Ecoles ouvertes, vaccination des enfants, régionales... Le "8h30 franceinfo" de Najat Vallaud-Belkacem
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:28OuverteRéponse directe
Qu'en pensez-vous ?
- 1:58RelanceRéponse directe
Vous dites quoi ce matin ? Il faut rester solidaire en Europe ou le chacun pour soi ?
- 3:26ComplaisanteRéponse partielle
Écoutons le Premier ministre et vous réagirez ensuite.
- 4:00FerméeRéponse partielle
Est-ce que vous soutenez toutes les mesures que prend le gouvernement, cette stratégie face au Covid ?
- 8:52OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'on peut être fier de ça depuis le premier confinement ?
- 11:23OuverteRéponse partielle
Vacciner les enfants, ce serait une bonne chose ou pas, selon vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Invité politiqueFait
« Oui, je pense que ce sont des contretemps auxquels il fallait s'attendre de manière générale. »
- 0:49Invité politiqueFait
« C'est absolument incroyable. »
- 1:28Invité politiqueFait
« il vaut mieux vacciner 20% de la population de chaque pays, c'est-à-dire les plus vulnérables dans chaque pays, que de se dire, vaccinons l'exclusivité des populations des seuls pays riches et oublions les pays pauvres. »
- 2:17Invité politiqueFait
« Mais l'intérêt de la commande groupée au niveau européen, c'est bien entendu qu'en termes de coûts, et puis aussi en termes de soutien du coup aux laboratoires pharmaceutiques qui développent ces vaccins, eh bien c'est beaucoup plus efficace, les coûts sont moins élevés. »
- 5:13Invité politiqueFait
« Et c'est ce qui explique les retards pris dans cette stratégie. J'en discutais par exemple avec des élus d'un département, le Puy-de-Dôme, hier même, qui me racontaient comment c'est au dernier moment qu'on vient les chercher pour leur demander finalement organiser des vaccinodromes avec cette population prioritaire-là qu'il vous faudra vacciner. »
- 9:50Invité politiqueFait
« Il a donné des chiffres du taux de positivité des élèves, par exemple, dans les établissements scolaires qui se sont avérés faux. »
- 10:09Invité politiqueChiffre
« le taux de positivité, par exemple, dans les lycées, était 16 fois supérieur à ce qu'avait annoncé le ministre de l'Éducation. »
- 13:10Invité politiqueChiffre
« C'est 80 psychologues supplémentaires. »
- 13:14Invité politiqueChiffre
« 80 psychologues et 60 assistants sociaux. »
- 13:40Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui, vous avez un psychologue pour 30 000 étudiants en France, là où vous en avez un pour 3 000 étudiants au Canada. »
- 15:33Invité politiqueChiffre
« Le nombre de bénéficiaires du RSA devrait augmenter de près de 15 à 20%. »
- 15:40Invité politiqueChiffre
« Nous avons de plus en plus de 100 domiciles fixes. »
- 19:52Invité politiqueFait
« C'est un choc parce que je savais que ce type de choses pouvaient se produire dans toutes les catégories sociales. »
- 23:30Invité politiqueFait
« j'avais lancé des formations à l'attention de tout un type de personnel, c'est-à-dire à la fois les médecins, les enseignants, les avocats, les policiers, etc., pour qu'ils sachent interroger avec les bons mots les personnes qu'ils recevaient pour leur demander, même quand elles ne leur en parlaient pas spontanément, si elles étaient victimes de violences intrafamiliales. »
Temps de parole
- Najat Vallaud-belkacem66 %
- Présentateur12 %
- Présentateur 210 %
- Présentateur 39 %
- Invité2 %
≈ 1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Le 8h30 France Info avec Myriam Ancawa de la chaîne parlementaire. Bonjour Myriam. Bonjour Hercine, bonjour à tous. Notre invitée a été ministre des droits des femmes, puis de l'éducation nationale. Elle dirige aujourd'hui en France l'ONG One, cofondée par Bono, le chanteur de U2. Najat Vallaud-Belkacem, bonjour. Bonjour. Encore un souci dans notre gestion de la crise sanitaire, avec ces retards d'approvisionnement des vaccins anti-Covid. C'est la faute à pas de chance, c'est acceptable. Qu'en pensez-vous ?
