Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewJe me torche avec les droits d'auteurs· 30 octobre 2022 23 min

[RÉUPLOAD] MADELIN : DU POING AMÉRICAIN AU COSTARD CRAVATE (tronqué)

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bon, tu as vu ? On a un nouveau décor. Oui, c'est on est en réalité augmentée.

On est en réalité augmentée les amis. Regardez la mer, le cubolfact. Non mais tu peux pas dire des trucs comme ça.

Sois sérieux. On va parler d'un faud aujourd'hui. Oui, c'est vrai.

Bah non, c'est un libéral, c'est un madelin. Non, mais c'est les mêmes, c'est vrai. Bon, allez, on y va. [Musique] Mesdames, messieurs, bienvenue.

Bon, si on vous dit Alain Madelin, vous pensez à quoi ? Je pense que la plupart d'entre vous pense à la loi du 11 février 1994 he qui avait pour objectif de permettre aux travailleurs non salariés, non agricoles de bénéficier de compléments de pension de retraite et de compléments de garantie de prévoyance personnelle constitué par des cotisations déductibles du bénéfice imposable. Oui.

Bah oui, on pense tous à ça. Mais c'est pas que ça Alin Madelin. Il a eu une longue carrière.

Il a été député, maire, député européen, trois fois ministre. Il a le parcours d'un libéral un Madelin. Il sera d'abord engagé au républicain indépendant avec Giscar et ensuite il sera ministre sous Chiraak, d'abord à l'industrie puis aux finances.

Et en 2002, il se présente même à la présidentielle avec sa propre formation politique, démocratie libérale avec un clip de campagne pas ouf. qu'on est quand que ça va bouger. Il obtiendra à peu près 4 % des voix.

C'est pas terrible mais il se placera comme le représentant le plus identifié du libéralisme en France. Voilà, un parcours politique assez classique de droite. Bon, si on excepte un passage dans un groupuscule d'extrême droite très violent dans les années 60, mais Oui, mais c'était avec une petite condamnation pour violence et voix de fait avec arme et préméditation, mais on va pas lui jeter la pierre pour ça.

Non, mais débruti, on a tous fait des conneries dans notre jeunesse, c'est bon, passons à autre chose. Et puis de toute façon, il est pas connu pour ça, l'essentiel de sa carrière politique. il a passé à parler de libéralisme. [Musique] On est tout de même au 21e siècle.

Et oui, on dirait pas mais on était bien au début du 21e siècle quand ce clip est sorti. Et à cette époque et depuis le début des années 80 déjà, le libéralisme incarnait la modernité et Madelin, on a été un de ses plus ardents promoteurs. Ici par exemple Cherardisson, il y a un problème quand même, c'est qu'en France libéralisme c'est un gros mot.

En France les gens ça leur fait peur. Bizarre et même la droite mais même la droite parler du libéralisme comme d'un poison. Et si vous voulez quand même un jour ou l'autre retrouver le chemin du plein emploi, créer du pouvoir d'achat et sortir les gens un petit peu de la panne d'ascenseur sociale dans laquelle ils sont, je crois qu'on a besoin d'un certain nombre de réforme dites libérales.

Et là où Madelin et Hardisson ont raison, c'est qu'en France, on utilisait pas trop le mot libéral. On faisait les réformes quand même, mais on disait qu'on les faisait au nom du pragmatisme, du réalisme, il faut s'adapter. Madelin était un des rares à assumer et à revendiquer cette idéologie et à demander des réformes ouvertement libérales.

Elles sont appelées libérales ailleurs, partout en Europe. Et il y a qu'en France, il y a qu'en France, je vous assure, attendez, je termine un mot. Il y a qu'en France où on oppose le libéral et le social.

Vous êtes libéral ou vous êtes social ? Mais non, je suis les deux. Je mets la trait d'union entre les deux.

