Hondelatte Raconte : L'affaire Pollet (récit intégral)
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Ondelatte raconte. Christophe Ondelatte. J'exhume aujourd'hui une grande affaire criminelle du début du 20e siècle, l'histoire de la bande à Pollet, du nom d'Abel Pollet, un voleur sans foi ni loi qui dans les années 1905-1906, dans le Pas-de-Calais et le sud de la Belgique, a dirigé une bande de voleurs qui n'hésitaient pas à torturer et s'il le fallait, à tuer pour que les gens révèlent où ils planquaient leurs économies.
La réalisation est de Céline Lebras. Europe 1. Christophe Ondelatte.
Je vous propose de lancer la machine à remonter le temps et de nous déporter un soir du mois d'août 1905, dans le Pas-de-Calais, à Locon, un gros bourg près de Béthune. Et à Locon, près de la station de tramway à vapeur, il y a un troquet. Vous le voyez mal parce que il fait nuit là, mais vous voyez peut-être le panneau, La Descente des Voyageurs.
Ce bistrot est détenu par un vieux couple, un vieux couple au bout du rouleau, Adolphine et Frédéric Langlemetz, 79 et 80 ans. Il est 10h30 du soir. À cette heure-là, dans ces années-là et dans ce métier-là, bien sûr, ils sont couchés.
Et d'un coup, Adolphine est réveillée par un long cri déchirant qui vient de la cuisine. Alors, elle se retourne et elle voit que son Frédéric n'est plus dans le lit à côté d'elle. Et là, elle comprend que c'est lui qui a crié, son vieux mari.
Alors, elle se met à crier à son tour. Au ! Au !
Et là, elle entend des pas dans l'escalier et elle voit surgir un homme dans sa chambre. Tu veux de l'aide, la ? Ah ben, tu vas en avoir de l'aide. !
Et là, l'homme se jette sur elle et il lui balance un coup de poing et il la projette contre l'armoire et il lui colle sa main devant la bouche et elle entend un bourdonnement, sa vision s'obscurcit et elle perd connaissance. Quand elle se réveille, plus aucun bruit dans la maison. La pauvre vieille se traîne jusqu'à la cuisine et là, elle trouve son Frédéric un sac sur la tête.
Il est mort. Et Adolphiina apeurée sonne court chez ses voisins. Oh mon Dieu, mon Dieu, ils ont tué mon !
Ils ont tué mon ! Ils ont tout ! Ils ont pris tout l'argent, 1000 francs qu'on avait et des pièces d'or.
Et c'était dans la commode. Et voilà les gendarmes qui arrivent. La vieille leur raconte son histoire et ils se mettent à la recherche d'indices.
Tiens, tiens, tiens. Regarde si donc ce que j'ai trouvé. Dans la cour, ils viennent de tomber sur trois bouteilles de genièvre.
C'est une eau-de-vie qui est très typique du Nord. Ils trouvent aussi un paquet de tabac belge vide et une chique recrachée et puis une bougie. Mais aucun autre indice.
Et le mobile paraît tout de suite assez clair, le vol. Les 1000 francs, les pièces d'or qui étaient planquées dans la commode. Il se trouve que cette affaire, par sa brutalité gratuite, en rappelle une autre commise 7 mois plus tôt, dans la nuit du 17 au 18 janvier 1905, pas loin, à 5 km, à Calonne-sur-la-Lys.
Un matin, un cultivateur de 78 ans, le père Deron, est réveillé par des hommes au visage masqué ou ou noirci, il ne se souvient pas bien. Il le frappe avec une barre de fer, il le laisse pour mort et tout ça pour lui voler 60 francs. Il s'en est sorti par miracle.
Et ça n'était pas la première affaire du même genre, des dossiers du même tonneau s'accumulent depuis un an. Des vols d'une grande violence, de jour et de nuit, pour 10 francs cachés dans un pot ou ou 500 francs planqués sous un matelas. Sauf que là, le père Langlement c'est mort.
Il y a comme de l'escalade dans la violence. Mais peut-être que le meurtre du vieux Langlement n'est pas lié à cette série parce que d'entrée les voisins proposent aux gendarmes une autre piste. Oh bah c'est chez vous.
Moi je m'intéresserais au petit-fils, hein. Auguste qui s'appelle. Les gendarmes lui tombent dessus et ils lui collent direct un petit coup de pression.
