Carole Delga, Discours d'ouverture du 16 juillet 2021
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mesdames, Messieurs les conseillers régionaux, Notre Assemblée plénière se tient ce vendredi, au moment où notre région vient de franchir le seuil d'alerte de 59 cas de Covid pour 100 000 habitants, comme l'Hérault, la Haute-Garonne, l'Ariège, les Pyrénées-Orientales, qui sont maintenant en zone rouge, et avec ce dernier département des Pyrénées-Orientales, la multiplication des cas par 7 en une semaine, ce qui inquiète légitimement élus et populations alors que la saison touristique bat son plein.
Soyons clairs, nous n'en avons pas fini avec la Covid, et je vous confirme, au vu des chiffres de propagation du variant Delta, que une nouvelle étape de la lutte contre l'épidémie est engagée sans délai, avec détermination, responsabilité, et que notre région va prendre toute sa part dans ce combat pour la vie, comme nous l'avons fait depuis mars 2020. Le président de la République a annoncé de nouvelles mesures lundi soir, avec notamment la vaccination obligatoire des soignants d'ici le 15 septembre, ou le renforcement du pass sanitaire au mois d'août.
Chacun sait ici les nombreux désaccords que j'avais le président de la République depuis 2017 sur sa politique et sa vision de la France, mais il ne s'agit pas de cela, ni ici, ni maintenant, tout comme il ne s'agit pas d'un débat philosophique sur la liberté individuelle. Il s'agit d'agir en responsabilité et en efficacité avec l'État. Et comme de nombreux Français d'ailleurs, je suis choquée d'entendre des mots comme apartheid ou dictature depuis quelques jours à propos de notre pays. Revenons à l'essentiel. On parle ici de vie humaine. On parle d'une épidémie qui a déjà fait plus de 4 millions de morts dans le monde, dont plus de 111 000 en France et plus de 4 600 dans notre région.
Une épidémie qui tue chaque jour, qui menace les plus fragiles d'entre nous, notamment nos aînés, mais avec ces derniers jours, une propagation importante chez les jeunes. Une épidémie qui met en péril nos sociétés et leurs difficiles équilibres économiques et sociaux. Il n'y a donc pas de place pour la polémique politicienne. Oui, nous sommes une société et ce qui fonde une communauté humaine est singulièrement dans notre République. C'est un principe qui fait que l'intérêt général est tout sauf la somme des intérêts particuliers. Et l'intérêt général, aujourd'hui, commande de se faire vacciner. En Occitanie, ce sont plus de 5,4 millions d'injections déjà réalisées.
Près d'un adulte sur deux est aujourd'hui complètement vacciné avec les deux doses, mais il faut encore accélérer. L'intérêt général, c'est que chaque soignant de ce pays soit vacciné pour ne pas mettre en danger et sa vie et la vie de ses patients. L'intérêt général, c'est faire en sorte que dans une petite entreprise, une grande entreprise, un commerce, un restaurant, il n'y ait pas la moitié des salariés vaccinés et l'autre, non. Je pourrais ainsi multiplier les exemples au quotidien pour démontrer toute la pertinence de la vaccination. Au fond, l'intérêt général, c'est d'abord de penser aux autres. Avant de penser à soi, c'est préférer le pragmatisme au dogmatisme.
Je suis du parti de la vaccination, car le vaccin garantit à 95 % d'éviter les formes graves du Covid. Je suis du parti de la vaccination, car ce pays, c'est celui de Pasteur, c'est celui de la confiance en la recherche scientifique et de la foi dans le progrès. Je le réaffirme donc, la région continuera à tout faire pour protéger les habitants d'Occitanie. Ainsi, nous renforçons, depuis le début de cette semaine, notre dispositif de vaccination mobile, proxy-vaccin, dans les secteurs ruraux pour permettre aux personnes isolées d'avoir accès à la vaccination avec un deuxième camion que nous allons donc mettre en complément par la région.
