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InterviewC dans l'air (sur YouTube)· 7 avril 2022 65 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalInstitutions & électionsImmigration & asile

Le Pen monte, Macron sonne l'alerte #cdanslair 06.04.2022

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 46 %Défensif 34 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 73 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:50OuverteRéponse directe

    Il y a une dynamique en faveur de Marine Le Pen, qu'en pensez-vous ?

  • 16:43OuverteRéponse partielle

    Emmanuel Macron ne commet-il pas une erreur en ne faisant pas campagne ?

  • 17:55OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'après l'effet drapeau, il pourrait y avoir l'effet Poutine ?

  • 18:43OuverteRéponse directe

    Quelles sont les conséquences de la guerre en Ukraine sur la popularité d'Emmanuel Macron ?

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Cette stratégie traduit-elle une forme de fébrilité dans le camp Macron ?

  • 21:51OuverteRéponse directe

    La stratégie d'Emmanuel Macron est-elle trop tardive pour rattraper la dynamique ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:57Brice TinturierChiffre
    « Électoralement parlant, elle est en pleine ascension. Elle est dans la zone des 22% aujourd'hui. »
  • 2:06Brice TinturierChiffre
    « C'est aussi l'effet de la baisse continue et forte d'Éric Zemmour, qu'on situe maintenant plutôt à 8, 8,5%. »
  • 2:25Brice TinturierFait
    « Vous avez aujourd'hui davantage de Français qui pensent que si Marine Le Pen était élue présidente de la République demain, la situation du pays s'améliorerait et leur situation personnelle s'améliorerait plus que si c'était Emmanuel Macron. »
  • 13:02InvitéFait
    « C'est pas chez moi qu'il faut chercher de la complaisance avec M. Poutine. C'est pas chez moi qu'il faut chercher des financements du côté de la Russie. »
  • 13:15InvitéFait
    « Les projets qui tournent le dos à l'Europe, qui veulent la sortie de l'Europe, la sortie de Schengen, sont des projets néfastes et mortifères pour la vocation de la France et notre avenir. »
  • 13:48InvitéPromesse
    « Je suis au bout d'une forme de maturité, d'un parcours commencé il y a 20 ans. J'ai 53 ans, j'ai acquis une expérience. Je suis aujourd'hui prête à gouverner. »
  • 21:57PrésentateurFait
    « Pour Marine Le Pen, les crimes de guerre de Poutine sont un point de détail de l'histoire. »
  • 26:52InvitéFait
    « Ceux qui jouent avec les peurs montent, je n'ai pas réussi à l'endiguer. »
  • 34:27InvitéChiffre
    « Selon les chiffres de l'IFOP, 42% des 18-25 ans n'auraient pas l'intention d'aller voter. »
  • 36:36InvitéChiffre
    « Selon un récent sondage, 8% des 18-25 ans pourraient voter pour Yannick Jadot. »
  • 42:17PrésentateurChiffre
    « On est plutôt dans du 60-40. »
  • 44:52InvitéChiffre
    « Il va lui manquer, peut-être, les trois points de Fabien Roussel. »
  • 49:55InvitéFait
    « J'en veux aux différents gouvernements qui, depuis 20 ans ou plus, n'ont pas formé plus de médecins. »
  • 51:44InvitéChiffre
    « Plus de 6 millions de Français n'ont toujours pas de médecins traitants. »

Temps de parole

  • Présentateur67 %
  • Invité19 %
  • Invité 24 %
  • Invité 33 %
  • Invité 43 %
  • Invité 53 %

3,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:09
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Ce n'est pas encore la panique mais un vent d'inquiétude qui commence à souffler en Macronie. La dynamique de Marine Le Pen dans les sondages à quatre jours du vote, les projections de second tour et un écart qui se resserre sont autant de raisons de changer de stratégie. Le président, happé par la guerre en Ukraine, a fini par entrer en campagne et cible désormais celle qu'il considère comme sa seule adversaire. Hier en déplacement dans le Finistère, il a dénoncé sa proximité avec Vladimir Poutine, les incohérences selon lui d'un programme qui tourne le dos à l'Europe.

Ses lieutenants embrayent et préparent déjà le duel de l'entre-deux-tours. Mais certains, comme Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour ou Valérie Pécresse, misent encore sur les surprises alors que bon nombre de Français pourraient se déterminer le dernier jour. Le Pen monte, Macron sonne l'alerte, c'est le titre de cette émission. Avec nous, pour en parler ce soir, Yves Tréhard, vous êtes éditorialiste et directeur adjoint à la rédaction du Figaro. A lire dans votre journal cette interview de Marine Le Pen qui dit « Je suis prête à gouverner, nous y reviendrons ». Et puis je rappelle « Une certaine idée de la France », l'ouvrage que vous avez dirigé aux éditions du Rocher.

Soazie Kemener, vous êtes rédactrice en chef au service politique de Marianne. Elle a une de votre magazine cette semaine, tous les candidats à la présidentielle. Et ce titre, ce n'est pas un concours de beauté. Nathalie Moret, vous êtes journaliste politique pour le groupe de presse régional ÉBRA. Je cite votre article du jour, « Une affiche encore incertaine ». Enfin, Brice Tinturier, directeur général délégué de l'Institut de sondage Ipsos. Je rappelle la publication de la neuvième vague de votre enquête pour le journal Le Monde et votre analyse à lire dans le journal sur l'étrange campagne. Nous en parlerons largement ce soir. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir.

Merci de participer à ce « C'est dans l'air en direct ». Je vais commencer avec vous, Brice Tinturier. Il y a quelque chose d'incontestable, quand on regarde les chiffres que vous publiez, c'est qu'il y a une dynamique en faveur de Marine Le Pen. Oui, ça c'est incontestable. Électoralement parlant, elle est en pleine ascension. Elle est dans la zone des 22% aujourd'hui. Ce n'était pas le cas il y a encore 15 jours ou 3 semaines. C'est aussi l'effet de la baisse continue et forte d'Éric Zemmour, qu'on situe maintenant plutôt à 8, 8,5%. Et la porosité entre ces deux électorats, elle est très forte.

Mais ce qui est encore plus impressionnant à mes yeux que la dynamique électorale, c'est la dynamique en termes d'opinion. Vous avez aujourd'hui davantage de Français qui pensent que si Marine Le Pen était élue présidente de la République demain, la situation du pays s'améliorerait et leur situation personnelle s'améliorerait plus que si c'était Emmanuel Macron. Donc on a arrêté une convergence d'indicateurs, et pas simplement les indicateurs électoraux, qui nous montrent qu'elle est en très bonne forme. Et par rapport à Emmanuel Macron, ce n'est pas tant qu'Emmanuel Macron baisse. Il a baissé, mais il était très haut. Il se stabilise dans une zone élevée pour l'instant, à 27%.

Donc on a un resserrement de l'écart qui est davantage dû à la montée en puissance de Marine Le Pen qu'à la baisse très forte ou qui serait très forte de Macron. Ce n'est pas le cas, ou pas encore le cas. Et dynamique d'image. Et dynamique d'image qui vient de loin. Mais depuis longtemps déjà, on a pu mesurer, commenter et dire à quel point elle parvenait à se désextrémiser. Je trouve que ce qui résume ça, c'est son clip de campagne, où vous avez l'impression d'une tata qui distribue des baisers à tous les Français. Mais vous le voyez également. Elle est très souriante, très proche. Mais vous le voyez dans les indicateurs. Sa présidentialité s'est améliorée assez substantiellement.

Elle est la deuxième personnalité maintenant en termes de présidentialité pour les Français. Loin devant Valérie Pécresse ou d'autres. Sa capacité à changer les choses, et ça c'est un indicateur fondamental, est aussi la plus forte. C'est là où elle capitalise le plus. Et puis elle donne le sentiment, non seulement de vouloir changer les choses, d'avoir finalement une bonne présidentialité, mais de bien comprendre les Français. Et ça c'est son point fort par rapport à Emmanuel Macron. Et avec ce point sur lequel vous insistez aujourd'hui, Brice Tinturier, c'est le fait que les Français ont le sentiment qu'avec Marine Le Pen, leur quotidien changera davantage qu'avec Emmanuel Macron.

C'est l'indication que vous venez de nous donner. Et sur la présidentialité, je me tourne vers vous, Etréard, elle fait une grande interview dans le Figaro aujourd'hui, où elle dit, je suis prête à présider personnellement et politiquement.

4:18
Invité

Vous vous rendez compte le chemin parcouru depuis le débat de l'entre-deux-tours de 2017, elle a complètement, et d'ailleurs c'est tout à son honneur, elle a radicalement changé, elle a radicalement changé de posture, effectivement elle sourit alors qu'elle était dans l'agression par le passé, mais son programme, lui, n'a pas tellement changé. Certes, elle a modéré un peu ses positions sur l'Europe, mais on ne peut pas dire, si vous voulez, sur l'immigration, même sur l'économie, elle est beaucoup changée de programme. Elle a un programme qui est un programme très populiste finalement. On va revenir sur le programme, mais sur sa posture présidentielle,

4:52
Présentateur

puisque c'est ce que disait à l'instant.

4:53
Invité

Elle a compris qu'il fallait qu'elle change, et elle a une posture qui est très féminine, alors que c'était peut-être moins évident avant. Elle nous raconte sa vie, elle se livre, elle nous parle de ses chats, elle nous parle de la personne qui vit avec elle, qui partage sa vie, et puis de ses doutes, de son empathie. Elle a de l'empathie, si vous voulez, et c'est elle qui probablement, cette campagne va le plus vers les Français, sans chercher à créer le bruit, le buzz. Tout le contraire, c'est tout le contraire. Elle fait tout le contraire de finalement la campagne de Zemmour.

Zemmour a fait une campagne qui était sur des déclarations tonitruantes, elle a fait une campagne sur une espèce d'apaisement du discours, parce qu'elle pense que c'est ce que les Français cherchent et ce dont ils ont besoin.

5:38
Présentateur

Parce qu'elle sape surtout que pendant des années, les Français ont pensé qu'avec le Rassemblement national et le Front national, ce serait le chaos.

5:44
Invité

Ce serait le chaos, exactement. Donc elle a compris ça, elle est en position, si vous voulez, d'être élue, elle veut être élue, c'est la grande différence avec son père, qui lui était là pour faire turbuler le système, pour déranger, je dirais, le système, alors qu'elle, elle a l'ambition d'y aller, elle a l'ambition d'aller à l'Élysée. C'est sa marche vers l'Élysée.

