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interviewEmmanuel Macron· 6 juin 2024 34 min

Interview sur TF1 et France 2.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

24, l'Ukraine, Gaza et nous consacrerons quelques minutes aux élections européennes, c'est très bientôt.

0:06
Invité

Mais d'abord vous avez souhaité prendre la parole à trois jours des élections européennes et ça a suscité les critiques, la colère même des candidats notamment. Ils vous reprochent d'accaparer la parole au risque de fausser le scrutin. Est-ce qu'un président peut faire ça ?

0:22
Emmanuel Macron

D'abord nous allons parler, je l'espère, des commémorations de l'Ukraine, de ce qui se passe au proche Moyen-Orient et c'est je crois le rôle d'un président de la République de s'exprimer. Parler un 6 juin est une chose importante pour pas qu'on confonde la mémoire et ce qui se passe dans la vie de la nation et ce n'est pas moi qui ai choisi la date du 6 juin, elle est là. Et parler des européennes au moment où nous vivons, j'essaierai de dire pourquoi, c'est essentiel pour la vie du pays et le cours de la nation.

Je pense que c'est aussi mon rôle, il faut le faire à la place qui est celle du président de la République et je tiens à remercier le maire de Caen, la ville de Caen qui nous accueille. Nous sommes dans cette abbaye aux hommes et je crois que nous pouvons être aussi fiers de ce patrimoine qui est celui de la France.

1:06
Invité

Votre rôle, ce n'est pas de rester au-dessus de la mêlée ?

1:09
Emmanuel Macron

Notre interview de ce soir nous dira si je suis au-dessus, dedans ou en-dessous. J'espère être au-dessus, c'est bien mon rôle, c'est comme ça que je le vis.

1:15
Invité

Et vous ne comprenez pas alors que c'est...

1:17
Emmanuel Macron

J'ai du mal à comprendre pourquoi parler du débarquement, parler de ce qui se passe en Russie, parler de ce qui se joue avec ces élections européennes, c'est ne pas être dans mon rôle.

1:26
Présentateur

Monsieur le Président, quelle est à votre sens la signification de ces commémorations ? Le président Joe Biden, président américain, a une idée très précise. Ces commémorations commémorent la lutte contre la barbarie, la tyrannie nazie et il fait un parallèle avec une autre tyrannie aujourd'hui en Russie. Vous employez ces mots-là ?

1:47
Emmanuel Macron

D'abord, je veux dire que les Français étaient au rendez-vous de ce jour, y compris hier. On était hier pour célébrer aussi la résistance bretonne. Et le débarquement a commencé le jour d'avant du débarquement, quand les premiers parachutistes français et britanniques sont arrivés en Bretagne. On a commémoré Saint-Lô et cette mémoire civile de celles et ceux qui ont été sacrifiés par les bombardements alliés de l'été 1944. Et là, nous allons célébrer à la fois nos Français, ceux du bataillon qui ferme, mais nos alliés de ce débarquement avant au mois d'août de faire le débarquement de Provence. Les Français sont là parce qu'ils tiennent à ce moment de notre histoire.

80 ans après, ce sont sans doute les dernières grandes célébrations où nous pouvons avoir des anciens combattants, des vétérans qui sont encore là, qu'on doit célébrer et chérir. C'est ça pour moi le premier objectif, c'est ensuite de transmettre cette mémoire, d'en transmettre la force, la charge symbolique. Et oui, on ne peut pas s'empêcher de faire un parallèle et de se dire notre pays avait résisté pendant quatre années quand tout poussait à céder et nous avons eu cette force de nos alliés qui nous a permis d'aller à la victoire et la liberté.

Nous avons en Europe aujourd'hui, l'Ukraine, le président ukrainien était là, vous avez vu d'ailleurs la réaction de nos compatriotes, un peuple qui est face à une puissance que je ne compare pas à l'Allemagne nazie, elle n'a pas la même idéologie, mais une puissance qui est impérialiste, qui au fond fout le pied le droit international, la Russie, et qui a dit moi je vais vous envahir. L'aider à résister c'est protéger en effet ces valeurs, notre droit, la souveraineté des Ukrainiens, leur intégrité territoriale et donc c'est éviter la loi du plus fort.

3:25
Présentateur

Mais il y a dix ans ici même sur les plages du débarquement, pour le 70e anniversaire, le président Vladimir Poutine qui avait déjà un excès de force, la Crimée, était invité. Aujourd'hui il n'est pas le bienvenu.

3:35
Emmanuel Macron

Non parce que, vous l'avez très bien dit, il s'est passé une rupture en 2022. Et moi je pense que...

3:39
Présentateur

Il avait déjà violé le droit international en 2014.

3:41
Emmanuel Macron

C'est vrai, mais je pense qu'à l'époque le président Hollande et la chancelière Merkel ont eu raison d'essayer d'engager. Il avait violé le droit international mais il s'était arrêté. Il y avait une position, il l'avait d'ailleurs violé quelques années plus tôt en Géorgie. Et il avait poussé aussi des alliés à lui pour le violer dans d'autres pays. Mais je pense qu'ils ont eu raison à l'époque d'essayer par la voie de la diplomatie, d'abord à Minsk, de signer ses accords. Parce qu'il y avait un chemin qui était possible pour retrouver la paix et une paix durable. Et ça avait été accepté par les Ukrainiens et les Russes.

