Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.
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Chapitres
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Comment allez-vous ? Monsieur le Président de la République, Monsieur le Président du Sénat, Mesdames et Messieurs, chers invités, chers élèves qui, pour certains, venez de très loin, vous toutes et tous qui vivez en direct ce moment dans les Outre-mer et dans l'Hexagone, bienvenue. Nous sommes réunis aujourd'hui pour la 17ᵉ cérémonie officielle de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.
Cette commémoration marque une période importante de notre histoire commune. Elle nous permet de partager un moment fort de transmission et, surtout, de fraternité. Nous le faisons en réunissant les générations, et je salue la présence aujourd'hui avec nous de près de 400 jeunes venus de toute la France.
Le programme de notre cérémonie sera le suivant : nous serons accompagnés par la chanteuse Madame Christine Salem. Christine Salem vient de La Réunion. Elle chante le blues, elle chante le maloya, une musique née de la résistance à l'esclavage.
Longtemps, le maloya n'a pas eu droit de cité dans cette île. Aujourd'hui, il porte un peu de l'âme de La Réunion, sa force de résilience et son identité métissée et mélangée. Nous écouterons ensuite la lecture de quatre textes, rédigés par les élèves de classes ayant participé aux éditions 2020 et 2021 du Concours national de la Flamme de l'égalité, puis nous entendrons des extraits du roman d'André Schwarz-Bart, La Mulâtresse Solitude, en hommage à cette figure, cette femme de Guadeloupe devenue le symbole de la résistance au rétablissement de l'esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802.
Après une dernière chanson de Madame Salem, le Président de la République et le Président du Sénat procèderont au dépôt de gerbe devant le monument " Le cri, l'Ecrit " créé par Fabrice Hyber pour commémorer l'abolition de l'esclavage. La cérémonie s'achèvera par La Marseillaise, interprétée par la chorale d'enfants Les Petits Écoliers Chantants de Bondy. Maintenant, merci d'accueillir chaleureusement Madame Christine Salem, qui va nous interpréter en créole une chanson de sa composition intitulée " Mersi ".
C'est à vous, bienvenue. Merci beaucoup. Merci infiniment à Madame Christine Salem.
Oui, vous pouvez l'applaudir. Nous vous retrouverons tout à l'heure. Bravo.
Maintenant, place à la transmission, place à la jeunesse. Elles nous viennent de Sotteville-lès-Rouen. Elles sont dans la classe de CM1-CM2 de Madame [ INAUDIBLE ], de Madame [ INAUDIBLE ] et de Madame [ INAUDIBLE ], de l'école élémentaire Ferdinand Buisson.
J'appelle [ INAUDIBLE ] sous vos applaudissements, et Anaïs [ INAUDIBLE ], élèves de la classe lauréate de la catégorie Écoles élémentaires, de l'édition 2020 du concours de la Flamme de l'égalité. Elles vont nous lire un extrait de leur projet intitulé Le Carnet de Ruby. Ce projet consiste en un court métrage d'animations évoquant plusieurs figures féminines de la résistance à l'esclavage et de la liberté.
Bienvenue ! Merci pour elles. Chapitre 3, Ruby et Joséphine Baker.
J'aimerais connaître votre histoire. Je viens du sud des États-Unis. J'ai eu une enfance difficile.
J'adorais danser et, à seize ans, je suis partie pour New York car c'était le meilleur endroit pour me faire connaître. J'ai réussi à être embauchée dans des petits spectacles et, là, j'ai rencontré une dame qui m'a emmenée à Paris. En France, la ségrégation n'existait pas.
Là-bas, je suis devenue une star, la première star noire de l'histoire. Je suis impressionnée ! Et, ensuite ?
En 1939, je me suis engagée dans la Résistance, jusqu'à aller cacher des messages dans les partitions. Mon combat ne s'est pas arrêté là. Avec mon mari, nous avons adopté douze enfants, d'origines toutes différentes.
Je les ai appelés ma tribu arc-en-ciel. Merci beaucoup de m'avoir raconté votre histoire. Bravo, merci beaucoup.
