« L’éducation, l'éducation, l'éducation ! » – François Ruffin invité au JT de Mayotte
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir monsieur et bienvenue. Bonsoir. Merci.
Alors votre réaction par rapport à ce reportage que nous venons de regarder ? Bah ça fait partie de tout ce que j'ai pu voir de positif comme action en quelques jours là. Mais surtout, puisqu'on parle de l'eau, je veux dire que à la sortie de ce plateau, moi je vais aller prendre une douche euh et euh parce que ça vous paraît peut-être vous y êtes habitué, mais hier dans l'appartement, il y avait pas d'eau.
Euh ce matin, il y avait pas d'eau. Et c'est quand même l'un des seuls départements ou le seul où il y a des jours verts et des jours rouges et on reçoit ça comme information lorsque on entre à Mamouzu. Et je dirais qu'il y a quelque part comme une double peine parce que même quand on rétablit l'eau, il est conseillé par la RS, l'autorité de santé de pas boire cette eau là avant quelques heures.
Donc du coup, les gens sont condamnés à l'acheter des bouteilles d'eau qu'on voit dans le reportage et qui coûtent quand même 8 € le pack. Donc il y a une double peine, on peut pas avoir de l'eau courante normalement et de l'autre côté, on est obligé d'aller au supermarché ou dans les boutiques pour euh acheter son eau. Bah je voilà, je suis soucieux moi de l'égalité et du fait que dans ma Picardie d'où je viens euh comme ici à Mayotte, on puisse avoir de l'eau courante au robinet 365 jours par an.
Alors dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, vous dites que vous venez pour écouter la population. un premier constat après euh cette ces enfin ces premières heures euh à Mayotte. Je veux d'abord dire oui que je viens avec une très grande modestie.
Moi je suis reporter, c'est mon métier, je viens avec mon petit cahier, je prends des notes toute la journée pour rencontrer autant des artisans du bâtiment, des agriculteurs, des habitants des bangas, des euh des plombiers ont rencontré hier soir dans un voulet, on nous a fait goûter du tang. Je pense que c'était aussi une forme de bisutage, mais je viens comme ça en reporteur modeste pour ne pas plaquer une vision depuis l'hexagone sur une île qui a ses grandes spécificités. Je le disais avec à la fois du négatif dans le voulet d'hier soir, c'était un habitant de Kaweni donc juste à côté d'ici, plombier et qui expliquait que quand il s'était installé, il y a il avait face à lui des champs de banane et que il prenait son café le matin très tranquillement, que maintenant il a un bidonville en face de chez lui, qu'il a installé des grandes grilles.
Donc ça c'est quand même un peu le le négatif. fait le positif, c'est par exemple la filière d'agriculteur qui travaille dans la volaille, qui a reconstruit ses ateliers de poussins, de poulet très rapidement, qui s'est mis à construire un abattoir avec une vision de ce que doit être la souveraineté alimentaire dans le pays. Et dans cette même vidéo que vous postez sur les réseaux sociaux, vous évoquez également les problèmes rencontrés par les migrants sur l'île.
Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d'être ici pour les étrangers et non pour les maoré en difficulté ? Moi, je suis pour tout le monde et je vous le disais quand je rencontre un artisan du bâtiment et qu'il explique qu'il a reconstruit 12 écoles en 15 jours après Shido et que il attend toujours d'être payé de son 1 million et plus parce que les collectivités ont pas de sous et que je lis que le maire de Mamouzu dit lui-même que il a toujours rien reçu comme versement de l'État concernant Shido. Moi, je suis pour là pour remonter cette parole là et pour que l'école dont on parle, les écoles dont on parle, elles servent à tout.
Jamais je n'ai autant entendu parler d'éducation dans un territoire que lors de ces dernières journées. Ça peut être des maoré, des cadres maoré qui sont très inquiets pour l'avenir de leurs enfants parce que c'est dans des classes à 40 avec pas mal de personnes qui ne parlent pas français qui se demandent avec quel bac ils vont pouvoir sortir de là, qui envisagent de mettre leurs enfants dans des écoles privées alors que ça coûte 250 € par an, voire de les envoyer au lycée de français de Madagascar. Donc ils cherchent des solutions parce que ils veulent apporter la meilleure éducation à leurs enfants et même quand je me balade dans un un bidonville, on dit l'éducation, l'éducation, l'éducation.
