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interviewBFMBUSINESS· 11 juillet 2026 26 min

Check-up Santé - Samedi 11 juillet

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Présentateur

BFM Business présente Check-up Santé avec Fabien Guèze. Bonjour à tous, ravi de vous retrouver sur BFM Business dans Check-up Santé. Dernière émission avant la pause estivale. Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera. Les plus anciens reconnaîtront le livre d'Alain Perfit écrit il y a plus de 60 ans. Et oui, il avait raison, la Chine s'est bien réveillée, en particulier dans le monde de la santé. Mais plutôt que de trembler, nous devrons plutôt associer coopération et compétitivité.

Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir un des plus grands spécialistes de l'univers santé chinois, Eric Bouteillet, professeur à la China European International Business School à Shanghai et cofondateur de Jumeaux Partner. Enfin, pour revenir en Europe et en France, nous ne le savons pas assez. Une grande partie des médicaments que nous utilisons tous les jours sont des produits matures, c'est-à-dire commercialisés depuis longtemps et dont les gros laboratoires se séparent pour avoir un peu plus d'investissement dans la recherche. Et ce sont ces produits matures qui sont commercialisés par le laboratoire chez Plafarm, leader dans ce domaine.

Caroline Jacquin, sa directrice générale France, va nous dire pourquoi il est si important de les avoir pour notre santé et qu'ils sont malgré tout sous-évalués. Check-up santé, c'est parti ! Check-up santé, au cœur de l'innovation santé. Eric Bouteillet, bonjour. Bonjour. Ravi de vous avoir dans le Check-up santé. Vous êtes professeur à la China European International Business School, CEIBS, à Shanghai. Et vous êtes cofondateur de Jumeaux Partner. Vous avez également dirigé l'association de l'industrie pharmaceutique étrangère en Chine. Vous êtes un des éminents spécialistes de l'univers santé chinois. Alain Perfit, c'était vraiment un visionnaire ?

1:48
Invité

Je pense qu'il avait tout à fait raison. La Chine était un grand pays. Il y en a encore plus. Et aujourd'hui, dans le monde pharmaceutique, c'est le deuxième marché au monde. Mais très loin derrière les États-Unis. Mais quel changement quand même en 30 ans. C'est à peu près 30 ans, c'est ça, non ?

2:02
Présentateur

Oui. Je ne m'en parle pas à l'avoir été en Chine en 1989, la première fois. C'est un autre monde. C'est la vraie histoire.

2:09
Invité

Absolument. Moi, j'ai travaillé. J'ai eu la grande chance de pouvoir représenter un laboratoire pharmaceutique français, Ibsen, puisque j'ai travaillé plus de 17 ans pour eux. Donc, la première année où je suis arrivé, en 2001, l'ensemble du paysage urbain, etc., a été effectivement totalement différent. Aujourd'hui, pour que ce soit Pékin, Shanghai, les grandes villes, ce sont les villes les plus développées au monde.

2:34
Présentateur

Alors, est-ce que justement la santé des Chinois, leur bien-être, elle s'est vraiment améliorée ces dernières années ?

2:40
Invité

Écoutez, les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'espérance de vie aujourd'hui en Chine est supérieure à l'espérance de vie aux Etats-Unis. Quand on parle Etats-Unis, Europe, Chine, et je suppose tous les sujets dans lesquels vous voulez rentrer, c'est tout à fait évident que la Chine a fait énormément, a énormément travaillé sur ce côté-là.

3:00
Présentateur

En un siècle, elle a doublé l'espérance de vie.

3:04
Invité

Oui, effectivement, et c'est le résultat du développement économique du pays, autant que des politiques de santé du Parti communiste.

3:14
Présentateur

Et une mortalité infantile en baisse aussi ?

3:16
Invité

Qui a, là aussi, qui est supérieure, enfin, qui est inférieure plus exactement à celle des Etats-Unis. C'est-à-dire que le parallèle montre bien l'évolution entre une société qui a, on va dire, des valeurs collectives, alors que les Etats-Unis, tout ça reste très individualiste, et il y a une partie de la population qui n'a juste pas d'accès au système de santé et aux produits pharmaceutiques.

3:41
Présentateur

Alors, on parle de santé, mais qui dit santé, dit aussi infrastructures. En santé, les hôpitaux, les cliniques, est-ce que là aussi, ça s'est vraiment développé, c'est le jour et la nuit par rapport à il y a 20 ans, 30 ans ?

