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interviewFrance Culture· 11 mai 2026 12 min

France-Algérie : pourquoi le DÉGEL arrive maintenant

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Vendredi dernier, alors que la France commémore le 81e anniversaire de la victoire alliée, une autre date raisonne de l'autre côté de la Méditerranée, celle des massacres de Cétif, Gelma et Kerata. Il y a exactement là aussi 81 ans, c'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron choisit d'annoncer le retour de l'ambassadeur Stéphane Romaté à Alger, rappelé depuis avril 2025 dans un contexte de crise diplomatique sans précédent depuis l'indépendance. Assiste-ton à un dégel entre Paris et Alger ?

Bonjour Adeleine Mohamedi. Bonjour. Vous êtes chercheur en géographie politique et expert associé aux séries.

Peut-on vraiment parler de reprise des relations ? Oui, vraisemblablement. C'estàd que si on annonce le retour de l'ambassadeur, c'est que c'est évidemment un indicateur diplomatique intéressant, mais il faut toujours se méfier en fait de cette question de ces notions de dégel, de réchauffement parce que c'est pas la première fois qu'on le dit.

Disons que les relations franco-algériennes sont ponctuées de de mini crises, de de dégel, de refroidissement. Donc il faut peut-être attendre encore un peu pour pour voir si la relation se stabilise. On va écouter justement Emmanuel Macron à ce sujet.

Pour ce qui est de l'Algérie, je me félicite des dernières heures du déplacement de la ministre déléguée aux armées qui était un geste important sur le plan mémoriel des bonnes discussions qu'elle a pu avoir avec le président Teboun, le chef d'état-major des armées algériennes et de nombreux officiels et des déclarations publiques qui sont donc suivies. Comme je vous l'ai expliqué depuis plusieurs semaines, je considère que mon devoir est de défendre les intérêts des Françaises et des Français et leur intérêt, c'est que nous retrouvions une relation apaisée, constructive avec l'Algérie. Et bien Adeleine Mohamedi, je vous propose de nous interpréter, de nous expliquer ce que vient de dire Emmanuel Macron.

Donc dans cette série de déclarations où on est plus dur, plus doux avec l'Algérie. Là, on est plus doux. alors sur la dernière phrase on ne peut qu'aquesser.

C'est c'est dans l'intérêt tout le monde que d'avoir des relations apaisées entre la France et l'Algérie. Le problème avec le président Macron, c'est qu'il aura quand même tout dit et son contraire sur la relation franco-algérienne. Il a eu des discours très très contradictoires.

Il a eu il a utilisé aussi parfois un langage assez problématique dans les mois passés. Euh dans en se distinguant de son ancien ministre de l'intérieur Bruno Retaillot, il a clairement affiché une volonté lui d'avoir un vrai dialogue avec l'Algérie plutôt qu'une espèce de rapport de force. Voilà, parce que j'allais vous dire vous dites c'est dans l'intérêt de tout le monde, Bruno Retaillot considère que ça n'est pas dans l'intérêt de tout le monde d'avoir des rapports apaisés à l'Algérie.

Oui. Alors c'est c'est tout le le drame de de la droite française, c'est que le le le discours de Bruno Routillot et de Bruno Rutaillot et de tous les représentants de la droite française est un discours qui est purement électoraliste. En fait, c'est un discours qui ne s'intéresse pas à la diplomatie ni euh au aux relations bilatérales franco-algériennes, mais plutôt à à un électorat supposé d'ailleurs ou ou aux attentes supposées de de le de son électorat, là où j'imagine que le président Macron veut plutôt euh, on va dire régler la le problème, la tension franco-algérienne, la cette crise avant de partir.

Pourquoi la France selon vous a besoin d'une relation normale alors avec l'Algérie ? Qu'est-ce qui pourrait donc naître de cette relation ? Bah disons que il y a une interdépendance entre les deux pays.

Il y a une relation, il y a une intimité entre ces deux pays. Cette intimité d'ailleurs n'a pas toujours été porteuse de on va dire d'une d'une certaine lucidité he parfois l'intimité déforme. [raclement de gorge] Mais mais disons que la géographie impose une relation franco-algérienne apaisée.