6:07
Présentateur

Nathalie Moret, on parlait de la campagne de Marine Le Pen, ce qui est intéressant, vous l'avez suivi sur le terrain, vous racontez qu'elle passe beaucoup de temps avec les Français sur le terrain. Elle a élaboré une forme de campagne, au fond, qui était assez en rupture avec ce que faisaient tous les autres pendant cette période-là. C'est surtout en rupture avec la campagne que fait Éric Zemmour, qui est une campagne de buzz sur les réseaux sociaux. Elle, j'allais dire qu'elle fait une campagne PQR. Elle se déplace vraiment dans les villes moyennes et elle se déplace longtemps. Depuis des mois, elle fait une réunion publique par semaine.

Alors, on l'a beaucoup moquée, parce que le matin, elle va sur les marchés. Et puis le soir, elle fait une réunion qui est somme toute modeste, dans des salles de 700, 1200 personnes maximum. Mais c'est toujours plein. Et quand elle va sur les marchés, le matin, s'il faut qu'elle y reste 3 heures et s'il faut qu'elle fasse 500 selfies, elle le fait. Elle est bien accueillie ? Très bien accueillie. Et effectivement, comme disait Yves, elle parle d'elle. C'est-à-dire que les gens, par exemple, l'interrogent sur ce qui se passe en Ukraine. Elle va dire « Ah bah oui, moi aussi, en tant que mère de famille, je trouve ça terrible, etc. » Ce qu'elle ne faisait jamais avant.

Donc, elle se livre plus. Elle écrit un récit. Un récit qui plaît. Et finalement, fendre l'armure, c'est ça. Rappelez-vous, lors de sa convention présidentielle à Reims, à la fin de son discours, elle s'était approchée, sans doute un petit peu maladroitement, près des gens. Et elle avait pris le micro en disant « Bah voilà, j'ai pas toujours eu une vie facile, etc. » Vrai ou faux ? En tous les cas, ça a marqué.

Et du coup, elle est rentrée, elle a écrit une histoire, elle est entrée en empathie avec les Français, à l'opposé d'Éric Zemmour, qui était son principal concurrent et qui est dans le buzz et dans le rejet et dans le « je fais peur », et à l'opposé aussi d'Emmanuel Macron, qui est plutôt dans « Mais traversez la rue et je vais vous trouver quelque chose » et puis « Je veux emmerder les Français qui ne sont pas vaccinés, etc. » Donc, elle a trouvé cette martingale de la candidate qui rassure et pour l'instant, ça fonctionne. Ce qui est absolument incroyable, c'est que pendant des mois, depuis le début de cette campagne, elle était totalement sous les écrans radars.

Écrasée, évidemment, par la montée en tension autour de la candidature d'Éric Zemmour. Écrasée parce que de toute façon, on se disait qu'il n'y avait pas de crédibilité autour de sa candidature. Éric Zemmour est entré en campagne en disant « Elle ne peut pas gagner, donc de toute façon, il faut passer à autre chose. » On a l'impression que l'ensemble de la classe politique redécouvre le risque et la candidature de Marine Le Pen, son programme, sa personnalité à cinq jours du vote. Oui, c'est comme si elle avait fait une campagne souterraine.

On a beaucoup parlé de la campagne souterraine de Jean-Luc Mélenchon la fois dernière par les réseaux sociaux qu'on n'avait pas vu l'impact qu'il pouvait avoir sur les jeunes. Et là, c'est exactement la même chose. C'est-à-dire que, par petites touches, c'est le chercheur Raphaël Liorca qui a expliqué ça. Regardez, à chaque fois qu'on voit une image de Marine Le Pen, elle est assise dans un canapé. C'est cosy. C'est Marine Le Pen à la maison, cette campagne. Et donc, on l'a vue apparaître comme ça, dans des endroits où, effectivement, on la voyait moins. Je me souviens de l'avoir suivie en 2012. Elle était dans la foule. Elle avait l'œil inquiet.

Elle avait toujours peur que quelqu'un arrive et s'en prenne à elle. Donc, elle a appris à embrasser les gens, à embrasser les Français et surtout à être à hauteur de vie quotidienne. Et je pense qu'Éric Zemmour l'a beaucoup aidée. C'est-à-dire que, quand il arrive en campagne, évidemment, c'est une catastrophe pour Marine Le Pen. Elle avait fait une autre interview dans le Figaro. Elle disait qu'il ne faut pas diviser le camp national. C'était l'inquiétude. C'était l'interview de septembre de rentrée de Marine Le Pen. Et en fait, il l'a aidée. Pourquoi ? Parce qu'elle est obligée de se déporter sur rendre l'argent aux Français.

Le pouvoir d'achat qui est vraiment le sujet de cette campagne, même si c'est une campagne un peu particulière. C'est vraiment le sujet qui revient et qui est encore poussé par la crise en Ukraine parce que ces électeurs, je parle sous votre contrôle, c'est ceux qui s'intéressent moins à ce qui se passe en Ukraine. Mais en revanche, ils s'intéressent aux conséquences, au pouvoir d'achat. Donc, il l'a aidée là-dessus. Et il l'a aidée aussi par ces déclarations qu'on peut qualifier d'inhumènes, Éric Zemmour, c'est-à-dire sur les enfants handicapés, sur les réfugiés ukrainiens.

Il faut se souvenir que c'est Louis Alliot qui est au Rassemblement national qui allait chercher des enfants et des femmes ukrainiennes à la frontière franco-allemande. Donc, il y a eu aussi ce positionnement d'Éric Zemmour, très dur, très idéologue, qui fait que finalement, elle est parue comme très souple. Mais tout ça ne change pas Marine Le Pen. C'est de l'image, c'est de la campagne. Et on va parler du fond et de son projet. Une capacité de faire du judo avec Éric Zemmour, comme elle avait fait du judo avec Bruno Gollnisch, en apparaissant finalement beaucoup plus apaisée, beaucoup plus calme et beaucoup moins dure.

Mais il y a les traits d'image et il y a le fond du programme dont nous allons parler dans un instant, puisque c'est là-dessus qu'a décidé de cibler ses attaques, Emmanuel Macron et l'ensemble de ses lieutenants. Mais les gens font la différence. On sépare les deux. On oublie à un moment donné la musique, la vraie musique du Rassemblement National, parce qu'on a des photos de Marine Le Pen à la maison, comme vient de le dire Swazie Kamenner.

Je crois que c'est ça le talent de Marine Le Pen, c'est qu'elle a réussi à ne plus apparaître comme la représentante d'une famille politique, qui était une famille d'extrême droite ou populiste, inquiétante pour une très grande majorité de Français, mais comme une figure finalement presque maternelle. Alors c'est dû à son repositionnement d'image. Elle est aujourd'hui perçue comme sympathique dans des proportions qui sont quand même très fortes. Et l'affreux Jojo, c'est devenu Éric Zemmour, qui lui est rejeté comme étant antipathique, y compris par les électeurs de Marine Le Pen.

Donc là, il y a un vrai repositionnement d'image, il y a une vraie qualité, parce que vous avez des électeurs de Marine Le Pen qui trouvent Éric Zemmour antipathique, et des électeurs d'Éric Zemmour qui trouvent Marine Le Pen sympathique. Donc on voit ce qu'a perdu Éric Zemmour par rapport à Marine Le Pen. Et elle ne fait plus peur. Et elle ne fait plus peur. Et si elle a réussi ça, si on revient quand même sur le fond, sur le programme, c'est parce qu'elle a beaucoup plus parlé de pouvoir d'achat, qui est la préoccupation dominante, que de préférence nationale, même si elle revient maintenant sur la préférence nationale, et même si ça sera l'enjeu du second tour.

Et nous allons y venir dans le détail. En tout cas, le ton a changé en quelques jours. Les courbes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen se resserrent. Le favori quitte sa campagne en surplomb et sonne la charge contre la candidate du Rassemblement national qui a été épargnée pendant de longs mois. En raison, vous l'avez dit les uns et les autres, de la percée d'Éric Zemmour à 4 jours du vote. La Macronie veut maintenant tenter d'enrayer la dynamique. Romain Bessnenou et Christophe Roquet.

12:34
Invité

Changement de décor, 3 jours après son meeting à la Défense. Emmanuel Macron en campagne dans le Finistère, au contact des habitants. J'ai compris. Je m'en occupe. Il faut légiférer. Dernière ligne droite et inquiétude dans la majorité. Marine Le Pen rattrape le président dans les intentions de vote. Alors le favori ne retient plus ses coups et cible sa principale adversaire. Sur la Russie d'abord. C'est pas chez moi qu'il faut chercher de la complaisance avec M. Poutine. C'est pas chez moi qu'il faut chercher des financements du côté de la Russie. C'est chez d'autres candidats. Et il ne faut pas l'oublier non plus.

Puis sur l'Europe, toujours sans nommer la candidate du Rassemblement national. Les projets qui tournent le dos à l'Europe, qui veulent la sortie de l'Europe, la sortie de Schengen, sont des projets néfastes et mortifères pour la vocation de la France et notre avenir. Le chiffon rouge face à Marine Le Pen. La candidate à la peine, il y a quelques mois encore, a gagné 5 points dans les sondages en seulement 3 semaines et réduit l'écart avec Emmanuel Macron.

13:37
Présentateur

Elle est donnée à plus de 20% par l'Institut Epsos. Idem au second tour, plus que 8 points s'éparlent les deux candidats. Alors Marine Le Pen, grisée, y croit plus que jamais.

13:48
Invité

Je n'aborde pas cette élection présidentielle dans le même état d'esprit qu'il y a 5 ans. Je suis au bout d'une forme de maturité, d'un parcours commencé il y a 20 ans. J'ai 53 ans, j'ai acquis une expérience. Je suis aujourd'hui prête à gouverner. Confiante, car cette fois-ci, Marine Le Pen dispose d'un réservoir de voix important pour le second tour. Elle compte sur les électeurs d'Éric Zemmour, mais aussi de Nicolas Dupont-Aignan, qui croit toujours à une surprise au premier tour.

14:21
Présentateur

Je pense que les Français ne veulent pas obligatoirement retrouver ce duel. Mon petit doigt me dit, je peux me tromper, que les Français, en tout cas je leur dis, si vous allez voter, baincivement, si les 47 millions d'électeurs vont voter, eh bien je peux vous dire, on peut déjà sortir Emmanuel Macron dès le premier tour, ce qui serait un grand... Dès le premier tour ? Dès le premier tour. Je pense qu'arriver à Lionel Jospin peut arriver à Emmanuel Macron. C'est-à-dire que les Français, je les supplie d'aller voter. Ils sont écoeurés.