3:50
Invité

Alors, la structure reste la même, c'est-à-dire que c'est une structure qui est extrêmement centrée sur les grands hôpitaux publics. Il n'y a pas de médecine générale, donc il manque, en fait, la Chine, aujourd'hui, manque d'un système, on va dire, de prise en charge primaire. Mais le reste est extrêmement bien installé, les très grands hôpitaux des plus grandes villes chinoises ont un niveau d'équipement et un niveau de savoir-faire qui est équivalent à ce qu'on trouve dans les meilleurs hôpitaux dans le monde, en Europe, aux États-Unis.

4:19
Présentateur

Et j'imagine que quand on décide de construire un hôpital en Chine, ça va plus vite qu'en France ?

4:24
Invité

Je pense que le Covid nous a montré... Mais aujourd'hui, ils ne construisent plus de nouveaux hôpitaux en dur. Un des domaines dans lesquels la Chine est en avance, c'est aussi tout ce qui est digital. Aujourd'hui, on parle d'hôpitaux digitaux. Donc ils essayent pour réduire justement l'accès, diminuer la pression sur les grands hôpitaux en dur. Ils essaient de les développer en digital avec de vrais succès.

4:54
Présentateur

Alors, mais sinon, les Chinois bénéficient quand même un peu d'une couverture maladie ?

4:58
Invité

Alors, un des éléments qu'on a notamment développé dans notre livre, ici, avec Annie.

5:04
Présentateur

Je rappelle quand même votre livre, qui est écrit en anglais, mais ça, ce n'est pas grave.

5:08
Invité

Écoutez, on parle... En France, on parle très très bien anglais, c'est connu. Yes, sir. C'est un ouvrage destiné à la profession des gens de santé sur le plan global, où justement, je pense que c'est intéressant pour notre débat d'aujourd'hui, on a mis tous les pays dits développés ensemble. Et on a rajouté la Chine, parce que de notre point de vue, la Chine fait partie des pays des OPC. Ce n'est plus un pays en voie de développement.

5:34
Présentateur

Donc, pour revenir justement à cette couverture maladie, elle existe maintenant ?

5:37
Invité

Elle est tout à fait robuste. Alors, la Chine, ce n'est pas un long fleuve tranquille. Les 30 ans dont vous parliez tout à l'heure, on a bien vu, il y a deux à trois décennies, une volonté politique de laisser partir la santé. Pour eux, la santé était un produit commercial comme les autres. Et puis, juste pour donner un chiffre, le reste à charge des différents services médicaux, pharmaceutiques, etc., était de l'ordre de 60% de la facture pour l'individu. C'est évidemment pas soutenable. Et ils ont changé d'optique. Et donc, en 30 ans, ils sont allés complètement de l'autre côté.

En fait, on a une approche beaucoup plus proche, on va dire, de l'Europe ou de la France, où le reste à charge est aujourd'hui en moyenne à 30%. Donc, vous voyez, il y a eu un cumul d'un certain nombre de facteurs.

6:26
Présentateur

On aimerait bien que nos patients français le sachent un peu. Pardon ? On aimerait bien que nos patients français, enfants gâtés, le sachent.

6:32
Invité

Mais nos compatriotes ne se rendent pas compte qu'ils sont dans un des meilleurs systèmes au monde. Et que la comparaison avec la Chine le montre. C'est-à-dire que le reste à charge, en moyenne, il doit être de 10% en France. On peut dire beaucoup de choses, mais les résultats de la France sont exceptionnels.

6:51
Présentateur

Il y a un élément qui pourrait impacter ses progrès. Bon, je ne parle pas de la pollution, mais qu'ils sont en train de gérer petit à petit. C'est le vieillissement de la population.

7:00
Invité

Alors, la Chine connaît une accélération de son développement et de l'ensemble des indicateurs. Donc, elle a en fait un vieillissement accéléré qui fait qu'une partie très importante de la population, notamment la population urbaine, est déjà en train de vieillir. Ce n'est pas pour rien que la Chine pousse autant vers les robots, par exemple.

7:18
Présentateur

Il y a une pénurie de professionnels de santé, comme en Europe ?

