Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewPublic Sénat· 27 novembre 2021 26 min

Hashtag "Débats LR, comment trouver un chef ?"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:16
Présentateur

Officiellement, pas de primaire pour les LR, mais une série de débats télévisés quand même qui posent comme un problème de communication. Alors que les candidats s'adressent aux adhérents qui seront les seuls à voter pour le congrès du 4 décembre, les débats retransmis à la télévision sont vus par un public plus large que les adhérents LR. On le sait plus à droite que les sympathisants. Et a fortiori que ces téléspectateurs venus du centre, voire de la gauche, et qui se seraient égarés devant les débats LR. Alors on peut se demander quelles sont les conséquences de cette élection fermée devant le plus grand nombre.

Que retiendra-t-on de l'attitude et des mots d'une Valérie Pécresse ou d'un Xavier Bertrand qui avait, on s'en souvient, claqué la porte du parti pour sa droitisation ? Et ces débats forgent-ils une statue de président ou enferment-ils au contraire les cinq participants ? Pour en débattre, Marc Abelès, anthropologue de la vie politique, vous vous êtes intéressé au nouveau lieu du pouvoir et on a hâte de savoir ce que vous pensez de ces arènes parfois très magistrales. Et Mariette Darigrand, sémiologue, pour s'arrêter sur les mots et attitudes choisis par les cinq prétendants, ça a commencé très fort lors du premier débat où ils ont dû répondre à la question suivante.

Feriez-vous vôtre l'expression « grand remplacement » utilisée par Éric Zemmour ? Voici un petit montage avec les cinq réponses. Attention, exercice de rhétorique pour certains.

1:48
Invité

Moi je n'ai pas peur des mots. Donc vous voulez « grand remplacement » ? S'il faut parler de « grand remplacement », je parle de « remplacement ». Mais c'est les commentateurs qui nous ont empêchés de regarder la réalité. Ou est-ce qu'il y a une réalité dans cette expression ?

2:04
Xavier Bertrand

Ça ne se produira pas parce que nous allons gagner cette élection présidentielle et on va mettre fin au laxisme migratoire. Est-ce qu'elle vous choque, cette expression ? De M. Macron et auparavant de M. Hollande.

2:15
Invité

Je n'utiliserai pas ce mot. La réalité c'est ce qui est le plus important et j'ai essayé sérieusement de proposer une méthode globale pour traiter cette question, enfin sérieusement. Je déteste cette expression parce qu'elle donne le sentiment que tout est foutu. Elle donne le sentiment qu'aujourd'hui on peut s'asseoir et puis il ne se passera rien. Moi ce n'est pas ma vision de la politique. Moi je partage l'avis de Valérie Pécresse. L'utiliser cette expression laisse entendre qu'en fait c'est fichu.

2:43
Présentateur

Alors j'espère que vous avez bien écouté la rhétorique. C'est intéressant parce que autant Éric Ciotti assume, et c'est très clair la formule, autant les autres la réfutent, la contestent, ne la reprennent pas. Mais justement la réfutent-ils vraiment, Mariette d'Arrigan ?

2:58
Invité

Ils utilisent ce qu'on appelle la prétérition, c'est-à-dire je ne vous dirai pas que, et puis finalement on dit la chose sans prononcer le mot. Je crois que c'est ça qu'ils font. Donc ils essayent de séparer en gros le signifiant du signifié. Le signifiant c'est cette expression qui est quand même très forte, le grand remplacement qui est sourcé. On sait qu'il a lancé Renaud Camus, on sait qu'ensuite Zemmour l'utilise énormément aujourd'hui.

3:20
Présentateur

Oui et alors je précise juste, pardon je me permets effectivement, écrivain de l'extrême droite Renaud Camus, et l'idée du grand remplacement c'est non seulement, ce qu'on rappelle souvent, l'idée d'un remplacement d'une population d'origine par une population d'immigrés d'origine du Maghreb et d'Afrique, mais avec aussi souvent l'idée que c'est un complot ourdi par les élites mondiales pour avoir une main d'oeuvre bon marché. Voilà donc dans l'expression grand remplacement, il y a tout ça, pardon, c'était un petit insert.