Bien sûr. Oui, c'est vrai que pour nous, les gens de gauche, il petite contradiction. Nous, on entend libéral, on s'imagine que c'est des mecs qui veulent tout céder au patronat, péter les protections sociales, casser le code du travail.

Mais concrètement oui, c'est ce qu'ils veulent faire. Pour libérer le travail et créer de vrais emplois, Alan Madelin s'engage à alléger le droit du travail et toutes les réglementations qui freinent la création d'emplois. À offrir un contrat formation emploi pour chaque jeune, négocier avec les entreprises.

À libérer le travail pour sortir du carcan des 35 heures obligatoires pour tous. Laisser les partenaires sociaux organiser librement le travail dans l'entreprise pour travailler plus, travailler moins, travailler différemment pour trouver une administration ouverte faire ses courses ce dimanche. Heureusement maintenant on peut enfin aller à le Roi Merlin le dimanche et se faire livrer Uberitz le soir.

Ouais, quelque part on a un peu basculé dans le monde d'Alain Madelin mais sans qu'on nous dise jamais clairement que c'est du libéralisme. Bon, alors c'est quoi finalement le libéralisme ? un petit bonhomme, c'est pas juste aller à Casto le dimanche.

Ah bah attends, alors Madelin, il a la réponse d'ailleurs. Il aime tellement ça le libéralisme qu'il a même dirigé un bouquin sur le sujet aux sources du modèle libéral français, ça s'appelle. Au début de l'ouvrage, Madelin va s'attacher à préciser les contours de la pensée libérale.

C'est une pensée politique ancienne qui remonte au 18e siècle et qui présuppose que l'homme est un être libre de faire en conscience le bien ou le mal. Le libéralisme, c'est aussi, explique Madelin, un état moins puissant, moins autoritaire et un ordre juridique qui protège avant tout l'individu. Et dans cet ordre juridique démocratique, la liberté économique est bien entendu indispensable à la prospérité de la société.

Pour un libéral, l'économie est d'abord avant tout faite d'hommes et de femmes plus ou moins inciteill à faire preuve d'initiative, à entreprendre, à innover, à travailler, à faire preuve de responsabilité dans des structures sociales qui favorisent plus ou moins le meilleur de chacun. Et enfin, et c'est ce que disait Madelin chez Hardisson, il voit dans le libéralisme une dimension sociale. Il considère que syndicat libre et libre entreprise sont complémentaires mais il faut pas que l'État il foute son nez là-dedans.

Le libéral et quelqu'un qui a une intervention de l'État préfère à chaque fois que cela est possible une intervention des intéressés eux-mêmes spontanément associé. Vous avez compris ? L'ennemi c'est l'État.

Il faut que les individus soient libres, libres de s'exploiter entre eux mais aussi de s'associer entre eux pour résister à l'exploitation. On va finir par atteindre de toute façon un point d'équilibre, mais il faut pas que l'État empêche d'atteindre ce point d'équilibre. Voilà.

Et pour Madelin, ce qui permet d'atteindre ce point d'équilibre, c'est la libre concurrence. Ah ouais, on adore ça nous. La libre concurrence.

La concurrence, c'est ce qui permet d'obtenir la meilleure utilisation de l'argent disponible. Et quand vous laissez faire la concurrence, en permanence, les entreprises sont obligées de donner le meilleur d'elles-même. Donc, vous avez des entreprises qui sont compétitives et si les entreprises sont compétitives, elles n'ont pas de difficulté à se développer et à créer des emplois.

C'est et à donner de bons salaires. Je crois que c'est cela le miracle britannique. C'est les libertés économiques fondamentales, les libertés des prix, la liberté de la concurrence, un droit du travail beaucoup plus souple que le nôtre.

Ah, on y arrive. Effectivement, on a fini par y arriver hein, à cette sociétélà avec loi travail, les baisses de charges, les machins. Depuis 2002, de toute façon, on a eu Sarcozi, Hollande, Macron.