7:20
Invité

Alors, on va dire, oui, pour les médecins généraux, parce qu'il n'y a pas de généralistes en Chine. Le concept est très peu développé. Et à l'intérieur des différentes catégories extrêmement importantes de ces professionnels de la santé, il y a très peu d'infirmières. Le ratio en Chine doit être une infirmière pour un médecin, quelque chose comme ça, ce qui n'est évidemment pas suffisant, en tout cas par rapport à notre façon de faire et la prise en charge des patients. Mais également toute une série de métiers comme les kinés, par exemple, qui n'existent pratiquement pas comme catégorie de la médecine, on va dire, occidentale.

Il y a beaucoup de choses qui se font au niveau des masseurs, si vous voulez, des pratiques de la population, de la médecine traditionnelle chinoise.

8:05
Présentateur

J'ai lu qu'il y avait un certain retour à la médecine traditionnelle. Un certain retour, évidemment.

8:09
Invité

Pour plusieurs raisons, d'abord parce que les Chinois aiment bien ce qui vient de chez eux, ce qui, quelque part, est normal, mais aussi parce que ça coûte beaucoup moins cher. Donc je pense que les autorités ont une volonté de pousser à la fois la pharmacie traditionnelle, les masseurs dont je vous parlais tout à l'heure, tout ça parce que ça coûte moins cher.

8:28
Présentateur

Alors, tu sais, c'est la raison du progrès, évidemment, dans le domaine de la santé, c'est que la Chine a véritablement investi des sommes colossales, justement, dans ces nouvelles technologies.

8:36
Invité

Alors, la réponse est oui, bien sûr. Mais quand on dit ça, pour donner un chiffre là aussi très simple, aujourd'hui, on estime qu'un tiers des études cliniques dans le monde sont réalisées par des entreprises, des organisations dont le siège est en Chine, des entreprises chines. C'est effectivement tout à fait conséquent. Ce que l'on sous-entend derrière, c'est que c'est l'État chinois qui fait tout ça. En fait, c'est faux. L'État chinois est évidemment un État entrepreneur, donc qui investit par lui-même énormément, mais il crée les conditions d'investissement.

Donc une grande partie de ces fonds viennent d'entreprises privées, tout aussi privées, on va dire, que des Américains ou des Européens. Donc la Chine, collectivement, investit massivement, ce qui veut dire que d'ici quelques années, on peut supposer, on peut en déduire qu'un tiers peut-être de l'innovation dans la pharma viendra.

9:32
Présentateur

Donc des nouvelles molécules, des nouveaux médicaments, des nouveaux...

9:34
Invité

Ou de nouvelles indications selon les cas.

9:38
Présentateur

En intelligence artificielle, est-ce qu'on peut imaginer qu'on sera dans la situation de l'automobile en Europe maintenant, dans quelques années ?

9:48
Invité

Alors pour avoir une précédente question, Oui, aujourd'hui, on est avant la vague, on va dire ça comme ça. Alors que là, pour le véhicule électrique, on subit la vague de plein fouet. Dans la pharma et les biotech, on la voit venir. Donc on a encore le temps d'agir pour tirer parti de la chose et s'organiser. Oui, l'EI est extrêmement soutenu par les autorités, mais ça s'appuie sur un travail de fond, sur le digital. Avant de parler de l'EI, avant de parler de la partie supérieure de la pyramide, il faut voir ce qui se passe à la base.

Et donc, il y a un travail très conséquent qui a été fait pour harmoniser les dossiers, pour obliger tous les hôpitaux, qui sont chacun d'entre eux des petits royaumes, à travailler ensemble avec des formats identiques, etc. Donc il y a un travail de mise en forme de la donnée, de préparation de la donnée.

10:44
Présentateur

D'interopérabilité, d'informisation.

10:45
Invité

Qui maintenant leur permet d'accélérer avec l'EI. Donc l'EI ne se fait pas dans un petit nuage, si on peut permettre l'expression.

10:52
Présentateur

Vous avez parlé des nouvelles molécules, il y a aussi la télémédecine, vous disiez que la digitalisation c'est important, les robots. Absolument. Dans le monde de la santé, oui. Oui, oui. Là aussi, donc tous ces DM, tous ces dispositifs médicaux qui avancent et qui vont finir par peut-être nous envahir. On l'a vu, je l'ai vu récemment à Vivatech, les robots, la plupart des robots, c'est des robots chinois.

11:12
Invité

Bien sûr, bien sûr, il n'y a aucun doute. Et le rattrapage, ou plus exactement le développement, l'accélération chinoise, elle se voit beaucoup plus au niveau des dispositifs, se voit beaucoup plus au niveau des équipements que de la pharma traditionnelle. Là, on est en train de prendre conscience au niveau de la pharma, mais en fait, au niveau des dispositifs et des équipements, la Chine est d'ores et déjà tout à fait en avance.

