Gouvernement Michel Barnier, Bernard Cazeneuve, congrès du PS... Carole Delga est l'invitée du 11 septembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bienvenue dans Les 4V, Carole Delga. Bonjour. Je vois que vous avez votre téléphone à proximité. Est-ce que vous attendez un appel de Michel Barnier ?
Non, non, je n'attends pas d'appel de Michel Barnier. Vous avez échangé avec lui depuis sa nomination ? En tant que présidente de Région de France, bien évidemment, parce que nous allons nous rencontrer dans les prochaines semaines pour travailler ensemble, pour faire en sorte qu'il y ait plus de capacité à décider localement. Les régions sont des investisseurs dans le domaine économique, dans le domaine de la formation, dans la question des transports. Et donc, nous avons la volonté d'être force de proposition et surtout d'amener des solutions.
Alors, vous savez qu'il recherche des personnalités de gauche. Est-ce que vous pourriez participer à ce gouvernement ?
J'ai rencontré le président de la République il y a de ça dix jours et je lui ai donné ma position. Donc Emmanuel Macron comme Michel Barnier savent très bien que je souhaitais que ce soit un premier ministre ou une première ministre de gauche conformément au vote des Français et que donc je ne participerai pas à un gouvernement qui ne respecte pas le vote des Français et qui ne va pas répondre à la question de l'urgence sociale et aussi à la nécessité d'accélérer la transformation écologique.
C'était il y a dix jours. Aujourd'hui, si Michel Barnier vous appelle pour vous poser la question à nouveau, c'est toujours non, je n'entre pas au gouvernement ?
J'ai une constante dans mes positions. Je suis constante dans mes affirmations. Non, je ne participerai pas à un gouvernement de droite soutenu par l'extrême droite parce que j'estime que la priorité c'est de revaloriser le travail, d'avoir un salaire décent parce que je pense qu'on ne peut pas continuer avec une retraite à 64 ans pour les métiers pénibles comme ceux du bâtiment, comme les aides soignantes, que ce soit dans les maisons de retraite, que ce soit dans les hôpitaux. Et puis je pense qu'on doit investir dans les services publics, que ce soit l'éducation, la santé ou la sécurité.
Michel Barnier, lors de sa passation de pouvoir, puis lors de ses premiers entretiens, a dit qu'il était ouvert au fait de rediscuter certains aspects de la réforme de retraite, notamment pour les plus fragiles. Il a dit aussi qu'il n'était pas fermé à l'idée d'une plus grande justice fiscale. Vous n'y voyez pas des signaux positifs ?
Non, nous devons attendre, bien entendu, un programme, mais clairement, il y a eu un déni, il y a eu un irrespect du vote des Français par le président de la République. Mais ces premières déclarations sur la question des retraites, sur la question de la justice fiscale. Nous devons avoir une lisibilité en politique. Nous devons avoir une clarté. Les Français ont envoyé un message au président de la République qu'il ne voulait plus ses politiques, qu'il ne voulait pas de l'extrême droite, et que la tendance dans le front républicain était à gauche. Donc, il devait y avoir, de la part du président de la République, un respect du vote des Français.
Et c'est pourquoi, si j'étais députée, je voterais une motion de censure par rapport au choix du président de la République.
Vous voteriez la motion de censure contre le gouvernement Barnier ?
Parce que le choix du président de la République ne respecte pas le vote des Français. La personnalité de Michel Barnier est tout à fait respectable. Il a prouvé ses grandes qualités au niveau européen par rapport au Brexit. Mais ce qu'ont demandé les Français, ce qu'ils ont voté très clairement, c'est d'avoir un gouvernement qui ne soit pas la continuité des politiques macronistes, qui ne soit pas en lien avec l'extrême droite. Il y avait une tendance à gauche, c'est pourquoi j'ai toujours soutenu un Premier ministre ou une Première ministre de gauche.
Alors, discuter avec le Premier ministre, ça ne veut pas dire soutenir ce Premier ministre. Olivier Faure, patron du Parti Socialiste, Boris Vallaud, patron des députés socialistes, refuse de se rendre à Matignon pour discuter avec le Premier ministre. Est-ce que c'est normal ? Est-ce que vous trouvez ça franchement très républicain ?
Je pense que le président du groupe socialiste au Sénat a rencontré, en effet, discuté. Je pense qu'il vaut mieux toujours avoir la volonté de dialogue et surtout d'apporter des solutions. Donc, nous avons la nécessité, nous, socialistes, de transformer la vie des gens et de porter vraiment à cœur toutes ces transformations que nous voulons amener. Il est nécessaire d'être dans une discussion respectueuse, mais surtout dans la proposition de solutions, que ce soit sur la question de l'éducation ou la revalorisation des salaires. On ne peut pas continuer à avoir des travailleurs pauvres en France. C'est d'une injustice criante.
