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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 6 avril 2026 7 minContradictoireFond programmatique

Mission Artémis 2 : les astronautes ont "la Lune dans les hublots et commencent à l'observer", selon Philippe Henarejos

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Propositif 100 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:36InvitéFait
    « Le vaisseau Orion devait entrer cette nuit dans la sphère d'influence lunaire. »
  • 0:51InvitéFait
    « C'est une correction de trajectoire, c'est tout à fait normal dans ce type de mission. »
  • 1:03InvitéFait
    « Ça veut dire que quand vous vous propulsez hors de l'orbite terrestre, vous appartenez encore à l'attraction terrestre. »
  • 1:42InvitéFait
    « Ils ont eu une impulsion avec des moteurs au départ. »
  • 2:15PrésentateurFait
    « Qu'est-ce qu'il y a d'inédit dans cette nouvelle mission ? »
  • 3:39InvitéPromesse
    « La mission Artemis II, c'est surtout une mission de test pour le vaisseau Orion. »

Temps de parole

  • Invité68 %
  • Présentateur32 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h21, la mission Artemis touche à son but. Les 4 astronautes de la NASA qui ont décollé mercredi soir de Floride sont en train de rejoindre la Lune et sa face cachée à plus de 400 000 km de la Terre. Pour bien se rendre compte des distances, la station spatiale se trouve à 400 km de nous, donc là c'est 1000 fois plus. Bonjour Philippe Enarejos. Bonjour. Vous êtes journaliste scientifique, rédacteur en chef de la revue Ciel et Espace. Alors là c'est la dernière ligne droite vers la Lune. Le vaisseau Orion devait entrer cette nuit dans la sphère d'influence lunaire. Ça y est, c'est fait ?

0:41
Invité

Oui, c'est fait. Il y a même une petite demi-heure, l'équipage a effectué une petite manœuvre, une mise à feu de 17 secondes des moteurs. C'est une correction de trajectoire, c'est tout à fait normal dans ce type de mission. Et là ils observent déjà la Lune, ils ont la Lune dans les hublots et ils commencent à l'observer.

0:59
Présentateur

Et ça veut dire quoi se retrouver dans la sphère d'influence lunaire ?

1:03
Invité

Ça veut dire que quand vous vous propulsez hors de l'orbite terrestre, vous appartenez encore à l'attraction terrestre. Et puis pendant que vous vous éloignez, l'attraction terrestre sur vous diminue. Et il arrive un moment à un certain point entre la Terre et la Lune, plus proche de la Lune que de la Terre, où vous êtes tout d'un coup plus attiré par la Lune que par la Terre. Donc c'est ça la sphère d'influence de la Lune, c'est le giron de la Lune, le giron gravitationnel de la Lune dans lequel le vaisseau est entré.

1:33
Présentateur

Mais comment ils vont faire pour s'en décrocher ensuite pour revenir sur Terre ?

1:36
Invité

Alors ils ne vont pas s'en décrocher parce qu'ils sont sur une trajectoire qu'on appelle de retour libre vers la Terre. Ils ont eu une impulsion avec des moteurs au départ. Ils passent à une certaine distance de la Lune. D'ailleurs ils passent à peu près à 6000 km. Si on compare aux missions Apollo, les missions Apollo est passées à 100 km, mais ils se satellisaient autour de la Lune. Là leur trajectoire sera juste infléchie par la Lune. Ils ne vont pas être capturés. Elles seront infléchies, incurvées et rebalancées vers la Terre.

Si vous voulez, c'est comme si la Lune leur servait de fronde pour les ramener vers la Terre directement sans qu'il n'y ait aucune manœuvre à faire avec les moteurs.

2:12
Présentateur

Alors la première fois qu'un être humain a observé la face cachée de la Lune, c'est lors de la mission Apollo 8 en 1968. Qu'est-ce qu'il y a d'inédit dans cette nouvelle mission ?

2:22
Invité

Alors ce qu'il y a d'inédit là, c'est que comme les astronautes passent plus loin que lors des missions Apollo, ils vont voir des parties que les astronautes d'Apollo n'ont pas vues de leurs yeux. Mais la Lune a été cartographiée en entier, notamment par une sonde américaine qui est là depuis 2010, qui s'appelle Lunar Reconnaissance Orbiter. Donc on connaît très bien la géographie de la Lune, simplement des yeux humains ne se sont pas posés sur les pôles. Et comme eux sont un peu plus loin, ils ont plus de recul, l'horizon lunaire ne leur barre pas la vision des pôles.