14:48
Invité

Loin derrière le trio de têtes, Valérie Pécresse dégringole à 8% selon Ipsos. Elle accuse Emmanuel Macron d'avoir favorisé la montée de Marine Le Pen. Mes amis, mes amis, vous avez compris le scénario cynique qu'Emmanuel Macron veut écrire. Il veut une nouvelle fois un face-à-face avec les extrêmes pour ça... Ce deuxième tour-là, lui non plus n'en veut pas. Mélenchon, troisième homme, appelle la gauche à s'unir derrière sa candidature pour le porter jusqu'à la finale. Mais la gauche, elle, reste divisée. Et pour le moment, le vote utile est rejeté par les autres candidats. On n'a pas les mêmes choses à dire.

Voilà, oui, il y a Mélenchon qui est en tête, mais on nous fait le coup du vote utile. Avant, Mélenchon, il était au PS, il faisait le coup du vote utile, effectivement, il y a 20 ans ou 30 ans, en disant, voilà, il faut surtout que le PS arrive au pouvoir. Le PS est arrivé au pouvoir et il nous a bien trahis. Et aujourd'hui, on nous refait le coup. Et puis derrière ce coup-là, c'est l'idée qu'il y aurait un sauveur et tout ça. Nous, on n'y croit pas du tout. Pas de vote utile non plus pour Lutte Ouvrière, qui cible l'extrême droite et compte bien jouer sa partition jusqu'au bout. Le Pen, c'est sûr, elle cherche le vote des travailleurs.

Mais les travailleurs, elle les veut dociles, soumis, elle les veut aux ordres. Le vote d'extrême droite dans les classes populaires, c'est un vote de résignation. Et les travailleurs qui voteraient Le Pen aux Émours pour écarter Macron se tireraient une balle dans le pied. Dans la majorité, le sentiment anti-Macron inquiète de plus en plus les proches du président. Certains commencent même à envisager Marine Le Pen en tête du scrutin dimanche prochain.

16:37
Présentateur

Nous allons revenir sur ce que certains imaginent et l'inquiétude du camp Macron. Mais d'abord, cette question. Emmanuel Macron ne commet-il pas une erreur en ne faisant pas campagne et en refusant de débattre de son bilan ? Yves Tréa.

16:50
Invité

Alors, sur le débat, aucun de ses prédécesseurs, le président sortant, n'a débattu avec ses concurrents. En revanche, il est certain que, si vous voulez, au bout d'un moment, on pensait que, pour lui, ne pas faire campagne, c'était un atout. Parce que ça lui évitait de s'exposer. Et puis qu'il avait des bons paravents. D'abord la crise sanitaire et puis la guerre en Ukraine. Sauf que la crise sanitaire, finalement, elle s'est évanouie. Et puis la guerre en Ukraine, à mon avis, commence à fatiguer, pardon pour ce cynisme, mais l'audience, le public. Et donc les Français, ils ont envie qu'on leur parle d'eux aussi. Et le président de la République ne parlait pas d'eux.

Et donc il est rentré en campagne très tard. On peut considérer qu'il est entré en campagne il y a dix jours, à peine. Et que c'est effectivement, pour lui, finalement, ça pourrait être un handicap. Parce que ça correspond à sa régression dans les sondages, d'une façon assez forte.

17:52
Présentateur

Est-ce qu'après l'effet drapeau, il pourrait y avoir l'effet Poutine, Yves Tréard ? C'est-à-dire le fait qu'à un moment donné, si on reste sur ces sujets de politique internationale, que les gens se disent, bon, il a beaucoup œuvré et au fond...

18:05
Invité

Je dirais qu'il a presque une chance, c'est que l'élection présidentielle soit cette année très tôt. Parce qu'effectivement, l'effet Poutine peut exister. Et l'effet Poutine, je vais vous dire, c'est ce qu'a traduit le Premier ministre polonais hier. En disant, mais vous parlez à Poutine, mais pour finalement aucun résultat. Et les Français, j'interprète, parce qu'il faudrait mesurer tout ça, peuvent se dire, mais d'accord, il parle à Poutine, mais ça n'a aucun effet. Mais comme souvent, c'est ce qu'on reproche aux politiques, c'est que justement, ils n'ont pas...

18:35
Présentateur

Ah, ça décharge les autres non plus, hein, n'ont aucun succès.

18:37
Invité

Bien sûr, mais ça n'a aucun effet. Et ils s'occupent de ça au lieu de s'occuper de nous. Parce que les Français ont envie qu'on s'occupe d'eux.

18:43
Présentateur

Brice Tinturier, sur les conséquences de la guerre en Ukraine, sur d'abord la popularité d'Emmanuel Macron, et puis là, peut-être un retournement de situation, est-ce que ça s'est envisagé ? Oui, mais je ne pense pas que ce soit dû à un reproche que feraient les Français à Emmanuel Macron de ne pas obtenir des résultats vis-à-vis de Poutine. En revanche, ce qui s'est produit, c'est qu'on a un découplage des écrans aujourd'hui. Vous avez une scène autour de l'Ukraine qui se superposait à un moment donné avec la scène hexagonale. Donc ça, c'était profitable, effectivement, à Emmanuel Macron. Et maintenant, on est sur deux écrans différents. L'Ukraine est toujours là.

L'Ukraine inquiète et scandalise toujours les Français. Mais il y a un autre écran, et il a été absent de cet écran-là, qui est l'écran de la campagne hexagonale, ce que moi j'appelle le chaudron français. Et à force de ne pas être dans ce chaudron, de ne pas débattre, même si ses prédécesseurs ne l'avaient pas fait auparavant, par exemple, un par un, en y prenant un par un, il a donné, je pense, le sentiment aux Français d'un manque de considération. Parce qu'à votre question, la réponse, c'est bien sûr qu'il faut toujours faire campagne. Ne serait-ce que par considération à l'égard des Français. Et puis surtout, c'est ça qui fait que personne n'a affronté Marine Le Pen sur le fond.

Donc là, on s'étonne qu'elle soit dans cette posture, mais qui est allée débattre avec elle, candidat contre candidat, sur le fond. Alors, là, le président a commencé à le faire. Est-ce que d'abord, il y a une forme d'inquiétude, Nathalie Moret ? Le titre de cette émission, c'est Sonne l'Alerte. On a bien compris que depuis quelques jours, il y avait un changement vraiment de stratégie avec des lieutenants d'Emmanuel Macron qui sont envoyés sur les plateaux et un président lui-même qui cible le programme de Marine Le Pen. Ça traduit quoi ? À un moment donné, une forme de fébrilité ? Ils sont inquiets de cette dynamique ? Oui. Alors, il y a ceux qui le disent et ceux qui ne le disent pas.

Alors, ceux qui ne le disent pas, ils disent, regardez les sondages, il est encore à 26, 27, donc voilà, c'est beaucoup plus. Il y a un mois, on aurait signé pour ça et tout. Non, ça va, tout va bien. Ça, ce sont les premiers. Et les secondes disent, oh là là, mon Dieu, mais les réservoirs de voix qu'on a. Qu'est-ce qui va se passer au second tour si l'écart entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron est très faible ? Donc, il y a un panique, je ne dirais pas que ça va jusqu'à la panique, mais il y a une vraie inquiétude de second tour. Et moi, je le vois parce que je vois qu'il va voir maintenant les Français très en proximité. Il est allé à Fouras, par exemple.

Hier, il était dans un tout petit village de la Bretagne, donc avec les vrais gens et pas seulement à l'aréna en région parisienne où il y a 20 000 Parisiens. Et puis, il a quasiment vu toute la presse quotidienne régionale, ce qui est quand même un signe. Ça veut dire qu'il parle, et il parle effectivement aux Français tout en faisant son bilan. Tout en faisant son bilan, parce qu'il se rend compte qu'effectivement, il a un bilan à défendre et que pour l'instant, personne ne le défend. Sur le terrain, quand il a fait des choses qui pourraient être mises à son crédit, il n'a pas un réseau d'élus pour dire, les maisons France Service, c'est nous. Il n'a pas ça.

Donc, effectivement, il va là en proximité, comme le fait Marine Le Pen, parce qu'il voit que c'est un manque criant dans sa campagne. Et avec sa décliminer, une stratégie très claire, c'est-à-dire de renvoyer Marine Le Pen à son histoire. Cette phrase de Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, ce matin dans une interview qu'il accorde à l'Obs. Pour Marine Le Pen, les crimes de guerre de Poutine sont un point de détail de l'histoire. Donc, la référence à ce qu'avait dit son père. Emmanuel Macron l'a renvoyé aussi à ses sympathies avec Vladimir Poutine. C'est ça la stratégie ? D'abord, utiliser l'actualité d'Ukraine pour la renvoyer à ce qu'elle est ?

La stratégie, c'est une stratégie de second tour. C'est-à-dire que le premier tour n'est pas encore passé. Donc, c'est déjà face à Marine Le Pen, avec tous les dangers d'une telle stratégie, parce que ça oblige à être sur les deux tableaux en même temps. C'est-à-dire défense du bilan, ce qui aurait dû être le sujet du premier tour. Pourquoi je me présente ? Pourquoi je viens ? Et ensuite, face à Marine Le Pen, avec ces attaques finalement qui tombent à un moment un peu étrange. Et effectivement, c'est là où on voit la fébrilité du camp Macron. Alors, la fébrilité, elle ne s'inscrit pas. Ils ne sont pas en train de se dire « Marine Le Pen va l'emporter ». On n'entend pas encore ça.

Ce qu'on entend, c'est en revanche, ça va être serré. Et si c'est serré, ça va être très compliqué pour la suite. C'est-à-dire que si on est à, mettons, 53-47, si jamais c'était ça au second tour, ce n'est plus du tout à fait la même histoire. 15-66% pour le président de la République, la fois précédente. Ça oblige en termes de choix politiques. Et ce qui est intéressant, c'est que depuis le début de sa conférence de presse, le président de la République dit « je veux un mandat clair ». Et le problème, c'est que ce mandat clair, il fallait le chercher dès le premier tour. Donc là, l'inquiétude commence à être sûre. Finalement, il aurait dû débattre.

