Jean-Paul Matteï, président du groupe Démocrate (MoDem et Indépendants) | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Il partage avec François Bayrou un attachement pour le même territoire et une amitié de plus de 40 ans. Mon invité a été macroniste avant l'heure, centriste dans l'âme, il préside le groupe MoDem à l'Assemblée avec un style unique, parfois déroutant. Générique ...
Bonjour, Jean-Paul Mattei. -Bonjour. -On attend d'un président de groupe qu'il fasse régner l'ordre dans ses rangs sauf que, avec vous, c'est parfois l'inverse qui se produit, notamment au débat budgétaire 2022.
Vous menez la fronde contre le gouvernement avec un amendement pour taxer les super-dividendes des grandes entreprises. Voici ceux qui ont pris la parole dans l'hémicycle pour vous soutenir. -On va voter l'amendement de notre collègue, il prend le pognon là où il faut le prendre pour le donner là où y en a besoin. -Je crois que c'est une mesure de bon sens, qui devrait rassembler largement sur ces bancs.
Nous voterons ce dispositif. -C'est un amendement très raisonnable, très constructif, qui peut rassembler tout le monde pour avancer sur un sujet qui fera du bien à la démocratie et à la justice fiscale. -Résultat du scrutin.
L'Assemblée nationale a adopté. -On vient de voir Sébastien Jumel pour le PC, Manuel Bompard pour LFI et Jean-Philippe Tanguy pour le RN. Tous ont voté votre amendement contre l'avis du gouvernement.
Est-ce que vous êtes vraiment dans votre rôle de président de groupe de la majorité quand vous faites cela ? -Suis-je dans mon rôle ? En tout cas, j'ai une forte conviction sur cette mesure, qui est un signe, comme je l'ai dit, dans l'hémicycle, il s'agissait pas d'un grand soir fiscal mais simplement d'une mesure qui, pour moi, était de bon sens.
Alors, effectivement, j'ai peut-être pas pris conscience de mon rôle de président de groupe, à ce moment-là, mais je pense que mon groupe était derrière, d'ailleurs, il a voté, ils ont tous voté l'amendement. -Vous dites pas pris conscience, y a peut-être un mea culpa a posteriori ? -Non, je cherchais pas un coup politique.
Pour moi, il était important d'envoyer un petit signe, la société est un peu crispée et je trouvais qu'il allait dans le bon sens, l'ensemble des intervenants le souligne. J'ai pas cherché à faire un coup, j'ai simplement voulu que l'on vote une mesure pour moi de bon sens. -Vous comprenez qu'une partie de la majorité vous considère comme un enquiquineur, voire comme un dangereux gauchiste, vous en avez fait d'autres, des coups comme ça sur la fiscalité, votre domaine de prédilection. -Non, mais moi, je suis un profond libéral et je pense qu'il peut y avoir des mesures de justice fiscale qui accompagnent.
Est-ce que c'est de gauche, de droite ? Non, c'est du bon sens. J'envoyais un signe et, encore une fois, je cherchais pas à jouer les francs-tireurs, ou les frondeurs, mais simplement apporter ma pierre au débat budgétaire, qui avait besoin de respirer et d'envoyer quelques signes, notamment aux gens qui galèrent un peu. -Y a eu les super-dividendes mais aussi les rachats d'actions par les grosses entreprises ou la niche fiscale d'Airbnb.
Vous avez porté des mesures plébiscitées par la gauche. Vous êtes au courant de vos différents surnoms ? -J'en ai entendu quelques-uns, je crois qu'on m'a traité de camarade Mattei, je crois que c'est Jumel. -Tout à fait, Sébastien Jumel. -Euh de... -Notaire révolutionnaire ? -Notaire révolutionnaire, voilà. -Ou "l'insoumattei", Hadrien Clouet. -Y a même un article qui m'a traité de punk. -Et les écologistes ont imprimé des tee-shirts à votre effigie. -C'est ce qu'on m'a dit, je les ai pas vus, mais c'est ce qu'on m'a dit. -Star des députés de gauche ? -Je cherche pas du tout ça, franchement.
Je cherche simplement à montrer qu'on peut dialoguer et trouver des points d'atterrissage sur certains sujets. Mais je ne rêve pas, je sais bien que, même si ces mesures avaient été adoptées, c'est pas pour autant que la gauche aurait voté le projet de loi de finances. Effectivement, président de groupe, le mandat précédent, j'étais pas président de groupe, et j'ai porté des amendements, sur l'augmentation de la flat tax, et ça a fait moins de bruit. -Vous avez travaillé avec des députés de gauche, notamment avec Eric Coquerel, pas encore président de la commission des finances, mais c'était aussi son domaine de prédilection.