Pour les prochains élèves, ils ont fait plus de douze heures de vol pour venir vivre ce grand moment avec vous, ils nous viennent de La Réunion. Ce sont les élèves de la classe de CM2 de Madame [ INAUDIBLE ] et de Madame [ INAUDIBLE ], de l'école élémentaire Immaculée Conception de Saint-Denis de La Réunion. Ils sont ici présents avec leur chef d'établissement, Madame [ INAUDIBLE ].
J'appelle, sous vos applaudissements, Célia [ INAUDIBLE ], Juliette [ INAUDIBLE ], [ INAUDIBLE ], élèves de la classe lauréate du Prix spécial du jury, oui, vous avez bien entendu, du Prix spécial du jury 2020 du concours de la Flamme de l'égalité. Ce projet prend la forme d'un film, d'une chanson et de textes écrits par les élèves, autour de la mémoire du marronnage à La Réunion. Ils nous lisent les paroles de leur chanson intitulée " Noirs et Marrons ", et en créole.
C'est à vous, bienvenue. Bravo, merci beaucoup. Merci infiniment.
Oui, vous pouvez les applaudir chaleureusement. Bravo. Shabouké en créole qui veut dire frappé, entre autres.
Ils nous viennent de Bretagne, les prochains. Ce sont les élèves de classe de quatrième, de Monsieur Prunier, du lycée agricole Jean-Baptiste Le Taillandier de Fougères, et de quatrième de Madame Bénard, du collège Julien Maunoir de Saint-Georges-de-Reintembault. J'appelle, sous vos applaudissements, [ INAUDIBLE ], [ INAUDIBLE ] et Alban Dubois, qui ont réalisé un projet artistique commun intitulé " Du Congo au Quilombo ", dans le cadre de l'édition 2021 du concours de la Flamme de l'égalité.
Ils vont nous interpréter un extrait de leur poème Zumbi, évocation d'un rebelle marron dans le Brésil du 17e. C'est à vous. Je suis Zumbi.
Voici mon histoire et celle de mes parents. C'est l'histoire de tous les esclaves qui, pour la liberté, ont versé leur sang. Avant l'arrivée au Congo des Portugais, mes parents vivaient libres et m'ont appelé Zumbi.
Mon nom vient d'une langue africaine qui signifie la force de l'esprit. Mes parents étaient rois du Congo et heureux ils vivaient. Mes parents ont été capturés par les Portugais.
Ils ont été emprisonnés, ils ont été maltraités, ils ont été frappés et, pour mes parents, c'est la fin de la liberté. Ils ont quitté le Congo en bateau. Ils paniquent sur l'océan Atlantique.
Ils étaient entassés, beaucoup de morts jetés à l'eau. C'étaient des conditions catastrophiques. Je suis né libre mais, par des soldats portugais, j'ai été capturé.
À six ans, j'ai été fait prisonnier. Lors d'une expédition de Brazza à [ INAUDIBLE ], j'ai été baptisé à mes 15 ans Francisco. Je deviens le grand général en chef du Quilombo.
Pendant 14 ans, j'ai été considéré comme le plus vaillant des guerriers. En 1694, les Portugais ont envoyé leur armée et des troupes mercenaires conduites par Domingo Velo. Je me suis caché puis j'ai été dénoncé.
J'ai été décapité. Ma tête, sur la place publique, a été exposée. Aujourd'hui, j'ai donné mon nom à plusieurs villes : des rues à Sao Paulo, Guarulhos, Recife au Brésil.
Je suis Zumbi dos Palmares, grand symbole de résistance. Depuis 1995, le 20 novembre est célébrée la Journée de la conscience noire. Bravo à tous les trois.
Direction l'Est. Ils nous viennent de l'académie de Strasbourg, ce sont les élèves de la Seconde de Monsieur [ INAUDIBLE ] du lycée Scheurer Kestner. J'appelle, sous vos applaudissements bien sûr, [ INAUDIBLE ], Juliette [ INAUDIBLE ] et Anna [ INAUDIBLE ].