Oui, je pense que ce sont des contretemps auxquels il fallait s'attendre de manière générale. Je crois qu'il faut un peu retrouver de la raison sur ce sujet et se souvenir que c'est absolument inédit dans l'histoire qu'on ait réussi à développer des vaccins face à une pandémie qui s'est déclarée, en tout cas pour ce qui concerne nos pays, il y a 8-9 mois. C'est absolument incroyable. Il y a de nombreuses maladies aujourd'hui dans le monde, prenons le sida par exemple, qui n'ont pas encore trouvé leur vaccin. Et ça fait des années qu'on cherche.
Donc voilà, retrouver de la raison et se dire que bien sûr, les pouvoirs publics doivent tout faire pour organiser des stratégies vaccinales qui fonctionnent, pour que ça aille vite, pour financer la recherche, le développement, la production de ces vaccins et en même temps comprendre qu'on va être confronté de temps en temps à ce type de retard. Et voilà, et aussi avec les concitoyens, je crois tenir un discours de raison. Par exemple, j'entends beaucoup dire, est-ce qu'il ne faudrait pas vacciner toute la population sur cette question de stratégie vaccinale ?
Moi, je redis ici que si nous voulons être préservés de cette pandémie et y mettre progressivement fin, il vaut mieux vacciner 20% de la population de chaque pays, c'est-à-dire les plus vulnérables dans chaque pays, que de se dire, vaccinons l'exclusivité des populations des seuls pays riches et oublions les pays pauvres. Donc je pense qu'un peu de raison dans le discours autour des vaccins ferait du bien.
Myriam. N'empêche que voilà, plus on vaccine tôt et plus on vaccine vite, plus on sauve de vie. Les retards de Pfizer, annoncés par le laboratoire, vont avoir forcément des conséquences sur notre calendrier. Vous dites quoi ce matin ? Il faut rester solidaire en Europe et continuer à commander en commun ou bien au contraire, le chacun pour soi, il faut que la France prenne les devants et commande peut-être à Moderna ou à d'autres labos des vaccins en plus.
Mais l'intérêt de la commande groupée au niveau européen, c'est bien entendu qu'en termes de coûts, et puis aussi en termes de soutien du coup aux laboratoires pharmaceutiques qui développent ces vaccins, eh bien c'est beaucoup plus efficace, les coûts sont moins élevés. Le soutien en termes de recherche et développement, c'est ce qui a permis justement que soient développés en quelques mois à peine ces vaccins. Imaginez si chaque pays avait agi dans son coin sur ce sujet, on n'en serait pas là où on en est aujourd'hui.
Alors je ne dis pas que tout est parfait, il y a évidemment beaucoup de sujets d'angoisse, on va les passer en revue, mais enfin il y a aussi des éléments d'optimisme et voilà, on peut quand même espérer de ces nouveaux traitements qui arrivent. Donc moi je suis au contraire dans ces moments où la pandémie nous montre que nous sommes tous interdépendants les uns des autres, pour la coopération et pas pour le nationalisme et le repli sur soi. Ça n'apportera rien le nationalisme, ça fera augmenter les prix des vaccins, des traitements, mais ça n'apportera pas plus de protection à la population.
Alors pour l'instant, l'heure est à de nouvelles restrictions qui ont été annoncées par Jean Castex cette semaine. Couvre-feu à 18h dans tout le pays, pas de reconfinement pour l'instant, même si le mot a été prononcé. Écoutons le Premier ministre et vous réagirez ensuite.
Avec ce renforcement du couvre-feu, nous restons cohérents avec notre stratégie de réaction graduée et proportionnée au risque épidémique. Mais je veux être parfaitement clair avec vous. Si nous constatons dans les prochains jours une dégradation épidémique forte, nous serions conduits à décider sans délai d'un nouveau confinement, car nous devons nous préparer à toute éventualité.
Jean Castex, c'était jeudi. Najat Vallaud-Belkacem, est-ce que vous soutenez toutes les mesures que prend le gouvernement, cette stratégie face au Covid ?
Non. Pourquoi devrais-je soutenir l'intégralité de ces mesures ?
Par solidarité peut-être ?
