait, qu'on vit en ce moment, une des pistes de solution de cette fameuse crise, c'est bien la robotique.
Bruno Bonnel, passionnant. Passionnant. En plus, j'ai tout compris. C'est formidable. Merci beaucoup d'être venu nous expliquer tout ça à RTL Soir et de nous avoir fait partager votre passion qui, visiblement, est grande. Je vous souhaite une bonne soirée. Merci.