Le président Poroshenko à l'époque et le président Poutine avaient signé à Minsk un peu avant, en février. Et donc c'était tout à fait légitime de les inviter. Là, qu'est-ce qui s'est passé ? En février 2022, le président Poutine a décidé de lancer une guerre complète, il faut bien le dire. Et donc de ne pas respecter ce qu'il avait lui-même signé, de se mettre en infraction complète et de procéder à des vrais crimes de guerre qu'on a pu déjà constater. Et en effet, de fouler au pied le droit international. Et aujourd'hui, l'Ukraine est une nation qui résiste. Et ce faisant, la Russie a un peu trahi le message de la libération et du débarquement.

4:49
Invité

Est-ce que ça signifie qu'aujourd'hui, le seul moyen de faire la paix, c'est de gagner la guerre ? On ne négociera plus avec Vladimir Poutine. Il faut attendre de mener sur le terrain.

5:01
Emmanuel Macron

La France veut la paix et nous nous battons depuis le premier jour pour la paix. Mais il faut être d'abord tout de suite clair, la paix, ça ne peut pas être la capitulation de l'Ukraine. J'entends beaucoup de gens qui disent, faisons la paix, ça s'arrête là où c'est, puis les Ukrainiens n'ont qu'à se mettre d'accord. Le président Poutine a dit qu'il était d'accord. Ça, c'est la capitulation. Et ça n'est pas une paix durable, parce que c'est une paix qui reconnaîtrait le fait accompli, la loi du plus fort. Et le jour d'après, elle nous met tous en danger. Parce que qui dit que la Russie s'arrêtera là ? Nous sommes sûrs du contraire. Et la Russie est à nos frontières.

Donc la seule paix que nous défendons, c'est une paix qui d'abord est négociée par les deux parties et qui permet de respecter le droit international. Et donc qui, dans le cas du droit international, donne une place au Donbass, cette région de l'Est qui a été envahie, à la Crimée, par la négociation. Et donc, pour répondre très précisément à votre question, la paix doit arriver par le biais d'une négociation qui doit se faire à un moment donné. Ce moment n'est pas encore là, puisque la Russie continue d'avancer et la Russie continue d'envahir.

6:03
Invité

Que le terrain aura été...

6:04
Emmanuel Macron

Je vais vous dire, déjà le moment ne peut arriver que si l'Ukraine résiste. Et donc, si nous n'avions pas fait, nous, Européens, nous, Américains, Canadiens, Japonais, et l'ensemble de ceux qui aident depuis deux ans, massivement. Si nous n'avions pas fait tout ça, au moment où nous nous parlons ce soir, l'Ukraine serait déjà un satellite russe. Elle aurait été envahie. Donc elle résiste, elle tient, et quand elle en décidera, quand on verra tous que les conditions sont réunies, une négociation se fera.

6:31
Invité

Elle n'est pas au bord de l'effondrement parce que vous dites, elle résiste, elle tient ? Vous craignez il y a quelques mois qu'elle s'effondre ?

6:37
Emmanuel Macron

Je le disais en janvier, février, et avec vous au mois de mars, elle est sous une forte pression. Et aujourd'hui, la Russie, on le voit à Kharkiv, est en train vraiment d'asséner des coups de boutoir. Les infrastructures énergétiques, tout ce qui permet de tenir et permettra de tenir en hiver, est attaquée. Et donc la situation est difficile. C'est pour ça que j'avais appelé de mes voeux un renforcement de notre aide, ce que nous sommes tous en train de faire, et ce que nous ferons demain avec le président Zelensky.

7:03
Présentateur

Ce renforcement, Volodymyr Zelensky, va inévitablement vous le demander demain, vous allez le rencontrer. Est-ce que la France va franchir un pas en qualité, en quantité, en nature, dans l'aide fournie à l'Ukraine ?

7:12
Emmanuel Macron

Oui. D'abord, nous avons toujours la même philosophie. Nous aidons les Ukrainiens à résister, mais nous ne voulons pas l'escalade de la guerre, et en aucun cas nous ne sommes en guerre contre la Russie et son peuple. C'est très différent.

7:25
Présentateur

Concrètement, qu'est-ce que vous allez donner aux Ukrainiens ?

7:26
Emmanuel Macron

Aux Ukrainiens, demain, nous allons lancer une nouvelle coopération et annoncer la cession de Mirage 2000-5, qui sont des avions de combat français, qui permettront à l'Ukraine de protéger son sol, son espace aérien. Et donc, dès demain, nous allons lancer un programme de formation des pilotes et puis de cession de ces avions, qui permettra d'ici à la fin de l'année. Alors, la France va s'exprimer pour elle-même demain, mais surtout, nous sommes en train de bâtir une coalition avec d'autres partenaires. Donc, je ne serai pas définitif ce soir sur le nombre.

7:57
Invité

Et pour qu'on ait une idée, quand ces avions seront-ils ?

7:59
Emmanuel Macron

Comme nos partenaires le font sur le F-16, qu'on puisse le faire. Ce qui est le facteur dimensionnant, c'est le temps de formation des pilotes. Et donc, on va proposer au président Zelensky que les pilotes puissent être formés dès cet été. Il faut normalement cinq à six mois. Et donc, que d'ici à la fin de l'année, ils puissent avoir pilotes et avions.

8:16
Présentateur

Formés en France ou là-bas ? En France ou en Ukraine ? C'est en France que nous formerons les pilotes. Tous les pilotes ukrainiens seront formés en France. Il n'y aura pas de formateur français en Ukraine.