Non, non, pas du tout. D'ailleurs, je pense qu'il y a aujourd'hui une opposition parlementaire qui fait assez bien son travail d'évaluation de ce que fait le gouvernement et que c'est précieux pour notre démocratie. On est à la fois dans un moment où il y a besoin d'unité nationale et vous voyez de soutenir en effet les pouvoirs publics face à une pandémie et une crise économique comme on ne l'a pas vu depuis les années 20. Donc c'est sûr qu'il y a ce besoin d'unité nationale. Et en même temps, c'est rendre service justement à cette union nationale et à l'efficacité des mesures qui doivent être prises que de critiquer la stratégie parfois adoptée par le gouvernement.
Et sur la question de la vaccination, beaucoup a été dit sur les retards pris en termes de stratégie. D'ailleurs, il faut bien distinguer deux choses. Notre pays a réservé des doses de vaccins en nombre très important. Ce n'est pas le sujet. On y reviendra peut-être tout à l'heure. Le sujet, c'est comment ensuite on organise les vaccinateurs, la logistique, etc. sur le territoire. Et honnêtement, l'absence de travail en commun avec les élus locaux est absolument flagrante. Et c'est ce qui explique les retards pris dans cette stratégie.
J'en discutais par exemple avec des élus d'un département, le Puy-de-Dôme, hier même, qui me racontaient comment c'est au dernier moment qu'on vient les chercher pour leur demander finalement organiser des vaccinodromes avec cette population prioritaire-là qu'il vous faudra vacciner. Dans le Puy-de-Dôme, ça représente 150 000 personnes, les plus vulnérables, les soignants, etc. qu'il faut vacciner. Et on leur donne 15 000 doses. Donc, en fait, un manque d'organisation absolument criant. Deuxièmement, des décisions erratiques sur certains points. Par exemple, moi, je me suis beaucoup étonnée ces derniers temps qu'il n'y ait pas plus de contrôle aux frontières.
Ça va vous surprendre dans ma bouche. Mais c'est vrai, je veux dire...
Ça a été annoncé jeudi soir. Oui, je sais que ça a évolué jeudi. Le rôle sanitaire avec les tests PCR.
Oui, ça a évolué jeudi. Mais admettez que pendant longtemps, étrangement, quand vous, vous partiez à l'étranger, enfin, quand c'était encore possible, à l'étranger, on vous faisait des tests avant de vous laisser débarquer. Ici, on ne le faisait pas. C'était incompréhensible. Puis troisièmement, on en parlera tout à l'heure, mais des mesures, par exemple, dans le domaine de l'éducation ou de la vie étudiante ou de l'enseignement supérieur, non seulement je ne les partage pas, je ne les soutiens pas, mais je les trouve franchement scandaleuses.
Donc l'unité que vous prenez en ce moment se fait quand même par une critique extrêmement forte.
C'est-à-dire que je pense que c'est rendre service à ce gouvernement que de lui dire, à un moment donné, vous avez un problème, oui, d'organisation, de réflexion stratégique sur les réponses à apporter. Je pense que sur les grands items, ce gouvernement sait tenir les discours qu'il faut. Moi, je ne lui tiens pas rigueur d'avoir décidé du confinement, le premier confinement, d'avoir quasi arrêté l'activité économique parce que c'était indispensable pour la santé. Les grandes décisions comme celle-là, je pense qu'elle s'imposait. Mais ensuite, c'est dans les détails que le diable se cache.
Et aujourd'hui, je pense qu'il y a beaucoup d'angles morts dans la politique du gouvernement, à commencer par un angle mort qui me tient particulièrement à cœur, qui est la pauvreté.
On va y revenir dans un instant, Najat Vallaud-Belkacem. Pour l'instant, il est 8h40. Voici le Fil Info avec Diane Ferchit. Une situation inacceptable qui porte préjudice à la crédibilité du processus de vaccination pour la Commission européenne après l'annonce du retard de livraison des vaccins des laboratoires Pfizer-BioNTech en cause des travaux sur une chaîne de production en Belgique. Toute l'Europe va être touchée. L'Elysée indique à France Info que la France va devoir ajuster le rythme des vaccinations. La livraison de 500 000 doses supplémentaires la semaine prochaine n'est pas remise en question.
