Le candidat Raphaël Glucksmann répond aux jeunes électeurs
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Et c'est la suite de cette matinale grand format, nous sommes depuis 8h20 en compagnie de la tête de liste PS Place Publique, Raphaël Glucksmann, et heureux maintenant d'accueillir dans ce studio deux jeunes citoyennes qui vont voter pour la première fois aux Européennes le 9 juin prochain, Julie et Mélika, bonjour !
Bonjour !
Soyez les bienvenus au micro d'Inter, Julie vous avez 18 ans, vous êtes en classe de terminale à Strasbourg et on me dit là dans le casque et dans l'oreille que vous venez d'être reçue à Sciences Po Paris ?
Oui c'est ça !
Et bien félicitations à vous ! Mélika, vous avez 19 ans, vous êtes étudiante en double licence sciences politiques et histoires, vous vivez à Drancy en Seine-Saint-Denis. Alors je donne toujours un chiffre avant de commencer le dialogue que vous allez avoir tout de suite avec Raphaël Glucksmann, un chiffre, un sondage, celui-ci c'est un sondage Ipsos pour Brut, que vous connaissez j'imagine la plateforme Brut, site internet Instagram, page Instagram, Ipsos pour Brut et nos amis de France Info, près de 60% des moins de 30 ans se disent potentiellement abstentionnistes, potentiellement abstentionnistes. C'est un sondage, on verra ce qu'il en est dans les urnes dimanche.
Mais pour vous, question rituelle là encore, Julie et Mélika, c'est fait, vous êtes sûre et certaine d'aller voter Mélika ?
Oui pour moi c'est sûr.
Vous avez fait votre choix ? Oui. On peut savoir ?
Ah c'est pour la gauche.
Ah, il y a du monde ! Il y a du monde à gauche ! Est-ce que vous voulez être plus précise ou respecter le secret des urnes ?
Je préfère respecter le secret des urnes.
Eh bien écoutez, vous avez évidemment le droit. Julie et vous, vous allez aller voter c'est sûr et certain ?
C'est sûr et certain, j'ai aussi déjà fait mon choix mais je respecte aussi le secret.
Le silence et le secret des urnes. Comment vous avez fait pour faire votre choix d'ailleurs ? Vous vous êtes informée comment ? Vous avez lu les programmes, regardé les émissions de télé, écouté les émissions de radio, on ne va pas s'oublier quand même au passage. Comment vous avez fait Mélika ?
Pour ma part c'est ça, c'est donc analyser les programmes, les étudier, suivre les actualités et ça fait déjà plusieurs années que je m'intéresse un peu à la politique, à tout ça. Et donc en discutant aussi avec mes amis, avec mon entourage, en suivant l'actualité, en la laissant bien, en comparant les programmes, on s'en rend compte.
Donc l'idée que les jeunes ne s'intéressent pas à la politique, ça ne marche pas pour vous. Vous vous intéressez à la politique depuis longtemps ? C'est ça. Et vous alors, dites-nous Julie, comment vous vous êtes informée, comment vous avez pu faire votre choix ?
Moi c'est vrai que j'aime bien les grands formats type reportage ou en matinale sur France Inter, les podcasts, etc. Les interviews, je trouve que c'est une bonne façon de s'informer et de connaître les candidats. J'ai aussi lu une partie des programmes. C'est vrai qu'en période d'examen, c'est un peu compliqué, les échéances sont difficiles pour les étudiants.
Et quand on vit à Strasbourg, c'est plus simple de voter aux Européennes et de savoir ce qu'ils en retournent ?
Alors pas forcément. D'ailleurs, ça fait partie d'une de mes questions. C'est vrai que c'est juste dans la ligne du tram E, c'est le Parlement européen. Donc on a peut-être une proximité géographique qui permet un rapprochement de l'Union.
Oui, alors c'est votre première question. Allez-y Julie.
Oui, alors justement, je suis élue au Conseil académique de Strasbourg et avec cette institution, j'ai eu l'occasion de faire un déplacement à Bruxelles aussi. Et on a constaté qu'il y avait un manquement du sentiment européen et à Strasbourg et à Bruxelles, même si ce sont deux villes où il y a les institutions européennes. Et j'aimerais savoir, selon vous, comment est-ce qu'on pourrait rendre la jeunesse plus européenne qu'elle ne l'est aujourd'hui ?
Raphaël Glucksmann. Bonjour, déjà, c'est une immense question et c'est un peu le sens que j'ai essayé de donner à mon mandat, en fait. Moi, j'ai essayé d'impliquer des centaines de milliers de jeunes à chacun des combats que je menais au Parlement européen. Et franchement, sans la mobilisation des centaines de milliers de jeunes françaises et français, Eh bien, jamais, par exemple, le mur de silence qui entourait la déportation des Ouïghours n'aurait été brisé. Jamais Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, ne serait venue devant le Parlement européen pour dire qu'il y aurait un instrument de bannissement des produits de l'esclavage.