Les logiques que prenait Alain Madelin ont été appliquées. Et ben oui, mais maintenant qu'on a tout fait comme il veut, il doit être tranquille. D'ailleurs, il devient quoi Madelin ?

Bon bah, il est pas mort hein, il s'est mis en retrait de la vie politique dès 2007 mais il a continué à intervenir dans les médias. Il a soutenu Jupé à la primaire de la droite en 2016. Il a salué les propositions de Macron pendant la campagne de 2017.

Ah puis il a été intervenant régulier sur Itlé, BFM Business et puis il a été en Ukraine il y a pas longtemps. Voilà, il s'occupe et puis jusqu'en 2019, il a été à la tête d'un fond de placement à risque, la tour capitale. Oui.

Bah après avoir passé toute sa vie à défendre les entreprises, il faut bien qu'à un moment il rentabilise son engagement. Bon, je me fais pas de souci pour lui he, il a quand même un bien beau parcours. Bon, sauf au début.

Oui, c'est vrai, on vous le rappelle, au début, il a démarré son engagement dans un groupuscule d'extrême droite, barre de fer à la main. Donc oui, il y a une sacrée métamorphose. D'ailleurs, on peut peut-être revenir sur ces tout début.

Mais oui, parce que c'est vrai que nous on s'est posé la question, c'est quoi la cohérence de ce tru là ? Comment tu peux défendre autant la liberté sur tous les plateaux alors que à la base tu préférais des trucs comme genre le fascisme ? Ouais, c'était pas trop démocratie libérale.

Bah c'était ni démocratie ni libérale à la base son truc. Ceci dit, on lui reparle souvent de ses engagements de jeunesse quand il est invité dans les médias. Mais ça pète l'ambiance un peu à chaque fois, c'est pénible.

Vous avez remarqué, on dit pas le mot extrême droite, on dit rien. Non non, c'était un engagement limite humaniste hein pour les harquis hein à les écouter. On dirait que juste il avait un comité de soutien des harquis pas plus.

Dans les années 60, les fac françaises sont pleines de gens de gauche et la grande question qui anime ses étudiants engagés, c'est l'Algérie. On fait des tractes, des comités de soutien et l'UNF en vient même à signer un appel à engager des pour parler avec les indépendantistes algériens. Pour les étudiants de droite ou les étudiants à politique, toute cette propagande gauchiste est insupportable.

Il est temps de s'organiser pour contrer cette chan. En 1960, des étudiants nationalistes s'organisent et font de la FE. Ce sera le premier engagement d'Alain Madelin et c'est seulement en 1964 qu'il sera exclu de cette Fédération des étudiants nationalistes et qu'il va fonder Occident.

Voilà. Alors là, le but c'est plus de défendre les harqu là, il va justifier cet engagement par l'anticommunisme. Bon, Occident, c'est quoi ?

C'est quelques centaines de militants au max qui sont là pour faire le coup de force. Ils sont là pour casser du gauchiste. Mais plus tard, quand on lui reparlera de cet engagement, il continuera à le justifier essentiellement par l'anticommunisme.

D'ailleurs, un de ses camarades de l'époque avec lequel il a quasiment codirigé le mouvement, Alain Robert utilise les mêmes arguments. Voilà, c'était une petite résistance face au totalitarisme communiste. Ah non, mais le gars, tu le laisses parler 2 minutes, il va t'expliquer qu'Occident en fait, c'était un club de lecture.

Un club de lecture un peu fasciste quand même he et un peu violent. C'était même le principe du truc. Tenez, dans son bouquin Génération Occident, le journaliste Frédéric Charpier en parle.

Il nous décrit le mode opératoire de ce groupuscule d'extrême droite lors de ses opérations commando. Le 2 juin 1964, Occident prend pour cible un gala organisé par l'UNEF et la CGT qui doit se dérouler au cinéma le Savoie, boulevard Voltaire à Paris. L'opération est minutieusement préparée, repérage, guetteteur et cetera.