Alors mon garçon, on sait que tu as tué ton grand-père. Mais c'est pas moi. Moi j'ai rien fait, moi.
Ouais, c'est toi. Il y avait toi qui savais où il cachait son or. Tu as même pas eu la patience d'attendre que tes grands-parents meurent.
Tu as préféré les dépouiller tout de suite. Ton grand-père t'a surpris, tu l'as tué. C'est c'est un accident, avoue.
Ah on n'est pas très psychologue dans la maréchaussée à l'époque. Auguste est tellement paniqué qu'il fait dans son pantalon. Véridique.
Heureusement pour lui, il a un alibi. Et donc il est relâché dans la journée et puis plus rien. Fin 1905, ont lieu quatre autres cambriolages du même tonneau, sans mort mais d'une grande violence.
Et puis le ou les voleurs changent de terrain. Début 1906, ils traversent la frontière et se mettent à sévir en Belgique à Crombecq. Le 2 janvier vers 7h du matin, les époux Louzi, 72 et 73 ans, viennent à peine de se lever.
Ils sont en train de rallumer leur poêle quand trois hommes surgissent comme des diables, le visage noirci avec de la suie ou ou du cirage. Votre argent ! Où qu'il est votre ?
Les deux vieux sont paralysés. La mère Louzi hurle à son mari qui est sourd comme un pot. Ils veulent de !
Ils veulent de ! On n'aura rien du tout. Ils auront rien.
Et là, le vieux Louzi est poussé à terre, il est en sang. Et ensuite les trois hommes frappent sa femme et elle finit par lâcher. Sous sous !
Il y a de l'argent sous ! De l'argent enfin. Un peu d'argent, 250 francs en billets belges.
C'est vraiment pas beaucoup. C'est ? Où où qu'il est le ? ?
Dites-nous où est votre ! On a plus ! Ne frappez !
On a plus ! Mais les trois n'y croient pas. Alors ils se déchaînent encore et finalement ils prennent la fuite.
Le couple est transporté d'urgence à l'hôpital de Poperinghe. Le père Louzi est défiguré mais il s'en remet. En revanche, la mère Louzi meurt huit jours plus tard.
Et un mort de plus. L'attaque d'après se déroule en France et c'est une nouvelle escalade. Le 20 janvier 1906 au petit matin à Violaines, toujours dans la région de Béthune, le facteur arrive chez les Lecoq, une grande et belle maison en briques.
Les Lecoq sont rentiers et donc ils sont riches. Et là vivent donc le père Lecoq, 82 ans, sa femme et l'une de leurs filles, Euphrosine, 55 ans. Et comme tous les jours, le facteur pousse la porte d'entrée.
Il y a ? Il y a il y a ? Madame ?
Pas de réponse. Mais le facteur voit tout de suite que le salon a été retourné, les tiroirs vidés, renversés. Et là, il tente d'ouvrir la porte de l'escalier qui monte à l'étage.
Fermée. Alors, pris de panique, il traverse la rue, il court à la mairie. Et il revient avec le maire et l'instituteur.
Et ensemble, ils forcent la porte de l'escalier. Ils découvrent un massacre. Le père, la mère, la fille, tous sont morts, tous les trois.
Et il y a du sang partout. ! Tu as vu les traces de pas ?
Des traces de pieds nus et en chaussettes. C'est intéressant, ça veut dire que le ou les tueurs se sont déchaussés, soit pas faire de bruit, soit pour ne pas salir leurs chaussures. Bref, ils ont laissé une trace de pied.
Il est tordu ce pied-là, ? La trace, en effet, est tordue, difforme. Quant à l'arme du crime, c'est évident, c'est un couvercle de poêle en fonte posé là par terre.
Il est maculé de sang avec des cheveux collés. Dans la foulée, les villageois désignent aux gendarmes un type qu'ils ont vu près du village. Moi, ben, il il avait du sang partout sur lui.
Et ce type, les gendarmes le retrouvent et ils le ramènent. Et le gars manque de se faire lyncher. À !
À ! ! Crevez-le !
Il est terrorisé. Alors, mon gars, d'où qu'il vient tout ce sang sur tes mains, ? Moi, c'est du sang de lapin.
Je suis marchand de peaux de lapin, moi. J'ai du sang sur les mains, hein. C'est c'est normal, ?