Cette opposition frontale entre LFI et le gouvernement, c'est du spectacle ? Il serait possible de trouver des accords, ponctuellement, avec LFI ? -Je pense qu'on peut trouver avec certains membres de LFI des points d'atterrissage sur certains sujets.
On avait, avec Eric Coquerel, déposé un amendement en commun sur le fait qu'un dirigeant de grande entreprise française paie ses impôts en France, un peu en écho à ce qui s'était passé avec Carlos Ghosn, on a trouvé des compromis. -Y a une part de mise en scène de la politique ? -Oui, il est certain que, moi, je suis dans l'hémicycle comme à l'extérieur, je peux difficilement changer de style, pour moi, c'est compliqué d'avoir un autre style dans l'hémicycle et à l'extérieur.
Vous avez des députés qui sont un peu en scène, qui font des capsules vidéo, voilà, moi, je cherche pas ça, je suis pas un fana de la politique spectacle, mais attention, je pense qu'un Parlement parle, on débat et qu'il faut pas critiquer les grandes envolées lyriques, je pense qu'elles sont nécessaires au débat parlementaire, c'est que je suis un peu moins sur ce style, chacun a sa façon de voir les choses. -Autre chose fait de vous un président de groupe assez iconoclaste : vous êtes arrivé à ce poste "par hasard". C'est possible de devenir chef, en politique, par hasard ? -Alors, je m'étais pas préparé à être président de groupe.
Moi, le dernier quinquennat, j'ai fait un mandat assez assidu, je travaillais en commission des finances, passionné par tout ça, j'étais vice-président du groupe MoDem, à l'époque, il s'appelait pas Démocrate, MoDem et Indépendants. Il se trouve que Patrick Mignola, qui avait pris la suite de Marc Fesneau, a été battu, donc, en 2022, aux élections législatives, et donc, certains de mes collègues ont souhaité que je me présente, j'ai présenté ma candidature et j'ai été élu à la présidence de ce groupe et je suis totalement investi dans ce poste. Le hasard s'est transformé en détermination. -Vous avez une conception particulière de votre rôle, vous dites rôle d'animateur, mettre de la rondeur dans les relations, vous êtes "le tonton du groupe, "le paternel attentif".
C'est-à-dire que, pour vous, ce poste de président de groupe n'est pas un poste politique ? -C'est un poste politique, mais pas fait pour me voir, moi. Mon but, c'est d'être créatif et je pense que, la créativité, vous l'avez à travers des femmes et des hommes qui ont tous des talents, et donc, mon rôle est de faire émerger ces talents, qu'ils soient mis en avant, et pas me mettre, moi, en avant, c'est pas mon rôle. -J'ai noté un autre point : vous dressez un parallèle entre les raisons qui vous ont fait choisir la profession de notaire et qui vous ont fait vous engager en politique : c'est pour mettre les gens d'accord. -Oui, moi, j'adore le compromis.
Je pense que... -Et un notaire, c'est pareil ? -Ah oui, un notaire, c'est quelqu'un qui passe sa vie à mettre les gens d'accord, les partages de famille, les conflits de voisins, on est là pour apaiser, donc c'est facile, ensuite, dans votre vie politique, notamment quand j'étais maire, d'avoir cette action de compromis, mettre les gens d'accord, il faut qu'on aboutisse, qu'on soit d'accord. -Vous vous êtes engagé en politique aussi pour soutenir une personne précise, vous expliquez avoir flashé pour Giscard, alors, en terminale, vous êtes si passionné que votre mère est persuadée que c'est à cause de lui que vous loupez votre bac. -Absolument, ma mère, qui n'est plus de ce monde, m'avait reproché d'être très engagé, effectivement, à l'époque, cet homme m'a séduit, sa façon de faire de la politique un peu hors normes.
Vous savez, quand je vois ce que, le parcours du président Macron, bah, Valéry Giscard d'Estaing, peut-être un peu plus d'antériorité en politique, mais il est arrivé comme ça. Et on avait pas le droit de vote, en 74, le droit de vote est à 21 ans, j'avais pas le droit de vote, voilà, je me suis engagé, je me suis passionné pour cette cause, et, effectivement, j'ai un peu délaissé mon travail en terminale. -Vous avez pris des responsabilités dans le mouvement des jeunes giscardiens, Génération Sociale et Libérale, vous avez la carte de membre presque tout le temps sur vous. -Je peux vous la sortir. -Elle est sur vous ? -Je crois que je l'ai, là.