Aux alentours de 21h30, une quinzaine de militants s'engouffrent dans le hall du cinéma. Ils ont pris soin de se vêtir correctement et se sont équipés de barres de fer, de chaînes de vélo et même de crochets de boucher. Et l'autre Aubert là qui nous parlait de petit ral, de d'imables réunion de jeunes.

Ah non mais ils se fout clairement de notre gueule hein. Oui oui. Lis-nous la suite des aventures de ces joyaueriesill et pris de liberté.

La bagarre commence. Une matraque s'abat sur le crâne d'un journaliste. Plusieurs points de suture seront nécessaires.

D'autres spectateurs accouru à leur tour se joignent à une brève mêlée générale. L'un d'eux reçoit un tabouret en pleine figure avant que le commando ne se retire. Ce sera une règle à Occident. ne jamais s'attarder sur les lieux de ses interventions.

Ses militants profitent de l'effet de surprise d'un armement supérieur à celui de l'adversaire et s'éclipse avant l'arrivée de la police ou de crouler sous le nombre. Alors ça c'est l'action telle qu'elle est décrite dans ce bouquin mais à l'époque ça avait fait du bruit. Il y avait eu des articles de presse et on vous a retrouvé l'article qui en parlait dans le monde et figurez-vous qu'à l'époque la police avait quand même retrouvé certains des assaillants.

Le chef du commando, Patrick Lemire, un étudiant de 23 ans a été arrêté. En perquisitionnant dans la chambre d'une de ses amies, Joseline, mineur de moins de 18 ans, les policiers ont trouvé des affiches, des tractes, des brochures subversives et des croix gamées. Comme quoi, ils étaient contre la dictature du prolétariat.

Mais on vous rappelle les croix gamés, ils étaient peut-être pas contre la dictature de Hitler. La violence sera donc le mode d'action privilégié d'Occident. C'est même dans leur programme, ils l'ont théorisé.

Pour les jeunes nationalistes, la violence se justifie par celle du pouvoir et un rejet du légalisme. Ils misent sur l'exemplarité de leurs actions qui préparent le terrain au soulèvement national censé leur permettre de s'emparer des leviers de commande de l'État. C'est un groupe fasciste et révolutionnaire hein, c'est dans leur programme, ils veulent en finir avec la démocratie.

H et je vais vous lire des extraits de de ce qu'il y a dans leur programme qui était calqué sur suite jeune nation. Ils veulent finir avec le régime, rendre sa grandeur à la France en réalisant une seconde révolution française antilibérale et antimarxiste. Abolir le suffrage universel et on n'oublie pas les éléments racistes et antisémites.

On vous rappelle qu'on vous parle quand même de l'extrême droite. Oui. Voilà.

Il faut traquer les puissances financières qui doivent être écartées des responsabilités politiques. La franc-maçonnerie, les Mtech. Et dites-vous que ça c'est ce qu'ils écrivent ouvertement parce qu'un jour il y a un de leurs militants qui s'est lâché dans une interview pour Paris Press et je vous préviens c'est beaucoup plus violent.

De Gaulle est un agent du juif Rodschield. Il faut renvoyer les juifs en Israël et Toress à Moscou. Le militant dit qu'il est toujours volontaire quand il s'agit de défendre la patrie française contre la racaille marxiste contre les juifs.

Et il veut défendre le patrimoine héréditaire de l'homme blanc. Et quand le journaliste lui répond que quand même, ils sont pas très nombreux à Occident et donc c'est un programme un peu ambitieux, lui il répond "Ah bah quand tout a commencé en Allemagne, les Nis n'étaient pas si nombreux. Pourtant Hitler a réussi." Et on vous rappelle que c'est cette organisation là que codirige Alain Madelin.