Et donc, ce n'est pas lui. Les gendarmes le libèrent immédiatement et il se retrouve gros-jean comme devant, mais ils n'auront pas le temps de se morfondre car l'enquête change de main. Le procureur la confie au policier d'Hasbrouck.
Ce qui est intéressant avec l'affaire Lecoq, c'est que pour la première fois, on a affaire à des notables. Le père Lecoq a été maire, il est conseiller municipal et son métier, c'est donc rentier. Et là, pour le coup, le butin n'est pas dérisoire, 7 à 8000 francs.
Mais ça ne vaut toujours pas trois morts. Le juge d'instruction fait coller des affiches sur tous les murs du département. Très important.
Un assassinat suivi de vol a été commis à Violaines dans la nuit du 19 au 20 janvier sur trois personnes, les époux Lecoq et leur fille. Et l'affiche fait la liste de tous les biens volés, des bijoux, des montres, des billets de 1000 francs de la Banque de France, des pièces d'or de 40 et de 100 francs et des écus en argent. Et en bas de l'affiche, il est écrit "Un des malfaiteurs semble avoir un pied droit difforme, long de 20 cm environ et large de 12 cm à la base des orteils." Et comme dans les films de cow-boy, l'affiche promet une prime.
La famille des victimes s'engage à payer une prime de 250 francs à toute personne qui pourra fournir les indications ayant amené l'arrestation des malfaiteurs et une prime d'égale valeur à l'agent de la force publique qui mettra ceci en état d'arrestation. C'est alléchant. Ça devrait susciter des vocations.
Et effectivement, en avril 1906, un homme se présente aux policiers. Bah moi, moi je sais qui qui a assassiné les Lecoq à Violaines. Abel et qui ?
C'est Abel Pollet. Je le connais bien, c'est mon beau-frère. Et et vous, vous êtes ?
Auguste Patelle. C'est grave comme accusation ça, monsieur Patelle. Qu'est-ce qui vous fait penser que votre beau-frère Abel Abel Pollet est ?
Bah, c'est pas que ça me fait penser ou quoi. Je suis sûr. Et là, Auguste Patelle se met à raconter qu'il est mineur de fond à Nœux-les-Mines, que ça fait des semaines qu'il est en grève, des semaines qu'il n'a pas touché un sou, qu'il a deux enfants à nourrir et que donc il est allé voir sa sœur, Julienne, laquelle est mariée à Abel Pollet.
Et vous savez ce qu'elle m'a ? Elle m'a répondu les temps sont durs et je peux rien pour toi. Ma !
Ma ma pauvre ! Tu ! Elle manque de rien ma pauvre sœur.
Alors, il est allé voir son autre sœur, Angèle. Et là, Angèle s'est mise en colère et elle lui a fait des confidences. !
Elle a refusé de te donner de ? Avec tout ce que son mari ramène, elle est gonflée ! Quand tu vois d'où vient l'argent en !
Et c'est là que le beau-frère a découvert qu'Abel était un brigand. Et sa sœur lui a dit mieux que ça. Et puis c'est lui qui a extorqué la famille Lecoq à Violaines et puis bien d'autres !
Je vais te dire un truc. Son frère Auguste, il est aussi dans la bande. Ah ?
Et et qui ? Et ben ma sœur m'a parlé d'un Canut. Canut le Vraiment ou ou Vraiment, je sais plus.
Et qui ? Ben, elle m'a pas parlé d'autres noms. Mais je lui ai demandé si cet argent elle en avait pris une partie.
Ben, elle m'a dit que non. Mais après elle m'a filé 20 francs pour les marmots. ?
Cette histoire a l'air de tenir debout. Alors les policiers préviennent immédiatement le procureur et ils se rendent en car sur cet Abel Pollet. Et ils ne sont pas déçus du voyage.
L'oiseau a déjà son petit palmarès, sept condamnations au compteur. À 32 ans, c'est pas mal. Et à chaque fois pour vol ou ou vol avec violence.
Premier séjour en maison de correction à 12 ans. Premier séjour en prison à 16 ans. Quatre ans de prison pour cambriolage en 1901 et en novembre 1905, il a dépouillé un couple de septuagénaires.
C'est donc peu dire que cet Abel Pollet a le profil. Le 3 mai 1906 à l'aube, la police encercle sa petite maison de briques à Hasbrouck. Et le commissaire lance l'assaut.