Quelle est la part de responsabilité d'Olivier Faure, patron du PS, dans le fait d'avoir aujourd'hui un Premier ministre de droite à Matignon, sachant qu'il n'a pas officiellement et publiquement soutenu l'hypothèse de Bernard Cazeneuve ?
La responsabilité première d'avoir Michel Barnier et non Bernard Cazeneuve revient au président de la République. Au sein du Parti socialiste, je défendais qu'il y ait un affichage très clair de soutien à la candidature de Bernard Cazeneuve, qui est un homme de gauche. Cela n'a pas été décidé par la direction du Parti socialiste. Vous savez, vu l'état de la France, je pense qu'on n'est pas au moment de chercher des coupables. On doit trouver des solutions. Moi, ce que j'ai défendu au sein du Parti socialiste, c'est d'avoir une mobilisation forte pour un homme ou une femme de gauche. Bernard Cazeneuve en faisait partie.
Je regrette que la direction de mon parti n'ait pas souhaité justement afficher un soutien à Bernard Cazeneuve comme à toute personnalité de gauche. Aujourd'hui, nous sommes dans un autre temps. Les Français sont exaspérés par ces guerres et ces positions de jeu d'appareil. Moi, je suis au boulot. Je suis présidente d'une région de 6 millions d'habitants. Je viens de lancer la rentrée. Elle est la moins chère de France. Les ordinateurs y sont fournis par la région Occitanie. Le transport scolaire, il est gratuit pour 200 000 enfants en Occitanie. C'est cela concilier l'éducation et le pouvoir d'achat.
Question contre réponse courte sur le PS. Est-ce que vous demandez néanmoins un congrès du Parti socialiste ? Est-ce que vous serez candidate à la direction ?
Aujourd'hui, les Français, de la question d'un congrès du Parti socialiste, la plupart ne savent pas ce que c'est. Est-ce que je vous dis question courte, réponse courte ?
Un congrès du PS, vous en demandez un ou pas ?
Ce que je demande au Parti socialiste, c'est d'avoir une position claire, de savoir s'ils veulent changer l'avis des gens ou s'ils veulent juste se fermer sur des logiques d'union d'appareil politique. Il faut couper avec Jean-Luc Mélenchon. On doit être une force de transformation, on doit avoir une position claire. On ne peut pas accepter que Jean-Luc Mélenchon et d'autres soutiennent des terroristes, comme cela a été fait avec le chef du Hamas, Parima Hassan. On doit avoir une position très claire de priorité dans la lutte contre l'antisémitisme. Et on doit être cette gauche qui fait des services publics, une arme pour lutter contre le désespoir.
Et on doit être cette gauche qui aime l'entreprise, parce qu'elle aime la création d'emplois, et elle veut une meilleure répartition de la richesse.
Carole Delga, vous êtes aussi la patronne de l'Association des régions de France. Bruno Le Maire, qui va bientôt quitter son poste à Bercy, a pointé du doigt les collectivités locales, estimant qu'elles étaient en grande partie responsables du nouveau dérapage du déficit public. Qu'est-ce que vous dites à Michel Barnier et à son successeur qui pourrait être tenté de venir prendre dans votre poche des économies ?
Michel Barnier a été pendant 17 ans président d'un département. Donc il sait très bien que les élus locaux doivent forcément bien gérer, parce que nous n'avons pas le droit de faire des déficits, contrairement à l'État. C'est-à-dire que nos budgets sont votés en équilibre. Et puis clairement, dans la dette française, 92% c'est lié au budget de l'État, 8% c'est lié aux collectivités locales. On ne va pas dire que ce sont ces 8% qui sont les moteurs des déficits, puisqu'en plus dans les collectivités locales, le déficit ça n'existe pas. Donc je dis soyons sérieux, arrêtons de trouver des fausses excuses. Ce qui est nécessaire, c'est d'avoir de l'argent public bien utilisé.
Et on sait très bien que quand on le confie aux collectivités locales, aux régions, aux départements, aux communes, en fait il y a une plus grande efficacité de l'investissement. On l'a vu dans la question par exemple des lycées, on le voit dans la question des aides aux entreprises. Nous, nous avons une relation directe, on est sur le terrain, il faut avoir une France plus agile et plus de pouvoir localement.
Merci beaucoup Carole Delga de venir dans Les 4V ce matin, c'est à vous. C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada
Carole Delga