Ce sont déjà près de 12 000 personnes qui en ont déjà bénéficié. Et de plus, avec la Croix-Rouge, avec l'Agence régionale de santé, la Fédération de l'hôtellerie de plein air, nous allons déployer des centres de vaccination mobile dans les campings. Afin de préparer ces semaines à venir, Vincent Boone, vice-président en charge de la santé, est en lien étroit avec l'Agence régionale, bien sûr, de santé, et Kamel Chibli, vice-président à l'éducation, portera, pendant l'été, aux côtés du rectorat, la préparation des campagnes de vaccination dans les lycées.
Tout comme nous allons déployer des opérations d'incitation à la vaccination auprès de nos agents des lycées, en lien avec la médecine de prévention et également les organisations syndicales. Enfin, j'ai proposé à l'Agence régionale de santé de participer à une campagne d'information de proximité, notamment dans nos maisons de région, mais également dans les transports en commun gérés par notre collectivité. Protéger, c'est aussi anticiper. Et j'ai proposé, durant ma campagne, un projet clair, précis, sur la santé, avec notamment le recrutement de 200 médecins et infirmiers salariés, afin de lutter contre les déserts médicaux. Et cet engagement, il est tenu sans attendre.
Nous votons aujourd'hui la préfiguration d'un groupement d'intérêt public qui sera mis en place 2022, qui sera la première pierre de ce service public, mais qui nous permettra surtout de pouvoir être opérationnel dès cette étonne. La première étape, donc, sera consacrée au lancement d'un appel en candidature dès la rentrée auprès des collectivités déficitaires en médecins. Ainsi, nous identifierons les collectivités prêtes à accueillir sur leur territoire un centre de santé géré par le GIP et donc des médecins et des infirmiers rémunérés par cette structure.
En parallèle, et en vue de la création du GIP, des concertations seront menées avec, bien sûr, l'Agence régionale de santé, l'assurance maladie, les départements, les collectivités locales, les représentants des professionnels de santé, l'APEC, les pôles de santé des universités, la fabrique des centres de santé, ainsi que les 14 groupements hospitaliers de territoire, dans l'objectif de développer l'exercice ville-hôpital. Grâce à cette synergie publique-privée, l'objectif est de déployer un réseau de centres de santé pertinent en lien avec les besoins des territoires, afin qu'aucun habitant d'Occitanie ne soit à plus de 15 minutes d'un professionnel de santé.
Vous le voyez, c'est du concret. C'est la même méthode qui provoque aussi concernant la partie de notre projet consacrée à la sécurité du quotidien. Et là aussi, l'engagement se retenue, car pour moi, la sécurité est un droit fondamental. Je rappelle donc que depuis 2016, notre action, elle est constante sur ce sujet, avec 65 millions d'euros investis, ce qui a permis l'équipement de 90 % des lycées en clôture périphérique, 80 % des lycées d'un système de vidéoprotection des entrées principales et des services, et 77 % exactement des places de trains liaux sont couvertes par la vidéoprotection.
Je propose aujourd'hui d'aller plus loin, et dès le mois de septembre, la région accompagnera les communes et les intercommunalités dans leurs actions de prévention des violences et de la tranquillité publique. Et l'objectif est de mener un projet partenarial avec les élus locaux, l'Etat, la population, ainsi que l'ensemble des acteurs du territoire, en particulier la communauté éducative et le tissu associatif local.
La région propose d'intervenir sur trois axes, la création d'aménagements spécifiques de l'espace public pour répondre aux besoins de prévention et de sécurité, l'acquisition de postes de police municipales mobiles, comme a pu le faire la commune de Montpellier, facilement déployables et permettant une meilleure couverture du terrain. La rénovation et ou la création de locaux de police municipales ou intercommunales, ainsi que l'implantation de nouvelles unités en proximité des populations confrontées à l'insécurité du quotidien, donnant ainsi de meilleures conditions de travail aux policiers municipaux.