Et sur le perron, les policiers tombent sur sa femme, Julienne. Oh, mais vous n'avez pas le droit ! Saloperie de !
Sortez de moi de ! Évidemment, pendant ce temps-là, son mari tente de filer par la porte de derrière, celle qui donne sur le jardinier. Mais les policiers ne sont pas idiots, ils l'attendaient.
Il est plaqué au sol et menotté. Fumier ! On trouve des plans, des plans de rue avec des flèches et des noms et aussi des chaussures dont l'une est un peu difforme, comme la trace de pas retrouvée chez les Lecoq.
Mais c'est tout. Pas de bijoux, pas de liasse de billets non plus, bref, pas de magot. Rien de plus que quelques piécettes.
Sa femme Julienne est interrogée. Bon, on économise comme on peut quoi. Faut bien manger quoi.
Et elle aussi est écrouée. Et dans la foulée, les poulagas arrêtent aussi Auguste, le frère d'Abel Pollet, et sa femme Eugénie. Et tant qu'à faire, sa sœur Céline et son mari, et puis le fameux Canut Vromant, dénoncé par le beau-frère, qui lui aussi a un joli pedigree.
Il est connu depuis tout petit pour des vols et des cambriolages. Et puis sur la lancée, les poulets arrêtent aussi un certain Théophile Deroux, alias Charlot, car tous les voisins disent qu'ils sont inséparables avec Abel Pollet. Et lui aussi filou niouf.
Je vous épargne l'arrestation de quelques domiciles. Bref, au total, 19 personnes se retrouvent derrière les verrous soupçonnées d'appartenir à cette bande qui terrorise la région et le sud de la Belgique depuis des mois. La bande d'Hazebrouck, comme on l'appelle désormais, ou la bande à Pollet, comme l'écrit la presse.
Qui se faisant d'ailleurs va peut-être un peu vite en besogne parce que c'est pas tout d'accuser. Mais maintenant, il faut des preuves. Il faut prouver que ces 19-là forment une bande responsable de toutes ces agressions.
Et il faut déterminer qui a fait quoi. Le juge vient les interroger un par un à la prison d'Hazebrouck. Il décide notamment de confronter Pollet et son inséparable Charlot à l'une des dernières victimes, un paysan de 70 ans passés qui a pris une balle dans la joue et qui a bien failli mourir étranglé avec un nœud coulant.
Oh bah, je les reconnais que diable. C'est eux. Charlot va.
C'est toi qui m'a tiré une ? C'est c'est toi qui me serrais la corde autour du ? Il est tellement affirmatif, on le croit tellement que dans la foulée Pollet et Charlot avouent.
Oh bah ouais ouais, ouais. C'est vrai. C'est nous qu'on l'a fait.
Et le juge apprend au passage que le visage noirci, c'était de la boue. Le lendemain, le juge recueille le témoignage d'un jeune homme qui a connu Abel Pollet juste avant le meurtre du vieux Langlomé. Le premier mort.
Et voilà ce qu'il dit. Ah bah, c'était début août quoi. J'étais au à la descente des voyageurs, le bar d'à côté du tram à Locon.
Et et Pollet, je le connaissais que de vue quoi. On se croisait parfois dans le tram mais mais là on a causé quoi. On a payé le coup.
On a parlé de la tenancière, la mère Langlomé. Moi j'avais entendu dire par son petit-fils qu'elle avait de l'or. Et bah la fois d'après, Abel là, il m'a proposé de l'étendre.
Mais moi, moi j'ai pas voulu. Mais lui, il était bien décidé. Ça se voyait dans ses yeux qu'il était prêt à tout monsieur le juge, prêt à tout.
Dans la foulée, la femme du chef, Julienne, passe à table. Elle avoue qu'elle a envoyé son Abel dépouiller Célestine, propriétaire d'un pré qu'elle louait. Abel y est allé avec les deux autres, il a rapporté 850 francs.
La Célestine raconte au au Oh bah, il y en avait un qui qui m'a donné plaqué contre le mur. Et puis il il a demandé à l'autre comme ça faut faut la ? Et l'autre a dit non.
C'est pas la peine. Contraint d'avouer aussi ce crime, Abel Pollet ne trouve rien à dire de mieux que Bah, je je j'ai été grand seigneur, ? Vous trouvez ?