8:23
Emmanuel Macron

Pour revenir, c'est la question de la formation, si vous le souhaitez, qui est distincte, mais ça oui. La deuxième chose, c'est que notre souhait, c'est aussi de former une brigade. Le défi qu'a l'Ukraine, c'est qu'elle a mobilisé, on en a beaucoup parlé, vous en avez parlé dans vos antennes. Et elle est en train de mobiliser plusieurs dizaines de milliers d'hommes pour aller au front. Le défi, c'est évidemment de les former, de les équiper. Ce que nous proposons, c'est de former 4 500 soldats ukrainiens. Et donc de les équiper, de les entraîner, et puis de leur apporter justement les munitions, les armes, ce qui leur permettra de défendre leur sol.

Et ça, cette brigade, si je puis dire, française, c'est un facteur très dimensionnant. On a déjà beaucoup fait avec nos partenaires allemands, polonais et quelques autres en formation depuis le début du conflit. On passe à un nouveau stade et on dit là, une brigade, donc 4 500 hommes, on va la former.

9:15
Présentateur

Donc il y aura des formateurs français sur le sol ukrainien.

9:18
Emmanuel Macron

Alors ça, c'est une autre question qui est un changement de nature, dont nous avons débattu en février dernier. Quand vous vous souvenez, j'avais... Mais depuis, la situation a changé. Accueilli. Donc moi, je pense qu'il ne doit pas y avoir de tabou sur ce sujet. Le sol ukrainien est souverain. Il ne s'agit pas d'aller former sur la zone de combat. Mais au moment où l'Ukraine a un défi, on doit y répondre comme on a fait à chaque fois.

9:37
Invité

Mais les Russes vous ont entendu.

9:38
Emmanuel Macron

Le président, je vous dis, j'explique juste la situation pour que ça soit clair pour nos compatriotes. Parce que sinon, on s'attache toujours. Et quelque part, pardon, mais tombez tous dans le piège de Poutine, qui vous indique un endroit en faisant peur. Et tout le monde dit ce qu'ils ont réagi ou pas à ça. Il faut d'abord savoir ce qui a du sens.

9:53
Invité

Ils nous indiquent même une cible. Les formateurs, c'est autre chose.

9:56
Emmanuel Macron

Oui, mais ce qui a du sens. Vous demandez d'abord. L'Ukraine résiste. Qu'est-ce qui a du sens pour les Ukrainiens ? Ils sont en train de former des milliers, je le disais, de soldats. On voit bien que quand ils en avaient quelques centaines, ou que ça a été plus lent, on pouvait aller les former. Ce qu'on a fait en France, en Allemagne, en Pologne ou ailleurs. Là, il y a un défi capacitaire. Il faut aller beaucoup plus vite. La masse est plus importante.

Et c'est pourquoi le président ukrainien, son ministre de la Défense, a appelé l'ensemble des alliés il y a 48 heures par une lettre officielle en disant « Nous avons besoin que vous nous aidiez à former plus vite et que vous veniez le faire sur notre sol. » Donc ça, ça veut dire qu'il y a une demande. Chaque fois qu'il y a une demande, on a regardé puisqu'on veut aider. La deuxième chose qu'on doit se demander, c'est est-ce que c'est quelque chose qui est un facteur d'escalade ? La réponse est non. Aller former quelqu'un dans la zone ouest, qui est une zone libre en Ukraine, ça n'est pas agressif à l'égard de la Russie. Mais c'est un facteur d'escalade s'ils sont tués. Mais aujourd'hui...

10:53
Invité

S'ils sont ciblés et tués.

10:54
Emmanuel Macron

Mais pourquoi voulez-vous que ce soit en soi un facteur d'escalade ? Mais aujourd'hui, nous avons des compatriotes qui sont en Ukraine et ne sont pas soldats, mais ils sont civils.

11:03
Invité

Mais vous nous dites que si les formateurs sont ciblés parce que formateurs, comme il l'indique, les Russes, aujourd'hui...

11:07
Emmanuel Macron

Est-ce que vous pensez que c'est moins grave d'avoir un civil français, allemand, britannique qui est tué en Ukraine qu'un soldat ? Symboliquement, c'est très différent, bien sûr. Mais s'il est ciblé... Pas symboliquement, parce que c'est le rôle aussi de ces soldats de s'engager dans ce conflit. Donc on a une drôle d'approche. Ce que je dis juste, c'est que la question de la formation en Ukraine aujourd'hui est demandée par les Ukrainiens. La deuxième chose, c'est qu'elle n'est pas en soi un facteur d'escalade. La troisième, c'est que nous sommes en train de travailler avec l'ensemble de nos partenaires.

Et c'est sur la base d'une décision collective que, à ce moment-là, nous déciderons en coalition.

11:40
Invité

Vous dites que ce n'est pas un facteur d'escalade, mais si on additionne les choses, c'est-à-dire que vous avez autorisé à utiliser les armes françaises pour tirer sur...

11:49
Emmanuel Macron

Et vous aurez noté que tous les alliés ont fait comme nous.

11:51
Invité

Exactement. Mais en plus, vous rajoutez cette possible formation sur le terrain...

11:56
Emmanuel Macron

Plusieurs alliés sont en train de le considérer. Donc ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'ai pas dit, aujourd'hui, vous avez des formateurs sur le terrain français. Ni nous allons le faire... Non. Ni nous n'allons le faire demain. Ce que je vous dis, c'est que pourquoi l'exclurions-nous ? Parce que ça reste dans notre axe, c'est-à-dire on protège. Et je vous invite à regarder ce qui s'est passé durant les deux années, un peu plus, qui viennent de s'écouler. Ce que vous avez annoncé est nouveau, monsieur le président. Oui, mais ce n'est pas ça ce que j'ai annoncé. Ce sont les avions.

