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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 17 juillet 2018 22 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleÉconomie & entreprises

Jean-Christophe Lagarde : "Macron a commis une erreur majeure avec les banlieues"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Vous êtes député de Seine-Saint-Denis, vous présidez le mouvement centriste UDI, député de Seine-Saint-Denis.

  • 0:24OuverteRéponse partielle

    Vous espérez que les Français qui ne vivent pas en banlieue changeront de regard sur ces villes que vous connaissez bien ?

  • 1:34OuverteRéponse directe

    Hier, à l'Elysée, Emmanuel Macron a invité des dizaines de ses enfants de banlieue. Vous voyez ça comme une tentative de se racheter après, par exemple, l'enterrement du plan Borloo ?

  • 2:37RelanceRéponse directe

    Macron est la banlieue ?

  • 3:58OuverteRéponse directe

    Ça veut dire qu'il faut, dans le sens positif du terme, des mesures d'exception pour la Seine-Saint-Denis, pour certains quartiers marseillais, pour Roubaix, pour l'outre-mer ?

  • 5:57OuverteRéponse directe

    J'aimerais revenir un instant sur l'équipe de France de football. Vous dites, attention à ne pas racialiser l'équipe de France.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:47Invité politiqueFait
    « Ces gamins de banlieue qu'on montre du doigt, et il y en a qu'il faut montrer du doigt, mais c'est une infime minorité. »
  • 2:56Invité politiqueFait
    « Macron est la banlieue. »
  • 3:35Invité politiqueFait
    « On dit, on a mis trop d'argent dans les banlieues. »
  • 3:37Invité politiqueFait
    « C'est un mensonge. »
  • 3:46Invité politiqueChiffre
    « Il y a moins d'argent qu'on met sur un gamin à l'école en Seine-Saint-Denis que d'argent qu'on met sur un gamin à Paris. »
  • 3:52Invité politiqueChiffre
    « Il y a moins de policiers en Seine-Saint-Denis qu'il n'y en a par habitant à Paris. »
  • 4:06Invité politiqueFait
    « Bien sûr, vous avez vu le rapport parlementaire concernant la Seine-Saint-Denis qui a été fait par des parlementaires qui ne sont pas de Seine-Saint-Denis et qui disent que l'État, dans trois domaines régaliens, l'éducation, la police, la justice, ne fait pas son travail. »
  • 4:15Invité politiqueFait
    « Maltraite, discrimine négativement. »
  • 5:05Invité politiqueFait
    « On a essayé ces derniers temps d'opposer les banlieues à la ruralité. C'est inètre. »
  • 5:15Invité politiqueFait
    « On ne va pas faire se battre les pauvres entre eux pour savoir où il faut mettre les moyens, alors que c'est dans le cœur des métropoles, là où les logements sont les plus chers, là où les loyers sont les plus chers, mais là aussi où vivent les gens les plus aisés, que les services publics sont concentrés. »
  • 6:25Invité politiquePromesse
    « Je vais déposer plainte contre lui puisque ça s'appelle de l'incitation à la haine raciale. »
  • 10:47Invité politiqueFait
    « Dans les trois périodes de cohabitation, c'était avec Jacques Chirac, avec Édouard Balladur et avec Lionel Jospin, je vous affirmais que ce sont les trois périodes où nous avons été le mieux gouvernés. »
  • 15:57Invité politiqueFait
    « Nous l'avons demandé au moment du vote. Nous continuerons à le demander parce que je pense, comme je viens de l'expliquer, que la génération qui est la vôtre, si vous êtes concerné, n'a pas à payer toute seule la compétitivité française. »
  • 17:47Invité politiqueFait
    « La France dépense plus d'argent qu'elle n'en produit. »

Temps de parole

  • Jean-christophe Lagarde72 %
  • Présentateur20 %
  • Auditeur3 %
  • Auditeur 23 %

2,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Frédéric Métezot, le 6-9 de l'été. L'invité du grand entretien de France Inter, Jean-Christophe Lagarde, bonjour. Bonjour. Vous êtes député de Seine-Saint-Denis, vous présidez le mouvement centriste UDI, député de Seine-Saint-Denis. Donc, contrairement à 98, les joueurs originaires de banlieues ou de cités sont majoritaires au sein de l'équipe de France de football. Vous espérez que les Français qui ne vivent pas en banlieue changeront de regard sur ces villes que vous connaissez bien, puisque vous avez été maire de Drancy pendant plusieurs mandats ?