Je souhaite également que nous intervenions dans la formation continue des agents de police municipales et intercommunales. A ce titre, la région soutiendra les actions de formation en Occitanie du Centre national de la fonction publique territoriale, qui assure seule cette compétence, et je sais pouvoir compter sur le délégué régional du CNFPT, Usain-Bourgis. Ainsi, elle investira pour adapter son outil de formation des policiers municipaux en Occitanie, en finançant la rénovation de l'école de police municipale de Montpellier, et en étudiant, aux côtés du CNFPT, la possibilité de créer une école à l'ouest du territoire. Enfin, j'aurai d'ici quelques jours un échange avec M.
le Premier ministre sur la création d'une zone de défense propre à notre territoire régional. Pour un meilleur suivi de l'avancée des différents aspects de ce plan régional de protection des personnes vis-à-vis des violences, j'ai souhaité la création d'une délégation spécifique. Thierry Mathieu est ainsi nommé conseiller régional délégué à la sécurité, et il me sera rattaché directement. Il travaillera aux avancées des différents aspects de notre plan régional, participera au suivi du plan régional de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, et veillera à l'aide apportée aux victimes.
Il coordonnera ainsi un grand plan d'investissement des infrastructures de prise en charge et d'éloignement des conjoints violents. Pour l'accompagner dans ses missions, la création d'un poste de directeur-directrice de projet sécurité, rattaché directement au directeur général des services, sera proposée au vote lors de la prochaine réunion de la commission permanente le 23 juillet.
Elle, ou il, devra adopter une approche transversale de tous les enjeux stratégiques en matière de sécurité, sécurisation des lycées, bien entendu, et des centres de formation et de leurs abords, déploiement du plan de sécurisation des transports régionaux, sécurité des bâtiments administratifs, des élus, des services, et sécurité également économique pour les entreprises régionales ou de sensibilisation et de prévention en lien avec les territoires. Notre autre grande priorité, c'est la relance, et elle sera au cœur de notre commission permanente du 23 juillet prochain, mais je veux aujourd'hui vous donner le cap de notre action. D'abord, répondre à l'urgence.
Et là aussi, mon engagement de campagne sera tenu avec la mise en place dès la rentrée du fonds anti-faillite de 100 millions d'euros. Il sera le complément indispensable du fonds souverain régional doté de 150 millions d'euros, déjà en activité, et composé de l'Agence régionale des investissements stratégiques, la région actionnaire, d'Épargne Occitanie, la plateforme de financement citoyen et participatif, et du fonds de rebond Impulsion, géré par IRDI Capital Investissement. Car nous devons tout faire. Tout faire pour que la crise sanitaire ne soit pas aggravée par une crise économique et sociale sans précédent.
Il en va également de la vie de nos concitoyens, de l'avenir de leurs enfants. Concernant le plan de relance gouvernementale, je crois que là aussi, il faut plus associer les élus locaux à cet élan national, et singulièrement les régions, chefs de file du développement économique.
Ce plan doit, à mon sens, remplir une mission historique, celle de permettre à notre économie de se transformer afin de lutter en acte contre le réchauffement climatique, dont nous pouvons voir chaque jour les terribles effets sur le quotidien des gens, que ce soit en plusieurs endroits de la planète, encore récemment au Canada, ou plus plairé de chez nous, avec les inondations meurtrières, en Allemagne ou en Belgique. Cette transformation de notre modèle nécessite de l'accompagnement, du soutien et, disons-le, du courage politique. Accompagnement de nos entreprises pour revisiter leur modèle, ce que nous ferons avec notre contrat entreprise durable.
A cet effet, une expérimentation sera conduite à l'automne auprès de 100 entreprises, évaluation verte de leur activité, définition de leurs axes de progrès, ainsi que les impacts sur leurs besoins de compétences et de formations. C'est aussi le soutien de la puissance publique pour permettre la remise à niveau des filières traditionnelles et ainsi faire émerger de nouveaux secteurs porteurs d'emplois de qualité d'eux-mêmes. Je pense ici en Occitanie, au domaine de la santé, des biomédicaments, des énergies renouvelables, bien sûr, comme l'hydrogène, de l'éco-construction ou des mobilités du futur.