Jamais la question de la fast fashion n'aurait été posée au cœur du débat public européen. Et donc, moi, j'ai essayé de structurer mon mandat autour de ces mobilisations dans la société civile pour ensuite donner un débouché législatif à ces indignations, à ces colères et à ces demandes. Et donc, je crois qu'il faut faire beaucoup plus cela, montrer que finalement, on peut agir quand on est jeune sur les institutions. Et je pense sincèrement que moi, mon mandat, il aurait été totalement différent et bien moins productif si je n'avais pas pu compter sur toute cette mobilisation.
Vraiment, la mobilisation sur les grandes marques qui bénéficient de la réduction en esclavage des Ouïghours sur leur chaîne de production, ça a donné des résultats législatifs concrets. Et je pense que ce qu'il faut faire, c'est montrer que les institutions européennes sont ouvertes à l'investissement politique, civique des jeunes. Que finalement, vous avez du pouvoir et que vous pouvez arriver à faire changer les choses au sein des institutions européennes. Et jusqu'ici, les institutions européennes, elles fonctionnent beaucoup trop dans une bulle. Elles sont coupées même de la ville dans laquelle elles sont. Et en fait, physiquement, on le sent.
C'est-à-dire qu'il y a le quartier européen à Bruxelles et derrière, il y a la ville, mais il n'y a pas de lien. Et donc, il faut qu'on ait des institutions qui soient beaucoup plus ancrées. Il faut démocratiser la démocratie européenne. Mélika, votre première question.
Alors moi, je voulais vous demander comment est-ce que vous souhaitez lutter contre la précarité chez les jeunes ? Et quelles mesures concrètes est-ce que vous proposez pour nous s'assurer un accès stable à l'emploi et au logement ? Est-ce que l'Europe, elle peut être une solution pour la crise du logement ?
Raphaël Glucksmann. On a eu, ne serait-ce qu'il y a encore trois jours, on avait une grande réunion des dirigeants sociodémocrates à l'échelle européenne. Et moi, ce que j'ai porté, et c'est ce qu'on va faire, c'est que la question du logement soit posée au tout début de la mandature. Ce qu'on veut porter, c'est un grand plan Marshall sur la construction de logements sociaux et abordables. Parce qu'en fait, cette crise du logement, cette explosion des loyers, cette précarisation de la jeunesse, elle se retrouve en France, mais en fait, elle se retrouve partout en Europe. Le même phénomène, le même problème de cette incapacité à pouvoir se loger.
Et donc, ce qu'on veut faire, c'est un plan Marshall sur la construction des logements sociaux et ensuite, un plan sur l'allocation d'autonomie jeunesse qui permettra aux jeunes, justement, d'avoir accès en priorité à ces logements. Et je crois que c'est vraiment, à mon avis, si on veut rendre l'Europe proche des gens, c'est typiquement ce thème-là qu'on doit prendre en charge. Parce qu'en plus, ce n'est pas un sujet français. C'est vraiment un sujet qui se retrouve dans toutes les jeunesses européennes. Et ça, c'est essentiel. Mais sinon, on a d'autres mesures.
Sur, par exemple, l'obligation de la rémunération des stages, ou des mesures qui sont liées à Erasmus, qui aujourd'hui fonctionnent très bien à Erasmus, mais c'est vraiment une petite minorité des jeunes qui ont accès à Erasmus. Sa généralisation, le fait que tous les jeunes de tous les quartiers doivent pouvoir avoir une expérience européenne. Sinon, finalement, l'Europe restera quelque chose de fondamentalement abstraite.
Deuxième question. Julie, on y va. Et Raphaël Glucksmann, on accélère. Julie. Oui, j'ai compris.
Vous défendez l'idée de la clause de l'européenne la plus favorisée. Et grossièrement, que toutes les européennes bénéficient de la législation la plus progressiste en matière de droits des femmes. Mais comment est-ce qu'on peut gagner ce combat dans une Europe qui devient de plus en plus conservatrice ?
Eh bien, on a acté une chose. Au premier jour de la négociation de l'agenda législatif des cinq prochaines années, notre groupe posera la clause de l'européenne la plus favorisée. Et c'est quoi la clause de l'européenne la plus favorisée ? La clause de l'européenne la plus favorisée, c'est un projet porté, écrit, inventé, défendu par Gisèle Halimi qui dit une chose simple. Chaque européenne doit avoir accès à la législation en Europe qui existe, donc c'est pas utopique, qui existe, qui est la plus favorable à l'illégalité entre les femmes et les hommes. Ça veut dire que chaque européenne doit pouvoir avoir accès à la politique espagnole de lutte contre les violences faites aux femmes.
Chaque femme européenne doit pouvoir avoir accès à la politique scandinave de lutte contre les inégalités salariales à travail égal, salaire égal. Chaque femme européenne doit pouvoir avoir accès, comme les femmes françaises, au droit à la contraception et à l'avortement. Et ça, c'est l'harmonisation par le haut, c'est l'Europe qu'on veut construire. Et moi, je vais vous le dire, moi, je ne me sentirai jamais libre tant que l'égalité réelle ne sera pas actée. Mélika, encore une question.