11:39
Présentateur

Le Strasse et la période Covid, ça a boosté certaines choses ou pas ? Peut-être les vaccins ?

11:45
Invité

Alors, le SARS, oui. Le SARS, il y a plus de 20 ans, et je parlais tout à l'heure de l'inflexion de la politique de santé chinoise, c'est clairement un des marqueurs, si vous voulez, à partir du moment où ils se sont rendus compte que tout cela, c'était des affaires collectives. À l'époque, le ministre de la Santé disait, mais écoutez, le SARS, ce n'est pas mon affaire, moi je gère au niveau central 40 hôpitaux, 20 000 autres. Et là, ils se sont rendus compte qu'il y avait un problème de silo, etc. Donc, ils ont vraiment remis de l'ordre dans leur système. Le Covid, évidemment, a été un autre milestone.

12:20
Présentateur

Alors, je disais, plutôt que de se faire bouffer, c'est peut-être mieux de collaborer, sauf qu'il serait bien d'avoir une certaine réciprocité entre les allées et venues de l'Europe Chine.

12:31
Invité

Absolument, aujourd'hui, on parle des dispositifs médicaux. Cela fait une petite dizaine d'années qu'il y a une politique systématique de remplacement, de substitution des dispositifs médicaux étrangers vendus en Chine, par la Chine. Elle souhaite utiliser des produits made in China, mais plus que made in China, made by Chinese, donc fabriqués par des entreprises chinoises. Donc, il y a une politique extrêmement construite. Et les entreprises, qu'elles soient américaines ou européennes, ont beaucoup de mal. La part de marché des entreprises internationales se réduit. Donc, vous parlez de réciprocité. Aujourd'hui...

13:11
Présentateur

Elle n'existe pas encore, pour l'instant.

13:13
Invité

Mais elle n'est pas... Il n'y a pas de réciprocité organisée, on va dire ça comme ça.

13:19
Présentateur

C'est quoi ? C'est un manque de courage ? C'est un manque de...

13:21
Invité

Je pense que c'est... On peut dire ce qu'on veut, dans l'émission. Très certainement. C'est avec carte blanche. Très certainement. C'est d'abord un manque de transparence sur les faits. Je veux dire, il faut le dire. Aujourd'hui, les produits chinois, que ce soit du dispositif ou de l'équipement, progressent en Europe. Et parce que ce sont en général de bons produits à des bons prix. C'est pas de la camelote qui ne vaut rien. Donc, c'est quelque chose qui est tout à fait...

13:46
Présentateur

Est-ce qu'il y a des choses entre les taxes ? Des taxes entre la Chine et l'Europe ? Et l'Europe et la Chine ?

13:51
Invité

Oui, mais je pense que la situation n'est pas qu'au niveau des taxes. Donc, si je finis mon idée, c'est-à-dire que ces produits qui arrivent en Europe, qui répondent à un besoin de la part de nos professionnels de santé et de nos patients, eh bien, il faut prendre la mesure de cette évolution et de constater que, dans le même temps, il y a une réduction de l'espace qui est laissé aux entreprises européennes en Chine. Donc, oui, quelqu'un, les autorités françaises ou européennes doivent veiller à cet équilibre. Et je pense que, dit clairement et négocié clairement avec les autorités chinoises, on a une possibilité de s'entendre.

Mais en tout cas, il faut en faire un sujet d'abord d'information et après de négociation au plus haut.

14:35
Présentateur

Quand on parle en France, en Europe de souveraineté, c'est un petit peu utopique. Quand on pense que la plupart des matières premières viennent de Chine ?

14:42
Invité

Alors, dans la pharma, oui, on dit qu'entre l'Inde et la Chine, 70% des EPIs, donc des matières premières, viennent de ces pays-là. En soi, ce n'est pas mal. Je veux dire même, c'est même plutôt bien parce que c'est des produits qui sont de qualité et moins chers. Donc, il faut partir de ce fait-là. Et que c'est le résultat de décennies de politiques de santé où on a cherché à chaque fois à avoir au moindre coût. Et donc, ça a poussé nos industriels. Ce n'est pas les Chinois ou les Andats qui sont venus prendre le business. Ce sont nos industriels qui ont été forcés par nos politiques de santé à aller fabriquer dans les endroits où c'était possible, notamment moins cher.