Oui. Et Alain Madelin, c'est pas un militant de base, c'est vraiment un dirigeant du mouvement et il le sera jusqu'au bout. Pourtant, il ne sera jamais confronté aux positions passées de son organisation ou de ses membres.

Oui. Alors, son astuce rhtorique, c'est de renvoyer dos à dos le communisme et le nazisme. C'est pareil.

Et vous allez voir dans cet extrait qu'il est aidé en ça par Tyré Hardardisson. Malgré tout ce qu'on vient de vous raconter sur Occident, ses méthodes, son programme, les propos de ses militants, Alain Madelin va toujours se dédouiner de son engagement en évoquant les crimes des communistes. Même dans sa biographie personnelle sur son blog qui n'est plus en ligne aujourd'hui, il écrit "Et comme à ce moment-là la France de l'anticommunisme était marginalisée, nous avons systématiquement été confinés à l'extrême droite.

En face, ils étaient pour Mao et Paul Pot, pour les gardes-rouges et pour les CR rouges. Je ne regrette pas de ne pas avoir choisi ce camp-là. Bon, Occident, ça va encore durer quelques années pour Madelin, mais quelques événements vont précipiter la fin de ce groupuscule.

Tout d'abord, en 1967, lorsque les membres du mouvement décident de s'en prendre au comité pour le Vietnam sur le campus de l'université de Rouan, les militants d'Occident sont descendus exprès de Paris et ont préparé l'attaque. Une vingtaine d'individus, blousons et manteaux de cuir noir, a transperscé le brouillard. Ils brandissent des barres de fer, l'un d'eux un trident.

Il hurle Occident vaincra Occident passera de Gaul au poteau. Ce rue avec une harne incroyable sur les porteurs de pancartes du Comité Vietnam et s'empar du drapeau Vietkong. Le raid est ponctué de cris et de hurlement quelques-uns stridant de douleur.

Puis le silence retombe, le commando s'est déjà replié. Résultat de cette petite escapade bucolique en scène maritime, beaucoup de blessés, des flaques de sang, des dents cassées et même un militant de la JCR qui est tombé dans le coma. Une clé anglaise lui a enfoncé la boîte cranienne.

Et al Madelin, il était là ? Mais bien sûr qu'il était là. Oui, c'était un des dirigeants du mouvement.

En plus, il avait 20 ans, il était en pleine forme. Il était là avec ses copains Gérard Longuet, Patrick de Vedjan. Le chef du commando c'était Alain Robert.

Oui. Le Spider-Man français. Non, celui que vous avez vu tout à l'heure en train d'expliquer qu'Occident c'était une bande de jeunes sympathique.

Ouais. Enfin, il distribu à des mandales surtout. Et donc, c'est suite à cette affaire que Madelin et ses potes vont être poursuivis par la justice, ce qui a un petit peu cassé l'ambiance au sein du groupe parce que tout le monde cherchait qui était le traître qui avait balancé.

Ils vont porter leur soupçon notamment sur Devjan Jean. Ils vont l'interroger en le mettant à poil dans une baignoire. Du coup, Devjan va s'enfuir par la fenêtre.

Il va se retrouver tout nu dans la rue et se faire arrêter par la police. La cohésion du groupe s'émiette un peu à ce moment-là déjà. Et juste après, il y aura mai 68 et là, ils vont être un peu perdus.

C'est les gauchistes qui tiennent la rue. Du coup, no faacho se demande carrément s'il faut pas aider les flics. Madelin va même proposer de raller de Gaulle.

Ils font face à des militants de gauche beaucoup plus entraînés. C'est compliqué. Bref, le mouvement s'essouffle et finira même par être dissou à l'automne 68 après un éème raid, cette fois-ci sur un local syndical.

Et notre pauvre Madelin, alors qu'est-ce qu'il va devenir ? Bah oui hein, comment tu passes de ça à ministre ? Parce que Mado, comme on l'appelait à l'époque, il a pas un profil classique.