12:21
Présentateur

Ces mirages pourront-ils viser des cibles sur le sol russe ? Ces mirages qui seraient par hypothèse sur le territoire ukrainien peuvent-ils viser des cibles dans l'espace aérien russe ?

12:30
Emmanuel Macron

Je vais répondre très précisément à cette question, à laquelle j'ai déjà répondu aussi précisément il y a quelques jours en Allemagne, à côté du chancelier. C'est toujours la même chose. Nous sommes aux côtés des Ukrainiens pour qu'ils se défendent et nous ne voulons pas d'escalade. Donc on a depuis le début donné des armes qui permettaient d'atteindre. Durant des mois, les Russes attaquaient sur la ligne de front. La question ne se posait pas. Ensuite, ils ont décalé les équipements plus en profondeur, sur le sol ukrainien.

C'est à ce moment-là que vous avez vu les Britanniques, les Américains, les Français envoyer des missiles qui permettaient d'atteindre ces points, qui avaient une plus longue portée. Certains autres n'ont pas fait ce choix, n'ont pas pu pour des raisons politiques, mais on l'a fait. Maintenant, les Russes font autre chose, en particulier sur la partie nord du front, depuis Belgorod et d'autres points. Ils attaquent depuis le sol russe. Si on dit aux Ukrainiens que vous ne pouvez pas neutraliser ces capacités russes, c'est-à-dire les armes que mettent les Russes pour vous attaquer, à ce moment-là, on leur dit que vous ne pouvez plus vous défendre.

Parce que ça veut dire que tous les jours, ils peuvent supporter une pluie de missiles et de bombes qui tue, qui détruit. Et donc, on dit qu'on ne vous permet pas d'utiliser nos armes pour attaquer des civils, pour toucher tel ou tel point en Russie, mais pour neutraliser les points depuis lesquels vous êtes attaqués.

13:44
Présentateur

Mais avec une limite. Le président Biden, aujourd'hui même, dans une interview, dit pas à 300 km à l'intérieur du territoire russe. Vous-même, vous avez fixé une limite de 50 km, 100 km.

13:53
Emmanuel Macron

En vrai, la limite, elle est fixée par ce que font les Russes. Nous n'avons jamais été dans l'escalade. Il faut quand même qu'on remette les choses dans le bon ordre, dans notre approche. Ce n'est pas nous qui avons attaqué l'Ukraine. Ce n'est pas nous qui décidons maintenant qu'on change la méthode et qu'on va depuis le sol russe attaquer l'Ukraine. Donc moi, je ne donne pas...

14:10
Présentateur

Mais ça fait 80 ans que la France n'a pas bombardé la Russie depuis un pays autre, un pays tiers.

14:16
Emmanuel Macron

Mais je ne vous ai pas dit que nous allons nous bombarder, puisque nous n'allons pas nous envoyer des pilotes. Des avions français formés par des parlateurs français. Mais aujourd'hui, vous avez des munitions, des équipements, depuis le début de la guerre, français, allemand, anglais, américain. Et s'ils n'existaient pas ? Aujourd'hui, nous serions là pour déplorer que l'Ukraine a capitulé.

14:34
Invité

Les Russes, ils vous ont bien entendu. Ils ont entendu que vous alliez les cibler, qu'on allait pouvoir utiliser nos armes françaises pour les cibler. Ils ont dit, on va faire pareil. On va vendre, on va donner des armes à des ennemis de la France. Et ils vont pouvoir les attaquer. Alors évidemment, on pense aux tentatives de déstabilisation. On pense également à l'arrestation d'un russo-ukrainien hier avec du matériel explosif. Est-ce que vous ne craignez pas le terrorisme russe ?

14:59
Emmanuel Macron

Écoutez, d'abord, depuis le premier jour...

15:01
Présentateur

Juste pour compléter la question d'Anne-Sophie, on a appris également aujourd'hui qu'un ressortissant français avait été arrêté à Moscou parce qu'il est soupçonné d'espionnage militaire depuis de longues années, nous disent les Russes. D'abord, qu'en savez-vous et que savez-vous du sort de cet homme ?

15:15
Emmanuel Macron

Alors, vous voyez, on passe beaucoup de temps à commenter ce que les Russes font à dessein pour nous intoxiquer ou nous faire peur. C'est pour ça que je remets toujours en perspective en disant, bien sûr, non, il faut être déterminé. Et il faut toujours, je vous le dis, nous on veut la paix. La paix ne se fera que si l'Ukraine peut résister. C'est ce qu'on veut. Mais nous, on ne veut pas d'escalade, on n'est pas en guerre avec la Russie. C'est exactement dans ce cadre qu'on agit, que je ferai les annonces de demain, qu'on continuera d'agir. Et d'ailleurs, les Français le comprennent très bien.

Quand je vois leur soutien, la réaction tout à l'heure de nos compatriotes au président ukrainien, au message était probante. Donc, pour être très précis et très clair par rapport à ce que vous dites, depuis le premier jour, les Russes menacent. De la bombe nucléaire, de telle ou telle attaque, ça ne change rien. Le tout, c'est que nous, nous ne soyons pas en foot, nous ne le sommes pas. On est dans ce cadre. Donc, il faut prendre cela comme des menaces, un signe aussi de fébrilité de la part de la Russie.

Mais nous nous sommes organisés, si je puis dire, pour faire face à tous les risques, les attaques cyber, les risques de provocation, comme on en a eu encore ces derniers jours, les attaques informationnelles et, en effet, qui des services spéciaux ou des gens qu'ils actionneraient pour essayer telle ou telle action, nous sommes prêts à cela. Nous sommes équipés, nous les préparons.