3:43
Invité

Oui mais c'est important, c'est vrai cette précision, parce que ce mot, cette expression a été créée par un écrivain, elle fonctionne exactement comme un titre en effet de dystopie, c'est tout à fait juste. Donc ça nous entraîne dans une fiction possible, c'est ça la dystopie, et puis extrêmement noire. Et donc elle a eu un grand succès, je dirais, imaginaire, elle est encore extrêmement forte, ça fait déjà presque dix ans, plus de dix ans qu'elle a été lancée, et aujourd'hui elle est sème. Et les candidats LR prennent la chose, même s'ils n'utilisent pas l'expression. C'est intéressant parce que, d'ailleurs,

4:14
Présentateur

même Éric Ciotti dit on parle de grand remplacement, je dis remplacement. C'est amusant parce que même lui ne reprend pas tout à fait l'expression. Et d'ailleurs Valérie Pécresse dit je déteste cette expression parce qu'elle donne le sentiment que tout est foutu, mais en fait ce n'est pas pour l'expression qu'elle la déteste en fait, c'est ça la dystopie.

4:30
Invité

Oui c'est ça. Valérie Pécresse, c'est intéressant parce qu'elle est complètement dans cette vision très noire, catastrophiste, et d'ailleurs elle est celle qui décline le mieux le grand remplacement, et dans le débat suivant elle parlera de grand déclassement par exemple.

4:43
Présentateur

Oui, elle reprend cette formule chaque fois.

4:45
Invité

Voilà, donc c'est ça un signifiant qui marche. Et donc il est là, dans le débat public aujourd'hui, à droite et à l'extrême droite.

4:52
Présentateur

En tout cas dans les débats LR, Marc Abelès, la question qu'on peut se poser, c'est pourquoi selon vous, cette formule elle est là, personne ne la conteste, c'est le lieu, c'est qu'il n'ose pas, c'est le cadre de ce débat LR qui empêche ça ? C'était quand même la grande surprise de ce premier débat.

5:07
Invité

Oui, je pense qu'il y a en fait en permanence une espèce de sous-texte qui est la présence fantôme de ce Éric Zemmour qui est derrière, et je pense qu'à partir du moment où on s'aligne en gros sur ses positions, on ne va pas vraiment le dire, mais on sait que si jamais on sort de ce cadre-là, on risque de s'aliéner une partie de l'électorat de ce Congrès. Et c'est ça qui, à mon avis, est en toile de fond. C'est-à-dire qu'on a quand même, on s'adresse à qui ? On ne s'adresse pas, je pense, au grand public télévisuel, parce que je pense qu'il y a beaucoup de gens qui n'acceptent pas du tout cette expression. On s'adresse peut-être à une minorité qui va être décisive pour ce Congrès.

Et je crois que c'est ça qu'il faut voir.

5:48
Présentateur

Et ça explique en fait ce qu'il y a quoi ? Il y a comme un espèce de tabou autour de ce mot dans ce débat ou alors pas du tout, c'est une surenchère, on pourrait dire ?

5:54
Invité

Là, il s'agit à mon avis d'un tabou parce que justement la position de Ciotti, c'est de dire que lui, il brise les tabous et que lui, il parle librement, alors que les autres ne le font pas. Et les autres, ils tournent autour. On voit très bien, Barnier, il est gêné. C'est comme s'il disait, il ne voulait pas dire un gros mot.

6:09
Présentateur

Il dit « pour traiter cette question ».

6:11
Invité

Oui, voilà, c'est une question.

6:12
Présentateur

Et alors, la question du lieu et du cadre, elle se pose particulièrement lors du deuxième débat où vous avez relevé comme une similitude entre les mots et le décor. On regarde un extrait à propos de la crise migratoire, là encore, aux frontières de la Pologne, cette fois.

6:29
Invité

Il y a déjà tel ou tel endroit de l'Union européenne, sur nos frontières extérieures, des murs. Il faut que l'Europe soit intraitable sur les sanctions. Elle a déjà commencé, sanctions des agences de voyage. Aujourd'hui, un, nous ne devons pas accueillir ces migrants parce que les accueillir serait cédé.

6:46
Présentateur

Voilà, comme dit un célèbre hebdomadaire, il y a le poids des mots et le choc des photos. Et c'est ça qui vous a frappé.