0:32
Jean-christophe Lagarde

Oui, je l'espère, mais je ne me fais pas beaucoup d'illusions. Comment dire ? D'abord, on est tous heureux de ce qui s'est passé pour la Coupe du Monde, mais ça n'a qu'un temps. Et puis, ensuite, progressivement, le maillot bleu fait oublier d'où ils viennent. Ces gamins de banlieue qu'on montre du doigt, et il y en a qu'il faut montrer du doigt, mais c'est une infime minorité. Ces gamins de banlieue qu'on montre du doigt à longueur des missions, de discussions, d'éditos, de débats politiques, sont aussi ceux-là. Ceux avec qui j'ai grandi et ceux qu'on voit grandir autour de nous sont aussi ceux-là. Et ceux-là sont très majoritaires.

Pas majoritaires à arriver en équipe de France et à devenir champion du monde, mais à faire tout ce qu'ils peuvent pour s'en sortir. Et moi, je me bats depuis des années pour qu'on ne confonde pas ceux qui sont des voyous, une petite minorité, que souvent on ne sanctionne pas assez, et puis les autres, l'immense majorité des autres qui rament pour s'en sortir. Des fois, ils ont de la chance. Il ne faut pas que tous les gamins, d'ailleurs, de nos banlieues croient qu'ils vont tous devenir un Mbappé.

1:29
Présentateur

Oui, il y a peut-être d'autres voies.

1:31
Jean-christophe Lagarde

Mais il n'y a absolument d'autres voies. Ces voies-là, elles sont dans l'école. Ces voies-là, elles sont dans l'apprentissage. Ces voies-là, elles sont dans le travail qu'on peut monter ensemble pour vivre ensemble, à travers l'investissement associatif, culturel, social, etc. Il y a absolument et d'abord les autres voies. Et puis, il y a l'exception. Et malheureusement, moi, je ne veux pas que... Et c'est le cas... Je me souviens, quand j'ai été élu, j'avais 33 ans. Je me retrouve en costard-cravate sur un terrain de football dans la ville d'à côté, la ville du Bourget, qui est aujourd'hui une ville de ma circonscription.

Et parce que j'avais le costard-cravate, des gamins de 7, 8, 10 ans venaient me voir pour me dire « Monsieur, monsieur, vous êtes le recruteur ». Parce qu'en fait, ce qu'ils avaient déjà en tête, c'est peut-être d'un jour terminer quand même Mbappé, mais vu le nombre de gamins, évidemment, ce n'est pas le cas.

2:16
Présentateur

Et un monsieur en costard-cravate, c'est forcément un recruteur. Et voilà. Dans cette image-là.

2:19
Jean-christophe Lagarde

Vous voyez la perversité du système. Et donc, je trouve formidable l'aventure. Je la partage avec, évidemment, l'ensemble des Français. Il ne faut pas non plus que ça remplace le mécanisme normal de promotion sociale qui passe par l'école, qui passe par l'effort. D'ailleurs, tous ces joueurs, ils ont fait beaucoup d'efforts. Ils avaient juste un talent exceptionnel que tout le monde n'a pas.

2:37
Présentateur

Hier, à l'Elysée, Emmanuel Macron a invité des dizaines de ses enfants de banlieue. Vous voyez ça comme une tentative de se racheter après, par exemple, l'enterrement du plan Borloo ?