Elles sont élèves de la classe lauréate de la catégorie Lycées, de l'édition 2020 de la Flamme de l'égalité. Elles vont nous lire la conclusion de leur vidéo qui a pour titre " Non, l'esclavage n'est pas terminé, mobilisons-nous ! ", récit de l'expérience d'une jeune femme victime de l'esclavage moderne, en France au XXIᵉ siècle, hélas.
L'histoire d'Henriette retrace un combat, le combat de plus de 46 millions de personnes sur cette planète. L'esclavage moderne touche à la fois les adultes, les femmes, mais aussi les enfants. De la Mongolie à la Mauritanie, en passant par les pays du Moyen-Orient à ceux d'Afrique, le droit de liberté des humains est bafoué.
Il est anormal qu'au XXIᵉ siècle, on recense encore des cas de travail forcé, d'esclavage sexuel ou encore de traite humaine. Notre beau pays, la France, n'est pas épargné par ce fléau. On estime que 2 personnes sur 1 000 sont victimes d'esclavage moderne.
Heureusement, rien n'est perdu. Des organisations sont mises en place pour sortir ces personnes de l'enfer : SOS Esclaves, le Comité contre l'esclavage moderne ou encore le Secours catholique et [ INAUDIBLE ]. Maintenant que vous êtes informés, parlez-en.
Ouvrez les yeux et engagez-vous pour sauver ces esclaves des temps modernes car, après tout, la quête de tout humain c'est la liberté. On rêve tous de devenir libres. Bravo, merci à toutes les trois.
Merci infiniment. Oui, vous pouvez les applaudir. Maintenant remercions les élèves des classes lauréates, elles ont été effectivement nombreuses, et leurs professeurs pour la qualité du travail réalisé.
N'oublions pas les lauréats des deux autres prix décernés en 2020 par le jury. Ils sont dans le public aujourd'hui et je vais les citer, vous pouvez crier quand je parle de votre lycée ou de votre collège, de Pavillons-sous-Bois, ce sont les élèves de Première, CAP Menuiserie, de Madame [ INAUDIBLE ] au lycée professionnel Claude-Nicolas Ledoux. Les Pavillons-sous-Bois, merci.
Ils ont été lauréats ex-aequo de la catégorie Lycées de l'édition 2020 du concours pour leur lecture à haute voix théâtralisée, intitulée, bien sûr, #Devenir libres. Vous pouvez encore les applaudir. Ensuite, vous n'êtes pas tout seuls, d'Arles, ce sont les élèves des classes de Cinquième, Quatrième et Troisième de Madame [ INAUDIBLE ] et de Madame [ INAUDIBLE ], du collège Ampère d'Arles.
Ils sont lauréats 2020 de la catégorie Collèges pour leur performance dansée intitulée Sklavo. Allez-y, vous pouvez les applaudir. Je vais inviter parmi eux [ INAUDIBLE ], sous vos applaudissements, Samuel [ INAUDIBLE ], [ INAUDIBLE ] et [ INAUDIBLE ].
Ils vont nous lire deux extraits du roman d'André Schwarz-Bart, La Mulâtresse Solitude. Bienvenue, c'est à vous. En 1972, il y a 50 ans cette année, l'écrivain André Schwarz-Bart publiait à Paris un roman intitulé La Mulâtresse Solitude.
Ce livre repose sur un fait historique. En 1802, lors des troubles en Guadeloupe contre le rétablissement de l'esclavage par Bonaparte, une femme a été condamnée à mort. Capturée enceinte en mai 1802, elle n'est exécutée que six mois plus tard, après avoir mis au monde son enfant.
Les archives nous disent juste qu'elle s'appelait Solitude et qu'elle était métisse. Qui était-elle ? Que sont devenus ses descendants ?
Ce sont les questions auxquelles André Schwarz-Bart et sa femme, l'écrivaine guadeloupéenne Simone Schwarz-Bart, ont tenté de répondre dans un cycle romanesque qui raconte l'empreinte de l'esclavage sur la société antillaise. Dans cet extrait, Rosalie, l'héroïne du roman, révèle le nouveau nom qu'elle s'est choisi. " Le maître était dur.