6:51
Invité

Oui, tout à fait. Cet alignement, là, entre les cinq candidats donne l'impression de quelque chose d'inexpugnable, d'une sorte de mur auquel on va se heurter. Et j'ai trouvé que c'était vraiment quasiment la métaphore de ce dont ils étaient en train de parler, à savoir ce mur, il faut ériger ce mur. Et ils sont là, personne ne passera.

7:12
Présentateur

Oui, c'était un rempart. Et c'est vrai, pour des débats où on a beaucoup, beaucoup parlé d'immigration. Mais alors, dans les autres débats, il y avait des mises en scène un peu différentes. Alors, on dirait sur LCI, ils étaient dans des petits fauteuils, un peu plus alignés, c'était presque cosy. Et sur CNews, là, ils étaient plus alignés avec leurs partisans derrière aussi. Est-ce que ça change la réception ? Est-ce que ça a changé la réception de ces différents débats ? Je parle juste du cadre et du décor, justement.

7:35
Invité

Je pense que le fait d'être comme ça, alignés debout, c'est une perception qu'on peut avoir, qui est une perception beaucoup plus dure, en fait, d'une situation, alors que là, on est... C'est un peu le club des cinq, quoi. On est là, on discute. C'est tranquille, c'est la civilisation, entre guillemets. Alors que là, c'est le danger. C'est le danger, c'est le risque pour cette civilisation que représentent ces gens qui...

7:58
Présentateur

Ah oui, c'est presque une mise en scène qui leur échappe et qui est presque...

8:02
Invité

Voilà, je pense qu'ils finissent par être eux-mêmes pris au piège de cette mise en scène.

8:07
Présentateur

Alors, il y a la mise en scène, mais il y a aussi, là, pour le coup, les mots choisis par les candidats. Marie-Edgari Grand, je voudrais revenir sur Valérie Pécresse, alors qui est la seule femme du débat, ça, c'est sûr, et qui choisit d'adopter une posture, il nous a semblé assez fermé. Par exemple, dans le premier débat, on voit que, pas une fois, elle ne sourit. On a regardé tout le débat attentivement et elle emploie, par ailleurs, un langage très imagé, toujours à propos de l'immigration, même si là, c'est le premier débat, ils sont encore dans des petits fauteuils.

8:37
Invité

Il faut dire stop et il faut mettre des verrous à tous ces robinets qui, aujourd'hui, malheureusement, ne sont pas fermés.

8:44
Présentateur

Voilà, alors ce mot de robinet, elle l'emploie plusieurs fois dans ce premier débat, c'est pour ça que ça nous a marqué. Vous avez écrit récemment ce livre, Viril, comme Vénus, aux éditions de l'Équateur. C'est la posture qu'elle choisit, là, d'être virile, justement, avec ce côté, on ferme les robinets.

9:02
Invité

Je pense qu'elle est plutôt viriliste, c'est-à-dire qu'elle essaie de copier, disons, une forme de rigueur, comme à la Thatcher, elle prend une position comme ça de femme dure et justement qu'elle peut se permettre, précisément parce qu'elle est une femme, mais elle est techno en même temps, c'est-à-dire qu'elle éteille ce qu'elle dit sur des chiffres, mais elle le fait d'une façon qui reste...

9:23
Présentateur

Thatcher, oui, vous dites, Thatcher. Alors, elle, elle dit, dans une interview au Point, il y a quelques semaines, elle dit qu'elle était deux tiers Merkel et un tiers Thatcher. Alors là, vous voyez le tiers Thatcher, et les deux tiers Merkel, ils ne sont pas dans ce débat.

9:38
Invité

Ils ne sont pas là, en tout cas dans ce débat. Peut-être qu'ils le seront, si c'est elle qui est la candidate, on verra si elle déploie quelque chose de maternant à la Merkel.

9:47
Présentateur

Et puis de consensuel, parce que Merkel, c'est aussi savoir mettre autour de la table des gens qui ne pensent pas pareil.

9:52
Invité

Je pense qu'elle va être gênée par quelque chose, Valérie Pécresse, c'est qu'elle pense que, avec son histoire du robinet, à mon avis, que les femmes restent dans une forme de légitimité domestique. Il faut faire la preuve avec la maison, la région, et puis pour le pays, ça marchera.