Normalement, si tu veux être ministre, faut faire la préfectorale et puis la cour des comptes et puis je sais pas quoi. Faut pas faire des truc de nazi. Nous-même, on comprenait pas comment il avait fait sa mu, même philosophiquement.

Alors, on a essayé de chercher une cohérence entre la pensée fasciste et la pensée libérale. Bon, c'est possible de trouver des points communs théoriques, hein. Vous pouvez lire Chaputo libre d'obéir sur les liens entre le capitalisme, le nazisme et cetera.

Enfin bon, Madelin c'est pas un parcours intellectuel théorique machin. Le gars est pas philosophe à la base de et puis Occident c'est pas le HESS hein, c'est pas le mouvement avec la formation théorique la plus solide du monde. Donc il fallait chercher ailleurs.

C'est pas forcément un parcours qui est cohérent intellectuellement. Rappelons-nous de la situation. Là on est dans les années 60.

Madelin est au bout de son engagement pour l'extrême droite. Un engagement qu'aurait pu être une impasse pour lui. Et il y a une figure qui fait le lien entre l'anticommunisme des années 40 et celui de la guerre froide.

Cet ancien collabo qui a fait de la prison pour ça après la guerre a fondé en 1948 un institut à l'aide de fond qui venait entre autres de la CIA. Cet institut surnommé la centrale où la centrale Albertinie va être une source de renseignement et de documentation pour tous les milieux qui avaient intérêt à lutter contre le communisme et le syndicalisme. Ah ça se dit anticommuniste mais ça fait des fiches sur tout le monde.

Et c'est donc cette maison Albertini qui va ouvrir ses portes à Alain Madelin. Et pas qu'à Madelin, Albertini a aussi recyclé d'autres anciens membres d'Occident. Hervé Novelli, Patrick de Vedjan ou encore Gérard Longuet.

Madelin va être charonné par Guy le Monier, un ami d'Albertini et un autre ancien collabo qui va l'initier à la pensée libérale. Voilà et c'est comme ça que va débuter le chemin d'Alain Madelin vers la respectabilité. Il commence à être invité à dîner, on lui présente des gens, on le fait travailler, on le fait lire et on le forme à autre chose qu'à la bagarre.

J'ai expliqué à Madelin qu'il fallait d'abord regarder l'intérêt général et laisser l'idéologie de côté. Je lui ai fait découvrir l'économiste Frédéric Bastia. Puis Madelin a été le metteur en scène de la semaine de la pensée libérale.

Il a été rapidement conquis mais a conservé cependant un sentiment de révolte. L'Institut supérieur du travail, une des structures de la maison Albertini, vend aux entreprises des formations et des conférences pour les aider à lutter contre la gangraine syndicaliste et communiste. Madelin va donc être utile à ce petit milieu.

Il va être utile au patronat grâce à sa connaissance des milieux gauchistes et de leur mode d'organisation. En lisant les tractes rédigés dans les ateliers de la régie Renault, Madelin a été capable de repérer ce qui était tenu par des trotskistes. Il a d'ailleurs fait sur les trotskistes un certain nombre de conférences à l'IST et des articles sur les gauchistes dans Estouest, la revue atlantiste tenue par Albertini.

Mais les structures d'Albertini ne se contentent pas de compiler des informations sur les communistes. Ils font aussi un travail de promotion de l'idéologie libérale auprès des décideurs. Ce travail idéologique, il est important parce que pour Albertini, la pensée libérale est un vrai moyen de lutter contre les communistes.

Comme l'explique cet article dans la tribune. Il préconise toute une tactique réellement prémonitoire pour couper l'herbe sous le pied aux revendications sociales. Promouvoir le dialogue social entre patronat et syndicat via la signature de convention collective. donner le maximum de responsabilité réelle au syndicat dans la gestion des institutions sociales, cela signifiant qu'ils auront devant leurs administrés la responsabilité de la mauvaise gestion.