Pour l'heure, ce sont plus de 388 000 personnes qui ont été vaccinées contre le Covid en France. Et ce samedi, entre en vigueur de nouvelles restrictions pour lutter contre la propagation du coronavirus. Couvre-feu à 18h pour tout le territoire. Plus de 21 000 nouveaux cas de contamination pour la journée d'hier. 26 départements sont ce matin en vigilance orange à la neige et au verglas du Pas-de-Calais au Rhône ainsi que la Corrèze. La neige qui a entraîné de fortes perturbations en Alsace où 5000 foyers sont toujours ce matin privés d'électricité. 5 personnes mises en examen pour acquisition, détention, cession et transport en réunion d'armes.
Parmi elle, un militaire placé en détention provisoire sous réseau est soupçonné d'avoir fourni des armes à des trafiquants de drogue et à des militants d'ultra-droite. La 20e journée de Ligue 1 de football et la victoire 3 à 2 de Monaco face à Montpellier à suivre Marseille-Nîmes. Ce sera à 17h. Et Angers, PSG, à 21h. Des Parisiens privés de leur entraîneur Mauricio Pochettino. Il a été testé positif au Covid. France Info. Najat Vallaud-Belkacem est l'invité du 8h30 France Info. Myriam Ancawa. Oui, nous sommes l'un des rares pays en Europe à avoir laissé nos écoles ouvertes. Est-ce qu'on peut être fier de ça depuis le premier confinement, bien sûr ?
Est-ce qu'on peut mettre ça au crédit du gouvernement qui va commencer d'ailleurs avec le variant britannique à tester massivement les élèves et les enseignants ?
Je pense que la moindre des choses, c'est qu'on soit suffisamment informé des tenants et des aboutissants avant d'être d'accord ou de ne pas être d'accord avec la décision du gouvernement. Moi, je suis désolée, mais même comme parent d'élèves qui sont scolarisés aujourd'hui, j'ai de vraies interrogations lorsque je vois que la plupart des pays d'Europe autour de nous ferment leurs écoles. Je ne suis pas en train de vous dire qu'il faudrait absolument fermer les nôtres. Qu'est-ce que vous attendez au fond comme réponse ? Eh bien, moi, j'attends la transparence sur tout. Or, c'est cette transparence qui manque, mais cruellement aujourd'hui.
Est-ce que vous vous rendez compte qu'à plusieurs reprises, l'actuel ministre de l'Éducation a été pris la main dans le sac d'une tromperie sur les chiffres et les réalités dans les établissements scolaires ? Il a donné des chiffres du taux de positivité des élèves, par exemple, dans les établissements scolaires qui se sont avérés faux. Vos collègues d'un certain nombre de médias, fort heureusement, ont rétabli la vérité. Dans la région qui est la mienne, la région Auvergne-Rhône-Alpes, il s'est avéré, à l'occasion de tests qui ont été conduits juste avant Noël, que le taux de positivité, par exemple, dans les lycées, était 16 fois supérieur à ce qu'avait annoncé le ministre de l'Éducation.
Le gouvernement prend-il des risques avec nos enfants ? Moi, j'ai de vraies interrogations. En tout cas, que ce soit du côté des parents, que ce soit du côté des professeurs, il y a un besoin légitime de connaître la réalité du taux de positivité. Les conditions de sécurité dont on nous assure, comme ça dans les médias, régulièrement, j'entends le ministre de l'Éducation nous parler de protocoles de sécurité renforcés, mais enfin, aller dans les établissements scolaires, interroger les enseignants. Vacciner les enfants, Majad Vallaud-Belkacem. de sécurité ont-ils les moyens ? A-t-on mis des moyens supplémentaires ?
Des moyens humains, j'entends, parce que pour accueillir les élèves en petits groupes, il faut des moyens humains. A-t-on pris des décisions et arbitrer sur des sujets délicats, certes, mais par exemple, pour les élèves de terminale, le maintien de leurs examens ou pas ? Comment peut-on à la fois dire au lycée, écoutez, ne faites plus venir que la moitié de vos élèves, sachant la difficulté pour les professeurs, évidemment, à gérer la moitié de leurs élèves en présentiel, quid des autres qui sont en distanciel ? On ne leur donne pas plus de moyens et on leur dit les examens sont maintenus.
C'est grands arbitrages, c'est évidemment la responsabilité d'un ministre de l'Éducation nationale que de les rendre, il ne les rend pas. C'est l'insécurisation la plus totale pour les élèves et pour les personnels.