10:09
Présentateur

Ah oui, la métaphore du robinet, vous y voyez une métaphore. Oui, c'est vrai, c'est vrai qu'on n'y avait pas pensé à une métaphore domestique. Elle aménagère, la présidente ferme le robinet, elle gère son budget. Elle gère l'eau. Oui, Marc Abelès, une remarque là-dessus.

10:23
Invité

Moi, je suis plus frappé, disons, par son vêtement, ce vêtement rouge qui m'a intrigué par rapport à tous ces costumes-cravates. Que signifie ce rouge ? C'est étonnant aussi pour la droite. C'est une manière,

10:36
Présentateur

en tout cas visuellement, elle se distingue, c'est sûr.

10:37
Invité

Oui, elle se distingue. Et sinon, par des phrases assez brèves et assez sèches. Il y a une espèce de sécheresse et c'est peut-être aussi la limite de l'exercice. C'est-à-dire qu'il n'y a rien d'avenant ni de bienveillant dans ce discours.

10:54
Présentateur

Alors, cette fermeté sur un sujet où derrière le robinet ou le mur, il y a des vies en jeu, elle s'est retrouvée chez les cinq participants qui, à l'exception de Philippe Juvin, n'ont pas évoqué dans les deux premiers débats le contexte et les drames qui conduisent les migrants à quitter leur pays. Cette attitude a fait l'objet de nombreuses caricatures, comme ici, dans le canard enchaîné, sur la surenchère sécuritaire. Je fermerai les frontières, dit l'un à clé, dit l'autre, à double tour, dit le troisième, à triple tour le quatrième, et je ferai installer une serrure, trois points et une alarme. Ou alors, ce genre de caricatures très rapides à lire sur les réseaux sociaux.

Est-ce une réaction à ces critiques explicites ? Mais lors du troisième débat, on a noté comme une sorte d'adoucissement, notamment chez Xavier Bertrand.

11:44
Xavier Bertrand

Aujourd'hui, on est en train de basculer du côté de la xénophobie dans la tête de certains. On regarde les étrangers comme tout danger. Moi, je vous le dis, la conception que je propose aux Français, c'est que personne ne doit être jugé sur sa couleur de peau, son origine, sa religion ou son prénom. Mais si on ne respecte pas la loi de la République, les valeurs de la République, je serais intraitable en tant que président, quelle que soit son origine, sa religion, sa couleur de peau ou son prénom.

12:11
Présentateur

Voilà, un certain bascule dans la xénophobie. C'est vrai, ça peut par moment faire penser à ce qui avait pu être dit lors du premier exprès qu'on a vu tout à l'heure. Quant à Valérie Pécresse, elle ne parle plus cette fois de fermer les robinets, mais de quotas.

12:24
Invité

Dans mon système de quotas, si on ne reprend pas ces clandestins, et je vous dis, on les envoie dans des charters Frontex qu'Emmanuel Macron n'utilise pas alors que l'Allemagne les utilise, donc si on ne les renvoie pas, on ne peut pas renvoyer les clandestins chez eux, c'est immigration zéro pour ces pays à problème. Zéro étudiants, zéro travail, zéro groupement familial. Non, non, pour ces pays à problème. Oh, je suis sûre que si vous faites la modulation pays-problème, pays-pas-problème, vous aurez 100%.

12:52
Présentateur

Voilà, et cette fois, le distinguo, c'est pays-problème, pays-pas-problème. Donc on voit qu'on rentre dans quelque chose de plus fin, finalement, en termes d'analyse, et chez Xavier Bertrand, et chez elle, du moins, ça nous paraissait assez flagrant. Alors je voulais savoir ce que vous pensez de cette manière de dire.

13:07
Invité

Oui, là, c'est sa logique, je pense, de rigueur, de chiffre, parce qu'elle a deux sujets. Elle a l'immigration, et elle a aussi la dépense publique et la dette. Elle fait avec les deux tout le temps. Et ce qui les réunit, c'est effectivement le calcul, la précision. Elle est en train de construire une figure, je pense, de légitimité technique.