Je lui ai laissé la vie. Évidemment, parmi les 19 qui sont en taule, chacun cherche à sauver sa peau. Alors, ils se mettent à balancer et à charger Abel Pollet.
Et le summum est atteint quand en mai 1906, Auguste Pollet, le propre frère d'Abel, accuse Abel d'être l'auteur du meurtre du père Langlomé au bistrot La Descente des Voyageurs. Oh, bah, il s'en est inventé lui-même. Il m'a dit qu'il avait trois Belges avec lui.
Le gars s'en Belgique qui changeait ses gros billets et qui revendait ses bijoux. Alors, poussé dans ses retranchements, Abel Pollet avoue qu'il était aussi dans ce coup-là. Mais il charge les Belges.
Oh, mais c'est c'est c'est Verbeck qui a jeté le vieux. Oh, qui l'a fait tomber. Comme le vieux criait, bah, il l'a couvert d'un sac et puis il a appuyé très fort sur le bouche.
Mais mais et c'est De Camp qui qui qui s'est occupé de la femme. Moi, j'ai rien fait, hein. Je jure, monsieur le juge.
Moi, j'ai j'ai j'ai juste tenu la bougie. Il raconte n'importe quoi. Mais au passage, il vient de livrer deux noms, deux Belges, Verbeck et De Camp, qui sont immédiatement arrêtés par la police belge.
Et puis finalement, partie pour partie, Abel Pollet avoue aussi le massacre des Lecoq et de leur fille dans la belle maison de Fiolaine. Il était avec son frère sur ce coup-là et avec Canu et Roman. Bah, on on a monté l'escalier.
Euh, la la fille Lecoq, elle nous a entendus, elle a crié "Papa, il y a !" Ah, forcément, bah, le père, il s'est levé. Alors, mon frère Auguste, il lui a donné un coup de poing, et puis la fille Lecoq, elle a crié à sa mère "Maman, !" Alors alors, je l'ai poussé dans un coin et et et Vromant s'est mis à la frapper.
Et elle l'a frappé. Et après, il a frappé la mère et et moi, j'ai fouillé la garde-robe et euh et j'ai trouvé les bijoux euh et et l'argent dans le coffre. Abel Pollet dit qu'ils ont achevé les Lecoq par crainte d'être identifiés.
Et après euh qu'avez-vous ? Bah, euh euh après, on a trouvé des œufs et puis on a trouvé du vin euh comme on avait faim, bah on l'a mangé et puis et puis on est repartis. Au final, au bout d'un an d'instruction, Abel Pollet a avoué et au juge, plus de 200 vols et au journaliste, 400, parce que tant qu'à faire, il flambe.
Il se fait mousser, il se met en scène. Par exemple, dans une lettre qu'il envoie au journal L'Indicateur. Béthune, le 12 avril 1907.
Tout jeune, j'avais déjà l'instinct du vol. Une force invisible me poussait à voler mes camarades d'école. À 11 ans, j'embrassais définitivement la profession de voleur.
Malgré mes diverses condamnations, je n'en continuais pas moins mes exploits, augmentant graduellement mes soldats, mon armée, composée de 60 sujets des deux sexes, obéissait avec une docilité admirable. Ne vous adonnez donc pas trop aux femmes, mes chers amis, car lorsqu'on se livre au libertinage sans mesure, l'appétit de l'argent devient insatiable et alors, vous devez inévitablement tomber en vous faisant assassin. Oui, criminel et assassin.
Tout voleur doit tôt ou tard devenir l'assassin de celui qui défend ses biens. Malgré mon adresse, je fus enfin découvert et pincé par le juge à qui j'adresse mes félicitations. Je demande pardon à ceux à qui j'ai supprimé l'existence.
Là, je ne me reconnais plus pour le noble voleur, mais pour la brute qui a ôté la vie à son semblable. Bel exercice de contrition, en vue bien sûr du procès qui s'approche. En juin 1908, Abel Pollet et toute sa bande se retrouvent devant la cour d'assises de Saint-Omer pour cinq assassinats, sept tentatives d'assassinat et 114 vols ou tentatives de vols, dont beaucoup avec violence.
Il faut deux omnibus et deux fourgons pour transférer tous les accusés à la prison de Saint-Omer et ensuite au Palais de Justice. Il a fallu faire des travaux et pendant des jours et des jours, le président fait défiler les témoins. Certains, les plus âgés, ne parlent parfois que le patois picard, alors il faut un interprète.