Donc je pense qu'il y a une grande priorité qui doit être mise sur l'éducation et je dirais même que pour rouvrir un espoir, vous savez, j'ai l'impression qu'on est comme une cocotte minute là et j'entends la tension qui peut y avoir dans à Mayotte et que la cocotte minute, elle a besoin qu'on on relâche des jets de temps en temps. Moi, je trouve que toute personne qui a son baccalaurat devrait avoir la possibilité d'avoir un avenir en métropole et de pouvoir poursuivre ses études ailleurs quoi. Vous avez voté contre la loi programme pour la refondation de Mayotte dénonçant un texte trop centré sur la répression des migrants.
Quel quelles sont les alternatives concrètes que vous proposez à cette situation migratoire complexe ici sur le territoire ? D'abord dire que je suis bien conscient et j'avais entendu et j'avais pas plaqué un regard où qui disait il y a pas de problème à Mayotte. Je vois très bien qu'il y a un problème en matière d'immigration à Mayotte avec quelque part je trouve un contraste avec à la fois des paysans qui nous expliquent comment leur terre peuvent être prises et qu'il y a une forme de bataille qui s'engage pour pouvoir les reprendre, recultiver leur terre face aux migrants et en même temps, ce sont les mêmes qui vont parfois aller aider des migrants à aller faire leur papiers à la préfecture.
Donc je vois encore un mélange de colère et d'humanisme qui existe. Mais ce qui me frappe le plus dans le projet de loi refondation Mayotte, c'est que il y a pas de refondation. Il s'agit pas d'être contre Mayotte, mais bien contre ce projet là.
Je vous ai parlé de l'école et de l'éducation. Il y a rien dans ce projet de loi sur l'école et sur l'éducation. Et on nous dit que il y aurait possiblement la fin d'une rotation des élèves en 2031.
Quel parent d'hexagone accepterait que son enfant aille à l'école soit le matin, soit l'après-midi ? C'est même pas ça, c'est que là aujourd'hui et vraisemblement pour la rentrée, un certain nombre d'écoles continuer à fonctionner comme ça en étant que ayant que de jours de présence. Je pense que là quand on fait un projet de loi qu'on intitule refondation pour Mayotte, il doit y avoir un grand volet éducatif.
Vous êtes quelque part la maternité de la France. C'est ici qu'il y a le plus d'enfants. Quel avenir il y a si jamais il y a pas l'école pour tous qui est pas d'école maternelle dans dans ce département ou presque pas.
C'est quand même un gros enjeu pour tous et toutes et donc je si je on veut pas fabriquer une cocotte minute et ben il y a à porter une priorité sur cette question et sur la loi département région où vous avez voté pour pourquoi ? Écoutez c'est ce qui s'est déjà fait dans un certain nombre d'autres territoires d'outremer et il apparaît que cette cohérence là peut apporter davantage le levier d'action. Et avant de se quitter, une réaction suite à l'annonce de de du président Emmanuel Macron sur la reconnaissance de la Palestine.
Écoutez, enfin enfin oui, la France doit reconnaître la Palestine comme état, mais oui, la France doit avoir des mesures de sanction à l'égard d'Israël comme on l'a eu à l'égard de l'Afrique du Sud du temps de l'appartide. Là, ce qui se passe, c'est un véritable massacre, c'est un génocide. toutes les sanctions et notamment mettre fin à l'accord commercial entre l'Union européenne et euh Israël est une urgence parce que enfin il faut imaginer que là on a des gens qui non seulement souffrent du famine euh par million y compris des reporters he nos collègues reporters euh qui travaillent pour l'agence France-Press sont aujourd'hui au bord de la famine à Gaza mais que en plus quand il s'approche d'un sac de blé il risque de se faire tuer par l'armée israélienne.
Il faut que la France pèse de tout son poids pour mettre fin à ça. Merci beaucoup monsieur le député d'avoir accepté notre invitation et d'avoir répondu à toutes nos question. Merci à vous.
François Ruffin