90 ans des congés payés : "C'est sacré pour les Français puisque c'est un moment de respiration", souligne Stewart Chau
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 6h21, 1936, l'été qui a tout changé, la naissance des congés payés grâce au Front populaire, une révolution sociale, des familles voient la mer pour la première fois de deux semaines. Au départ, on est passé à cinq. Que représentent ces congés payés pour les Français d'aujourd'hui ? Qu'en font-ils ? Y a-t-il une semaine de trop, comme le pensent certains députés ? Notre invité publie une étude sur le sujet. Bonjour, Stuart Shaw. Bonjour. Vous êtes sociologue de formation, directeur des études chez Vériant, le cabinet qui a été sollicité par Airbnb pour réaliser cette enquête à l'occasion des 90 ans des congés payés.
Alors, j'ai retrouvé une archive qui raconte que le chef du gouvernement de l'époque, Léon Blum, a reçu cet été-là des tonnes et des tonnes de cartes postales, de remerciements de la part des Français qui partaient donc en vacances pour la première fois de leur vie. Est-ce qu'aujourd'hui, on y est toujours aussi attaché ?
Oui, on y est toujours aussi attaché. Je crois que ce rapport que les Français ont avec les congés payés dit beaucoup de choses de notre époque. Vous savez, dans une société, on est un peu à la recherche du temps pour soi. Les congés, c'est une façon aussi de reprendre un petit peu la maîtrise du temps. Dans une société, dans une vie, on a le sentiment que les choses vont toujours de plus en plus vite et dont on perd parfois un petit peu la maîtrise. Et donc, les congés, effectivement, c'est sacré pour les Français puisque c'est un moment de respiration, de déconnexion.
Ils connaissent la date. Absolument, ils connaissent la date.
49% des Français arrivent à restituer 1936 comme la date de la création des congés payés. Donc, c'est dire comme cet acquis social est quelque chose d'aujourd'hui très sacré. Du temps libre, pour faire quoi ? Alors, du temps libre, vous avez plusieurs façons, finalement, de l'utiliser. Quand on demande aux Français qu'est-ce que représentent les congés payés pour vous, vous avez, je dirais, trois dimensions essentielles. La première, c'est déjà prendre du temps pour soi, se reposer, qui arrive très largement en tête. Il y a aussi la dimension de déconnexion. Donc, je change de cadre, je change d'environnement. Alors, attention, prendre des congés, ce n'est pas forcément partir en vacances.
On y reviendra certainement. Oui, bien sûr. Et puis ensuite, c'est aussi la capacité, la possibilité, l'opportunité d'aller voir ses proches, rendre visite à ses proches, à ses amis. Donc, il y a aussi toute une dimension, je dirais, relationnelle que les congés englobent aujourd'hui.
Vous parliez de déconnexion. On arrive vraiment à décrocher du travail ? C'est immédiat, dès les premiers jours ?
Non, alors, il en faut quelques jours pour pouvoir décrocher. Un week-end, ça ne suffit pas. Voilà, exactement. Alors, selon l'étude que l'on a publiée, effectivement, par rapport à ce que nous disent les Français de leur expérience, ces actifs, en tout cas, il leur faut à peu près cinq jours pour pouvoir vraiment ressentir les bienfaits des congés. Donc, ce n'est pas immédiat, mais cinq jours, c'est le minimum pour espérer ressentir les effets positifs.
Mais pour vraiment se déconnecter, il faut aussi que le travail nous laisse tranquille. Est-ce que c'est le cas ou est-ce qu'il y a aussi toujours des e-mails, des sollicitations, des coups de fil ?
Alors, vous avez quand même une grande majorité des actifs qui disent pouvoir vraiment déconnecter lorsqu'ils sont en vacances, par exemple, du travail, lorsqu'ils nous répondent à peu près à 64%, pouvoir vraiment se déconnecter. Après, évidemment, il y a des divergences selon les niveaux de responsabilité, les niveaux de poste. Mais oui, je dirais, les congés représentent un réel bienfait de régulation aussi sur son travail, sur son rythme de vie. Et la déconnexion, c'est quelque chose que le Français actif arrive relativement à bien faire.