13:30
Présentateur

Oui, on le voit bien, d'ailleurs, sa gestion n'a pas changé, sa veste rouge est toujours là, avec un tee-shirt noir, cette fois, marque à bellez. Donc on dit, là, c'est une stratégie, il y a cette constante dans la manière d'incarner, mais une évolution quand même dans le discours et chez Xavier Bertrand.

13:43
Invité

Justement, je pense que c'est pour se démarquer de Xavier Bertrand qui, de toute façon, c'est intéressant parce qu'il a une logique qui est beaucoup moins dure qu'elle. Et ce rouge, effectivement, il est très intéressant parce qu'il est à chaque fois présent. Je pense qu'il peut être interprété comme le feu rouge. On arrête ou on autorise. Elle est très binaire, en fait.

14:04
Présentateur

Marc, elle me laisse une remarque sur cet adoucissement, entre guillemets, du moins, cette nuance qui arrive dans ce troisième débat.

14:10
Invité

Je pense que Xavier Bertrand veut se donner une image aussi de personnage qui se met à la place des gens, qui tient compte quand même de l'aspect humain, alors que Valérie Précresse, elle est dans le zéro, zéro, avec les gestes, en plus, zéro, zéro, zéro, pays pas problème, pays à problème, etc., c'est la discipline, c'est la directrice, je ne sais pas.

14:31
Présentateur

Oui, ça, j'ai sûr, elle est compartimente, en fait, c'est ça.

14:33
Invité

Elle est compartimentée, alors ça vise aussi, je pense, un certain public qui voit qu'elle a toute cette possibilité d'énergie pour refuser, pour rejeter. Oui,

14:45
Présentateur

cette autorité, justement.

14:46
Invité

cette autorité et le fait qu'elle ne fera aucun cadeau.

14:49
Présentateur

On a parlé de Valérie Précresse, je voudrais maintenant faire un zoom sur Xavier Bertrand et, après, sur Michel Barnier. Alors, Xavier Bertrand, lui, il a eu plusieurs expressions, là aussi, qu'on trouvait assez curieuses, à commencer par celle-ci, qu'il a employé plusieurs fois un extrait, une expression, vous allez voir, un peu désuète.

15:09
Xavier Bertrand

On peut se mettre à la place des braves gens qui sont dans ces quartiers, qui voient ça le soir et qui voient qu'il n'y a aucune réaction le lendemain. Vous savez ce qu'ils sont, eux ? C'est des otages. Vous ne trouvez pas que c'est injuste ? Vous ne trouvez pas que c'est injuste que ces braves gens soient livrés à ces bandes et à ces caïdes et on va continuer comme ça ? On attend quoi ? Qu'un jour, l'un d'entre eux se fasse justice lui-même ? Non, c'est à la République de le faire.

15:31
Présentateur

Alors, on ne sait pas qui s'identifie à ces braves gens, mais dans l'esprit de Xavier Bertrand, ce sont peut-être ceux dont il faudrait défendre que va et le mode de vie sur un autre sujet.

15:43
Xavier Bertrand

Moi, jamais vous n'entendrez mon ministre du Logement dire que le modèle de pavillon et de jardin, c'est asbine ou un contresens écologique. Elle habite où elle veut, cette dame, mais qu'elle ne nous oblige pas à changer de mode de vie.

15:53
Présentateur

Alors, factuellement, il fait référence à la phrase d'Emmanuel Wargon qui avait dit que la maison individuelle était un non-sens écologique, mais au-delà, ce qui frappe, c'est sa manière de dire. Elle habite où elle veut, cette dame. C'est amusant, enfin amusant, insolite en tout cas comme manière de traiter la chose. Je voulais savoir comment vous qualifieriez sa rhétorique dans ces deux extraits ?

16:13
Invité

C'est M. Michu qui regarde sa télé. Il est tombé de l'autre côté du téléviseur. Il se met avec les gens. Là, c'est un point rhétorique typique du populisme, c'est-à-dire le nous qui est le contraire du nous de majesté du roi républicain. C'est le nous de minorité supposée qui est le peuple. C'est le nous populaire.

16:34
Présentateur

Le nous populaire contre cette dame qui, elle, dans son... de l'âme ou je ne sais pas quoi, du haut de son élite.