Certains députés, certains macronistes disent « mais on l'entend, nous, dans des circonscriptions, des circonscriptions très macronistes, mais le président, nous, on l'aime, les macronistes, parce qu'il est bon en débat, parce que justement, il avait écrasé Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. On ne comprend pas pourquoi il n'a pas voulu se lancer dans cette campagne. Et on voit bien que là, on a un problème de tempo, c'est-à-dire qu'on attaque Marine Le Pen, on essaie de rappeler aux Français qui est Marine Le Pen, mais c'est tard.

Et même si ses lieutenants parlent, il y a des meetings de ministres absolument en permanence, on reçoit des listes longues comme le bras, c'est la parole du président de la République qui compte. Là, vous le savez, on est soumis au temps de parole, donc c'est plus difficile pour le président de la République de faire entendre sa différence sur ces sujets-là. Donc c'est ce qu'il a tenté de faire en meeting, à la toute fin de son meeting samedi, comme une espèce de sursaut, mais c'est très court pour un premier tour de s'appuyer simplement sur ce meeting.

Et en reprochant à Marine Le Pen, puisqu'on parlait tout à l'heure du contenu, un projet qui tourne le dos à l'Europe, qui va faire augmenter les prix, et donc qui pèsera sur le pouvoir d'achat des Français. Et ce dimanche, il donnait le sentiment un peu agacé de dire que personne, je ne sais pas à qui il s'adressait d'ailleurs, n'avait confronté Marine Le Pen pendant cette campagne à ses incohérences.

24:38
Invité

Ça c'est vrai, il n'y a pas eu vraiment de débat, si vous voulez, même entre les candidats hors de lui, pour remettre en question Marine Le Pen. C'est là où elle a réussi son coup. Parce qu'en changeant sa posture, en changeant son visage, en changeant son ton, elle a fait passer, je dirais, une nouvelle offre, en faisant oublier le contenu. Et en plus...

25:06
Présentateur

Le contenu n'a pas changé.

25:07
Invité

Le contenu n'a pas changé, à quelques détails près sur l'Europe quand même, qui sont importants. Et elle a été aidée en cela par Éric Zemmour. Parce que si elle avait décidé de faire une campagne comme ça, plus détendue, avant même qu'Éric Zemmour entre dans l'arène, le fait qu'Éric Zemmour radicalise le discours de la droite, on va dire, nationaliste, elle, on l'a oubliée. On a oublié ce qu'elle disait sur l'immigration, mais elle n'a pas changé d'un pouce. On a oublié ce qu'elle dit sur l'économie. Et Dieu sait si son programme économique tient difficilement la route. Mais du coup, on a complètement passé ça, mis ça sous le tapis.

Et ça, c'est Éric Zemmour en grande partie qui a quand même polarisé la tension sur ces mesures chocs, je dirais.

25:54
Présentateur

Bristin Thurier, vous voulez dire un mot ? Oui, juste sur ce que vous disiez à propos de l'argument contre Marine Le Pen du rapport à Poutine. Moi, je crois que les arguments qui peuvent percer dans l'opinion, ce n'est pas du tout cela, sont des arguments qui concernent la logique d'ordre ou de désordre. C'est ça qui travaillent les Français. On est dans un monde menaçant, il y a des crises, ils demandent à être protégés.

Mais si les arguments d'Emmanuel Macron ne sont pas pour montrer que Marine Le Pen peut être une puissance de désordre sur le plan économique, sur le plan de ce qui se passerait dans les banlieues si jamais elle était élue, parce que ça, ça inquiète les Français, sur le plan de l'entourage, qui ne serait pas suffisamment expérimenté et compétent pour gouverner, là, vous avez une Marine Le Pen sur des enjeux hexagonaux qui devient finalement quelqu'un qui peut incarner du désordre et pas de l'ordre. Et ce n'est pas en parlant de Poutine, je pense, que les Français, tout à coup, se diront « Non, non, il ne faut surtout pas aller voter pour Marine Le Pen.

» Alors, il a dit aussi qu'elle était l'héritière d'un clan. Et il a eu cette phrase chez nos co-frères de France Inter, expliquant que « Ceux qui jouent avec les peurs montent, je n'ai pas réussi à l'endiguer » en forme de mea culpa. On rappelle que le total des intentions de vote, pour l'instant, pour des partis d'extrême droite, on est à 33% d'intention de vote. La question que tout le monde a envie de vous poser, Pristin Turier, et qu'on doit vous poser tous les jours, c'est peut-être gagné.

Et quand vous regardez les réserves de voix, vous l'avez évoqué rapidement, c'est ce qui inquiète une partie de la Macronie, c'est-à-dire qu'on se dit, vous avez d'ailleurs commencé l'émission là-dessus, elle a des réserves de voix. C'est peut-être ça qui est totalement différent. Mais ce qui est totalement différent et qu'il faut vraiment réaliser, c'est que nous évoquons un second tour à 53-54% pour Emmanuel Macron. Ce qui veut dire un second tour classique, gauche-droite. Alors que c'est un second tour, Macron-Le Pen, ça montre le chemin parcouru.

Et le deuxième élément à prendre en compte, avec la réserve qu'il faudra attendre les résultats du premier tour, parce que suivant les niveaux, les dynamiques, etc., tout cela peut changer. Mais si on est à peu près dans ce que nous mesurons aujourd'hui, les dynamiques de report, effectivement, nous mettent dans une zone de relative incertitude. Pourquoi ? Parce que les électeurs, notamment de Jean-Luc Mélenchon, vous en avez la moitié qui nous dit aujourd'hui, je resterai à la maison. Et puis ensuite, ça se répartit de manière à peu près proportionnelle entre Macron et Le Pen.

Et les électeurs aujourd'hui de Valérie Pécresse commencent à aller en partie sur Marine Le Pen dès le premier tour. Et au second tour, vous avez le même phénomène. C'est-à-dire une partie qui reste à la maison, et une autre partie qui vote pour Le Pen, ça fait 50%. Donc les réserves d'Emmanuel Macron sont aujourd'hui beaucoup plus faibles en raison de ces deux phénomènes que ce qu'on pouvait avoir il y a encore trois semaines. Est-ce que tout ça ne se produit pas un peu tard ? On est à quatre jours du vote, on parlait de la stratégie d'Emmanuel Macron qui d'un coup décide de cibler Marine Le Pen, d'être dans une stratégie de second tour.

Est-ce qu'il y a une prise de risque à votre avis, Ivetrea ?

28:37
Invité

Oui, c'est peut-être un peu tard pour elle, vous voulez dire ?

28:40
Présentateur

Non, pour rattraper une forme de dynamique qui existe d'ores et déjà dans l'opinion pour Emmanuel Macron. Il est très confortable pour l'instant, il est à 27% pour le premier tour.

28:48
Invité

Il faut qu'il se méfie parce que justement, ça se cristallise dans les tout derniers jours. Toutes les études le prouvent. Marine Le Pen peut gagner. Alors, d'abord, on va voir ce qui se passe au premier tour. Elle peut virer en tête. Elle peut virer en tête au premier tour. Mais après, prévoir le deuxième tour, vous savez, c'est une autre élection. Non, parce qu'un thème peut s'installer dans le débat. Il peut y avoir des événements tout à fait exogènes qui débarquent et qu'on ne maîtrise pas. Donc, c'est différent. Mais moi, je pense qu'elle peut virer là-dessus. Parce que je pense que la cristallisation du vote, c'est en ce moment que ça se fait.

29:31
Présentateur

Si elle vire en tête, ça voudrait dire qu'elle continuera à dépouiller une partie d'Éric Zemmour et aussi de Valérie Pécresse ?

29:37
Invité

Et aussi de Valérie Pécresse, évidemment. Bien sûr.

29:39
Présentateur

Ça voudrait dire, malgré tout, pour être en tête, qu'Emmanuel Macron perdrait à peu près 4 points. Et la question à ce moment-là qu'il faut se poser, c'est qu'ils vont où, ces 4 points ? Je serais étonné qu'ils repartent chez Valérie Pécresse ou qu'ils repartent. Ils peuvent partir un peu à gauche. Mais il y a tous les abstentionnistes aussi. Alors, on va en parler des abstentionnistes. Et un rapprochement des courbes, tout à fait. Un croisement, je n'en suis pas si sûr. Mais ça ne change rien au second tour. Le second tour, effectivement, il peut être extrêmement serré.

Et aujourd'hui, il est possible, c'est ça qui est quand même complètement différent, il est possible d'envisager un second tour gagnant pour Marine Le Pen. Nous ne l'avons pas dans nos enquêtes à date, mais ça fait partie des hypothèses possibles, crédibles. Alors que ce n'était pas du tout le cas, encore une fois, il y a un mois. Et encore une fois, les adversaires d'Emmanuel Macron n'ont cessé de faire campagne contre lui. Je pense à Yannick Jadot, à Anne Hidalgo, qui potentiellement, cet électorat-là, pourrait se reporter sur le président de la République sortant. Sauf qu'ils n'ont cessé de dire que ce serait une catastrophe. Donc, ça va être très, très compliqué.

C'est ça qui les inquiète, en fait. Un mot de la candidature de Valérie Pécresse, croit-elle encore aux surprises ? Non. Non, non. Clairement, non. Valérie Pécresse, aujourd'hui, moi, je connais assez bien son électorat, puisque j'ai suivi plusieurs meetings. Et même si, effectivement, les gens qui sont derrière elle en meeting sont tout à fait heureux et y croient au miracle, en même temps, chez l'électorat LR, il y a l'espèce de lassitude d'être dans le camp des perdants.

Et à partir du moment où vous êtes sous 10%, il y a quand même une tentation de dire « Ouais, j'en ai quand même marre de voter pour ceux qui ne vont même pas faire 10% donc je vais voter pour quelqu'un qui potentiellement peut gagner ». C'est vrai que ce qui circule chez LR, c'est Bellamy, donc un peu plus de 8% aux européennes, ou Hamon, 6% à la dernière présidentielle. C'est ça la question pour Valérie Pécresse. Et donc, là, elle va regarder, et ce qui va être très important, c'est de regarder s'il est au-dessus ou en dessous de Zemmour. C'est un autre match qui se joue. Voilà, c'est la bataille pour l'honneur de LR face à Éric Zemmour. C'est ça, on est dans un match dans le match.

