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interviewBLAST (sur YouTube)· 16 décembre 2021 14 min

MACRON SUR TF1 : GLOIRE AU GUIDE SUPRÊME !

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il y a des mots qui peuvent blesser. La foule devient folle. Ça a fait pschitt.

Donc je ne crois pas au grand remplacement, moi j’ai appris aux côtés des Français, sans doute à mieux les aimer. Il y a toute une construction politique pour sauver la sociale-démocratie. Il faut évidemment qu’il y ait plusieurs participants et notamment Yannick Jadot.

Je n’ai pas dit à Benoît Hamon : “Ah bah tiens, pour que je sorte la tête haute, on va se refaire une petite primaire.” Donc, je devrais renoncer à tout parce que tout d’un coup nous aurions la formule magique. Le solde de tout compte d’Emmanuel Macron sur TF1, les nouveaux épisodes du feuilleton de la primaire à gauche : on en parle maintenant dans le numéro 28 d’un Bourbon Sinon Rien.

Ça dégoulinait d’empathie et d’humilité feinte, et c’était bien là l’objectif de ce plaidoyer sirupeux de presque deux heures : repositionner Emmanuel Macron avant sa déclaration de candidature. Faire redescendre Jupiter parmi les mortels, et plus précisément au centre gauche, là où il y a encore des voix à gagner, le flanc droit étant désormais verrouillé par Marine Le Pen, Éric Zemmour et Valérie Pécresse. Bref, on l’aura compris, cette émission tenait davantage du lifting complaisant que de la pugnacité journalistique.

Emmanuel Macron a donc appris. D’abord de la crise sanitaire. Elle m’a appris, comme à nous tous, ce qu’était cette vulnérabilité que j’évoquais tout à l’heure.

Je dirais qu’elle m’a fait sans doute toucher plus directement les inégalités insupportables qui peuvent exister. Quand je suis allé, durant le premier confinement, en Seine-Saint-Denis pour voir la vaccination, il y a eu un moment bouleversant où des habitants étaient à leurs fenêtres et ont chanté la Marseillaise, alors qu’ils vivaient dans des appartements minuscules et que je mesurais combien pour eux le confinement était difficile. Je vous fais grâce des silences destinés à souligner l’émotion qui, bien sûr, submerge le président.

Cet homme souffre, sachez-le. Au moins autant qu’un habitant d’un HLM de Seine-Saint-Denis. Lui-même, d’ailleurs, n’a rien d’un nanti.

Je sais d’où je viens et quelles sont mes valeurs. Mes valeurs ne sont pas celles d’un président des riches. Je suis ambitieux pour notre pays, je suis pour l’innovation, je suis pour un pays qui est fort économiquement, mais je suis pour un pays juste.

Voilà, il est pour la justice. Alors pourquoi tant de petites phrases méprisantes sur ceux qui ne sont rien et qui devraient traverser la rue pour aller chercher du travail ? Je ne mesurais pas suffisamment deux choses : La première, que je regrette mais l’époque est ainsi faite, on ne change pas les règles, c’est que nous sommes dans une société de la décontextualisation.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Vous dites deux mots, on les sort de leur contexte, ils paraissent affreux. Ensuite, il y a des mots qui peuvent blesser et je pense que ce n’est jamais bon, c’est même inacceptable, le respect fait partie de la vie politique.

Il a blessé des gens. Comme les LBD et les grenades à effet de souffle pendant le mouvement des Gilets jaunes, d’ailleurs. Quelque chose s’est passé à un moment qui fait que la foule, laquelle parfois, pour citer Hugo, “trahit le peuple”, la foule devient folle.

Il y a eu de la violence extrême dans nos rues, dans la société, pendant beaucoup de samedis. Il y a eu de la violence qui a d’ailleurs touché beaucoup de nos compatriotes, des commerçants. Il y a eu de la violence aussi.

Il y a des manifestants qui ont eu, je le sais, à subir aussi beaucoup de choses parce qu’ils se sont parfois exposés. Là, c’est raté. Pour un peu, Emmanuel Macron nous dirait que les manifestants en question l’avaient bien cherché.

Et puis la foule, mon bon Monsieur… Encore un ou deux quinquennats pour qu’il convienne enfin d’un usage disproportionné de la force. L’affaire Benalla ? Elle est expédiée en deux coups de cuillère à pot.

On a parlé d’affaire d’État, ce fut plutôt sans doute une affaire d’été. Qu’est-ce qu’il en est sorti ? Ça a fait pschit, hein.

Ce déminage terminé, il est temps de commencer à cogner les oppositions. D’abord Valérie Pécresse qui veut supprimer 200 000 postes de fonctionnaires. On parle de femmes et d’hommes.

Expliquer que le destin de l’État, c’est de les sabrer comme si c'était, voyez, des petits bâtonnets, je trouve ça toujours étrange. Quelles divisions, quels bataillons, lesquels, où ? Il faut du sérieux.