Vacciner les enfants, ce serait une bonne chose ou pas, selon vous ?
C'est une question, là, pour le coup, à poser aux scientifiques. Je pense que le Conseil scientifique aura un avis intéressant à nous donner sur le sujet. Alain Fischer est favorable dans Le Parisien ce matin, il s'exprime. Oui, je pense que là encore, tout dépend des informations qu'on veut bien partager avec nous. Vous voyez, moi, je ne peux pas vous répondre à cette question puisque je ne connais pas le taux de positivité exact des élèves. Et c'est ça qui est insupportable. Dans une démocratie comme la nôtre, on devrait pouvoir discuter en toute connaissance de cause.
Le problème, c'est que comme on nous abreuve, et franchement, les vérifications sont trop rarement faites à mon goût, on nous abreuve d'éléments qui sont faux. Je vous en donne un dernier exemple et vous allez comprendre mon irritation. la semaine dernière, le week-end dernier, chez certains de vos collègues d'une autre radio, j'entendais l'actuel ministre qui prétendait qu'au terme du premier confinement, étrangement, le nombre de décrocheurs scolaires avait baissé par rapport à ce qu'il était avant que n'éclate la crise. Mais enfin, je veux dire, il faut vraiment ne rien connaître à ce qu'est le décrochage scolaire pour dire une chose pareille.
C'était évident que le décrochage scolaire est préoccupant. Bien sûr que le décrochage scolaire a explosé, donc il faut arrêter et il faut maintenant traiter le sujet de l'éducation avec sérieux et même chose pour les étudiants. Un mot sur l'université, justement.
Les étudiants, ils perdent pied, on a vu beaucoup de témoignages alarmants, la situation est préoccupante. Il y a des réponses sur la table, des réponses économiques, 5 milliards d'euros pour les étudiants et puis des réponses plutôt psychologiques avec un renforcement des aides psychologiques dans les facultés avec aussi la reprise partielle des cours pour les premières années en demi-groupe. Ça avance ou pas ?
Alors, le renforcement psychologique que vous venez d'évoquer, vous êtes tellement sympathique à l'égard des annonces gouvernementales. C'est 80 psychologues supplémentaires. 80 psychologues
et 60 assistants sociaux,
tout à fait. Voilà, exactement. Pour qu'on ait conscience des ordres de grandeur, notre pays souffre d'un insuffisant traitement de la question étudiante de manière générale qui a été mise en exergue à l'occasion de cette crise, évidemment, mais notamment de la santé mentale et du suivi psychologique des étudiants de longue date. Et là, nous avons tous une part de responsabilité. Aujourd'hui, vous avez un psychologue pour 30 000 étudiants en France, là où vous en avez un pour 3 000 étudiants au Canada. Nous aurions tous notre part de responsabilité, mais dans les moments de crise comme celle-ci, ce serait bien quand même qu'on prenne conscience de l'urgence d'agir. Ce que vous semblez dire,
Najat Vallaud-Belkacem, pardon, mais c'est que le gouvernement aurait tendance à minorer la crise et par ailleurs à ne pas traiter les conséquences qu'elle a sur la société française. C'est aussi noir que ça, comme tableau ?
C'est-à-dire qu'en fait, je pense que dans ces moments de crise, justement, tout se révèle, tout se met à jour. Et une certaine vision... L'irrationnel aussi apparaît. Absolument. Et une certaine vision de la société du gouvernement est apparue quand même à mes yeux. C'est-à-dire qu'en fait, il y a de vrais angles morts. Et le fait qu'on sous-estime, dès le début du premier confinement, le nombre de personnes qui vont être dans la précarité, dans la pauvreté, qu'il faille attendre de voir des sujets à la télévision sur les fils devant l'aide alimentaire qui s'allonge...
Un million de pauvres, justement, je permettez-moi de vous interrompre pour vous interroger là-dessus. Vous l'avez dit, il y a un vrai problème d'explosion de la pauvreté dans le pays. Et vous nous dites en même temps, c'est votre ouvrage, Objectif 2030, Un monde sans extrême pauvreté, aux éditions Flammarion, n'abandonnez pas l'Afrique, notamment, la question des pays dans l'extrême pauvreté. Est-ce que dans une situation comme celle que nous traversons, ce discours est audible ? Est-ce qu'on peut à la fois s'occuper de la pauvreté en France et celle dans le monde ?