La démographie aussi, la sociologie aussi. On a quand même des millions de de Français directement concernés par la relation franco-algérienne, qu'il soit franco-algérien, étranger, piedoir euh et bien sûr, on a aussi des relations économiques importantes. Il faut pas oublier que l'Algérie est le deuxième partenaire économique de la France en Afrique derrière le Maroc.

Alors, on a ces derniers temps beaucoup insisté sur l'importance du partenariat avec le Maroc. qu'on a eu tendance à négliger l'importance de l'Algérie, mais on voit bien que les relations avec l'Algérie sont au moins aussi importantes. Bon, il faut revenir sur le cas de de Christophe Glaise qui est une victime de la crise diplomatique entre la France et l'Algérie.

Christophe Glaise est toujours détenu. Bon, la France a obtenu ou en tout cas Boem sans sal a été libéré. Christophe Glaise, que que se passe-t-il à son sujet si vous pouvez nous rappeler dans quelles circonstances et pour quel motif officiel il est détenu.

On peut parler aussi des motifs officieux. Oui. Alors, Christophe Glaz est un journaliste sportif qui s'est retrouvé en Algérie pour faire un reportage sur une équipe de football en Kaby que trois facteurs expliquent son incarcération.

Il y a un facteur algéro-algérien, c'est la montée de l'arbitraire, c'est le cadre répressif algérien, euh c'est l'extension du domaine de l'apologie du terrorisme parce qu'il est accusé de ça. Euh le deuxième facteur, c'est la crispation autour d'un groupe considéré comme terroriste en Algérie et qui a une visibilité disproportionnée en France, le le MAC, le mouvement pour l'autodétermination de la Kabili. Et le troisème facteur effectivement, c'est la dégradation de la relation franco-algérienne.

Donc bien sûr, Christophe Glaise n'a n'a rien à faire en prison et on attend effectivement sa libération, mais on attend sa libération d'ailleurs comme d'autres prisonniers en Algérie puisque cet arbitraire concerne aussi des prisonniers algériens. Je pense à Mohamed Tajadit euh qu'on appelait le qu'on appelle le poète du HAK du soulèvement de 2019 qui est aussi emprisonné pour apologie du terrorisme. Il y a beaucoup de prisonniers politiques en Algérie.

Oui. [grognement] Euh oui. Et et j'ajouterai d'ailleurs que l'arbitraire ne concerne pas que l'Algérie, hein.

La montée de l'arbitraire, les crispations autoritaires concernent toute la région. On a tendance parfois à oublier ce qui se passe au Maroc et en Tunisie. Mais malheureusement le Maghreb souffre de ce phénomène. [grognement] Au Maroc et en Tunisie. peut-être deux mots puisque vous venez de de l'évoquer.

Que que se passe-t-il à cet égard ? Bah au Maroc par exemple, il y a il y a quelques semaines, vos confrères de France 24 ont consacré un un article à au cas de l'universitaire franco-marocain Martin MJB qui lui aussi subit un a subi un harcèlement judiciaire au Maroc. Euh bon, en Tunisie, vous avez aussi des un franco tunisien, le journaliste Moradridi.

Vous avez bien sûr une un tournant autoritaire sur Kaisariot que que vous connaissez bien ici. Donc on peut dire qu'effectivement et et au-delà on pourrait évoquer le monde arabe de façon générale. On a des crises passion autoritaires dans toute la région bien sûr.

Saed à qui nous avons consacré un visage de l'ctu que je j'invite les auditrices et les auditeurs à télécharger sur l'appli Radio France. Christophe Glaise donc est l'un des exemples de cette crispation de ces crispation. Est-ce que ça sa grâce présidentielle est possible, probable envisageable ?

Je ne sais pas quel terme employé Adelaine Moi. Mohamed je je pense qu'elle est effectivement envisageable. D'ailleurs, rappelons que Christophe Glaise a été condamné pour apologie du terrorisme dans des conditions qui sont un peu problématiques puisque normalement l'apologie devrait avoir un caractère public.

Or ce qu'on reproche à Christophe Cl, ce sont des contacts visiblement assez discrets et il n'y a jamais eu en réalité de de réelle apologie de sa part. On lui connaît aucun texte soutenant une quelconque cause ou une quelconque cause en Algérie. [grognement] Euh donc bon, le le on va dire le cadre répressif est contestable, mais au-delà de ça, oui, je pense que c'est envisageable. il y a un certain nombre d'efforts qui ont été faits.