2:46
Jean-christophe Lagarde

Non, moi, je ne veux pas tout politiser. Je trouve que l'initiative était excellente. J'ai vu ces gamins, des gamins de différentes communes que je connais bien. Mais alors, Macron est la banlieue ? Leurs éducateurs, c'était formidable. Macron est la banlieue. Il a commis une erreur, à mon avis, absolument majeure. Ce n'est pas tellement le refus du plan Borloo. C'est de dire, je ne crois pas dans les politiques publiques qui vous aideraient, à vous de vous aider vous-même en trouvant du boulot. Et honnêtement, il faut juste que tout le monde comprenne. Ceux qui vivent dans ces quartiers le savent, mais ceux qui n'y vivent pas.

Que même quand on respecte les règles, même quand on s'investit, même quand on bosse, quand vous vivez dans des quartiers où on concentre toutes les difficultés sociales, vous avez moins de chance, je ne veux pas dire pas de chance, mais moins de chance de vous en sortir. Moins de chance de sortir de là. Et puis, il y a un message qu'il aurait dû combattre, lui qui veut être disruptif. Et ce message, c'est le suivant. On dit, on a mis trop d'argent dans les banlieues. D'abord, c'est un mensonge. Même quand vous ajoutez les plans de rattrapage aux politiques classiques, il y a moins d'argent mis dans les banlieues que dans les quartiers plus favorisés.

Il y a moins d'argent qu'on met sur un gamin à l'école en Seine-Saint-Denis que d'argent qu'on met sur un gamin à Paris. Il y a moins de policiers en Seine-Saint-Denis qu'il n'y en a par habitant à Paris.

3:55
Présentateur

Ça veut dire qu'il faut, dans le sens positif du terme, des mesures d'exception pour la Seine-Saint-Denis, pour certains quartiers marseillais, pour Roubaix, pour l'outre-mer ?

4:03
Jean-christophe Lagarde

Bien sûr, vous avez vu le rapport parlementaire concernant la Seine-Saint-Denis qui a été fait par des parlementaires qui ne sont pas de Seine-Saint-Denis et qui disent que l'État, dans trois domaines régaliens, l'éducation, la police, la justice, ne fait pas son travail.

4:14
Présentateur

Ça a été révélé par le monde.

4:15
Jean-christophe Lagarde

Maltraite, discrimine négativement. Mais ce n'est pas que la Seine-Saint-Denis. Les quartiers populaires sont souvent laissés de côté. Et donc, ce que je reproche à Emmanuel Macron dans ce domaine-là, c'est de ne pas avoir dit, parce qu'en fait, c'est la seule chose que demandent ces quartiers, c'est la seule chose que nous demandons. L'égalité républicaine. Traitez-nous au moins comme on traite les autres. Mettez-nous à niveau. Mais vous comprenez bien que vous ne pouvez pas, comme je le dis, concentrer toutes les difficultés sociales au même endroit et ça les rend plus compliqués à résoudre et mettre moins de moyens pour les résoudre. On devra en mettre plus.

J'irais presque comme une forme d'abandon. Ne nous donnez pas plus, donnez-nous au moins autant. Autant que les autres. Parce qu'on a plus de difficultés chez nous parce qu'on les a concentrées et on nous donne moins pour pouvoir nous en sortir. C'est absolument ingérable. Et alors, la deuxième chose, c'est qu'on a essayé ces derniers temps d'opposer les banlieues à la ruralité. C'est inètre. On étant Laurent Wauquiez. Oui, oui. On, Laurent Wauquiez, entre autres. Attendez, la ruralité, elle s'est appauvrie de la même façon et en parallèle aux banlieues.

On ne va pas faire se battre les pauvres entre eux pour savoir où il faut mettre les moyens, alors que c'est dans le cœur des métropoles, là où les logements sont les plus chers, là où les loyers sont les plus chers, mais là aussi où vivent les gens les plus aisés, que les services publics sont concentrés. C'est en réalité prendre un peu de la richesse produite par les métropoles, parce qu'on a besoin d'elles, pour redistribuer en ruralité, dans les banlieues. Moi, dans le discours que j'ai fait au Congrès en réponse à Emmanuel Macron, j'ai mis les deux en parallèle, en permanence. Banlieue et ruralité sont en réalité les pauvretés et les abandonnés. Les périphériques.