Oui, alors je le crois et il n'y a absolument aucune incompatibilité entre les deux. Laissez-moi juste d'une phrase terminée sur la France. La pauvreté est en train d'exploser en France. Vraiment, c'est une alerte. Je sais que vous en avez conscience. Tout le monde n'en a pas conscience. C'est une priorité absolue. Le nombre de bénéficiaires du RSA devrait augmenter de près de 15 à 20%. Nous avons de plus en plus de 100 domiciles fixes. Les expulsions locatives qui ont été fort heureusement gelées avec la période hivernale risquent de reprendre au printemps prochain. Le nombre de mal logés est de plus en plus important.
Dans ce contexte-là, toutes les décisions du gouvernement qui ont été prises avant la crise du Covid-19, par exemple, le fait de réduire les aides sociales au logement, le fait de réduire les aides à la construction de logements sociaux, le fait d'avoir supprimé l'impôt sur la fortune, etc. Qu'est-ce que vous vous proposez dans ces cas-là ? Donc maintenant, on se rend compte que c'est des erreurs. Il faut revenir sur tout ça. Puis évidemment, dans cette crise, il faut des aides d'urgence et notamment aux étudiants que j'évoquais tout à l'heure. Pourquoi le gouvernement s'obstine-t-il à refuser un RSA pour les moins de 25 ans ? Je ne le comprends pas et c'est une urgence.
Mais pour répondre à votre question, est-ce que du coup, ça éloigne la thématique de l'extrême pauvreté, notamment en Afrique subsaharienne ? Mais non, c'est de la même chose que l'on parle. C'est de la question de nos priorités politiques et de notre projet de société. Et aujourd'hui, cette pandémie, si elle nous a bien montré une chose, c'est notre interdépendance. C'est qu'au fond, on n'éradiquera pas cette maladie si on n'est pas capable de l'éradiquer partout puisqu'elle est contagieuse. C'est que ce dont nous souffrons ici, d'autres en souffrent beaucoup plus encore là-bas.
Il faut vacciner là-bas aussi pour que le virus ne revienne pas ici. Najat Vallopel-Kacem, invité du 8h30 France Info. On va se retrouver juste après le fil Info puisqu'il est 9h moins 10. Voici Diane Ferschit. La neige plus abondante que prévue en Alsace avec à la clé de grosses perturbations sur les routes et dans la circulation des TER, 5000 foyers privés d'électricité et des chutes de neige attendues à la mi-journée sur une grande partie du pays. Au total, 26 départements sont en vigilance orange des Hauts-de-France jusqu'au Rhône.
La France va devoir ajuster le rythme des vaccins contre le coronavirus selon l'Elysée face à la forte baisse attendue des livraisons de vaccins par Pfizer-BioNTech en cause. La rénovation de son usine en Belgique inacceptable. Les laboratoires ont l'obligation de sécuriser leurs engagements. Réagit sur France Info Djilali Hanan, chef du service de réanimation de l'hôpital de Garche en région parisienne. Des retards de livraison alors que débute lundi la vaccination des 75 ans et plus ainsi que des personnes fragiles. Ils sont à 6,5 millions. Et dans ce contexte de course contre la montre pour la vaccination, le couvre-feu à 18h est généralisé à toute la France. Il entre en vigueur ce soir.
Nouvelle manifestation ce samedi contre le projet de loi sécurité globale. 80 cortèges prévus dans toute la France. A Paris, le rassemblement partira à 14h. Place Domény, direction la place de la Bastille. Les autorités craignent la formation d'un black bloc. A quelques jours de la prestation de serment de Joe Biden, la ville de Washington se barricade. Face au risque de violence, le gouverneur de Floride mobilise la garde nationale. Donald Trump n'assistera pas à la cérémonie. Mercredi, il prendra pour une dernière fois l'avion présidentiel afin de se rendre en Floride dans sa résidence de Mar-a-Lago.