Le troupeau entièrement nu, sauf les jeunes mères qui retenaient les loques autour de leur reins. La rigoise des commandeurs chantait. Un petit blanc s'arrêta au bord de la route et dit, avec la voix qu'ils ont pour dire ces choses : [ INAUDIBLE ], ce qui signifie " Comment t'appelles-tu, mon enfant ? " Elle se redressa, s'appuya sur la houe et eut ce rire, le rire de ces personnes qui ne sont plus là car elles naviguent dans les eaux de la perdition.
Puis, d'une voix monocorde, mais toujours traversée par ce même rire, elle prononça les paroles qui devaient s'attacher à elle tout au long de sa brève éternité : " Avec la permission, Maître : mon nom est Solitude. " Dans la suite du roman, Solitude traverse tous les événements de la Révolution en Guadeloupe, l'application de l'abolition de l'esclavage, votée à Paris le 4 février 1794 ; le refus du travail forcé ; les Marrons, anciens esclaves qui se sont enfuis pour vivre libres ; l'arrivée des troupes de Bonaparte en 1802, la résistance menée par Delgrès, Ignace, Palerme et leurs troupes, l'écrasement sanglant et leur révolte. Le roman s'achève sur l'exécution de Solitude, un jour après son accouchement, devant une foule rassemblée dans le fort qui porte aujourd'hui le nom de Delgrès, à Pointe-à-Pitre. " Alors, détournant son regard du beau madras, contemplant le parterre des Blancs, elle prononça très distinctement, en un excellent français de France, du ton qui surprit toute l'assistance : " Il paraît qu'on ne doit jamais dire fontaine, je ne boirai de ton eau. " et, renversant la tête en arrière, laissant aller les globes somptueux de ses yeux, faits tout bonnement par le Seigneur, dit une légende pour refléter les astres, elle éclata en un curieux rire de gorge, un roucoulement léger, entraînant, à peine voilé de mélancolie, une sorte de chant très doux et sur lequel s'achèvent toutes les histoires, ordinairement tous les récits de veillées, tous les contes relatifs à la femme Solitude de Guadeloupe.
Bravo ! Vous pouvez les applaudir chaleureusement. Merci infiniment, merci beaucoup.
Nous allons maintenant retrouver Madame Christine Salem, qui va nous interpréter une dernière chanson de sa composition intitulée Dolo et qui risque d'être émouvante. C'est à vous. Vous pouvez l'applaudir pour l'encourager.
Bravo ! Vous pouvez l'applaudir chaleureusement. C'était Madame Christine Salem de La Réunion qui nous a interprété Dolo.
Merci infiniment, merci beaucoup. Monsieur le Président de la République, Monsieur le Président du Sénat, je vous invite maintenant à procéder au dépôt de gerbe, qui sera suivi d'une minute de silence et de l'interprétation de l'hymne national par la chorale Les Petits Écoliers Chantants de Bondy. Mesdames et Messieurs, merci de bien vouloir vous lever.
Allons, enfants de la Patrie ! Le jour de gloire est arrivé ! Contre nous de la tyrannie, L'étendard sanglant est levé !
L'étendard sanglant est levé ! Entendez-vous dans les campagnes Mugir ces féroces soldats ? Ils viennent jusque dans vos bras Égorger vos fils et vos compagnes !
Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons ! Marchons, marchons !
Qu'un sang impur...
Abreuve nos sillons ! Nous entrerons dans la carrière, Quand nos aînés n'y seront plus ; Nous y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus. Et la trace de leurs vertus.
Bien moins jaloux de leur survivre Que de partager leur cercueil Nous aurons le sublime orgueil De les venger ou de les suivre. Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons !
Marchons, marchons ! Qu'un sang impur...
Abreuve nos sillons ! Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons !
Marchons, marchons ! Qu'un sang impur...
Abreuve nos sillons ! Bravo !
Emmanuel Macron