16:31
Présentateur

Vous confirmez qu'un Français a été arrêté ?

16:32
Emmanuel Macron

La question de notre compatriote, oui. Un de nos compatriotes a été arrêté en Russie. Et donc, il s'agit, pour être très clair, parce que beaucoup de choses ont été dites par les autorités russes sur son sujet, il s'agit d'un de nos compatriotes qui travaille pour une organisation non gouvernementale suisse, qui a été fondée par l'ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, et qui fait de la diplomatie, de travaux de discussion.

16:57
Présentateur

Ce n'est pas ce que disent les Russes.

16:58
Emmanuel Macron

Non, mais je dis... On est depuis de longues années, disent-ils. Oui, d'abord, je le dis parce que c'est important, c'est un compatriote français. Il travaille pour une ONG suisse et qui, donc, sert beaucoup de grandes figures internationales. En aucun cas, ça n'était quelqu'un qui travaillait, qui travaillait pour la France. Maintenant, nous sommes très vigilants. Il recevra toutes les protections consulaires qui conviennent dans un tel cas. Mais je veux ici rétablir la vérité face aux intoxications qu'on entend.

17:22
Invité

Encore juste un mot sur Volodymyr Zelensky qui vient vous voir demain. Il a aussi une autre demande à vous faire, c'est celle d'intégrer l'Union européenne. Qu'allez-vous lui répondre ?

17:31
Emmanuel Macron

La France, quand nous avions la présidence de l'Union européenne, a eu un rôle, je crois, moteur. Et nous avons eu ce déplacement avec le chancelier Scholz et, à l'époque, le président du Conseil, Mario Draghi, et le président Ioannis de Roumanie pour proposer qu'on reconnaisse le statut de candidat de l'Ukraine à l'Union européenne.

17:52
Invité

Il veut aller plus vite, là, aujourd'hui.

17:53
Emmanuel Macron

Oui, mais nous, on ira au rythme qui, à la fois, le signal politique est envoyé. Et nous, après, c'est un rythme qui est aussi celui de la capacité à intégrer l'acquis communautaire. Et donc, nous allons l'aider à le faire. Et je pense que c'est aussi un levier qui permet à l'Ukraine de faire des réformes qui sont importantes, de s'améliorer. Mais on doit le faire aussi en gardant l'unité, l'intégrité, la force de notre Europe. Et il faudra du temps. En tout cas, ce n'est pas une question de moi, c'est une certitude. Mais je pense que c'est aussi une opportunité pour que l'Ukraine conduise toutes les réformes qui sont indispensables. Et ça rime à notre Europe.

Et je pense qu'à cet égard, c'est une chance pour l'Ukraine et pour nous. Mais ça n'est pas pour demain.

18:30
Présentateur

Je voudrais qu'on parle d'un autre conflit, Gaza. Aujourd'hui, 17 pays dont la France appelle le Hamas à accepter une proposition de cesser le feu. Est-ce que vous croyez qu'avec tant de haine accumulée de part et d'autre, un cesser le feu est à portée de main rapidement, réalistiquement ?

18:48
Emmanuel Macron

Il le faut. Parce que comme vous l'avez dit, chaque jour qui passe, d'abord accroît le drame humanitaire. Et nous sommes tous bouleversés par ce qui se passe. Et accroît en quelque sorte l'impossibilité du débat, de la discussion politique indispensable. Donc nous soutenons très fortement cette initiative. Et nous l'appelons de nos voeux depuis le mois d'octobre. Nous avons plusieurs fois depuis le mois d'octobre poussé des résolutions, ou pris l'initiative de résolution aux Nations Unies, allant en ce sens. La position de la France est claire. Là aussi, c'est la paix et c'est l'unité à la maison, si je puis dire, chez nous.

C'est la condamnation implacable des attaques terroristes du Hamas le 7 octobre. C'est la demande de libération immédiate de tous les otages. C'est le respect du droit humanitaire et donc le cesser le feu le plus tôt possible. Et c'est la promotion d'une solution politique permettant à deux États de vivre côte à côte en sécurité pour chacun.

19:45
Présentateur

Deux ressortissants françaises sont possiblement aujourd'hui otages, vivants. Avez-vous de leurs nouvelles ?

19:53
Emmanuel Macron

Non, nous n'avons pas de leurs nouvelles et je pense ici à leur famille, à l'angoisse qu'elles vivent depuis le 7 octobre, comme je pense aux familles de nos victimes. Nous nous faisons tout pour et c'est évidemment un des éléments importants pour nous de ce plan qui est sur la table, qui est un plan de cesser le feu de libération d'otages et de reprise de dialogue. Et c'est pour nous une priorité. Nous n'avons pas de leurs nouvelles et nous sommes évidemment légitimement inquiets.

20:18
Invité

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, risque d'être inculpé par la Cour pénale internationale, comme les dirigeants du Hamas. D'ailleurs, est-ce que ça fait de lui un interlocuteur légitime, toujours, pour vous ?

20:30
Emmanuel Macron

Oui, c'est un interlocuteur pleinement légitime. Nous défendons les juridictions internationales, on a eu l'occasion de le dire. Maintenant, les mandats ne sont pas encore émis, ça prendra du temps d'une part. D'autre part, il ne faut pas confondre le travail de la justice, les actions qui sont parfaitement légitimes, les pressions parfois aussi qui sont mises par ces truchements, et l'indispensable travail diplomatique qui doit être fait. Israël a été attaqué comme jamais le 7 octobre dernier. Le traumatisme est immense et les images, là aussi, qu'on a vues sont immenses. Et toutes les vies se valent.