Après, elle sait de toute façon qu'elle est quasiment certainement la dernière candidate à la présidentielle LR dans cette configuration où tout va exploser ensuite. Donc, c'est vraiment la dernière des dernières. Donc, c'est un peu un sacrifice que cette candidature... Et dans cette fin de campagne, il y en a beaucoup qui sont déjà dans l'après. On est déjà en train de commenter éventuellement un entre-deux-tours, alors même que le premier tour n'a pas eu lieu.

32:03
Invité

Je dirais que c'est plus important encore pour Éric Zemmour que pour Valérie Pécresse d'arriver devant elle. Parce que si Éric Zemmour arrive devant Valérie Pécresse, il peut considérer qu'on peut imaginer que ça se réorganise avec lui ou autour de lui. Alors que s'il est derrière Valérie Pécresse, eh bien, ça ne sera pas Valérie Pécresse qui continuera le chemin, vraisemblablement pas, mais des gens comme M. Wauquiez ou M. Ciotti pourraient se dire « Bon, ben, maintenant c'est à moi de jouer ».

32:31
Présentateur

Et il a dit qu'il continuerait la politique, Éric Zemmour.

32:34
Invité

Et qu'il se présenterait aux législatives.

32:37
Présentateur

En tout cas, au chapitre des incertitudes qui planent sur ce scrutin, le niveau, naturellement, de l'abstention. Les projections des sondeurs donnent des chiffres en hausse dans toutes les tranches d'âge. Je parle sous votre contrôle, Brice Saint-Turier. Alors, vous allez voir, les équipes de Cédans-L'Air sont allées à la rencontre de ceux qui votent pour la toute première fois. On les appelle les primo-votants, Marion Debauchel et David Lemarchand.

33:01
Invité

Ce jour-là, le son de pêche autour des bassins et discussion politique. Parmi ces étudiants du lycée agricole, certains n'iront pas voter, d'autres hésitent. Et pour ceux qui tiennent à donner leur voix, encore faut-il savoir pour qui. Est-ce que c'est plus difficile de pêcher que de choisir un candidat ? C'est plus difficile de choisir un candidat, ça c'est sûr. Ah oui. C'est plus difficile de trouver un candidat en qui on a confiance. C'est ça la difficulté ? Oui, vraiment. Pourquoi c'est si difficile ? Parce qu'on a l'impression qu'au final, ils promettent des choses et puis ils ne le font pas. On sait très bien de toute façon. Le sentiment de ne pas être représenté, de ne pas compter.

Les candidats à la présidentielle, loin trop loin de leurs préoccupations d'étudiants en zone rurale. En ce moment, ils s'inquiètent surtout de l'augmentation des prix de l'essence. On a du mal, surtout dans le milieu rural, on est obligé de se déplacer avec les voitures, on n'a pas tout ce qui est transport en commun, etc. Donc si on n'a pas de voiture, on est un peu mort. Donc obligé d'avoir l'essence. Et avec ce prix-là, c'est compliqué. J'ai l'impression qu'on nous laisse un petit peu de côté. Je n'ai pas l'impression que les problèmes qu'on rencontre aujourd'hui en tant que jeune sont forcément pris en considération.

Selon les chiffres de l'IFOP, 42% des 18-25 ans n'auraient pas l'intention d'aller voter. Et le fait que Marine Le Pen grimpe dans les sondages ne change pas vraiment la donne. En 2002, c'est pourtant la jeunesse qui était dans la rue pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour. Une mobilisation que ces jeunes étudiants de Picardie ne comprennent pas. Est-ce que tu pourrais descendre dans la rue contre Marine Le Pen et ses idées ? Je ne pense pas que je descendrais tout de suite manifester. J'attendrai voir parce que je pense que c'est une femme qui est capable de bien gouverner. 2002-2022, deux visions différentes de l'extrême droite.

Même si ces jeunes n'ont pas l'intention de voter pour Marine Le Pen. Je ne suis pas sûr que le Front National soit toujours représentant de l'extrême droite avec Zemmour actuellement. Et je pense surtout que le Front National ne sont plus les seuls à être aussi extrémistes dans leurs idées. Sur cette nouvelle campagne, tout son projet de loi sur l'immigration, elle veut le faire passer en référendum et non plus plus ou moins imposé, mais elle veut demander son avis à la population avant. Et puis ce n'est plus du tout un sujet qu'elle met en avant maintenant. Même si je ne suis pas du tout pour ses idées, loin de là, ce n'est plus à danger à ce niveau-là.

Une génération qui fait de l'écologie sa priorité, qui manifeste régulièrement pour dire son inquiétude, sa colère contre les politiques. Mec, talon, mets ton talon. Pourtant le vote écologiste n'est pas une évidence. Un écolo-président, Lucas et Bastien élèvent en terminale dans un lycée parisien en quelques doutes. Un candidat qui n'a développé que la partie écologique de son programme et le reste qui est un peu laissé à l'abandon, ça me dérangerait de voter pour lui parce que ça veut dire qu'il n'est pas capable d'assurer 5 ans à gérer un pays. Selon un récent sondage, 8% des 18-25 ans pourraient voter pour Yannick Jadot.

De jeunes électeurs qui placent Emmanuel Macron en tête à 33%, suivi de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

36:39
Présentateur

Et Yves Tréard, on entendait ce jeune qui parlait du référendum sur l'immigration. Donc on voit bien qu'il y a certaines idées qu'elle a apportées, Marine Le Pen, qui sont passées.

36:48
Invité

Ah oui, oui, ça c'est clair. Mais de toute manière, il y a un problème qui est difficile à faire passer dans le débat. En dehors du terme référendum, c'est le problème de la représentativité, de la représentation populaire. On parle souvent d'une réforme des institutions, ce qui ennuie tout le monde. Mais on s'aperçoit quand même que la démocratie française mériterait d'être ravalée, rénovée. Et un des moyens, c'est peut-être aussi l'usage du référendum pour associer, parce que les gens se trouvent abandonnés, pas consultés, pour associer davantage, dans une forme de démocratie participative, la population aux décisions qui sont prises par les politiques.

Et Mme Le Pen, depuis le début, depuis toujours, elle a martelé cela. Et d'ailleurs, ça a infusé parce qu'il n'y a pas un seul candidat qui n'en parle pas.

37:36
Présentateur

– Ce premier tour qu'on annonce comme étant une affiche acquise depuis au fond des mois, on pensait qu'il y aurait eu des surprises, mais finalement, ce serait un scénario qui était écrit il y a plusieurs mois, même depuis le début de ce quinquennat. Est-ce que ça, ça démobilise les gens qui se disent au fond, si c'est comme la dernière fois, ça ne m'intéresse pas, je ne me sens pas concernée, ni même pour me faire plaisir et aller voter pour mes convictions au premier tour ? – D'abord, il faut toujours attendre les résultats du premier tour. On verra, on a quand même Mélenchon à 17%. – Il y a une question d'ailleurs, je vous la pose tout de suite.

Un second tour, Le Pen-Mélenchon, est-il envisageable ? – Il n'est pas exclu, mais il est beaucoup moins probable que Macron-Le Pen. Parce qu'on a Mélenchon à 17%, Le Pen à 22%, les deux montent. Mais vous voyez bien que pour que Mélenchon passe devant Le Pen, il faut quand même pousser les curseurs de manière très très forte. Mais moi, c'est un scénario que je continue à surveiller. Je reste sur Macron-Le Pen-Mélenchon, mais malgré tout, on a encore 4 ou 5 jours de campagne, et il y a des choses qui peuvent bouger. Maintenant, par rapport à l'autre question, pardon… – Sur la mobilisation, alors que la fiche est annoncée et que les gens peuvent se dire « bon, c'est comme la dernière fois ».

– Ce qui démobilise les gens, c'est le pronostic qu'ils font, que les Français font, d'une réélection assurée d'Emmanuel Macron. Vous avez 66% des Français qui pensent que Macron, non seulement sera qualifié, mais qu'il sera réélu. Donc ça, évidemment, ça construit l'idée que quel est l'enjeu ? Il n'y a pas vraiment d'enjeu puisqu'on se dit qu'il va être réélu. Ça baisse malgré tout. On était à des niveaux plus importants il y a encore 8 jours. Donc on voit bien les effets du débat public, les effets peut-être aussi des enquêtes publiées, qui montrent que non, ça peut se resserrer. Mais l'idée d'une élection jouée d'avance, c'est une idée fondamentalement démobilisatrice.

– En sachant que c'est difficile pour certains de lutter contre le réflexe du vote utile, on pense notamment à gauche, où Fabien Roussel considère que c'est une camisole de force. Il dit à ses électeurs, non, vous n'avez pas forcément à voter pour Jean-Luc Mélenchon. C'est vrai que la notion de vote utile est défendue aussi par Marine Le Pen vis-à-vis des électeurs d'Éric Zemmour. – Oui, là, il est en train de se passer quelque chose de très important, je trouve, dans cette campagne. C'est qu'on a des électeurs qu'on interroge, nous, et qui ne nous répondent pas en sincérité sur les programmes, mais qui sont des électeurs stratèges.

Donc on a à la fois des électeurs stratèges qui se disent, d'ailleurs c'est le cas d'un conseiller régional qui l'a expliqué sur Twitter en disant « j'ai soutenu Éric Zemmour, mais finalement le vote utile, c'est le vote pour Marine Le Pen, donc pardonne-moi Éric, je vais voter pour Marine Le Pen. » Et c'est exactement ce qui est en train de se passer à gauche, c'est-à-dire que Jean-Luc Mélenchon, qui n'a jamais voulu parler de vote utile, parce qu'il trouve que c'est un terme impropre, parce que ça voudrait dire que finalement le vote pour les autres est inutile. Donc lui, il dit que c'est du vote efficace. Mais effectivement, il est en train de capter ça. Alors pourquoi ?

C'est les divisions de la gauche ? Parce que les autres n'ont pas fait de très bonnes campagnes, parce qu'ils n'arrivent pas à se faire entendre sur des sujets sociaux pour Enne Delgo, sur les sujets environnementaux, en tout cas suffisamment pour Yannick Jadot. Mais aussi, il y a un réflexe anti-Macron très fort, c'est-à-dire qu'on entend beaucoup dans nos reportages des personnes qui disent « on voudrait que Mélenchon soit fort, on voudrait qu'il soit au second tour, pas obligatoirement pour qu'il gagne, mais pour qu'il fasse comprendre à Emmanuel Macron qu'il y a des questions sociales qui doivent être abordées du versant gauche aussi de l'échec des politiques ».