France Info
Najat Vallaud-Belkacem est l'invité du 8h30 France Info. On va parler des échéances électorales à venir. Najat Vallaud-Belkacem d'abord une question sur un sujet terrible qui fait surface en ce moment via le livre de Camille Kouchner. Elle prend la plume après 30 ans de silence. Elle accuse son beau-père d'inceste sur son frère. Alors, que vous inspire ce témoignage et surtout le fait que ceux qui savaient n'ont rien dit manifestement. Ça se produit très souvent dans les cas d'inceste.
Beaucoup a été dit sur le sujet et en particulier votre dernière phrase, c'est-à-dire la difficulté à parler, la difficulté à entendre et la difficulté à voir dans l'entourage et en effet des victimes. Donc, je voudrais plutôt moi m'arrêter sur autre chose. Moi, je pense qu'il faut en revenir à la responsabilité première de celui qui à un moment donné en toute connaissance de cause commet cette violation infinie-là de l'intégrité et de l'humanité d'un enfant en l'occurrence. Et, si vous voulez, moi, ce que j'ai ressenti en voyant apparaître ce témoignage incroyablement courageux de Camille Kouchner, c'est un choc.
C'est un choc parce que je savais que ce type de choses pouvaient se produire dans toutes les catégories sociales. Je suis trop bien instruite par l'expérience et par les fonctions qui ont été les miennes comme ministre des droits des femmes. Mais c'est vrai que ça vous fait toujours un choc, au-delà de la question des catégories sociales, de vous rendre compte que ça peut se produire aussi chez des gens éclairés, entre guillemets, éduqués, progressistes,
Le silence est peut-être encore plus important. L'omerta semble encore
plus forte de ce fait. Mais encore une fois, avant de parler de l'omerta et du silence qui entoure, je veux dire que quelqu'un d'aussi éduqué, d'aussi a priori progressiste, d'aussi porteur de valeurs, de dignité de l'être humain, etc., dans son discours, puisse commettre une horreur pareille, c'est ça la vraie hydre qu'évoque Camille Kouchner. C'est cette hydre-là dont on se dit soudain mais en fait, pour extirper cela de notre société, pour extirper cette pulsion insupportable de l'inceste de notre société, ça va prendre encore plus d'énergie et d'efforts qu'on le pense.
Vous avez vu que justement sur la question de la justice, le débat est relancé sur la prescription parce que Olivier Duhamel, que vous n'avez pas cité mais il s'agit bien de ce politologue dont on parle, les faits à l'époque remontent à une loi qui était une prescription qui n'est pas celle d'aujourd'hui. La loi n'étant pas rétroactive, il ne pourra pas être poursuivi même si une enquête est ouverte, ça ne s'est pas produit, il n'y a pas eu de recours judiciaire. Est-ce qu'il faut rendre le crime d'inceste imprescriptible ?
Moi, j'ai écouté Camille Kouchner sur le sujet puisque je l'ai regardée lorsqu'elle est venue témoigner dans la grande librairie. J'ai trouvé ça intéressant parce qu'elle-même vous dit au fond, au-delà de cette question de la prescription, il y a aussi la question du montant des peines. 20 ans après, c'est ça, 20 ans, 30 ans après, est-ce que ça a du sens ?
Je pense que les arguments qui sont aujourd'hui présentés par la justice, notamment pour dire la difficulté à rassembler des preuves, sont entendables et en même temps, honnêtement, mon avis n'est pas fixé parce que je pense que si nous voulons nous attaquer justement à cet hydre que j'évoquais tout à l'heure et qui est si profondément installé dans tous les pans de notre société encore aujourd'hui, eh bien peut-être qu'il va falloir que le législateur soit plus sévère et plus ferme encore et que c'est une question plus que symbolique.
Mais le message qui est envoyé en disant on ne vous le pardonnera jamais, on sera toujours là pour vous poursuivre est un message qui peut se tenir en effet et qui plaiderait pour l'imprescriptibilité. Oui, d'un mot sur
ceux qui savaient, en tout cas, c'est ce qu'on peut lire dans les différents articles de presse qui sont nombreux en ce moment. L'Omerta, elle dépasse largement le cadre familial, elle est amicale dans le champ politique aussi. Elisabeth Guigou, proche d'Olivier Duhamel, n'avait pas d'autre choix que de démissionner de la présidence de cette commission sur la SESTE ?