Et c'est pourquoi la réponse, c'est de pouvoir se défendre pour Israël, de lutter contre le Hamas, mais de le faire en respectant les règles de la guerre, c'est ce que nous appelons de nos voeux. Et donc, je continuerai, pour ma part, d'appeler, de voir, de travailler avec le Premier ministre Netanyahou, aussi longtemps qu'il sera Premier ministre d'Israël, parce que c'est indispensable.

21:20
Invité

Est-ce que la pression ne doit pas être plus forte ? Il y a trois pays qui ont reconnu l'État de Palestine, l'Espagne, la Norvège et, je ne sais plus... Et la Slovénie va les rejoindre. Est-ce que la France ne doit pas faire la même chose pour faire pression ? Votre ancien ministre des Affaires étrangères, M. Le Drian, est favorable à ça. Il dit que c'est le moment pour justement jouer un rôle.

21:44
Emmanuel Macron

Je l'ai dit, pour ma part, il n'y a pas de tabou. Est-ce que je pense très sincèrement que c'est une manière de faire pression ? Que ça aura une pression, en effet, sur le Premier ministre Netanyahou ? Non.

21:53
Invité

En tout cas, on avancera vers la solution à deux États.

21:56
Emmanuel Macron

Je vais y revenir, parce que c'est un sujet important. Ce qui met de la pression, c'est que quand on arrive à engager des puissances comme les États-Unis d'Amérique et d'autres, sur la base d'une ligne qu'on défend depuis plusieurs mois, celle du cessez-le-feu immédiat, ça, ça met la pression. Parce que l'Amérique fournit beaucoup des capacités, et parce que c'est une pression diplomatique très forte.

22:13
Présentateur

C'est pas très efficace pour le moment.

22:15
Emmanuel Macron

Non, mais je dois... Nous nous battons pour cela, mais les choses ont changé ces derniers jours. C'est un moment de bascule, donc il faut absolument le faire. L'autre priorité, je me permets de la mentionner, c'est d'éviter l'escalade au nord et la guerre avec le Liban.

22:28
Invité

Là aussi, M. Netanyahou se fait très menaçant sur une riposte musclique.

22:32
Emmanuel Macron

Oui, mais nous, depuis le premier jour, nous avons un rôle singulier, qui est celui de la France et de notre proximité avec le Liban. Nous avons proposé les termes d'un échange permettant de pacifier cette région, et nous allons continuer de nous y employer. La question de la reconnaissance d'un État palestinien est une question très importante. D'abord, je veux dire ici que la France a toujours défendu, justement, deux États. Toujours. Moi-même, à une époque qui n'est pas si vieille, il est à 3-4 ans, où tout le monde l'oubliait, où tout le monde était reparti sur une reconnaissance illatérale, beaucoup de gens mettaient leurs ambassades à Jérusalem, etc.

et avaient réitéré cet attachement en recevant d'ailleurs Mahmoud Abbas. Est-ce que je pense aujourd'hui que c'est la bonne réponse ? Non. Pourquoi ? Parce que la situation n'est pas stabilisée sur le terrain, parce que ça n'aura pas un effet de pression. Parce que surtout, l'autorité palestinienne doit passer par des réformes. Parce que reconnaître la Palestine, c'est reconnaître quelle Palestine ? Une Palestine où vous avez encore le Hamas dans des tas de tunnels, où vous avez aussi des autorités politiques qui mènent une politique qui n'est pas toujours claire à l'égard d'Israël.

23:40
Invité

Mais vous ne souhaiteriez pas être raisonnable comme votre ancien ministre des Affaires étrangères ?

23:44
Emmanuel Macron

Mais je vous le dis, avec les responsabilités qui sont les miennes aujourd'hui, ça n'est pas raisonnable de le faire maintenant. Et donc, je le dis avec... Je vis la même chose que vous, je ressens la même chose que vous face aux atrocités que nous voyons. Je les dénonce avec la même indignation. Mais on ne reconnaît pas un État sur la base d'une indignation. On essaie de le faire dans un processus. Et donc, un, il n'y a pas de tabou. L'heure viendra et la France le fera. Mais il faut le faire dans un processus. J'ai été, je crois, le seul dirigeant occidental à recevoir en personne à deux reprises les six ministres du groupe arabe de contact, qui justement travaillent au jour d'après.

Et c'est exactement ce que je leur ai dit. Et ils l'ont compris. Et eux travaillent à qu'est-ce que ce sera Gaza dès qu'on obtient un cessez-le-feu ? Qu'est-ce que ce sera justement également tout le reste des territoires aujourd'hui occupés ? Quel peut être l'État palestinien demain ? Et quelle réforme politique ? Quelle transition ? Quelle sécurité garantie pour Israël ? Quelle sécurité garantie pour toute la région ? Et donc, c'est exactement le travail que nous menons. La France reconnaîtra l'État de Palestine quand cela sera l'élément d'un ensemble complet qui permet la paix et la sécurité de tous dans la région.

24:57
Présentateur

Mais en attendant, cette guerre à Gaza nous concerne ici en France depuis le 7 octobre, l'augmentation des actes d'antisémitisme, les manifestations, les pétitions, les incidents à l'intérieur de l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Cette guerre, elle est importée, elle est là dans l'esprit. Vous avez raison.