Donc oui, il faut un État plus efficace, mais ce n’est pas vrai que le cœur des économies, à l'échelle de 5 ou 10 ans, ce sera dans la réduction du nombre de fonctionnaires, ce le sera pour partie en modernisant l’État. La candidate de la droite articule des chiffres. 150 000… Les candidats font de la politique, c’est normal.

Pardon, vous ne faites pas de politique ? Non, vous l’avez noté. Précisons qu’Emmanuel Macron entend lui aussi sabrer la fonction publique.

Mais à la tronçonneuse, il préfèrera le scalpel. Avec autant de dégâts à la clé. Quant à la réforme des retraites, je vous épargne le passage, vous cracherez du sang.

C’est ensuite la fête à Zemmour. Justement, les hasards du courrier font bien les choses. Sortez les mouchoirs : J’ai eu un petit mot, ça arrive très souvent d’une école qui était là pour Joséphine Baker.

C’est d’ailleurs, vous avez vu, écrit beaucoup mieux que moi je ne sais écrire, ce sont des élèves de CM1, CM2. Il y a toutes les couleurs de signatures. Ils ont écrit un texte pour Joséphine Baker, superbe, et ils ont signé avec toutes les couleurs avec leurs prénoms.

Noëlle, Sébastien, Mila, Cheik Mansour, Faustine, Éloïse, Kenza, Daniella, Guillaume, Livie, Emma, Ryan, Karam… Puis c’est la charge. Nous sommes depuis plusieurs décennies, je dirais même depuis la fin du 19e siècle, une nation d’immigration. C’est pour ça que quand j’entends les absurdités consistant à dire : “Immigration zéro”, il n’y a jamais eu d’immigration zéro, ce n’est pas vrai.

Ce n’est pas vrai. La question, c’est comment on se remet en situation de maîtriser ce phénomène. Et là nous avons un problème, il faut être lucide.

Donc je ne crois pas au grand remplacement. Enfin, ce n’est pas y croire, Il n’est pas là. Heureusement, Emmanuel Macron est là pour nous protéger.

Est-ce que là, dans cette campagne, le risque de la violence est à votre esprit ? Je pense que la violence est là dans nos sociétés, qu’elle revient, parce qu’il y a du ressentiment, parce qu’il y a des peurs, parce que je pense que les réseaux sociaux et l'anonymat qui les accompagne a désinhibé cette violence, et donc nous devons être vigilants. Mais en démocratie, si la violence et la haine reviennent, alors c’est la démocratie elle-même qui s’effondrera.

C’est sûr. Enfin le numéro se termine. Moi j’ai appris aux côtés des Français.

Qu’avez-vous appris ? Sans doute à mieux les aimer. Il était temps au bout de cinq ans !

Mais cet homme est la charité même. Si, si… J’avais parlé beaucoup de bienveillance en 2017 mais parfois j’ai été dur, j’ai été impétueux, etc. J’ai appris à être… à vivre avec et à… à vivre les peines et du coup à… à aimer mieux avec plus d’indulgence, de bienveillance, voilà.

Pas mal, hein, le petit mouvement de caméra ? Ça donne tout de suite… de la profondeur. J’arrête là.

Emmanuel Macron veut être le candidat de la gauche contre la droite. Et des Républicains contre l’extrême-droite. Le procédé est si grossier qu’il en devient une insulte à l’intelligence des Français.

Digne des programmes des défuntes républiques populaires, cette émission n’aura séduit que ceux qui veulent ignorer l’immense colère du pays. On croyait en avoir fini avec la primaire de la gauche. Mais l’affaire tourne au feuilleton.

Cette semaine, c’est un sondage qui a ravivé les braises. Selon l’IFOP, 73 % des sympathisants de gauche sont favorables à l’organisation d’une primaire. Et si les électeurs socialistes se montrent les plus favorables à cette consultation interne, il se trouve cependant 65 % des Insoumis pour partager cet avis.

Mais ça n’ébranle pas Éric Coquerel. Il y a toute une construction politique pour sauver la sociale-démocratie aujourd’hui. Et la gauche d'accommodement qui est dans une situation compliquée et qui… Et du coup, tout s’orchestre pour essayer de leur sauver la mise, voilà.

Alors, on fait appel peut-être au soldat Taubira. Je ne sais pas ce qu’elle en pense, parce qu’elle a renoncé plusieurs fois déjà. Je ne sais pas quel est son projet, son programme, qu’est-ce qu’elle est.

Je veux dire par rapport à une campagne où on cherche les suffrages des Français pour porter un projet, c’est étonnant. Le soldat Taubira, dit-on, devrait écrire une lettre aux Français avant Noël. Pour leur dire quoi ?

Mystère. D’habitude, ce sont les enfants qui écrivent au Père Noël. Mais là, c’est la mère Noël qui veut sermonner les galopins de gauche.

Pas sûr que ça les impressionne. D’autant que comme modèle d’unité, on fait largement mieux que Christiane Taubira. En 2002, elle s’était présentée à la présidentielle sous les couleurs du Parti radical de gauche, c’est vous dire si elle est vraiment à gauche.