Donner un rôle concret au syndicat dans l'appareil de production capitaliste permet de les rendre moins subversifs. Ça aussi c'est une idée que le bon élève Alain Madelin va reprendre et promouvoir des années plus tard. Je ne propose pas, comme le fait le gouvernement de refaire le droit du travail d'en haut. dit simplement laisser les partenaires sociaux adapter le droit du travail à la réalité des profession à la rétité de l'économie dans des accords donnant donnant dans des accords gagnants gagnants.

Grâce à la pensée et aux solutions libérales, il est possible de combattre les communistes sur leur propre terrain, celui de l'économie. Et on peut donc ranger les points américains, oublier les gardes à vue. La maison Albertini bénéficie de nombreux soutiens patronaux, américains.

L'argent coule à flot. Et Alain Madelin va enfin pouvoir troquer le blouson noir contre un compet cravate. D'autant plus que dès sa sortie du groupe Occident, Madelin s'est engagé avec Giscar chez les Républicain indépendant, un groupe libéral et proaméricain.

Et ça, ça marque le début de sa vraie carrière politique. Il est donc entré dans la famille de la droite républicaine, mais évidemment au vu de son passé, ce sera jamais le plus grand rempart contre l'extrême droite hein chez eux, même quand il sera devenu ministre. C'est vrai que les électeurs du Front National ont les mêmes valeurs que la majorité.

Euh lorsque nous étions ensemble en juin 84 dans la rue pour défendre l'école libre avec euh les baristes, avec les chirakiens, avec beaucoup beaucoup de Français, il y avait aussi des électeurs et des sympathisants du Front National. Était-ce une raison pour renoncer à défendre l'école libre ? Pour dire bah, puisqu'il y a des gens du Front National, on ne défend plus l'école libre.

Bien sûr que non. Donc, il faut être soi-même en politique. Tout aussi représentatif de la complaisance de Madelin vis-à-vis de l'extrême droite, il y a cette séquence au Parlement européen.

Un eurodéputé du Front National, Claude Autant Lara, devait prononcer un discours. L'extrême droite étant encore pestiférée à cette époque, tout le monde se barre, même la droite. Personne ne veut écouter ces conneries.

Tout le monde non. Car Alain Madelin choit plutôt de faire semblant de lire le journal mais ne bouge pas de son siège. Il se justifiera par la suite.

Il faut que nous vivions avec nos différences et lorsque l'on ne met pas en cause les valeurs auxquelles nous sommes profondément attachés, je veux dire les droits de l'homme et bien pour le reste que la liberté d'expression soit. Alain Madelin a gardé tout au long de sa vie des liens avec ses anciens camarades et certains d'entre eux ont de toute façon intégré la droite républicaine. C'est le cas de de Vedjan ou de Longuet par exemple. pendant sa campagne pour être élu député, il va se servir de ses liens qui lui restent vu qu'il va utiliser des gros bras d'extrême droite pour assurer son service d'ordre.

Donc, il n'a pas coupé les ponts mais il reste discret sur ses engagements passés. Une scène racontée dans un bouquin intitulé "Sus fronts itinéraires de militants écrits par Édouard Ferrand et Jean-Lin Lacapelle raconte bien les relations ambigues de Madelin avec son ancienne famille politique. J'étais allé prendre un verre d'eau gazeuse avec le député Front National Roger Olindre à la buvette de l'Assemblée.

Alain Madelin, fraîchement nommé ministre, buvait le champagne avec les membres de son cabinet. Roger l'aperçoit, il se dirige vers lui et lui lance droit dans les yeux. Écoute bien ce que je vais te dire.

Si un jour au cours d'une séance tu nous attaques en nous traitant de gens d'extrême droite, je monte à la tribune et je dis à tout le monde qui tu es. Compris ? Les conseillers du ministre étaient médusés.