Les périphériques, la France périphérique, tout le monde connaît ça maintenant. Les pauvretés, les abandonnés de la République, c'est là où on a besoin de politique publique et c'est là où je pense qu'Emmanuel Macron s'est trompé en réaction aux propositions que portait Jean-Louis Borloo.

5:57
Présentateur

J'aimerais revenir un instant sur l'équipe de France de football. Vous dites, attention à ne pas racialiser l'équipe de France. Vous avez été choqué par un tweet du président du Venezuela.

6:08
Jean-christophe Lagarde

Oui, M. Maduro, c'est l'espèce de dictateur qui a fraudé les élections pour se maintenir au pouvoir et qui massacre régulièrement sa population quand elle manifeste, se permet de dire que c'est l'Afrique qui a gagné la Coupe du Monde parce qu'il y a 14 joueurs français d'origine africaine qui sont dans l'équipe de France. Je vais déposer plainte contre lui puisque ça s'appelle de l'incitation à la haine raciale. Au moins, il aura des comptes à rendre si jamais un jour il pose le pied dans d'autres pays, ce que j'espère ne pas être le cas. Mais surtout, c'est nier ce qu'est la France. Ce qu'est la France, ce n'est pas le fait de regarder votre origine.

On ne regardait pas quelle était l'origine d'un Platini ou quelle était l'origine de Coppa. Ce qu'est la France, c'est quand tu arrives ici, que tu veux être français et que tu partages nos valeurs, tu es français. On se fout de ta couleur de peau, de ta religion, de tes ancêtres, etc. Au contraire. Et donc, M. Maduro, qui maltraite son pays, ne connaît pas la France et j'avais envie de lui dire qu'on dépose un plan contre lui, on t'emmerde. La plainte est symbolique mais c'est le message qui compte. Exactement. C'est le message que je viens de donner qui compte.

7:09
Présentateur

Tu m'emmerdes. Sur France Inter à 8h27.

7:12
Jean-christophe Lagarde

Je crois que lui et tous les Français pourraient dire la même chose.

7:15
Présentateur

Cet après-midi, Emmanuel Macron reçoit les dirigeants des 100 plus grandes entreprises françaises. Il souhaite leur demander de s'engager dans des embauches, dans l'apprentissage, dans les quartiers difficiles mais sans objectifs chiffrés et sans mesures réellement coercitives. C'est de la communication ? C'est de l'affichage ?

7:34
Jean-christophe Lagarde

C'est une bonne chose de sa part d'essayer. Je ne suis pas sûr que ce soit que de la communication. Sans doute même est-il convaincu qu'il faudrait que les entreprises le fassent. Simplement, le problème, c'est qu'il n'y a aucune incitation, aucun pouvoir. Donc, on est un peu dans la bonne intention qu'il essaye de faire partager.

7:50
Présentateur

Le gouvernement dit quand même, le ministre Jacques Mézard dit quand même qu'il va faire du name and shame. Traduisons. Ça veut dire qu'il va nommer les entreprises qui ne s'investissent pas assez dans ces dossiers, dans les quartiers difficiles. Voyons, mais en réalité,

8:03
Jean-christophe Lagarde

ce qui serait nécessaire, je dis ça depuis 2005 et les émeutes graves que notre pays avait connus, c'est simplement la prise de conscience générale. Il n'y a pas de raison parce que vous êtes né et que vous avez grandi dans le mauvais quartier, parfois même avec la mauvaise couleur de peau, si j'ose dire, pour que vous soyez maltraité alors que vous avez respecté les règles du jeu. C'est nécessaire que le président de la République le fasse. C'est souhaitable et plus que souhaitable de faire en sorte que les entreprises réalisent la richesse que représenterait la diversité pour eux. Une partie, d'ailleurs, l'ont réalisé et mis en oeuvre.