16:41
Invité

Du haut de son élite dans Paris, etc. Alors que nous savons bien sûr que la majorité des Français vit en maison individuelle. Donc, il s'est mis là. Je crois que c'est vraiment... On voit mieux les positionnements aujourd'hui se faire. Et en effet, Xavier Bertrand, c'est l'homme qui représente le peuple au sens le plus direct du terme. Et les braves gens, c'est qui les braves gens ? Les braves gens, c'est ses copains, j'imagine. Non, mais ce n'est pas cette drôle comme expression « brave gens ». J'aurais tendance à penser que c'est un petit lapsus quand même. Il me dit tout le temps

17:09
Présentateur

ce n'est pas un lapsus. Dans chaque débat, il dit « brave gens ». Oui, mais il se trompe un peu.

17:13
Invité

Ça révèle effectivement la vision qu'il peut avoir de son interlocuteur. Il est condescendant alors même qu'il veut représenter la personne en question. Vous trouvez ? Oui, c'est ça, ça peut être condescendant. Personne ne peut se projeter dans l'idée d'être un brave type.

17:27
Présentateur

Moi, je ne sais pas, ça ne me ferait pas plaisir. Marc Abelès, ce brave gens, vous voulez dire ?

17:31
Invité

Je pense par opposition aux petites gens. Moi, je pense que ça parle à beaucoup de monde. Je ne suis pas d'accord. Je pense que, justement, c'est l'aspect pas technocrate du tout, du type qui connaît le terrain et « venez avec moi sur le terrain et je vais vous montrer, vous allez voir et vous allez comprendre pourquoi ces gens en ont marre et pourquoi moi, je me suis mobilisé au service de ces braves gens. »

17:53
Présentateur

Et alors à l'opposé radical de ce style, Michel Barnier, qui, lui, ne cherche pas à faire dans le populaire mais à rassurer les électeurs sur un point.

18:03
Invité

J'ai entendu des questions après les deux premiers débats avec mes amis. Michel Barnier est quelqu'un d'expérimenté. Il est sérieux. Oui, je suis sérieux. Est-ce qu'il aura l'énergie nécessaire pour gagner et pour gouverner ? L'énergie, à mes yeux, ce n'est pas de l'agitation. Ce n'est pas de l'agressivité. Ça ne consiste pas à parler plus fort que les autres. Ce n'est pas de l'intolérance. L'énergie, c'est la capacité de rassembler et de faire.

18:32
Présentateur

Marc Abelès, une réaction. Son mot marqueur, c'est l'énergie.

18:37
Invité

Je pense qu'il y a deux choses. Il y a d'une part le reproche sur l'énergie et il y en a un dont on ne parle pas mais qui, à mon avis, va venir. c'est le fait que Michel Barnier, étant très européen, pendant toute une période de sa vie, tout d'un coup, semble avoir quasiment changé de camp. Je suis sûr qu'à un moment... Avec le moratoire, le fameux moratoire.

Il vaut mieux anticiper et reprendre sur un thème qui va être de fait, sans doute, repris, recommandé, le fait que lui est plus âgé que les autres et le fait que lui peut apparaître étant raisonnable comme quelqu'un d'un peu mou par rapport précisément à des discours qui sont beaucoup plus musclés, beaucoup plus précis par rapport à l'immigration, etc. Donc, pour vous,

19:18
Présentateur

il ne fait pas que répondre à une question sur son âge, indirectement, il cherche à corriger le fait de la radicalité du début.

19:23
Invité

Oui, je pense que c'est vraiment... Et ça correspond aussi à l'image qu'il veut donner d'une certaine prestance. C'est vrai que quand on prend d'un point de vue physique et tout, on peut dire voilà, c'est typiquement il est grand, il a une espèce de présence même silencieuse, il parle plutôt moins que les autres, mais il est là et c'est peut-être lui un espèce d'arbitre que pourrait être un type de président précisément plus âgé aussi.

19:49
Présentateur

Maria Derigrand, en fait, on voit que ces débats se succèdent mais ne se ressemblent pas tous. Là aussi, vous voyez une manière de corriger un peu le tir à l'approche de l'élection.