Alain Madelin se faisait tutoyer par un inconnu qui de surcroix le menaçait. Madelein, lui est resté serein. Il lui a juste répondu "Roger, tu me connais, je te ferai pas ce coup-là." Il ne l'a effectivement pas fait.

Madelin va continuer toute sa vie de fréquenter un peu tout le monde. Il est un membre assidu du club de l'horloge, un groupe de réflexion d'extrême droite qui prône le national libéralisme et qui est proche lui-même de la Heritage Foundation qui lui assure le soutien de la droite américaine. Et il fera aussi partie de la société du Montpèlerin, un groupe très libéral fondé par AEC et Milton Friedman, un groupe dont fera notamment partie Margarette Toucher.

Quel parcours ! Ah ! C'est pas mal pour une petite frappe de l'extrême droite là.

C'est c'est un vrai modèle de réussite républicaine. On cherchait nous le fil conducteur entre l'extrême droite et le libéralisme. Alors selon Madelin, ce fil conducteur, ça a été l'anticommunisme.

Il l'explique d'ailleurs lui-même dans sa biographie. Tout jeune adolescent, je me suis révolté contre le totalitarisme communiste et je me suis engagé. Ce même engagement m'aurait sûrement conduit en 1940 à lutter contre le totalitarisme nazi et le régime de Vichi.

C'est en réfléchissant aux raisons de cet anti-totalitarisme viscéral que je suis venu à la philosophie libérale. Après, on croit ou pas, mais on peut aussi se dire que c'était une question d'opportunisme. En effet, Madelin était coincé dans un groupe très radical dans une impasse et on lui a offert une possibilité de carrière.

Ceci dit, c'est intéressant de voir que c'est pas un parcours si atypique que ça. Il y a tout un tas de membres de l'extrême droite qui ont été recyclés après la guerre dans les pensées capitalistes, néanagériales et cetera. souvent avec le soutien de structures patronales ou pro-américaines.

Voilà. Mais au final, ces gens ont fini par devenir des rouages utiles de la machine de guerre idéologique capitaliste. Et ça c'était particulièrement utile dans le contexte de la guerre froide.

Mais voilà, si vous voulez en savoir plus, on vous conseille en effet ce bouquin Libre d'obéir de Johann Chaputo euh qui raconte comment ça s'est passé notamment outrein. Ce qui est siidérant, c'est que ce recyclage de fachot, ça passe. Aujourd'hui, Madelin est sur BFM pour défendre la démocratie ukrainienne contre le totalitarisme russe.

Tant mieux, mais il a jamais eu à répondre de ses engagements passés. Occident restera donc un inoffensif club de jeunes qui voulait simplement moins de marxisme. Du coup, c'est une bonne nouvelle ça pour les jeunes avec Zemour, ceux qui ont tabassé des militants antracistes à ville peinte.

Si tout se passe bien, dans 10 ans, ils seront ministres d'Edouard Philippe et quand on les interrogera sur leur passé, ils n'auront jamais à rendre de compte. Ils pourront affirmer qu'ils n'ont jamais été raciste et on leur passera tout au final, un peu comme on a tout passé à Alain Madelin. Le prochain épisode, ce sera le gros épisode de fin de saison.

Voilà, donc ce sera pas au mois de juin, mais au mois de juillet. On prend un peu plus de temps pour le préparer et on vous laisse deviner sur qui ça va tomber. Mystère, on sait pas.

Et si vous-même vous voulez vous repentir de votre parcours d'anciens militants d'ultra droite violente, vous pouvez le faire en donnant de l'argent à blast pour défendre une presse indépendante. Ouais. Alors, c'est plus rare comme mutation ça.

Ouais, c'est un peu différent. Ils vont quand même plus souvent à droite que chez nous. savoir pourquoi, c'est peut-être un peu les mêmes.

Ah. [Musique]