Donc il se sert de ça, Jean-Luc Mélenchon, il fait une très bonne fin de campagne. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a plus le coronavirus, ou en tout cas beaucoup moins, donc il peut enfin faire des meetings. En hologramme. En hologramme, c'était le cas hier soir dans 12 villes, si on compte la ville où il était en chair et en os. Donc il joue là-dessus et il dit quelque chose qui est quand même assez étonnant pour Jean-Luc Mélenchon, c'est-à-dire qu'il dit en gros, « Venez à moi, c'est le vote efficace ». Et puis le programme, bon, ce n'est pas grave si on n'est pas d'accord sur tout.

Et pourtant, le programme, c'est l'alpha et l'oméga, l'Union populaire, c'est l'alpha et l'oméga de ce que fait Jean-Luc Mélenchon depuis des années, puisque c'est le programme « L'Avenir en commun » qui a été un peu remasterisé, mais c'est quand même l'idée de dire « On est le programme ». Mais là, il est en train de dire aux électeurs, et ça marche d'ailleurs, visiblement, ça se voit dans les sondages. Si vous voulez encore voter à gauche en 2022… Il y a une chance de l'emporter, c'est ça qu'il dit aussi aux électeurs de gauche. C'est-à-dire, au fond, vous pensiez que c'était une gauche absolument divisée, qu'il n'y avait aucun espoir de victoire, et il leur dit « C'est possible ».

Et visiblement, dans l'entourage de la France insoumise, il y a cette volonté de faire croire à la victoire. Oui, il leur donne de l'espoir. La limite de son raisonnement, et je pense qu'il l'a parfaitement intégré, c'est pour ça qu'il parle d'un vote efficace et pas d'un vote utile, c'est que Mélenchon au second tour, c'est une victoire, pour le coup, plus écrasante, a priori, pour Emmanuel Macron, que face à Marine Le Pen. Donc, ce n'est pas utile électoralement. C'est efficace politiquement pour instaurer un autre dialogue, un autre second tour et un autre débat.

Alors là, pour le coup, toutes les enquêtes nous montrent quand même, et les reports vont aussi en ce sens, bien évidemment, qu'on est plutôt dans du 60-40. Et Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon, le sait parfaitement. Donc, il manipule cet argument avec beaucoup de précaution, et il a raison, parce qu'en plus, les Français n'aiment pas qu'on leur dise « Voilà quel est le vote utile et voilà quel serait le vote inutile. » Et puis, on a 15% à poser la question de Français qui nous disent « Je me détermine en fonction d'une stratégie d'opposition. L'immense majorité, c'est la confiance à l'égard d'un candidat ou c'est pour les idées ?

» Mais en revanche, le vote efficace, c'est le vote qui permet d'instaurer un autre second tour avec d'autres thématiques. C'est ça qui le met en avant.

42:49
Invité

– Et puis, il y a aussi quelque chose qui est très important, c'est qu'à mon avis, il y a un réflexe d'orgueil à gauche, et on ne peut pas finir dans les poubelles de cette élection, d'une certaine façon. C'est-à-dire que ceux qui voulaient, je suis d'accord, aller voter Hidalgo, Jeanneau, finalement, ils vont aller voter pour relever le gant, pour relever l'image de la gauche, pour Jean-Luc Mélenchon, qui d'ailleurs a complètement changé de stratégie, parce qu'il a fait un quinquennat, si je puis dire, dans la virulence, dans la brutalité, dans la fureur, comme il dit. – Mais aussi, il a adoucié son image.

– Il a adoucié son image, et ça lui a réussi, parce que depuis qu'il a adoucié son image, mais de façon spectaculaire, spectaculaire, eh bien, il remonte dans les sondages.

43:34
Présentateur

– Et il le dit, dans ce meeting, il dit, en gros, n'écoutez pas tous ceux qui vous disent que j'ai un mauvais caractère, vous avez entendu, c'est vrai, mais ça n'est pas le sujet. Juste pour revenir sur le reportage qu'on a vu, et sur la question des jeunes, certains étaient sensibilisés, naturellement, aux questions environnementales. Pourquoi Yannick Jadot ? Est-ce qu'il capitalise, d'ailleurs, sur cet électorat jeune, Yannick Jadot, plus que les autres, ou pas du tout ? – Non, vous avez eu deux batailles, il y a eu une bataille, Le Pen-Zemmour, et c'est victoire de Le Pen par KO, et vous avez eu une bataille, Mélenchon-Jadot, et c'est une victoire de Mélenchon par KO aussi.

Et dans cette victoire, il y a la question des jeunes. Il y a 11 mois, les jeunes votaient beaucoup plus pour Yannick Jadot que pour Jean-Luc Mélenchon. C'est totalement l'inverse aujourd'hui. En réalité, Mélenchon est en train d'arriver à refaire ce qu'il avait un peu fait en 2017, capter les trentenaires, le vote des jeunes en sa faveur, et il a essoré Jadot là-dessus. – Et aussi une image. Jean-Luc Mélenchon est plus âgé que Yannick Jadot, mais il renvoie une image beaucoup plus jeune.

Encore une fois, la puissance du meeting d'hier soir, en hologramme, dans une dizaine de villes, là aussi des villes moyennes, j'y reviens, mais là aussi, lui, il n'a pas oublié de faire une campagne en proximité, c'est d'une puissance inouïe. Et c'est lui, enfin, il faut voir ses cortèges quand il a fait sa manifestation Place de la République, c'était quasiment que des jeunes, des jeunes d'un côté et un public d'enseignants, pour schématiser. – Et il va lui manquer, peut-être, les trois points de Fabien Roussel. – De Fabien Roussel, oui, effectivement. – Ça peut peser.

– Fabien Roussel, lui aussi, il fait une campagne d'images à certains égards, mais il fait une campagne d'images, et il a complètement rajeuni, les modernisés, le Parti communiste. Il a fait une image sur la joie de vivre, quelque part, et là aussi, ça fonctionne. Et on voit bien que tous les candidats, enfin, je parle sous votre contrôle, mais qui ont fait une campagne chaleureuse, d'images presque heureuses. – Joyeuses. – Oui, ils sont plus, ils sont mieux dotés. – Ils sont des politiques, parce que dans les clips de campagne, c'est tout à fait fascinant.

Fabien Roussel, vous n'avez plus Parti communiste français, ça apparaît tout à la fin avec d'autres partis, vous n'avez plus le marteau et la fossile ou les couleurs, et Marine Le Pen fait la même chose. – Oui, il n'y a plus le fonds. – Il n'y a plus le Front National, il n'y a plus le Rassemblement National, c'est M Le Pen. – J'aime la France, et femme d'État, avec Marine, même pas son prénom. – Et Yannick Jadot a essayé de s'affranchir de son parti, mais ça a été plus compliqué.

– Je pense que lui, il avait intérêt au contraire à garder très fortement la marque de son parti, parce que c'est un vote qui se fait sur l'idée centrale des écologistes, c'est donc l'environnement, et là, la marque EELV, elle est importante pour Yannick Jadot. – Là, j'imagine que dans tous les États-majors, on va guetter le fait de campagne qui pourrait faire basculer dans les tout derniers jours. Est-ce que c'est ça aussi la fébrilité des derniers jours de campagne ? Un fait divers, une affaire qui peut faire basculer ?

46:13
Invité

– On le voit, c'est ce qui se passe avec un fait divers qui s'est produit à Bobigny. Ou alors, il y en a certains qui regardent ça comme le lait sur le feu, c'est le président de la République d'ailleurs, qui est très très attentif à cette histoire, c'est donc l'histoire d'un jeune homme qui a été renversé par un tramway et qui aurait, avant, qui a été victime d'une bande, donc acte antisémite ou pas, tout ça est encore à déterminer. Et on sent que les politiques regardent ça avec beaucoup, parce qu'il y a un précédent qui est l'histoire de papy voise et qui avait bouleversé la campagne.

46:47
Présentateur

– Et Éric Zébaud veut en faire un fait de campagne.

46:48
Invité

– Exactement.

46:49
Présentateur

– Juste, dans l'atelier de la campagne, il y a beaucoup de raisons, mais il y a peu de meetings, et les meetings, ça embarque les gens, ça crée de l'émotion, ça crée de l'aspiration, et il y a peu de faits divers. Si vous regardez par rapport aux autres présidentielles, pardon de le dire comme ça, mais vous n'avez pas ni de sexe, ni d'argent, ni de faits divers terribles. Il y a l'Ukraine, évidemment, qui est l'arrière-plan tragique, mais qui est un peu découplée. Donc l'absence de faits divers forts, l'absence de mythes… – D'affaires, il y a eu une enquête qui est ouverte sur McKinsey.

– Mais ça ne crée pas émotionnellement, et même sur le contenu, ça ne crée pas du tout ce qu'on avait pu avoir, par exemple, avec François Fillon, il est pénal-obérit. – Là, c'est sur le volet fiscal en plus. – Alors, ils vivent loin du tumulte des grandes métropoles, et ils ont parfois l'impression d'être des citoyens de seconde zone, surtout quand il faut trouver un médecin ou décrocher un rendez-vous pour des examens. Le sujet des déserts médicaux est devenu, vous allez voir pour eux, un sujet quotidien et un enjeu de cette campagne. Reportage de Laszlo-Zéla-Berre et Marion Devauchel.

47:45
Invité

– À une heure de route de Limoges, le petit village de Jarnage, au cœur de la Creuse. 500 habitants qui ont de plus en plus de difficultés à se faire soigner. À l'heure du café, les voisins échangent souvent leurs petites astuces pour trouver un médecin. – Oui, oui, là, si vous avez la voie, là.

48:06
Locuteur

– Oui, là, si vous avez la voie, là.

48:06
Invité

– Et du coup, là, vous, pour vos lunettes, vous allez où ? – CHU. – CHU. – CHU. – CHU. – À Limoges ? – Et à Limoges, voilà. – C'est le seul moyen de faire un rendez-vous relativement rapide. – Qu'est-ce que ça t'appel relativement ? – Quatre mois. – Trois-quatre mois. Le problème d'accès aux soins, une préoccupation majeure pour ce couple et leur ami, mais selon eux, pas assez considéré dans cette campagne présidentielle, malgré le passage éclair d'Emmanuel Macron dans le département, quelques semaines plus tôt. – Je ne sais pas, vous avez suivi quand Macron est venu en creuse ? Est-il le visage fermé ? – Non, non, non, mais...