Donc, ça, c'est une réalité. On ne peut pas l'escamoter. Donc, il faut prendre le problème à la base d'une manière complète. Donc, il y a une question de coût, puisqu'en fait, le problème est basé là-dessus. Enfin, il est basé sur une question de coût. Est-ce qu'il ne faut pas, pour des produits vitaux, stratégiques, revoir les coûts et donc permettre à des industriels de rester ici ? On me dit aujourd'hui que, par exemple, la Tchèquie a envie, un besoin de développer une industrie chimique. Et donc, la Tchèquie a le fait en imposant peut-être des prix qui soient un peu plus favorables. Et là, on parle de très peu de prix.

On parle de quelques cents pour des produits qui valent 1, 2, 3 euros. On ne parle pas de la pharmacie innovante. Et il y a également le fait qu'il faut avoir une analyse extrêmement fine des produits sur lesquels on veut se bagarrer. On n'a pas besoin de tous les produits. On n'a pas besoin de tout ramener. Il faut, en fait, être très fin. Il faut du ciblage sur certains produits. Et enfin, je dirais, une troisième idée, pour essayer de réfléchir à tout cela, encore une fois, vu de loin, c'est évidemment le fait d'imposer plusieurs fournisseurs. Parce que que l'on ait un fournisseur pas cher, c'est très bien. Mais si on en a deux, c'est encore mieux.

C'est-à-dire que s'il y en a un qui vacille, quelle que soit la raison, qu'elle soit politique ou technique ou avec tous les problèmes de chaîne d'approvisionnement qu'on a aujourd'hui, eh bien, il y a possibilité de se retourner vers un deuxième, voire un troisième fournisseur. Donc, il faut le penser, l'organiser de cette manière-là, me semble-t-il. Très rapidement, une boîte française peut s'intégrer en Chine ? Sans aucun problème. Aujourd'hui, toutes les considérations type John Venture obligatoire, etc., ont disparu.

17:09
Présentateur

Dernier élément avant de terminer, c'est évidemment qu'on parle de souveraineté, on parle aussi de transfert technologie, on parle de sécurité des données, propriété intellectuelle. Qu'en pensez-vous ?

17:21
Invité

Alors, vis-à-vis de la Chine, la question de propriété intellectuelle a énormément évolué. C'est pour ça que la pharmacie internationale s'intéresse autant aujourd'hui à la Chine et à ses biotech. C'est que la propriété intellectuelle a bien évolué, est en fait pratiquement équivalente à ce qu'on trouve dans nos pays. Donc, c'est ça la base. La Chine a complètement compris. Certains autres pays, on parle souvent de l'Inde par exemple, ne l'ont pas compris. Donc, c'est là où il y a une vraie différence. Et on voit la qualité de la prise de décision chinoise pour construire son industrie sur le long terme.

17:58
Présentateur

Merci beaucoup. Oui, dites-moi.

17:59
Invité

Si vous aviez... Non, non, mais la deuxième partie de votre question, c'était...

18:03
Présentateur

C'était sur la propriété intellectuelle. Non, non, vous avez répondu. Dans la première partie ? Sur les transferts de technologie. Les transferts de technologie. Très rapidement, il nous reste 30 secondes.

18:12
Invité

Oui, non, non, les transferts de technologie, c'est un élément très fort. Et la Chine s'est développée parce qu'elle a construit en fait une stratégie de transfert de technologie à partir de nos entreprises. Et c'est comme ça qu'elle a pu développer une industrie du device, de l'équipement et aujourd'hui de la pharmacie. Il est peut-être temps aussi, de notre côté, lorsque l'on constate des avancées très fortes dans certains domaines, de demander la même chose aux entreprises chinoises qui viennent en Europe. Pourquoi ne pas demander, voire des joint ventures, voire des transferts de technologie, pour avoir accès à nos marchés publics ?

18:51
Présentateur

On pourrait vous écouter pendant deux heures sur la Chine. Merci beaucoup, Éric Bouteiller. On va à présent accueillir Caroline Jacquin, qui est directrice générale de France, chez Plafarm. Check-up santé sur BFM Business. Caroline Jacquin, bonjour. Bonjour. Bienvenue dans Check-up santé. Vous terminez la saison, c'est pas beau ça quand même, on termine en beauté la saison ? Exactement. Alors vous êtes pharmacienne, vous avez longtemps sévi dans l'industrie pharma, MSD, Sanofi Pasteur, et vous dirigez chez Plafarm depuis deux ans, c'est ça ?