Et au fur et à mesure, on se retourne vers Pollet qui doit dire qui était là et où et quand. C'est lui qui fait la pluie et le beau temps parmi ses complices. C'est lui qui distribue les bons et les mauvais points.
Et on s'attarde bien sûr sur le massacre de Violaine Leslecoq, le père, la mère et la fille. Et là, c'est Canuvermont qui raconte comment par exemple, il a frappé la fille Leslecoq avec le couvercle de la poêle en fonte. Bah, elle se défendrait.
Alors, je l'ai frappé encore coups. Puis vient le moment du délibéré et là, c'est une tanée, hein, parce que les jurés doivent examiner 118 chefs d'accusation. Ils doivent répondre à 998 questions.
C'est très long. Et enfin tombe le verdict. Sur les 28 accusés, quatre sont condamnés à mort.
Abel et Auguste Pollet, Canuvermont et Théophile Deroux, dit Charlot. Céline Pollet, la sœur d'Abel et d'Auguste, qui savait tout, qui n'a rien dit et qui a accepté l'argent de tous les vols, prend 20 ans de travaux forcés. Et les autres prennent entre 3 et 8 ans.
Évidemment, les quatre condamnés à mort comptent sur une grâce présidentielle parce qu'ils savent que le président Armand Fallières est un abolitionniste. Et d'ailleurs, les années précédentes, il a commué toutes les condamnations à mort en peine de travaux forcés. Alors, il va faire pareil avec eux.
Pourquoi en ? Mais le problème, c'est l'opinion. Et l'opinion est remontée comme une pendule.
Et le président Fallières, finalement, n'ose pas affronter l'opinion. Et donc, il refuse le recours en grâce. Le bourreau Deibler arrive à Béthune le 10 janvier 1909.
Ça fait 10 ans qu'il n'a pas coupé une tête. Il fait monter le bois de l'échafaud juste devant la prison. La foule se masse dès le petit matin, on parle de 10000 curieux.
Et il faut 500 soldats pour les tenir à distance. À 7h, Charlot est guillotiné le 1er. Puis Canu Vromant.
Puis Auguste Pollet. Et enfin, on amène Abel Pollet. Et la foule crie À !
À mort la tête de ! Et lui, sous l'échafaud, leur répond Toutes feignants, ! !
À bas la ! Et vive la ! Le couperet de 65 kg tombe, suivi d'un grand silence.
Et comme toujours à l'époque, dans les jours qui suivent, la bande à Pollet a droit à sa complainte, à sa chanson, en français et en flamand. Pour commenter son histoire du jour, Christophe Ondelatte reçoit un invité, acteur direct de son récit. La complainte de Pollet qui nous a été proposée curée et offerte par vous, Jacques Messiant, vous qui connaissez bien cette histoire puisque vous lui avez consacré un livre qui s'appelle l'affaire Pollet aux éditions Ouest-France.
Où est-ce que vous l'avez déniché cette complainte, monsieur ? Ah, c'est quelque chose de fabuleux. C'était lors d'une interview sur une autre radio.
Euh, j'avais souhaité donc connaître cette complainte. J'en connaissais l'existence puisque je connais aussi une version en français, hein, sur un autre air, sur un air connu de l'époque, mais là un de mes auditeurs pendant le temps mort m'a envoyé un petit bout de fil en disant "Bah voilà, je vous ai envoyé une copie de la complainte de Pollet en flamand." Et c'est joli, c'est très gai, c'est sur un air de valse.
Forcément, tout le monde est content à l'époque de se débarrasser d'un voyou qui a beaucoup sévi dans ma région, à Hazebrouck, donc dans le Nord comme vous l'avez précisé, et puis aussi au sud de la Belgique, il avait la chance d'avoir la frontière, ça lui permettait d'avoir des complicités et d'avoir des recours pour se disculper de certaines de certains faits. Alors deux mots sur vous parce que vous n'êtes pas un historien professionnel, vous avez été instituteur comme on disait à l'époque et puis directeur d'école et là vous êtes à la retraite, vous l'avez dit vous-même, vous êtes du coin, vous êtes de la région d'Hazebrouck, vous êtes un un gars du Pas-de-Calais et donc vous avez décidé de vous du Nord. Si si je peux me permettre, je suis en fait un Flamand de France.