– J'ai l'impression que le sentiment général qui a ressorté, c'est qu'il vient parce qu'on est en période électorale, mais il n'en a rien à secouer. Je pense que le sujet a été abordé, du désert médical, entre autres. Mais j'ai l'impression que les gens sont assez désabusés. – Localement, les élus, quand même, ils sont sensibles. On le voit bien, localement. Mais au niveau national, non, franchement, je ne vois pas de candidats.

49:11
Présentateur

– À quelques kilomètres de là, justement,

49:15
Invité

Agen cherche un médecin. Après 40 ans de service, l'unique généraliste a pris une retraite bien méritée. Le maire, Guy Rouchon, cherche désespérément son successeur. – Depuis qu'il est parti, je n'ai plus de médecin référent. – Vous n'êtes pas le seul, monsieur le maire. – Eh bien, toi aussi ? – Moi, je n'en ai plus non plus. – Et tu n'as pas pu en trouver ? – Non, non.

49:31
Présentateur

Parmi les 1200 habitants du village, nombreux sont ceux à s'impatienter de cette situation.

49:37
Invité

– Notre maire, il s'est bien débattu comme il a pu lui aussi, mais ce n'est pas d'un coup de baguette magique qu'on arrivera à avoir un médecin dans notre commune. – Il ne passe pas une semaine sans qu'on me demande alors est-ce qu'il y aura un médecin ? Alors moi, je ne suis pas responsable de la formation des médecins. J'en veux aux différents gouvernements

49:58
Présentateur

qui, depuis 20 ans ou plus, n'ont pas formé plus de médecins.

50:03
Invité

– Depuis un an et demi, monsieur le maire a tout fait pour attirer de nouveaux docteurs, comme une petite vidéo partagée sur les réseaux sociaux. – On crée son cabinet avec lui. – Si à chaque élection, les déserts médicaux sont évoqués par les candidats, les administrés connaissent toujours le même sentiment d'abandon, la même déception.

50:25
Présentateur

– Je pense qu'ils considèrent que le fait qu'on habite dans un petit département qui n'est pas trop connu, qu'on n'a pas une grande population et que nécessairement, on n'a pas besoin de secours ou de médecins

50:39
Invité

et qu'on n'est pas fié, disons, à avoir des problèmes de santé. – Pour inciter généralistes et spécialistes à s'installer dans ces zones rurales, la solution des maisons de santé, comme celle de Saint-Vaurie, où travaille Audrey Laffont. – Et on va commencer, on se tient bien droite, et on va enfoncer une fesse dans le ballon l'une après l'autre.

50:59
Locuteur

– Impeccable.

51:00
Présentateur

– Pourtant, on remonte sur le souffle.

51:03
Invité

– Au quotidien, cette kinésithérapeute originaire de la Creuse constate toujours plus de demandes de la part des patients.

51:08
Présentateur

– En fait, c'est une liste d'attente qu'on est obligé, malheureusement, d'établir, parce qu'on n'a pas forcément de place dans l'immédiat. Donc on est obligé d'attendre que les patients terminent leur traitement pour pouvoir appeler les prochains.

51:21
Invité

Malheureusement, il va falloir avoir des mesures un petit peu plus fortes ou au moins voir ce que veulent ces jeunes médecins, pourquoi ils ne veulent pas s'installer à la campagne. Il faut qu'on trouve une solution. Je ne sais pas ce que ça va donner dans quelques années quand d'autres praticiens vont encore partir et ne seront pas replacés. – Avec 318 médecins pour 100 000 habitants, la Creuse reste dans une situation critique, comme de nombreux autres départements. Selon la Caisse nationale d'assurance maladie, plus de 6 millions de Français n'ont toujours pas de médecins traitants.

51:50
Présentateur

– Nathalie Moret, votre réaction à ce sujet ? Alors tous les candidats ont fait des propositions sur ce sujet-là. – Tous, notamment, il y en a une qui a été beaucoup débattue, vous vous souvenez, c'est celle de Valérie Pécresse, qui disait qu'il fallait que les étudiants en médecine donnent une année pour aller s'installer dans les déserts médicaux. Nous, c'est un sujet qu'on n'a pas découvert à l'occasion de cette campagne électorale. Ça fait déjà des années et des années que dans les petits villages de notre zone de diffusion au groupe Ébras, on a la problématique de villages qui se désertifient à cause du manque de médecins.

Parce que s'il n'y a pas de manque de médecins, tout est lié, la désindustrialisation, la fin de l'école, la fin du médecin, etc. Donc oui, c'est une problématique que le gouvernement actuel et les précédents ont tout à fait en tête, sauf que les gens aussi ont en tête que ce n'est pas une baguette magique. – On l'a entendu dans le reportage. – Oui, et puis ce n'est pas cette élection qui va changer les choses. Il y a des mesures qui ont été prises par le gouvernement, Castex et avant Hollande, etc., qui vont avoir des répercussions, mais à très long terme. Le numerus clausus, par exemple, c'est dans 10 ans qu'on va le voir. Donc en attendant, effectivement, c'est compliqué.

Il faut trouver d'autres façons de faire. – Il y en a un qui a fait vraiment de la ruralité. L'objet de sa campagne, c'est Jean Lassalle. Il dit « Je lancerai une grande cause nationale pour sauver les campagnes de France. J'y consacrerai la somme de 3 milliards d'euros par an. » C'est une préoccupation, la santé. Vous me le disiez pendant le reportage, Brice Tinturier. – Oui, c'est une préoccupation fondamentale qui n'a cessé d'augmenter. Et aujourd'hui, c'est le troisième sujet de préoccupation pour le pays, nous disent les Français. Et c'est le deuxième thème dont ils prendront en compte dans leur vote. Alors le pouvoir d'achat écrase tout.

Le pouvoir d'achat est nettement au-dessus de tout cela. Mais ce qui est fascinant, c'est de voir à quel point le système de santé est devenu un élément majeur. – Est-ce qu'à l'issue de ces campagnes, on saura dire quels étaient les enjeux de cette campagne ? – Vous posez une question redoutable, parce que pour le coup, moi je pense… – Je ne suis pas fait exprès. – Mais véritablement, dans la difficulté de cette étrange campagne, je crois qu'il y a une dilution de l'enjeu. – On est parfaitement capable de dire quel était l'enjeu de 81, de 95, de 2007, de 2017. Et quand vous vous dites c'est quoi l'enjeu de cette élection, beaucoup plus compliqué, il s'est dilué.

Il y a un thème, le pouvoir d'achat, mais ça ce n'est pas l'enjeu. Et l'enjeu, je pense qu'il tourne autour de l'idée de comment nous protéger dans un monde de plus en plus brutal, aussi bien au plan international avec beaucoup de crise qu'au plan national. C'est la brutalité du monde et l'expérience de la vulnérabilité qui, à mon avis, structure les attentes. Mais vous voyez bien que ce n'est pas la rupture avec le capitalisme de 81 ou droite sociale ou droite bourgeoise de 95 ou le travail de 2007. – Ou la dernière élection, le dégagisme, c'est-à-dire l'idée… – Le dégagisme, on change la politique, etc.

Et cette difficulté à poser ce qu'est l'enjeu de cette élection présidentielle, pour moi c'est sa marque, c'est sa singularité, ça explique beaucoup de choses. – Et ça la rend plus incertaine ? – Ça la rend évidemment plus incertaine. Le grand paradoxe, c'est qu'on voit bien tout ce qui a éloigné les Français de cette campagne et en même temps, il y a eu énormément de mouvements d'opinion. Donc ils ne sont pas restés extérieurs. L'effondrement de Valérie Pécresse, d'Éric Zemmour, il s'est passé plein de choses. Mais la campagne est à distance et l'enjeu est difficile à poser.

– Est-ce que vous imaginez ce scénario qu'on lit ici ou là, c'est-à-dire une majorité, enfin pas une majorité, mais de bon nombre de Français qui se décideraient dans les trois derniers jours, comme ça s'est fait pour les élections en Allemagne où on dit qu'un tiers des électeurs lors des précédentes élections en Allemagne se sont déterminés dans les 48 dernières heures ? – Bien sûr, d'abord on a plus de 30% de Français qui nous disent encore pouvoir changer d'avis, c'est quand même beaucoup. On a une abstention qui bouge mais qui est forte, aux alentours de 28%. Vous cumulez ces deux variables, ça crée beaucoup d'indécisions. Une mobilité entre candidats qui est aussi assez phénoménale.

Donc il peut se passer des choses dans les tous derniers jours. Et vraiment je leur ai dit, hélas, si les Français pouvaient se déterminer un petit peu plus longtemps à l'avance, ça nous donnerait. – C'est pour la sérénité des sondeurs au lendemain du Premier ministre Bristad. Et nous revenons maintenant à vos questions. Une question d'Henri Angiron. Nous avons un président qui refuse les débats. Est-ce de l'arrogance ou une attitude jupitérienne ? – Les deux.

55:59
Invité

Une arrogance probablement qui a marqué quand même, qui a caractérisé d'une certaine façon quand même ce quinquennat avec une posture césariste je dirais, même si ce n'est pas César. Et jupitérienne, il l'avait théorisé au début, souvenez-vous. Une gouvernance qui vient d'en haut, une posture gaullienne d'ailleurs. Il se revendiquait de cette façon de gouverner. Mais bon, ça a été un peu remis en question quand même par l'affaire des gilets jaunes. Il est obligé de descendre dans l'arène, il est obligé de faire des débats. Et puis je dirais qu'il est aussi, il a repris je dirais des couleurs avec l'affaire ukrainienne au début, en tous les cas ça c'est sûr. Mais l'arrogance c'est quand même…

56:45
Présentateur

– Sur le refus du débat, que pensez-vous de cet argument quand même qui est de dire les autres ne le faisaient pas avant, les présidents sortants ne faisaient pas ce débat-là ?

56:52
Invité

– Oui, moi je trouve que…

56:52
Présentateur

– C'est vrai, en l'occurrence il s'y refusait ?

56:55
Invité

– Ils s'y refusaient, ils ne sont jamais descendus dans l'arène pour affronter leurs concurrents. C'est très difficile, vous savez, pour un président sortant me semble-t-il ou alors il faudrait changer complètement les règles du jeu. Rien ne l'impose, rien ne l'impose. Vous n'avez pas l'obligation que… – D'ailleurs, le débat d'entre-deux-tours, je vous rappelle que c'est aussi une coutume, ce n'est pas du tout quelque chose qui est inscrit dans les tables de la loi.