Mais en réalité, c'est l'ensemble de la société française qui devrait se dire faisons de tout ça une force parce que c'est une force. Sinon, c'est tout le temps utilisé comme une façon de dégrader notre capacité à bâtir la France ensemble. Il n'y a pas que l'équipe de France qu'on doit bâtir ensemble. Il y a aussi toute la France.

8:51
Présentateur

Jean-Christophe Lagarde, député de Seine-Saint-Denis, vous avez siégé assez tard à l'Assemblée la nuit passée pour débattre de la réforme constitutionnelle. Vous proposez un septennat non renouvelable. Expliquez-nous ça.

9:02
Jean-christophe Lagarde

Oui, parce que depuis le quinquennat, le président de l'Assemblée nationale et l'Assemblée nationale ont la même durée du mandat. Ce qui veut dire qu'en réalité, l'Assemblée nationale est totalement, puisqu'elle est élue dans la foulée du président de la République, dévouée, j'allais dire, soumise au président de la République. Et ce n'est pas le fait de cette majorité seulement, c'est aussi cette majorité. Mais on l'a vu avec Nicolas Sarkozy, avec François Hollande. En réalité, l'Assemblée nationale ne peut plus jouer son rôle.

9:24
Présentateur

On l'a vu aussi avec François Mitterrand, le général de Gaulle. Ils ont dit sous

9:27
Jean-christophe Lagarde

quand ils avaient besoin. Oui, sauf que le peuple français se prononçait. Le peuple français pouvait voter. Là, en réalité, il y a un certain nombre de... Enfin, ce que je cherche, c'est l'équilibre du pouvoir. Qu'on élise un président de la République, voire même qu'on lui donne une majorité à l'Assemblée nationale pendant cinq ans. Très bien. Mais il faut donner au président la capacité d'avoir le temps long et de ne pas être Premier ministre. De ne pas intervenir tous les matins, surtout, sur toutes les décisions qui relèvent normalement de Matignon. Et en réalité, on a glissé vers un régime présidentialiste et pas un régime présidentiel.

Qu'est-ce que c'est qu'un régime présidentiel comme aux Etats-Unis ? Vous avez un président qui a beaucoup de pouvoir. Mais vous avez une Assemblée nationale, un Parlement qui a aussi du pouvoir. En France, on a le président le plus puissant de tous les chefs d'État occidentaux et le Parlement le plus faible de tous les chefs d'État occidentaux. Alors, je sais bien que c'est dans la culture française parce que, pour dire la vérité, les Français adorent cette espèce de monarchie républicaine où on élie un roi et où on lui coupe la tête tous les cinq ans.

Mais c'est un système où, avec le président le plus puissant et le Parlement le plus faible de tout l'Occident, de toutes les démocraties, nous sommes le pays qui nous sommes le moins réformés au cours des 40 dernières années. C'est ça, la réalité. C'est-à-dire que c'est l'apparence de la puissance et de l'efficacité et c'est en réalité la matrice, le moteur de l'inefficacité qui est la nôtre.

10:42
Présentateur

Le septennat, c'est rouvrir la possibilité d'avoir des cohabitations.

10:46
Jean-christophe Lagarde

Oui. Dans les trois périodes de cohabitation, c'était avec Jacques Chirac, avec Édouard Balladur et avec Lionel Jospin, je vous affirmais que ce sont les trois périodes où nous avons été le mieux gouvernés. Le mieux gouvernés parce qu'il y avait effectivement un équilibre et j'observe d'ailleurs que la plupart des mesures, des lois qui ont été votées dans ces périodes-là n'ont pas été remises en cause par les oppositions de l'époque. Ça prouve bien qu'en réalité, ces lois, elles étaient acceptées, partagées.