Honnêtement, c'est difficile de s'exprimer à sa place parce que moi, je ne sais pas ce qu'elle savait, ce qu'elle ne savait pas. Je l'ai entendu dire non seulement qu'elle n'était au courant de rien mais que surtout elle n'aurait pas pu se douter un instant. Je pense qu'au-delà du cas d'Elisabeth Guigou, il faut admettre qu'on puisse, au fond, passer à côté. On puisse passer à côté dans le sens où collectivement, on ne s'est pas suffisamment familiarisé avec ce sujet, avec la nécessité d'interroger les jeunes.
Vous voyez, par exemple, quand j'étais ministre des droits des femmes, j'avais lancé, je ne sais pas si c'est poursuivi aujourd'hui, mais j'avais lancé des formations à l'attention de tout un type de personnel, c'est-à-dire à la fois les médecins, les enseignants, les avocats, les policiers, etc., pour qu'ils sachent interroger avec les bons mots les personnes qu'ils recevaient pour leur demander, même quand elles ne leur en parlaient pas spontanément, si elles étaient victimes de violences intrafamiliales. Pourquoi ? Parce que, en fait, les victimes ne vont pas vous en parler spontanément.
Les victimes sont dans un état psychologique, le secret que vous venez d'évoquer, enfin, si on peut appeler ça, c'est plutôt le silence, c'est l'enfermement dans le silence, etc., qui fait que la parole ne va pas se libérer spontanément, il faut la provoquer, il faut poser les bonnes questions. Et ça, il y a besoin d'une formation. Et donc, moi, ça ne m'étonnerait pas que des gens aient pu passer à côté de cette horrible histoire tout en fréquentant cette famille. Mais maintenant que nous le savons, eh bien, il nous faut nous former collectivement.
Alors, Najat Vallaud-Belkacem, on avait quelques questions purement politiques sur les échéances électorales à vous poser. Ça va évidemment tomber comme un cheveu sur la soupe après la discussion qu'on vient d'avoir. Mais tout de même, Myriam ? Oui, serez-vous candidate en région Auvergne-Rhône-Alpes contre Laurent Wauquiez et Najat Vallaud-Belkacem au régional ?
C'est une hypothèse, clairement, c'est une hypothèse. Moi, je pense que, de manière générale, que ce soit cette échéance-là ou les suivantes, la présidentielle, on passe beaucoup trop de temps à parler d'incarnation et pas assez à parler de projet. Moi, la façon dont j'appréhende les choses sur le territoire, évidemment, en discussion avec beaucoup de gens qui ont compris que c'est systématiquement. Les idées avant les hommes,
ça, c'est un grand classique depuis toujours en politique. C'est normal. Quand on ne veut pas se déclarer, on attend et on parle du projet. Oui,
le temps sera venu de toute façon, de déclarer ou de ne pas déclarer, de confirmer ou de ne pas confirmer. Mais la réalité, c'est que cette région, ce territoire, Auvergne-Rhône-Alpes, j'y tiens très fort. C'est mon territoire d'élection depuis longtemps. Et surtout, je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire là-bas qui seraient de meilleure à loi
que ce qui est fait aujourd'hui. On verra ça. Donc, peut-être même que les échéances régionales seront repoussées à cause de la crise. Ensuite, après 2021, il y a 2022, vous avez vu que ça bouge pas mal au Parti socialiste, Arnaud Montebourg, Anne Hidalgo, qui a le meilleur profil pour la présidentielle, selon vous.
C'est exactement ce que je vous disais à l'instant. C'est-à-dire que je pense qu'on devrait consacrer un peu plus de temps à se demander comment est-ce que nos idéaux à gauche sont capables de se traduire en réponse aux défis, voire aux cauchemars que traversent beaucoup de Français aujourd'hui. Comment est-ce que nos idéaux peuvent se traduire ? Et nos idéaux, je le dis simplement parce que vous allez y repérer l'ensemble de la gauche, c'est de vivre dans un monde plus juste, c'est de vivre dans un monde de liens parce qu'on ne veut pas vivre fragmenté en communauté, c'est de vivre dans un monde qui ne détruise pas la nature. Voilà.
Donc à partir de cette base-là, travaillons à répondre aux défis.
Najat Vallaud-Belkacem, invité du 8h30 France Info.
Merci.
Najat Vallaud-belkacem