19:58
Invité

Oui, parce que Michel Barnier, s'il a une chance, c'est d'être précisément une figure un peu avec de la hauteur de vue, l'expérience et plus calme que les autres. Et c'est un pari ça parce que notre société est très agitée, l'après-campagne a encore plus agité les esprits et donc ça passe ou ça casse. Donc s'il a une chance, c'est ça.

20:16
Présentateur

Oui, donc c'est à l'opposé du premier débat où on avait l'impression qu'il y avait Zemmour

20:19
Invité

en spectre du premier débat. Oui, et puis il a exactement le problème de Biden quand il a été élu, c'est-à-dire soit il est un peu sleepy, un peu endormi, un peu vieux, soit au contraire, c'est ça qui plaît parce que justement il faut pacifier les choses.

20:31
Présentateur

Bon, merci beaucoup en tout cas pour ces analyses sur les mots et les attitudes. On va continuer avec Benjamin Grange pour voir comment tout cela a été analysé, reçu et interprété par les sympathisants à l'air, notamment sur les réseaux sociaux. Benjamin Grange, bonjour. Vous avez scanné les réseaux sociaux depuis le début de cette compétition à droite. Vous allez nous dire comment les stratégies des uns et des autres sont reçues mais d'abord un paradoxe. Ceux dont on parle le plus ne sont pas ceux qui suscitent le plus d'engagement, c'est-à-dire de commentaires, de réactions. Qu'est-ce que ça veut dire expliquez-nous et racontez-nous ?

21:12
Invité

Oui, alors ce qu'on voit à l'écran, c'est la manière dont les candidats sont évoqués sur Internet dans les 30 derniers jours. Et donc, qu'est-ce qu'on voit ? Derrière ces chiffres, des réalités très différentes. Eric Ciotti est en tête parce qu'en fait, les propos d'Eric Ciotti sont, quand il parle d'ailleurs, vous l'avez dit tout à l'heure, de grands emplacements, quand il parle de sécuritaire, quand finalement il évoque le fait qu'il est lui sans tabou, eh bien forcément, ce sont des propos qui font davantage parler.

21:40
Présentateur

Mais du coup, en termes d'implication,

21:42
Invité

ce n'est pas du tout la même chose, c'est ça ? Alors après, dans la capacité à faire réagir, on voit très bien qu'on a un Xavier Bertrand et une Valérie Pécresse qui engagent beaucoup plus et je crois que c'est plutôt ce deuxième graphique-là qui est plus intéressant dans une perspective, évidemment, d'élection primaire, c'est ça ? On doit dire primaire ?

22:00
Présentateur

Ouais, enfin en tout cas, d'élection par les adhérents LR. Et alors, on a évoqué là les stratégies, notamment de Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Michel Barnier. Et comment elles se traduisent et comment elles sont reçues ? On commence par ordre alphabétique par Michel Barnier. Vous avez des émojis, je crois. Voilà. Oui, alors c'était toujours... C'est une tache de couleur, là aussi, Marc Abelès.

22:21
Invité

C'est toujours amusant de regarder les portraits à travers les émojis, c'est-à-dire la façon et la façon dont les émotions se transforment en icônes. On voit au centre quoi ? On voit finalement ce petit graphe. On est dans l'univers du bureau, on est sur l'homme qui prévoit, qui définit, qui chiffre, avec juste à côté un bleu qui est le synonyme de la tranquillité et de la raison. Et si je prends ces deux-là comme portrait chinois, on voit très bien en fait que Michel Barnier, avec son projet de responsabilité, et je crois que vous l'avez dit déjà, essaye de se mettre au-dessus de la mêlée.

22:54
Présentateur

Essaye de se mettre au-dessus mais c'est comme ça que c'est perçu.

22:56
Invité

Voilà, et c'est comme ça que c'est perçu. Et dans le domaine de la raison. Or en fait, on sait que dans une élection et notamment une élection de partis, il y a aussi de l'émotion, il y a aussi de la spontanéité. Est-ce que la raison est suffisante pour convaincre ? On le verra.

23:10
Présentateur

Ensuite, Xavier Bertrand.