Je veux dire aussi une chose, le septennat non-renouvelable aurait un intérêt, nous garantir qu'un président de la République, du jour où il rentre à l'Elysée, il ne cherche pas à y rester, il cherche simplement à servir pendant sept ans. Ça me paraîtrait beaucoup plus utile parce que là, aujourd'hui, on a un double quinquennat mais enfin, dès le premier quinquennat, le président, quel qu'il soit, l'actuel ou les passés, il pense qu'il y a une seule chose, c'est se faire réélire.

11:28
Présentateur

Jean-Christophe Lagarde, député de Seine-Saint-Denis, président du mouvement centriste UDI et notre invité. On vous attend au standard 01 45 24 7000. France Inter, le 6-9 de l'été, intervenez. Serge est en ligne, bonjour. Oui, bonjour. On vous écoute.

11:46
Auditeur

Merci de prendre ma question. Je suis enseignant d'éducation physique depuis plus de 30 ans en Seine-Saint-Denis. Alors, on est très, très fiers. La République est très fière du parcours des Bleus et tout le monde a souligné, évidemment, leur comportement, le modèle que c'est pour la jeunesse.

12:02
Présentateur

Mais ?

12:02
Auditeur

Mais, mais, je voudrais reprendre ce qu'a dit M. Lagarde en début d'intervention. Que fait la République pour les droits des gamins, pour l'accès de tous contre les inégalités ? En matière d'installation sportive, ils seraient donc très, très important en Seine-Saint-Denis, dernier département de France en matière d'installation, d'avoir, comme ça a été dit, un plan d'urgence en Seine-Saint-Denis pour rattraper le retard d'ici à 2024 puisque tout le monde le sait, il va y avoir les Jeux Olympiques en 2024. Merci.

12:31
Présentateur

Serge qui nous appelait de Seine-Saint-Denis. Jean-Christophe Lagarde.

12:34
Jean-christophe Lagarde

J'approuve à 100% ce que dit Serge. D'abord, ça s'est fait une fois par le passé, c'était un plan porté par David Douillet et mon ami Maurice Leroy lorsqu'ils étaient respectivement ministres des sports et ministres de la ville pour répondre à quoi ? La Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune de France, a priori, potentiellement le plus sportif et qui a le moins d'installation. Pourquoi ? Parce que la pauvreté des communes fait que nous n'avons pas d'installation sportive suffisante à offrir. C'est vrai sur la...

12:58
Présentateur

Les JO,

12:58
Jean-christophe Lagarde

ça ne va pas vous aider ? Ça devrait nous aider mais pour l'instant, ce n'est pas le cas. Les JO se passeront en Seine-Saint-Denis, à Saint-Denis et au Bourget, mais en réalité, enfin principalement, mais en réalité, aujourd'hui, il n'y a pas de plan de rattrapage et il est urgent. Ça peut paraître bizarre à beaucoup de personnes d'entendre ça, à toutes celles qui ne connaissent pas ce département. La réalité, c'est que nous sommes obligés en permanence de renoncer et de refuser à des équipes sportives de développer leur club tout simplement faute d'installation.

Quand j'étais maire, vous le disiez à Azulion tout à l'heure, il a fallu que je construise deux gymnases, il en faut encore deux de plus. Il a fallu que je rénove et modernise trois terrains de foot pour qu'on arrive en permanence à les utiliser. Il y a encore besoin d'étendre une piscine parce que la moitié des gamins de Seine-Saint-Denis ne savent pas nager parce qu'on ne peut pas les emmener dans les piscines. Il faut se rendre compte que ce retard cumulé par la pauvreté des communes, c'est ce que je vous disais tout à l'heure, cumuler les pauvretés et les difficultés sociales,

13:57
Présentateur

ça fait que vous n'avez pas les moyens d'y répondre. Pourtant, Jean-Christophe Lagarde, il y a trois semaines, vous expliquiez que 60% de ce que fait le gouvernement vous convient. Vous êtes donc 60% dans la majorité. Ce matin, on vous entend très critique sur la situation.