19:20
Invité

Deux ans, exactement.

19:21
Présentateur

Deux ans. Alors, chez Plafarm, c'est une boîte familiale, c'est ça ? Allemande.

19:24
Invité

Alors c'est une boîte, comme il y en a peu, c'est une boîte allemande, familiale, un frère et une sœur, très jeunes, qui ont repris cette maison qui avait été initiée par leurs parents, mais avec une idée, je trouve, très smart, c'est-à-dire de se concentrer sur des produits que tout le monde met un peu de côté, c'est-à-dire les produits matures.

19:47
Présentateur

Donc vous êtes un peu leader quand même, un peu, dans ce domaine, non ?

19:51
Invité

Voilà, exactement.

19:52
Présentateur

Alors justement, vous disiez, donc vous alliez dire, vous distribuez des médicaments dits matures, donnez-nous juste la définition, très rapidement.

19:58
Invité

Un produit mature, c'est extrêmement simple, c'est un produit qui a été commercialisé, qui est à la limite où a déjà passé la péremption de son brevet. Donc généralement, c'est à ce moment-là qu'arrivent les génériques, mais je vais parler, moi, de produits matures princeps, c'est-à-dire la molécule originelle qui a été lancée par le laboratoire.

20:15
Présentateur

D'ailleurs, on n'a pas idée combien de médicaments sont produits distribués chez Plafarm. Donc ces médicaments, ils appartenaient en général aux gros labos, qui étaient des blockbusters en général, des blockbusters. Ils s'en séparent pourquoi ?

20:26
Invité

Alors, ils s'en séparent parce qu'aujourd'hui, ils sont vraiment, ces gros labos, en vraie réorientation stratégique pour se concentrer sur les produits innovants. Et c'est normal. Ils sont, et ça a été dans leur ADN depuis des années, de driver l'innovation pour faire reculer les maladies et faire que les patients gagnent en qualité de vie. Donc ça, c'était toujours leur principe de vie. Et aujourd'hui, effectivement, ils sont encore obligés de continuer dans cette voie. Et pour aller dans cette voie, aujourd'hui, la législation est de plus en plus complexe et nécessite, pour arriver avec des nouveaux produits, beaucoup plus d'investissement qu'avant.

Donc, il faut récupérer de l'argent et c'est pour ça qu'ils se réorientent et généralement, les investissent, ces produits.

21:10
Présentateur

Et donc, plus de 150 produits, les produits incroyables. On n'imagine pas que c'était distribué par vous. 150 produits, 30% fabriqués en France et 98% en Europe, c'est ça ?

21:19
Invité

Oui. Nous, en fait, l'engagement vraiment de chez Plafarm, c'est de se battre sur cette souveraineté. Je pense qu'elle est essentielle. Ces produits matures, aujourd'hui, c'est la colonne vertébrale du système de santé. Et c'est des produits, je suis sûre que vous prescrivez, exactement.

21:32
Présentateur

J'ai vérifié, j'ai vérifié, il y a pas mal de produits que je prescris.

21:34
Invité

Donc, effectivement, c'est des produits que vous utilisez dans votre quotidien. Donc, ces produits matures, aujourd'hui, correspondent à la colonne vertébrale de la santé des Français. Pourquoi ? Dans les années 80, vous aviez, les grands laboratoires avaient sorti, à ce moment-là, il fallait prendre en charge le diabète, l'hypertension, pas mal de traitements en neurologie. Donc, tous ces traitements sont arrivés sur le marché, ont été ce qu'on appelle des blockbusters et ont révolutionné. Et il faut dire ce qu'il y a, c'est-à-dire prise en charge de ces patients qui sont, aujourd'hui, qui vont bien. Mais ces brevets de ces produits-là, aujourd'hui, sont dans le domaine public.

Mais néanmoins, on a une population qui vieillit, des gens de plus de 65 ans. Bien sûr, il y a des hypertendus, bien évidemment, il y a du diabète. Et tous ces traitements sont... C'est pour ça que je vous parle de colonne vertébrale du santé.

22:21
Présentateur

Et vous avez des fabricants qui fabriquent pour vous ces produits matures.