Je dis emplois de qualité, car nous ne pouvons pas offrir comme horizon à notre jeunesse que des métiers ubérisés. Où derrière le beau mot d'entrepreneur se cache en fait une précarité brutale et dévastatrice. La société de service ne peut être une société de serviteurs. Et ce nouveau modèle doit être durable et juste à la fois, sinon il ne sera pas. Je le dis aussi, il ne peut s'en concentrer uniquement sur nos métropoles. Et c'est le combat que nous menons, par exemple, aux côtés des salariés de l'usine Bosch en Aveyron, pour laquelle la région est prête à accompagner sa diversification.
Je l'ai redit mardi au PDG de Bosch France, éco-carrier, et également à la ministre Agnès Pannier-Runacher. Je n'oublie pas non plus la SAM. Nous avons une réunion de travail pour la SAM à Decazeville la semaine prochaine. Voilà pourquoi je parle de courage politique. Je crois que cette crise doit en effet nous permettre de regagner de la souveraineté pour notre pays, pour l'Europe également. Souveraineté énergétique, sanitaire, alimentaire, industrielle. Cette souveraineté passe donc par de la relocalisation de savoir-faire sur nos territoires. Et là aussi, les régions sont le bon échelon pour agir. Les régions sont nécessaires pour faire avancer la France.
Et si je crois en la région comme moteur de ce nouveau modèle de développement, c'est parce que j'ai de l'ambition pour notre pays. C'est le sens de mon élection à l'unanimité comme présidente des régions de France, avec Renaud Muselier comme président délégué. Chacun sait que je suis une décentralisatrice convaincue, non par dogmatisme, mais par expérience. Que serait aujourd'hui l'état de nos lycées, de nos ports, de nos trains au quotidien, si la région n'avait pas pris ses compétences voilà plusieurs décennies. Voilà pourquoi j'ai accepté l'expérimentation proposée par M.
le Premier ministre sur les routes nationales, tout comme je propose de permettre aux régions de prendre en charge cette santé de proximité que souhaitent ardemment nos concitoyens avec l'investissement dans les hôpitaux locaux. J'ai lu dans un commentaire que cette élection, la tête de région de France, est une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron. Au fond, la seule vertu de cette polémique politicienne, c'est de permettre à beaucoup d'éviter de parler des vrais problèmes des gens et surtout de trouver des vraies solutions. Je l'ai prouvé depuis six ans, maintenant, la tête de cette région Occitanie. Je suis du côté de la France du fer, pas de la France de la palabre.
Entourée, bien entendu, de mes équipes, entourée de mes collègues présidents de région, notamment lors du prochain congrès des régions qui se déroulera ici, à Montpellier, fin septembre, nous n'avons qu'une ambition, faire avancer notre pays et faire gagner notre équipe de France sur tous les terrains. Et pour cela, oui, je le dis, l'État doit retrouver de la puissance et il ne la retrouvera pas dans une recentralisation brutale et verticale. Il la retrouvera en étant fort sur ces sujets régaliens et en permettant de libérer les énergies sur les territoires et en faisant confiance au terrain.
Car quand l'État recule ou ne remplit plus sa mission, c'est une véritable machine à fabriquer du renoncement, du désespoir, de l'extrémisme qui se met en marche dans toute la société. Chacun le sait, le renoncement et la fatalité ne font pas partie de notre vocabulaire politique. Je ne crois qu'à l'éducation, pour tous, au travail, à la fraternité, au dialogue et à l'intelligence collective. C'est ma méthode ici en Occitanie et ce sera bien sûr ma méthode en tant que présidente de région de France dans les trois années qui viennent. Mesdames et Messieurs les conseillers régionaux, nous nous étions engagés pour être au travail très rapidement.
C'est ce que nous faisons avec des actions que nous allons voter aujourd'hui et vendredi prochain pour la santé, la sécurité et bien sûr l'emploi et l'économie. Je tiens à remercier le cabinet et mon nouveau directeur de cabinet, Pierre Fournel, mais également les services et bien entendu, Simon Munch, directeur général des services. Merci à eux parce que si nous avons pu être aussi rapides, c'est parce que nous avons une équipe, une administration, un cabinet solide, dévoué et compétent. Alors au travail, au travail pour servir la population, aider ceux qui souffrent, soutenir ceux qui créent, avec détermination, avec passion et bon sens. Je vous remercie.
Carole Delga