Je la porte pas tout le temps, mais comme il y avait l'émission, je l'ai trouvée en rangeant mes archives, j'ai trouvé sympa...
Alors, vous savez, Génération Sociale et Libérale, c'est tout à fait dans ma ligne aujourd'hui, libérale, humaniste, sociale, voilà. -A la fac de Pau, vous avez monté un syndicat étudiant, la Garbure. -La Garbure étudiante. -Avec pour objectif de rassembler des gens de sensibilités diverses.
En montant ensuite votre liste pour devenir maire de Ger en 2001, vous êtes allé chercher des gens de tous les bords politiques, droite et gauche. Le macronisme, c'est juste du mattéisme. -Oui, on va rester à sa place.
J'ai eu cette chance d'être à la tête d'une commune de 2000 habitants pendant 16 ans avec effectivement des gens de tous les bords. Au moment du mariage pour tous, par exemple, y a eu un peu de crispation dans mon équipe, mais tout ça s'est apaisé. On faisait des choses, avec des conceptions différentes, on faisait des choses, c'est une très belle expérience, ça fonctionne, ça peut fonctionner, et je rêverais qu'on y arrive à l'Assemblée. -Une autre personne que Giscard a compté, c'est François Bayrou, vous le connaissez depuis 1976, il était présent à votre mariage, il vous a demandé d'être son suppléant en 2012 à la législative perdue à Pau, il vous dit de vous présenter en 2017 aux législatives.
Quelle est la nature de votre relation politique avec lui ? Dans la majorité, certains, quand vous parlez, entendent François Bayrou. Un responsable de la majorité disait anonymement dans le Figaro : "Jean-Paul Mattei, c'est la voix de son maître." -François Bayrou m'appelle rarement pour me dire de faire ci ou ça.
On est pas du tout dans cet échange. On se voit, on se rencontre, mais je ne reçois pas de consignes. D'ailleurs, j'aurais du mal à les accepter, non pas que ça m'agacerait vite, je suis pas sous curatelle ou tutelle.
J'ai une profonde admiration pour le personnage, son parcours, une forte amitié, un fort respect, voilà, mais on est pas dans une relation du maître, la voix de son maître, du tout, je le ressens pas comme ça et je pense qu'il a la même vision des choses. -On va passer à notre quiz, je vous explique le principe, je commence des phrases et vous les complétez. -Je sais pas si je saurai faire. -C'est très simple.
A chaque fois qu'on m'appelle "Jean-François" Mattei ? Justement, comme moi. -Oui, je pense au ministre de la Santé... -Ca vous agace ? -Non, pas vraiment, c'était quelqu'un de respectable, que je connais pas. -Il a été centriste. -Il a un beau parcours, voilà, non, au contraire, bon, vous savez, Mattei, c'est un nom assez courant en Corse, mais ça ne me vexe pas, ça ne me crispe pas et j'ai beaucoup d'admiration pour son parcours. -Ma dernière discussion en tête à tête avec Bruno Le Maire ? -Ca remonte à la semaine dernière, au congrès des maires, vous savez, il avait fait un pot, donc on a échangé et... -Ca s'est bien passé ?
Vous avez été conflit plusieurs fois. -Je pense qu'il y a un respect mutuel, Bruno Le Maire est un ministre des Finances courageux, avec un grand talent, je partage pas tout à fait sa vision, je le trouve un peu raide, mais j'ai pas ses contraintes. Moi, je suis dans mon rôle de législateur et lui dans son rôle de ministre des Finances. -Si je devais choisir un député avec qui traverser l'Atlantique à la voile ?
Car vous êtes fan de voile. -Alors...
Y aurait soit Jimmy Pahun. -Ah bah oui, ancien skippeur ! -Il sait faire.
Et pourquoi pas Coquerel ? -Eh oui, c'est ce que j'avais en tête, il a organisé des courses transatlantiques à la voile. -Bien sûr. -Les trois ensemble ? -Ce serait bien. -Merci beaucoup, Jean-Paul Mattei, d'être venu. -Merci.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA ...
Jean-Paul Mattei