25:14
Emmanuel Macron

D'abord, moi, je veux signaler ici et dire combien les Françaises et les Français se sont montrées quand même pour une écrasante majorité. Je les ai senties inquiets, préoccupés, la vivant dans leur chair, mais dignes. Et nous n'avons pas eu en France ce qu'on a parfois vu dans d'autres pays, c'est-à-dire des manifestations très violentes, très nombreuses, avec des actes. Bon, ça, il faut le dire parce que...

25:39
Invité

Le débat est vif quand même.

25:40
Emmanuel Macron

C'est vrai, mais la France est le pays d'Europe où il y a la plus grande communauté juive. Et nous sommes aussi le pays d'Europe où il y a le plus de binationaux et où vous avez une communauté musulmane, des binationaux avec des pays qui sont touchés par la cause palestinienne. Et donc, ça aurait pu être, je dirais, beaucoup plus fort. Et ça, c'est parce que je crois qu'on a tous collectivement essayé de tenir cette unité. Nous serons implacables face aux actes d'antisémitisme. Ils ont augmenté de manière absolument inexplicable, inexcusable, inacceptable. Et là, la réponse sera implacable. Ensuite, il faut continuer d'éduquer.

Mais pour ça, il faut aussi cet esprit de concorde qui est celui de la France. Moi, quand je vois la jeunesse qui est touchée par Gaza, je la comprends. Je la comprends. Mais quand être touché par Gaza ou manifesté pour la paix se retourne en devenant la justification d'actes antisémites, d'empêcher tel ou tel étudiant parce qu'il est juif ou parce qu'elle est juive de rentrer dans une université, d'endommager, d'être violent quand c'est être irrespectueux à l'égard des institutions. Ça n'est plus la même chose. Donc oui, en quelque sorte, à la passion du débat politique. Oui, à l'émotion parce que nous le vivons parfois dans nos chaires. Mais ça doit se faire dans un cadre respectueux.

26:56
Locuteur non identifié

Et sans violence.

26:57
Emmanuel Macron

À l'Assemblée, comme hors de l'Assemblée, partout, sans violence. Voilà, en respectant les règles.

27:01
Présentateur

Vous parliez du débat politique. Nous sommes à trois jours d'une échéance politique, les élections européennes. Vous avez dit, il y a peu, l'Europe subit un vent mauvais. Est-ce que ce vent mauvais, c'est de la faute de l'Europe ? Est-ce que c'est de la faute des dirigeants européens ? Est-ce que c'est un peu de votre faute à vous aussi ?

27:16
Emmanuel Macron

Lui, quand je dis qu'il y a un vent mauvais, plus largement, je regarde les élections européennes. Et pourquoi je pense que c'est mon rôle d'intervenir aujourd'hui, indépendamment du fait que nous sommes un jour particulier qui le justifie ? D'abord parce que je vois les niveaux d'abstention qu'il y a partout en Europe, mais aussi en France. Ça, c'est souvent le cas. Il y a cinq ans, nous avions eu un des niveaux les plus importants de participation aux élections européennes. Et donc j'appelle vraiment nos compatriotes à aller voter le 9 juin. Allez voter. Il n'y a qu'un tour. Et vous avez, merci de le dire, il n'y a qu'un tour. Il n'y a pas deux tours.

27:46
Présentateur

Vous n'allez pas leur dire quel est le bon choix ?

27:48
Emmanuel Macron

Non, allez voter le 9 juin, c'est très important. Je le dis parce que je repense toujours, moi, à nos amis britanniques qui ne sont pas allés voter un certain jour de Brexit. Ne pas aller voter, c'est laisser l'avenir de notre continent et de notre pays à d'autres.

28:03
Invité

Vous dites que vous ne donnez pas d'instruction, mais vous avez personnalisé énormément ce scrutin.

28:07
Emmanuel Macron

Mais j'ai compris que toutes les oppositions ont de personnaliser. C'est là où je trouve drôle le débat qu'on a. C'est-à-dire qu'il n'y a pas un jour, il n'y a pas un journal télévisé, il n'y a pas une expression où l'intégralité des oppositions, et en particulier l'extrême droite, je regardais encore dimanche dernier, du début à la fin, attaquait pas telle idée européenne, pas telle autre, le président de la République.

28:26
Invité

Oui, mais vous, c'est de l'extrême droite que vous avez attaquée, ça a été un duel. Je vous réponds.

28:30
Emmanuel Macron

Je dis simplement très clairement, la deuxième chose, hormis l'abstention, on voit monter partout en Europe l'extrême droite. Beaucoup de nos compatriotes peuvent se dire, il y a cinq ans, déjà l'extrême droite était un peu devant la majorité présidentielle, ça n'a pas été un drame. Parce que l'extrême droite n'était pas haute en Europe. Mais si demain, la France envoie une très grande délégation d'extrême droite, si d'autres grands pays le font, l'Europe peut se retrouver bloquée. Parce que c'est quoi une Europe où l'extrême droite sera forte s'il y a à nouveau une pandémie ? C'est une Europe qui ne vous protégera pas. Mais vous ne deviez pas faire baisser le Rassemblement national ?

On n'aura pas, on n'aura pas, c'est ce que je suis en train de faire, en parlant, en essayant de convaincre. Mais ça ne se voit pas dans les... C'est-à-dire que vous n'aurez pas... Mais moi, je suis sur les idées, je ne veux pas commenter les sondages. Je suis là pour parler, je suis là pour défendre mes idées. Et donc, si demain, l'extrême droite a une minorité de blocage en Europe, vous n'aurez pas une Europe des vaccins. Ce sont des gens qui vous donneront la chloroquine ou le vaccin Spoutnik. Si demain, vous avez l'extrême droite qui a une minorité de blocage en Europe, c'est une extrême droite qui pourra arrêter le prochain plan de relance que nous avons voté malgré eux.