Et puis ils vont voir une partie de la Lune, de la face cachée, que la plupart des astronautes d'Apollo, je crois que même aucun, n'a vue, parce qu'au moment où ils survolaient la Lune, cette partie était dans la nuit, et pour eux elle sera dans le jour.

3:12
Présentateur

Donc on peut s'attendre quand même à des découvertes intéressantes ?

3:16
Invité

Alors ils vont mener des observations, ils ont été formés à la géologie, ce sera toujours un regard différent, si vous voulez, que toutes les sondes qui ont par ailleurs cartographié absolument toutes les régions de la Lune.

3:30
Présentateur

Et ça ne pouvait pas se faire de façon automatisée ? Est-ce qu'il y a une vraie importance dans le fait d'envoyer quatre humains pour observer la Lune ?

3:39
Invité

Alors il ne faut pas perdre de vue que la mission Artemis II, c'est surtout une mission de test pour le vaisseau Orion. Il y a quelques petits objectifs comme ça, scientifiques, d'observation, mais ça n'est pas leur but principal. Et donc là, le vaisseau, il n'est pas par exemple équipé avec des instruments pour faire de la spectroscopie, essayer de voir des choses à la surface de la Lune, de découvrir des compositions du sol, etc. Donc les astronautes mènent des observations, mais si vous voulez, elles ne sont pas de qualité scientifique supérieure par rapport à tous les engins automatiques qu'on a envoyés sur la Lune.

4:15
Présentateur

J'ai vu que la NASA leur avait demandé de réaliser même des observations à l'EU nu, mais vous avez dit qu'au plus près, ils seront à 6000 km de la Lune. Et 6000 km, ça fait que la Lune sera aussi grande pour eux qu'un ballon de basket tenu à bout de bras. On peut vraiment voir quelque chose quand la Lune fait la taille d'un ballon de basket ?

4:32
Invité

Oui, parce qu'en fait, si vous voulez, peut-être que pour se rendre plus compte, il faut plutôt imaginer qu'à l'œil nu, eux, à travers le hublot, ils vont un peu voir la Lune comme nous quand on la regarde au télescope depuis la Terre. Donc avec des téléobjectifs dont ils vont voir beaucoup de cratères, ils vont les voir beaucoup plus nets parce qu'il n'y a pas l'atmosphère terrestre pour leur brouiller la vue. Et avec des téléobjectifs, ils vont pouvoir faire des photos qui seront quand même nettement plus détaillées. Donc oui, ils vont quand même avoir l'impression de survoler un corps céleste et d'en être assez proche.

D'autant que ce corps céleste, il est connu de nous tous et donc des astronautes. On le voit tous les jours, pratiquement, dans le ciel. Il a une certaine taille apparente et là, elle sera quand même beaucoup, beaucoup, beaucoup plus grosse.

5:16
Présentateur

Alors vous nous l'avez dit, l'enjeu principal, c'est de préparer de futures missions vers Mars. Et ça, alors ça, ça alimente une rivalité Etats-Unis-Chine vraiment très importante. La Chine espère marcher sur la Lune en 2030. Alors Trump a dit, nous, on y sera dès 2028, c'est-à-dire avant la fin de son mandat. Quel programme a le plus de chances d'allunir en premier ?

5:35
Invité

Actuellement, le point critique pour aller sur la Lune, se poser sur la Lune, c'est justement le vaisseau qui permet d'acheminer des astronautes de l'orbite lunaire jusqu'au sol de la Lune et de les faire repartir. Et côté chinois, on a déjà vu des tests d'un vaisseau qui est prêt ou qui est en cours de préparation. Alors que côté américain, on est quand même dans l'expectative. C'est-à-dire qu'aussi bien SpaceX que Blue Origin, les deux sociétés privées qui sont chargées de ce vaisseau-là, n'ont rien montré pour l'instant. Il n'y a eu aucun test fait, en tout cas visible, et pas de test encore dans l'espace.

6:13
Présentateur

Donc vous mettez plus un petit billet sur la Chine ? Ah oui, oui.

6:16
Invité

Pour l'instant, au moment où nous parlons, oui, clairement.

6:19
Présentateur

Merci beaucoup Philippe Hénard-Régeos, rédacteur en chef de la revue Ciel et Espace. Merci d'avoir été en direct sur France Inter en ce jour férié. Il est 6h27.