Résultat, Lionel Jospin, candidat du parti socialiste, n’a pas franchi la barre du premier tour tant la dispersion des voix était grande. Taubira ou pas, les socialistes sont pour l’instant les seuls à réclamer une primaire. Certes, il y a Montebourg, mais une primaire, ce n’est pas un tête-à-tête.

Boris Vallaud le reconnaît sans peine : Il faut évidemment qu’il y ait plusieurs participants, et notamment Yannick Jadot. Voilà, il semble tergiverser. En réalité, je crois que ce serait utile à tout le monde, au débat à gauche, qu’évidemment ce cercle puisse s’élargir.

Mais Yannick Jadot en a soupé des histoires de primaire. Il ne l’a emporté que de justesse sur Sandrine Rousseau. Ce n’est pas pour se remettre en danger.

Et puis, côté tambouille unitaire, il a déjà donné en 2017. Moi, il y a cinq ans, quand la situation était un peu inverse… Vous avez rallié Benoît Hamon. J’ai rallié Benoît Hamon, je n’ai pas dit à Benoît Hamon : “Oh bah tiens, pour que je sorte la tête haute, on va se refaire une petite primaire, et puis comme ça, on est prêts pour l’élection d’après.” Moi, ce n’est pas 2027 que je vise, c’est 2022, c’est en 2022 qu’il faut gagner.

Donc ce que je dis aux socialistes, je dis : “Le sujet, désolé, ça n’est pas de sauver le parti socialiste. Le sujet, désolé, ça n’est pas de sauver la candidature d’Anne Hidalgo.” Bon prince, Yannick Jadot a quand même prévu un lot de consolation pour Anne Hidalgo.

Evidemment, si on fait ce rassemblement, les socialistes, comme d’autres, seront dans le gouvernement… Je vous demande si vous lui proposez le poste de Premier ministre. Évidemment, Anne Hidalgo pourrait être Première ministre, mais je ne vais pas former le gouvernement le 14 décembre. Il n’est pas certain que la perspective de cet attelage enflamme le peuple de gauche.

Ça ressemble cruellement à la fable de l’aveugle et du paralytique. Vous savez, celle qui dit : “Aidons-nous mutuellement. La charge des malheurs en sera plus légère.

Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi." Mais, depuis hier, Jadot est pris à revers. Par Sandrine Rousseau, bien sûr.

Écoutez-la confirmer qu’elle pourrait s’associer à l’opération Christiane Taubira et à la primaire populaire. On dit aussi, dites-moi si je dis une bêtise, c’est que Christiane Taubira compte sur vous. En tout cas si elle compte sur moi, faut qu’elle me le dise… Vous êtes parmi les personnalités qu’elle aimerait… En tout cas vous êtes l’une des seules chez Europe Ecologie Les Verts à avoir à un moment ouvert la porte de la Primaire Populaire, donc vous pourriez être un appui en effet.

Soyons justes, Sandrine Rousseau a quand même quelques réserves sur Taubira. Je pense qu’il n’y a pas de femme providientielle, comme il n’y a pas d’homme providentiel. Je pense que surtout, la question, c’est le programme et ce sur quoi on se met d’accord.

Yannick Jadot appréciera certainement que la présidente de son conseil politique évoque son possible remplacement par Christiane Taubira devant les caméras. C’est la version déconstruite de la solidarité. Quant à Christiane Taubira, le premier sondage qui envisage sa candidature la crédite de 2% d’intentions de vote.

Tout ça pour ça… Ce qui est certain, en revanche, c’est que Jean-Luc Mélenchon ne se ralliera à personne le candidat de l’Union Populaire rejoindrait le peloton des prétendants au second tour. Au sein du parti communiste, certains plaident pour un ralliement à sa candidature, comme Marie-Georges Buffet, ancienne secrétaire nationale du PC, qui fut la candidate de ce parti à la présidentielle de 2007. Sur Facebook, elle a posté ce message : “Le seul espoir pour la gauche est un accord PCF - FI sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon, avec un accord pour les législatives permettant un groupe de transformation sociale à l’Assemblée nationale.” Ça, c’était samedi dernier.

Mais lundi, la députée communiste de Seine Saint-Denis postait un nouveau message : “Je me retire du débat sur l’élection présidentielle. Je veux simplement vous dire qu’être communiste, c’est se battre pour un changement utile au peuple, pas pour un objectif partisan”. Et de conclure ainsi : “Toujours militante, mais complètement découragée.” Vous l’aurez compris, son téléphone a dû sonner plus d’une fois pendant le week-end, et pas pour lui dire des choses agréables.

Au fond, la gauche, aujourd’hui, c’est comme cette chanson de Jeanne Moreau dans l’inoubliable film de François Truffaut, Jules et Jim. On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue, on s’est retrouvé, on s’est réchauffé puis on s’est séparé. Chacun pour soi est reparti dans le tourbillon de la vie.

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