57:20
Présentateur

– C'est-à-dire que la lecture qui avait été faite aussi par l'Elysée, c'était de se dire les Français sont en train de regarder la fin du monde, c'est-à-dire quelque part ce qui est en train de se passer en Ukraine. Et ce n'est pas le moment d'aller débattre. Et en fait, là on se retrouve avec un décalage parce qu'on se rend compte que la présidentielle c'est aussi une forme de purge idéologique, démocratique, on en a besoin. Et donc il y a un manque. Il y a un manque parce que le président de la République n'a pas été suffisamment face aux Français dans cette campagne.

Donc c'était difficile d'articuler ça dans l'agenda, mais c'est vrai que maintenant, on peut dire qu'il aurait fallu qu'il y ait un débat. – Vous parlez de manque.

57:51
Invité

– C'est ça qui est très singulier. Les élections où vous avez un président sortant qui se représente sont toujours moins intéressantes d'une certaine façon que les élections où vous avez un changement complètement de personnel.

58:02
Présentateur

– Vous disiez on a manqué de débat cette question. Cette campagne n'a-t-elle pas surtout manqué d'idées nouvelles, de vraies visions d'avenir ? – Ça c'est vrai, et c'est ce qu'on entend. D'ailleurs, certains partisans d'Emmanuel Macron s'inquiètent en disant en 2017, il y avait son livre Révolution, où est la vision d'Emmanuel Macron ? Parce que finalement, c'est ce qui avait fait sa différence aussi, la disruption, l'engagement individuel, l'émancipation individuelle.

Et c'est vrai qu'on a entendu, déjà il y a beaucoup de candidats qui étaient déjà candidats en 2017, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, donc ils ont changé un peu leur programme, comme on l'expliquait tout à l'heure pour Marine Le Pen, et même pour Jean-Luc Mélenchon, même si c'est à la marge. Mais effectivement, il y a beaucoup de choses qu'on a déjà entendues. Or, de quoi on se souvient de la campagne de 2017 ? On se souvient de l'attaque sur les robots de Benoît Hamon, on se souvient du revenu universelle, c'était encore Benoît Hamon, mais il y avait des idées qui agitaient, et c'est vrai que là, je serai en peine de vous en citer.

58:51
Invité

– C'est ça qui est intéressant, c'est de voir qu'on a vécu quand même un quinquennat avec beaucoup de crises, et notamment la crise sanitaire, qui quand même interrogeait notre fonctionnement national, notamment hospitalier, mais pas que ça, les services publics, le rapport au pouvoir, le rapport intergénérationnel.

59:10
Présentateur

– On n'en a rien fait.

59:11
Invité

– Et ce qui est incroyable, c'est qu'il y a un mot qui résume tout ça, mais qu'il aurait fallu traduire et que les candidats n'ont pas fait, c'est la souveraineté, c'est de se réapproprier, eh bien, notre pays et son destin, son avenir, son industrie, sa recherche, son opétard…

59:28
Présentateur

– Ça fait partie du programme de certains candidats.

59:30
Invité

– Oui, mais ils l'ont mal dit. – Bon.

59:31
Présentateur

– Mais en deux mots, c'est la première des raisons avancées par les absences au niveau potentiel, les mesures qu'on a entendues depuis, on a le sens qu'on a l'avoir entendues depuis 20 ans, et j'ajouterais, trop de mesures, pas assez de visions, et de ce point de vue, on a parlé de Mélenchon, il a une vision de la société autour de l'harmonie, autour de la façon dont doivent être les gens entre eux, et c'est ce qu'on n'a pas trouvé chez d'autres candidats. Et ça explique beaucoup de choses aussi dans sa dynamique. – Le tout sauf Macron sera-t-il de sortie pour cette élection ?

– C'est probable, parce qu'effectivement, il mobilise à l'heure actuelle plus les gens qui sont contre lui que les gens qui sont pour lui. Donc tout sauf Macron, c'est peut-être un petit peu plus… j'irais peut-être pas jusque-là, mais effectivement, il est dans une vraie difficulté, alors même qu'il avait traversé la crise sanitaire plutôt bien, et on se disait que ça allait être mis à son crédit et finalement pas. – D'ailleurs, il essaie de faire un tout sauf Marine Le Pen avant le second tour pour pas que ça devienne un tout sauf Emmanuel Macron à partir de lundi matin, donc ça va être le jeu à partir de lundi. – Résilatelier ?

– Moi, je modérerais ça, je crois que c'est pas un référendum pour ou contre Macron, le niveau de rejet, le niveau d'antipathie, le niveau de détestation est bien moindre que ce qu'on avait par exemple en 2012. En revanche, tout le monde, effectivement, tous les candidats, évidemment, l'ont pris pour adversaire. – Ce qui est le jeu. – Ce qui est le jeu, il est sortant, il a un bilan. – J'ai fait barrage deux fois à l'extrême droite, pas sûr que je le fasse une troisième fois si l'autre candidat ne montre aucun signe d'ouverture.

1:00:47
Invité

– Elle a réussi, d'une certaine façon, si, effectivement, on ne sait pas l'issue, mais ça serait la réussite.

1:00:54
Présentateur

– Le programme du candidat Macron est-il élaboré par un cabinet de conseil ? Un peu de malice de la part de Philippe dans le Loiret. – On voit que c'est un thème qui a essayé d'être instrumentalisé par les oppositions et qui n'a pas pris finalement. Ça aurait pu être le cas en disant, voilà, c'est le retour de la start-up nation, etc. Et finalement, ça n'a pas pris tant que ça. – Pardon, je reviens sur juste la phrase précédente, c'est qu'il ne montre pas un signe d'ouverture. C'est ça qui est intéressant dans ce que nous a dit les spectateurs. Ça serait quoi un signe d'ouverture pour que ces électeurs revotent une troisième fois contre l'extrême droite ?

– Comment Macron à 27 pourrait-il passer à 51 ? Qui va voter Macron au second tour ? Les réserves de voix d'Emmanuel Macron. – Si, il y a quand même une partie de l'électorat de Valérie Pécresse, une partie importante de l'électorat d'Yannick Jadot, d'Anne Hidalgo, même si c'est une part plus faible. Donc tout cumulé et les Macronistes du premier tour, vous pouvez arriver à 53-54% si les rapports de force mesurés actuellement sont à peu près ceux qui sortent dimanche. Si encore une fois, il est plus bas et que Marine Le Pen est plus haute, alors à ce moment-là, il y a moins de réserves et on retrouve cette idée d'un second tour extrêmement tendu.

– Et c'est une autre élection, je le répète, c'est vraiment une autre élection. – Le début du deuxième tour. – On dit toujours ça et puis finalement après on dit « Ah oui, mais les résultats étaient dans le premier tour ».

1:02:08
Invité

– Oui, on le dit mais…

1:02:10
Présentateur

– C'est vrai ou pas ? – Moi je suis plutôt dans l'école arithmétique, c'est-à-dire qu'il peut y avoir des dynamiques, mais les résultats du second tour sont quand même très inscrits en général dans ce premier tour. – Mais ça dépend des rapports de force. – Ça dépend des rapports de force. – N'y a-t-il pas une grande différence entre le discours de Marine Le Pen et son programme ? C'est ce que vous nous disiez tout à l'heure.

1:02:26
Invité

– Oui, c'est qu'elle a un discours qui est très arrondi, qui est souriant. Voilà, c'est vraiment ce qui va rester de sa campagne de premier tour, très souriant, très empathique, très près de chez vous. – Alors que son programme est un programme qui est quand même assez rude.

1:02:43
Présentateur

– Ça reste un programme d'extrême droite ?

1:02:45
Invité

– Ça reste un programme, on va dire, d'une droite très musclée, on va dire.

1:02:48
Présentateur

– On ne dit plus « extrême droite » ?

1:02:49
Invité

– C'est un terme qu'on ne dit plus, effectivement. Elle a mis un peu d'eau dans son vin dans la mesure où elle voulait sortir de l'Europe, je vous rappelle, elle voulait sortir de l'euro. Ça c'était un discours qui était vraiment assez d'extrême droite.

1:03:00
Présentateur

– C'est sa victoire ça, c'est que justement ne la qualifie plus de la représentante de l'extrême droite, et qu'on le réserve davantage à Y Zemmour. – Et d'ailleurs, le président de la République passe son temps à renvoyer dos à dos, Éric Zemmour et Marine Le Pen, considérant qu'il s'agit désormais d'un tandem. Et si on avait Mélenchon contre Le Pen au second tour, qui serait élu ? – Mélenchon qualifié au second tour, ça redonne plus de barges de manœuvre pour Emmanuel Macron, on est plutôt à ce moment-là sur des rapports de force de 60-40 en gros. – Si l'abstention domine, quelle sera la légitimité du futur ou de la future élue ?

Alors là, c'est une allusion qui est faite à la phrase de Gérard Larcher.

1:03:36
Invité

– Ce n'est pas valable, Gérard Larcher, ce n'est pas valable, parce qu'il y a la légitimité, bien sûr qu'il y a la légitimité. Vous savez, légitimité ou pas, en fonction de l'écart que vous avez, de toute manière, tous les mandats présidentiels, vous apercevez qu'au bout d'un an, deux ans, il y a des colères qui s'expriment.

1:03:54
Présentateur

– Merci à vous tous, c'est la fin de cette émission. Il est l'heure de retrouver Ali Badou et toute l'équipe de CETAVOU. Bonsoir Ali, au programme ce soir.

1:04:00
Invité

– Bonsoir Caroline, au programme ce soir, la famille de Samuel Paty qui a décidé de porter plainte contre l'État. La famille qui accuse l'État de ne pas avoir protégé le professeur assassiné en octobre 2020 et elle l'accuse de non-assistance à personne en péril. L'avocate de la famille de Samuel Paty, maître Virginie Leroy, a choisi CETAVOU pour expliquer cette décision. A tout de suite.

1:04:24
Présentateur

– Merci Ali, bonne émission. On se retrouve demain, 17h50, en direct pour un nouveau C'est dans l'air. Et puis je vous rappelle que vous pouvez nous retrouver quand vous voulez en podcast. Belle soirée. – Sous-titrage ST' 501

Le Pen monte, Macron sonne l'alerte #cdanslair 06.04.2022 · Pourquijevote