D'accord. Et donc vous avez décidé de vous plonger à la retraite dans l'histoire locale. Comment est-ce que vous êtes tombé sur cette ?
J'écris en fait depuis bien avant ma retraite. C'était pas incompatible avec mon métier d'instituteur comme vous l'avez rappelé. C'est un ami archiviste qui m'a donné un jour un dossier très très très épais sur l'affaire Pollet en me disant "Un jour Jacques, tu devras en faire un roman." Mais c'était trop épais, j'ai dit "Il faut être complètement fou pour décortiquer tout ça et établir quelque chose de lisible." Donc vous l'avez mis dans un coin quoi.
Je l'ai mis dans un coin de ma bibliothèque mais tout au fond, tout au fond. Et un jour bon ben je me suis décidé, j'ai dit "Tiens au fond ce serait pas mal." J'avais acquis une certaine expérience de l'écriture, je me suis dit c'était un bon sujet, c'était une façon aussi de rendre hommage à ma marraine dont les parents hébergeaient de temps en temps les Pollet dans leur estaminet et se terraient dans un coin pour fomenter évidemment un coup ou un autre.
Et ma marraine me parlait de de la bande à Pollet comme des des vieilles personnes auraient parlé du croque-mitaine et d'autres êtres maléfiques que disons. Bah chez nous, c'était les Pollet. ?
Donc cette histoire était dans votre patrimoine en fait. L'histoire était quasiment dans mon patrimoine. J'ai été entouré par les histoires de Pollet.
Et ma marraine qui avait des journaux anciens avait extrait de temps en temps des histoires un petit peu pour nous faire peur en disant "Bah faut pas sortir dans le noir, c'est dangereux." C'était donc le les croque-mitaines de l'époque. Alors, ce qui frappe Monsieur Messiant dans dans cette histoire, c'est c'est la brutalité, c'est c'est la sauvagerie de de cette bande.
Ils tuent parfois pour 15 francs. Quel est le ? Comment est-ce qu'on peut expliquer leurs voleries en ?
Oui, en fait, il y a plusieurs éléments. Il y a quelque chose qui m'a beaucoup frappé quand j'ai travaillé sur le dossier à travers les journaux de l'époque évidemment, c'est l'humiliation que le petit Abel Pollet a subi le jour de sa communion. Il est allé chercher un petit morceau de viande pour faire la communion en famille parce qu'il était d'une grande fratrie, ils étaient malheureux et le boucher a crâné en disant "Mon petit gaillard, chez vous, vous n'allez pas faire un banquet comme nous on va le faire." Et Pollet, humilier un enfant, ça reste gravé pour la vie.
Et Pollet s'est dit sans doute dans sa petite tête "Mais voilà, puisque euh il en est ainsi, tu vas voir ce que ce qui va se passer." Et alors, on vit euh la Belle Époque, la Belle Époque qui comme chacun sait est loin d'être belle. Euh c'est une époque de grèves, on parle des méfaits des apaches dans la région parisienne ou sur l'Île, dans le Nord.
On parle beaucoup de misère et puis il y a beaucoup de cheminots qui traînent d'un point à un autre, qui marchent de nuit, qui voient s'il y a pas quelque part une lumière éclairée et pour voir s'il y aurait pas quelque chose à gratter. Donc euh le le le petit moteur de d'Abel Pollet, parce que c'est lui qui entraîne les autres, son petit moteur à lui et peut-être aussi d'ailleurs leur petit moteur aussi aux autres, c'est la misère, quoi. C'est la misère, tout à fait.
Tout à fait. Mais il est pas tout à fait mauvais, Pollet, s'il fallait le réhabiliter un petit peu, c'est que un jour il a volé 100 francs. N'oublions pas que 100 francs à l'époque, ça fait 400 euros pour nous maintenant.
En gros. Et il a volé 100 francs et il s'en vante à l'estaminet où se rassemblait avec ses camarades, il s'en vante et un de ses camarades lui reproche, lui dit "C'est quand même pas bien, tu as volé à des pauvres gens." La nuit suivante, il est retourné chez ces pauvres gens, non seulement il lui a rendu les 100 francs, mais il en a rajouté 100 de plus.