23:12
Invité

Alors, Xavier Bertrand, on va retrouver d'autres cercles mais avec des couleurs différentes puisqu'on a au milieu en fait un cercle violet. C'est la noblesse, c'est l'élégance. Et puis, juste à côté, on va trouver la fusée, c'est-à-dire qu'on est dans un candidat qui est un candidat très dynamique et puis l'orange qui est la jeunesse et le dynamisme. Et finalement, derrière ça, on retrouve quoi ? On retrouve en fait un Xavier Bertrand qui avec son ancrage très pragmatique, très territorial, finalement, il apparaît...

23:38
Présentateur

Il a beaucoup mis en avant le président de région et puis aussi ce côté... Voilà, je me concentrerai de chez vous.

23:43
Invité

Aucun excès. Et Valérie Pécresse ? Et alors Valérie Pécresse, on va retrouver ce dynamisme avec ce cercle orange et puis on va retrouver sa fusée, c'est-à-dire, ça y est, le dynamisme...

23:53
Présentateur

Ils sont tous dans une fusée, là.

23:54
Invité

Ils sont tous dans la... En tout cas, Xavier Bertrand, voilà. Ils sont tous dans une fusée. Les trois,

23:57
Présentateur

peut-être pas les deux autres qui sont moins dans la fusée, c'est ça ?

24:00
Invité

Exactement. On va retrouver sur Valérie Pécresse, alors que paradoxalement, c'est la plus centriste de toutes, presque celle qui clive le plus. Et il y a toujours quelque chose qui est resté dans l'image de Valérie Pécresse et qui reste en fait bien ancrée au niveau des sympathisants et plus globalement des Français. Elle est née politiquement à Versailles, qui est une ville bourgeoise. Il y a eu ce point, il y a eu cette prise de position sur la manif pour tous, sur laquelle elle est revenue quelques années après, disant que c'est une erreur. Ah, il est là-dessus. La réforme de l'université qui a été ratée, qui lui a... qui a mis en fait la gauche, une bonne partie de la gauche...

24:31
Présentateur

Elle ne dira pas qu'elle a été ratée.

24:33
Invité

La gauche contre elle. Enfin, ratée en tout cas vis-à-vis, pour les militants de gauche. Ah oui. Et donc tout ça en fait a créé en fait une image, alors qu'elle est la plus centriste, de quelqu'un qui est assez clivante. Et d'ailleurs, on le voit bien. On le voit bien dans la manière dont elle le met en scène. Voilà, elle le met en scène. Dans les mots d'ailleurs qu'elle utilise. Et quand on regarde aujourd'hui sur 13 mois en fait l'impact sur Internet de Valérie Pacres, c'est celle qui est en tête.

24:57
Présentateur

C'est celle qui est en tête en termes de quoi ? De clivage, de réaction ?

25:00
Invité

En termes de nombre de mentions. Ah, de nombre de mentions.

25:02
Présentateur

Donc comme quoi elle clive et ça marche sur Internet, du moins sur Internet. Tout cela évidemment, on n'est qu'un tableau sur les réseaux sociaux, une petite réaction à tout ça, Marc Abelassi.

25:10
Invité

Oui, je voulais ajouter, c'est qu'il s'agit d'un public qui utilise les réseaux sociaux et qui n'est pas nécessairement congruent aux électeurs, disons, de LR. C'est la question que je me pose. Justement, c'est pour ça qu'on a bien les deux. Il y a bien les Français, évidemment, et puis les sympathisants LR qui eux-mêmes sont pour autant évidemment aussi...

25:31
Présentateur

Alors nous figeons la photo, Benjamin, et nous la confronterons avec les résultats. Merci à tous les deux. Merci Marie Le Boré, Yen Thillier, et Diane de Charbast que je vais retrouver dans notre bulle de la salle de montage.

25:50
Invité

Je vais me demander si les émojis venent à des gens qui sont militants LR qui votent ou de l'ensemble des gens qui sont sur le réseau. Alors en l'occurrence, ça c'était les émojis, c'est le portrait global du candidat par les Français. D'accord. En revanche, quand on a zoomé, c'était vraiment les militants. Donc Pécresse qui émerge comme la plus vindicative, c'est ça ? Oui, c'est plutôt... C'est les militants ? C'est France. Sous-titrage Société Radio-Canada

Hashtag "Débats LR, comment trouver un chef ?" — Xavier Bertrand · Pourquijevote