22:25
Invité

Comme nous, en fait, on est une sorte, il faut voir ça comme une plateforme qui est capable de récupérer n'importe quel produit. Donc, on a une expertise extrêmement forte sur la qualité, la pharmacovigilance, le réglementaire, pour maintenir ces produits comme il se doit, avec toute la technicité derrière et l'expertise derrière. Et aussi, une structure assez simple pour commercialiser ces produits. Ce n'est pas à vous que je vais expliquer comment vendre le Sotalex. Donc, je n'ai pas besoin de force de vente. C'est des produits que je mets à disposition. Et c'est un modèle... On a un modèle assez atypique dans notre composition.

Et effectivement, comme nous rachetons ces produits, ces produits, moi, je ne suis pas capable de vous dire, demain, ça va être plus de l'injectable, des comprimés. Donc, on ne peut pas avoir des usines en propre. On ne serait pas assez rapide. Donc, on fait appel au tissu industriel européen, parce que c'est vraiment un engagement du groupe de faire appel à ce tissu industriel européen pour des problèmes de souveraineté. Et un tiers de nos produits sont produits en France. Et je me bats au quotidien pour...

23:27
Présentateur

Sauf que vos laboratoires, laboratoires comme le vôtre, sont un petit peu étranglés financièrement par nos gouvernants, par une certaine réglementation. Dites-nous pourquoi. Très rapidement.

23:36
Invité

Alors, très simple. Tout le monde a, dans l'intellect collectif, se dire que les produits pharmaceutiques sont très chers. Je pense qu'il faut se battre quand cette idée est reçue et sortir de la myopie de la moyenne. Aujourd'hui, en France...

23:49
Présentateur

On en parlait tout à l'heure avec Éric Bouteillet. Éric Bouteillet.

23:52
Invité

Effectivement, en France, vous avez 2 000 produits qui sont vendus à moins de 10 euros. Donc, on n'est pas en train de parler de prix extrêmement chers. Donc, c'est des prix...

24:00
Présentateur

Pour certains, à 1 euro même.

24:02
Invité

Alors oui, le Solupred, un produit que tout le monde prend. Globalement, nous, on le commercialise, à 1 euro. C'est moins cher qu'une baguette de pain. Donc, on a un vrai sujet parce qu'en fait, ce qu'il faut savoir, c'est que vous avez les prix des produits sur la boîte, mais aussi, on nous demande régulièrement des baisses de ces prix-là. Donc, sur des produits comme ça, on ne cesse de recevoir des demandes de prix à la baisse obligatoire. Et en parallèle, nous avons...

24:26
Présentateur

Vous êtes une variable d'ajustement.

24:27
Invité

Mais oui, mais en fait, il faut voir que depuis de nombreuses années maintenant, le médicament était la variable d'ajustement pour maintenir une enveloppe du système de santé. J'entends que cette enveloppe doit être contenue. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut exploser les budgets. Néanmoins, pour des produits qui sont vendus à 1 euro, ça devient plus soutenable. Et dans mon portefeuille, j'ai 10 références qui sont en dessous d'un seuil... Enfin, qui sont en négatif.

24:53
Présentateur

Alors, justement, pour finir, vous avez 30 secondes. Pour finir, donc le risque, c'est quoi ? C'est la vente à l'étranger, la pénurie, le départ à l'étranger ?

24:59
Invité

Le risque, c'est ce que M. Bouteiller expliquait dans son intervention juste avant. C'est-à-dire que, comme les prix ont été contenus, eh bien, qu'est-ce qu'ont fait les laboratoires ? Ils ont commencé à s'ouvrir pour aller chercher la matière première, l'IPA, à l'étranger, en Asie, qui font des matières premières d'extrêmement bonne qualité. Et puis, on voit un glissement, effectivement, de la production qui part loin de l'Europe. Je pense qu'on a tous vécu le Covid.

Je pense que dans ces contextes-là, il faut qu'on soit extrêmement prudent et qu'une prise de conscience pour une réindustrialisation, et encore une fois, pas pour tout, pour des produits choisis d'utilité quotidienne pour les Français.

25:37
Présentateur

Eh bien, on en parlera, nos candidats, à la présidentielle.

25:39
Invité

Avec grand plaisir, avec grand plaisir. Je serai débrouillé.

25:41
Présentateur

Merci beaucoup, merci beaucoup, merci beaucoup, Caroline Jacquin de chez Pafarm. Voilà, c'est la fin de cette émission. C'est aussi la fin de cette saison. On se retrouve après la pause estivale, début septembre. Sous-titrage Société Radio-Canada