Voyez, donc il n'avait pas forcément un mauvais fond. Il y a un côté assez assez chevaleresque qu'on voit d'ailleurs dans dans dans ce courrier qu'il adresse à la presse qui est un moment absolument D'abord, il savait donc bien écrire parce que la lettre est est bien écrite. Oui, parce que c'était un bon élève, c'était un bon petit père, comme on dit chez nous.
Bon élève à l'école et bon élève au catéchisme. Voyez, donc c'est c'était quelqu'un qui n'était pas mauvais au fond de lui-même. C'est la société qui l'a rendu mauvais.
Là, je pense évidemment à Jean-Jacques Rousseau, hein, sa phrase célèbre. Pollet s'est toujours vengé donc des nantis. Voilà.
Et puis l'engrenage a fait que ben il s'est retrouvé guillotiné. C'est c'est pas l'explication qu'il donne lui, hein. Lui, l'explication qu'il donne, ce sont les femmes.
Euh trop aimer les femmes l'amène à devoir voler et voler l'amène à devoir tuer. En gros, c'est ce qu'il dit dans sa lettre. Oui, parce qu'il avait une une maîtresse particulièrement exigeante, c'est Louise Matteau Rey, euh qui était friande de bijoux et il volait pour euh mieux la courtiser, pour lui faire plaisir et pour lui montrer qu'il était grand seigneur, il était capable de lui rendre la vie belle.
Et en même temps, il y a beaucoup de lucidité aussi dans cette tête quand il dit "À force de voler, un jour on doit tuer." Oui, vous avez bien cité sa phrase. C'est vrai que c'est une phrase mémorable.
Je l'ai encore en tête, c'est que tout voleur voulant naturellement éviter de se faire reconnaître doit tôt ou tard dans un moment de crainte ou d'aveuglement, de férocité, c'est à peu près ça qu'il a écrit, doit devenir l'assassin de celui qui défend son bien. Je crois que un assassin, un voleur, quand il voit qu'en face de lui on se défend pour garder le bien, eh bien le voleur finit par tuer, tuer tuer vraiment, hein, il espère toujours qu'il sera qu'on ne le retrouvera pas quoi, disons. Ah, c'est une mauvaise philosophie, évidemment, on ne peut pas approuver, hein.
Voilà, et vous avez bien rappelé l'attitude de Fallières parce que Fallières a été pressé par un référendum national qui à plus de 80 % réclamait le retour à la peine de mort. Alors que juste au lendemain de l'affaire Pollet, j'ai la chance d'avoir chez moi le un exemplaire du Grand Écho du Nord, le lendemain, un autre monsieur se fait assassiner, un monsieur de Saint-Omer d'ailleurs, se fait assassiner. Il y a pour titre "Un vieillard de 56 ans se fait assassiner à Saint-Omer." Et c'est une autre affaire pour laquelle j'ai consacré également un roman et dans cette affaire où il y a un meurtre, il y a pour moi deux victimes, c'est-à-dire aussi l'assassin.
Il faudra il faudra que je la raconte cette histoire aussi. On mettra ça dans un coin. Alors, c'est l'époque des fameuses, donc j'ai dit donc Fallières est président de la République et Clémenceau a créé les fameuses brigades du Tigre, on est pile là-dedans là.
Oui, tout à fait, tout à fait. Alors pour l'anecdote, je me suis retrouvé un jour à un mariage à côté d'un policier de haut niveau qui est à Lille et qui est au service du centre médico-légal. Et il me dit bon, il a décliné son nom, il s'appelle Pollet comme par hasard, il a décliné son nom et il m'a dit Jacques, si tu veux un jour, tu viens chez moi, je te montrerai des choses étonnantes.
Et c'est vrai que bon, d'abord des choses étonnantes, il y en a qu'on ne peut pas voir au centre médico-légal, c'est la tête des quatre guillotinés qui sont conservés dans la cave dans du formol. ? C'est-à-dire que la tête d'Abel Pollet est dans du formol à la cave de l'institut médico-légal de ?
Comme de ses trois compères et la tête de Pollet a même fait l'objet d'une sculpture qui est exposée dans un musée à Lille. Ben je sais je vais aller passer mes prochaines vacances. Je vous remercie infiniment Jacques Messiant.
Je rappelle le titre de votre livre L'affaire Pollet aux éditions Ouest-France. Des centaines d'histoires disponibles sur vos plateformes d'écoute et sur Europe 1 pour faire.