Alors, moi, je vais revenir sur une question qui vous a déjà été posée ce matin concernant la situation au Proche-Orient. Vous êtes aujourd'hui pour un cessez-le-feu, mais pourquoi alors tu votes au Parlement européen du 19 octobre 2023, alors que la Palestine est sous les bombes et qu'il y a déjà 2 800 morts palestiniens, dont 750 enfants ? Vous avez voté contre la reconnaissance tes crimes israéliens et tu massacres en cours ?
Non, eh bien, ça, je vous promets, ça, c'est une fake news qui a été diffusée.
Je n'ai pas dit contre le cessez-le-feu. Ça, c'est un cessez-amendement. Je sais que vous êtes pour un cessez-le-feu.
Non, mais j'étais déjà pour un cessez-le-feu à ce moment-là. Mais moi, j'ai voté contre un amendement, je vais vous dire. C'était déposé le 14 octobre, et je sais, puisqu'ensuite, ça a été trafiqué sur les réseaux sociaux. Le 14 octobre, c'est-à-dire une semaine après les attentats terroristes du 7 octobre, qui, dans cet amendement, prônait la suspension de l'accord d'association avec Israël. C'est impossible pour moi. Cet amendement a été déposé par deux personnes, Claire Dely et Mikolas, qui sont des soutiens affichés de Bachar el-Assad. Et tout ça s'est effacé quand c'est diffusé sur les réseaux sociaux.
Pour moi, c'est impossible de voter pour un amendement une semaine après le pire pogrom de l'histoire d'Israël, où la conséquence, c'est la suspension et la sanction d'Israël à ce moment-là. On parle du 14 octobre. Et donc, moi, c'est ce que je vous dis, c'est très simple. Depuis le début, j'ai été extrêmement clair sur la condamnation du 7 octobre, j'ai été extrêmement clair sur la nécessité du cessez-le-feu, j'ai été extrêmement clair sur les pressions qui doivent être exercées sur M.
Netanyahou, sur son gouvernement d'extrême droite, extrêmement clair sur le fait que c'est même moi qui l'ai introduit dans notre groupe sur la nécessité de sanctionner les colons qui minent la perspective même d'un État palestinien en étendant à l'infini les colonies en Cisjordanie et extrêmement clair sur la nécessité de la reconnaissance de l'État palestinien. Donc, en fait, toute cette propagande qui a entouré la question sur mes votes, ça a été une propagande abjecte. Je vais vous dire pourquoi. Ils effacent même le contenu des amendements quand ils font leur visuel sur Instagram. Ils effacent les dates des amendements.
Et ensuite, on a une perception généralisée qui est générée par du mensonge. Et moi, j'aimerais qu'on sorte de ce mensonge. On peut très bien ne pas être d'accord sur l'utilisation de tel ou tel terme, mais qu'on assume de discuter et de dialoguer dans la vérité.
Eh bien, merci infiniment à toutes les deux, Julie et Melika, d'avoir joué le jeu du débat avec notre invité Raphaël Glucksmann. Il nous reste une poignée de secondes pour notre euro-quiz. Question courte, réponse courte. Comme vous l'avez vu, je ne suis pas très fort pour faire des réponses courtes. Oui, voilà, mais alors là, il va falloir y aller. Date cruciale de l'histoire européenne ?
Date cruciale de l'histoire européenne ? 1989, la chute du mur. Le plus grand écrivain européen et non français. Vous allez vous en sortir avec Victor Hugo. Malheureusement, il a été exclu de l'Union européenne, mais ça reste le plus grand écrivain européen, c'est Shakespeare.
Un monument qui symbolise l'Europe ?
Les places publiques. Vous savez, vous pouvez vous balader partout en Europe, depuis Riga jusqu'à Lisbonne, ce qui façonne les villes européennes c'est la place publique. C'est cette organisation de la ville autour de la place publique. Ça remonte à l'humanisme civique de la Renaissance, à l'Antiquité et ça dénote un rapport très spécifique au civisme, à la citoyenneté. Ce qui vous permet de nommer votre parti politique aussi. C'est pour ça qu'on l'a nommé comme ça. Une figure européenne. Ça distingue, par exemple, les villes européennes des villes américaines qui ne sont pas du tout organisées de la même manière. Une figure européenne à mettre sur une pièce de monnaie ?
Je dirais Sophie Scholl qui est le réseau de la rose blanche en Allemagne. Une étudiante qui a osé tenir tête au régime nazi et qui a été pour cela évidemment tuée.
Eh bien merci Raphaël Kutzmann d'avoir été à notre micro ce matin. Prochaine matinale spéciale européenne demain avec Valérie Ayet la tête de liste Renaissance.
Raphaël Glucksmann