Et d'ailleurs, pour ce qui est de la France, malgré toutes les autres listes qui ont toutes voté. Si vous avez demain l'extrême droite qui a une minorité de blocage en Europe, face à l'immigration clandestine que nous subissons, vous n'aurez plus les textes qui nous protègent parce qu'ils croient à la réponse nationaliste et pas européenne. Et donc, ce que je dis, c'est que nous devons, le 9 juin, nous battre pour défendre ceux qui se battent pour l'Europe parce que l'Europe nous protège.

29:59
Présentateur

Mais si demain, ou plutôt dans trois jours, le Rassemblement national fait un excellent score, disons au-delà de 30%, c'est bien que les Français auront envoyé un message. Est-ce que vous entendrez ce message ?

30:10
Emmanuel Macron

Mais voudriez-vous qu'à chaque instant, je sois là pour commenter les sondages de la veille ou pour vous dire ce que je ferai sur les résultats de demain ? Vous alertez les Français sur les dangers de l'extrême droite. Mais oui, mais je ne fais pas de politique fiction. Je suis à un moment où je veux convaincre. Je m'aperçois que nos compatriotes aujourd'hui, d'abord, ne perçoivent sans doute pas assez l'importance d'aller voter le 9. L'Europe n'a jamais été autant menacée. Et l'importance de voter pour l'Europe, de donner de la force à la France, de donner la force à la voix que, par leur choix, je porte. Et de ne pas laisser l'extrême droite ainsi monter.

Parce qu'elle peut bloquer l'Europe et parce qu'elle affaiblira la France. Et je le dis aussi par patriotisme. Et c'est très important. Parce que regardez le moment que nous vivons. Vous m'avez interrogé depuis tout à l'heure sur les menaces que la Russie portait sur notre pays. La guerre est là. Elle est à 1500 kilomètres d'ici. Regardez la tension qu'il y a entre la Chine et les Etats-Unis d'Amérique. Regardez les risques terroristes que nous vivons. Regardez, là aussi, ce qui déchire parfois le pays dans sa cohésion. Regardez le défi climatique, l'intelligence artificielle, tous ces défis-là.

Mais comment expliquez-vous alors que le Rassemblement national progresse, alors que l'Europe est finalement... Est-ce qu'on est plus fort français ou français européens ? Moi, j'ai la réponse, c'est l'Europe. Mais le paradoxe, pour répondre à votre question, c'est simple. C'est qu'aujourd'hui, tout se passe comme si on pouvait. Parce que c'est un moment de colère. On se dit que c'est un vote défouloir. C'est pas grave, ça n'aura pas de conséquences. Si. Parce que tout ce que les Français chérissent de l'Europe, ça s'est fait, c'est devenu parce qu'on s'est battus. Ceux qui croient dans l'Europe. Donc n'allez pas y mettre ceux qui n'y croient pas.

Et pourquoi il y a aussi peu de gens qui croient alors à l'Europe si elle a gagné ? Sinon, je ne reviens pas devant vous. Je sais une chose, moi je ne crois pas aux sondages, je crois aux élections. En 2017, en 2022, les Françaises et les Français ont mis un candidat qui défendait l'Europe.

32:06
Invité

Et vous entendrez donc les messages du résultat, du vote ?

32:09
Emmanuel Macron

Mais j'entends toujours les messages, c'est jamais anecdotique. Et vous pourrez en tirer des conclusions. Par hypothèse. Mais ce n'est pas le but de ma prise de parole aujourd'hui, c'est d'un réveil, un sursaut. On en a besoin. On a besoin pour protéger la France, nous, de protéger notre Europe.

32:21
Présentateur

En un mot. Et ça se joue là. Monsieur le Président, vous allez détester cette question de politique fiction. Si le Rassemblement National fait un très bon score. Vous ne changez pas de Premier ministre, vous ne dissolvez pas, vous ne nouez pas de nouvelles alliances. Rien ne change lundi prochain, en un mot. Rien ne change lundi prochain.

32:37
Emmanuel Macron

Ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui, je me bats pour convaincre le maximum de nos compatriotes d'aller voter et d'aider la France à être plus forte en Europe. Et d'aider l'Europe à être plus forte pour protéger la France. Ensuite, il y aura un vote dimanche. J'irai voter. Et dimanche soir, nous verrons les résultats. J'aime bien faire des choses dans le bon ordre.

32:57
Invité

Vous avez entendu ce signal qui nous indique que cette interview est terminée. Merci beaucoup.

33:03
Emmanuel Macron

Merci et merci à la ville de Caen, à l'Abbaye aux Hommes. C'était magnifique de faire ça ici. Merci à vous. Merci beaucoup. Et merci à nos anciens combattants et aux vétérans de tous nos alliés qui ont fait qu'aujourd'hui, on peut parler de liberté et de démocratie. La liberté, la démocratie, c'est comme l'Europe. C'est un combat de chaque jour. Ceux qui pensent que c'est acquis et qu'on peut faire n'importe quoi se trompent.

33:25
Invité

Et rendez-vous dimanche pour les élections à un tour.

33:28
Emmanuel Macron

On vote.

33:28
Invité

Et pour nos soirées électorales. Bonsoir Gilles. Merci. Merci.

33:33
Présentateur

Merci beaucoup. Merci beaucoup. Merci Monsieur le Président. Bonne soirée à tous.