Son cas été évoqué par Alice Rufo dans le communiqué relatif à la visite d'Alice Rufa évoquée par le président tout à l'heure. La visite de Segon Royal aussi, on va dire à vocation à permettre sa libération prochaine. Donc on peut pas dire effectivement on peut pas écarter cette hypothèse et je pense qu'elle est effectivement envisageable.

Bon et ce que ce que certains disent Camel Daoud par exemple euh le répètent souvent, c'est que l'Algérie a besoin de la France non pas en bonne part mais en mauvaise part que la manière dont euh l'Algérie instrumentalise son passé rend les relations entre la France et l'Algérie difficile non pas seulement du fait de la France mais du fait de la manière dont l'Algérie instrumentalise ce passé de alors en fait cette question de l'instrumentalisation est toujours très intéressante parce que Bon, c'est un fait dans les discours officiels, dans les propagandes officielles, effectivement, on parle souvent de ça, mais il n'y a pas d'obsession française en Algérie. En 2019, quand il a eu le soulèvement populaire de de 2019, le HAK, les gens ne sont pas sortis dehors en se focalisant sur les relations sur l'histoire de la France. C'est un sujet parmi d'autres bien sûr, mais il est surtout question de vérif plutôt du côté gouvernemental, dit Camel Daoud.

Ben c'est un c'est une question bien sûr parce que c'est un c'est un c'est un la la guerre de libération nationale en Algérie et le et l'élément fondateur de l'État algérien. Donc ça n'est pas absurde que ça soit utilisé même si effectivement c'est problématique et c'est utilisé souvent pour palier un manque de légitimité démocratique. Mais il faut pas non plus se leurer sur ce qui se passe en France puisqueen Algérie, bon la question de la colonisation fait l'unanimité a priori hein.

Vous allez pas trouver beaucoup de gens qui pensent que la colonisation n'est pas un crime en Algérie. C'est plutôt en France en réalité qu'il y a une vraie instrumentalisation politique puisque c'est là qu'il y a débat. C'est là que vous avez encore aujourd'hui des des acteurs politiques qui se disent modérés je pense ou qui se croient modérés.

Je pense notamment à des à des personnalités comme Édouard Philippe qui nous expliquent que non, la colonisation n'est pas un crime. Euh c'est là que vous avez un vrai problème avec la vérité historique. Puisque quand on parle par exemple des événements, vous avez évoqué tout à l'heure, on parle pudiquement d'événements.

D'ailleurs dans le communiqué, le mot événement est revenu. Mais il s'agit de massacre hein. Ctif Galma Harata le 8 mai 1945, il s'agit de massacre.

Donc la question de la vérité historique devrait en réalité primer la question dite mémorielle. Et euh et de ce point de vue, on peut dire qu'on a un vrai problème aussi en France. Mais alors justement parce que bon dans pour tous les pays, j'allais dire tous les pays disons nombre de pays qui ont vécu ce passé colonial, passé colonial lequel est toujours complexe et donne lieu à des instrumentalisations de la mémoire coloniale ou alors au contraire à des phénomènes d'amnésie délibéré.

Est-ce que est-ce que c'est possible d'envisager une réconciliation ? C'est ça qui pose problème au bout du compte. Alors bien sûr que que qu'elle est possible cette réconciliation.

D'ailleurs, on fait comme si les relations franco-algérienne depuis 1962 s'était arrêté à la question de la colonisation. ça n'est pas vrai. Euh, il y a eu des moments de réchauffement, des moments de fluidité dans les relations franco-algériennes.

Et quand je parle par exemple des relations économiques entre la France et l'Algérie, on voit bien que la colonisation n'a pas été un frein à ces relations. Par contre, ce qui pose problème, c'est effectivement le rapport à la vérité historique. Et cette et ce rapport à la vérité historique est problématique dans le paysage politique français.

Ça, on peut pas le nier. C'estàd que euh bien sûr qu'il faut dépasser cela, mais pour dépasser cela, encore faut-il euh appeler un chat un chat. Et quand vous avez une partie de la classe politique française qui rechigne à évoquer ces crimes ou qui pensent d'ailleurs les relativiser pour des raisons électoralistes, forcément ça n'aide pas.

Merci beaucoup Adeline Mohamedi. Vous êtes chercheur en géographie politique, expert associé aux séries et enseignants à Paris 3 et à l'IRIS. Yeah.