Alors, avoir des congés, ça ne signifie pas pour autant partir en vacances. Et ça, c'est une question d'argent.
Oui, tout à fait. Alors, quand on pose la question aux Français qui ne prennent pas tous leurs congés, c'est quand même 20% des actifs, en tout cas en déclaratif, qui nous disent ne pas prendre l'intégralité de leurs congés lorsqu'on leur demande pourquoi. Ça, c'est autre chose. Alors, ça, c'est autre chose. Mais lorsqu'on leur demande pourquoi, ce qui est assez intéressant, c'est aussi la dimension financière qui arrive en première position. C'est-à-dire que je ne prends pas mes congés parce que je n'ai pas les capacités d'aller en vacances ou je n'ai pas les moyens de le faire. Donc, finalement, je ne vois pas l'intérêt de prendre des congés.
Même pour se reposer à la maison ?
Même pour se reposer à la maison. Donc, c'est quand même assez intéressant de voir que le lien entre congés et départ en vacances aujourd'hui est encore relativement fait, automatique quasiment. C'est-à-dire qu'on prend des congés d'abord et avant tout pour partir en vacances.
Et est-ce que parmi ces 20% de Français qui ne prennent pas leur jour de congé, il y a d'autres raisons que les raisons financières de ne pas pouvoir partir ? Est-ce qu'il y a aussi des contraintes professionnelles ?
Oui. Alors, c'est très intéressant parce qu'effectivement, la première raison est financière, mais la seconde est liée à l'organisation du travail. C'est intéressant de voir que vous avez une partie non négligeable des Français qui disent ne pas pouvoir prendre l'intégralité de leur congé parce qu'ils sont dans l'incapacité d'être remplacés dans leur travail ou parce que, tout simplement, leur responsabilité ne leur permet pas de partir davantage en congé. Donc, ça pose aussi la question, effectivement, de la fracture qu'il peut y avoir entre les différentes professions. Certaines qui peuvent prendre des congés, d'autres non, et des niveaux de responsabilité.
Donc, ça, c'est quelque chose d'assez important aussi à souligner.
Aujourd'hui, il n'est pas possible de monétiser ces congés payés, mais il y a certains élus, justement, qui proposent cela pour la cinquième semaine. Est-ce que c'est... François Bayrou, notamment, défendait cette idée quand il était à Matignon, ce qui fait hurler, évidemment, les syndicats. Les congés payés, ça reste une conquête sociale fragile ?
Oui, et puis ça reste un acquis que l'on ne veut absolument pas voir fragilisé. Pour le coup, je ne suis pas certain que la monétisation, effectivement, des jours qui ne sont pas pris soit quelque chose de vraiment bénéfique parce qu'entre l'hypothèse de est-ce qu'il faudrait monétiser le temps que les Français ne peuvent pas prendre pour eux-mêmes et, au contraire, organiser et faire en sorte que l'ensemble des Français puissent vraiment prendre le temps pour eux-mêmes, je pense que, sur l'échelle de la désirabilité, il vaut mieux essayer que chacun puisse prendre le temps pour soi.
Est-ce que vous avez regardé ailleurs, autour de nous, en Europe, ces cinq semaines comme nous, ou il y a plus, il y a moins ?
Alors, c'est vrai qu'en France, on est plutôt bien lotis, mais les Français ne considèrent pas du tout qu'on en est beaucoup trop ou un peu trop par rapport à la moyenne européenne.
Merci, Stuart Shaw, directeur des études chez Vériant. Cette enquête a été réalisée en ligne début février auprès d'un échantillon de 1000 personnes représentatives de la population française des adultes âgés de 18 ans et plus. Merci beaucoup. Merci.