14:12
Jean-christophe Lagarde

Attendez, moi je refuse cette espèce de truc. Tu es dans la majorité, donc tu es d'accord avec tout ce que tu dis. Tu es dans l'opposition.

14:17
Présentateur

Vous êtes à 60% dans la majorité.

14:19
Jean-christophe Lagarde

Tu es dans l'opposition, ce qui est mon cas, et tu es contre tout. Je fais comme n'importe quel citoyen français. Je pense d'ailleurs que l'élection 2017 montre qu'ils demandent et qu'ils attendent de nous qu'on soit un peu moderne et surtout qu'on soit sincère. Il y a des choses que fait le gouvernement et qui me paraissent excellentes. Et puis il y a des oublis quand il a réformé le Code du Travail, quand il réforme la SNCF, quand il met le paquet sur l'école primaire et l'éducation nationale, sur les CPDD, etc. Voilà, ça c'est très bien et je ne vais pas le critiquer au prétexte que je ne suis pas membre de cette majorité.

Et à l'inverse, lorsque le gouvernement augmente la CSG sur les retraités, c'est-à-dire qu'il fait payer la compétitivité des entreprises françaises à une seule génération, je trouve que c'est une erreur. Lorsqu'on voit une vision, je parlais tout à l'heure des banlieues, très centrée sur les métropoles et oubliant à la fois les banlieues et la ruralité, je pense qu'il se trompe et je l'avais dit au président de la République, je trouve parfaitement légitime de miser sur les premiers de cordée. Parce qu'on a besoin, dans une équipe, on a besoin que les premiers réussissent le mieux pour tirer l'équipe vers l'avant. Mais il faut faire attention à ce qu'ils n'aient pas coupé la corde.

Parce que dans ces cas-là, le reste de la cordée, il est tombé.

15:28
Présentateur

Retour au standard de France Inter, 01-45-24-7000. Pierre est en ligne. Bonjour Pierre.

15:34
Auditeur

Bonjour. On vous écoute. Bonjour Monsieur Lagarde.

15:37
Jean-christophe Lagarde

Bonjour Monsieur.

15:38
Auditeur

Voilà, Monsieur Lagarde, avec d'autres groupes dans l'opposition à l'Assemblée nationale, de façon à avoir la majorité, est-ce que vous pourriez demander le retrait de l'augmentation de la CSG pour les retraités ? Voilà ma question.

15:51
Présentateur

Êtes-vous concerné, Pierre, par cette hausse de la CSG ? Exactement. Jean-Christophe Lagarde vous répond. Merci Pierre.

15:57
Jean-christophe Lagarde

Alors, nous l'avons demandé au moment du vote. Nous continuerons à le demander parce que je pense, comme je viens de l'expliquer, que la génération qui est la vôtre, si vous êtes concerné, n'a pas à payer toute seule la compétitivité française. Nous avons une difficulté qu'il ne faut pas cacher. Pour financer notre protection sociale, nous prélevons tout aujourd'hui sur les salaires et les retraites. Nous, nous pensons que c'est sur la consommation qu'il faudrait le faire. Pourquoi ? Parce que sur la consommation, ça frappe les produits étrangers. Donc, c'est la TVA.

Aujourd'hui, seul ce qui est fabriqué en France paye notre protection sociale, nos retraites, nos médicaments, voire même nos assurances chômage. En Allemagne, depuis 21 ans maintenant, en 1997, une partie de ce qu'ils consomment et qui est produit à l'étranger finance leur protection sociale. Pourquoi est-ce que nous finançons-nous quand on achète un produit allemand ? Nous finançons la protection sociale allemande mais quand on vend un produit à l'Allemagne, nous lui finançons sa protection sociale mais quand on achète un produit allemand, ça ne paye pas notre protection sociale.

16:53
Présentateur

Donc, mieux vaudrait baisser la CSG et augmenter la TVA ?

16:56
Jean-christophe Lagarde

Bien sûr. Et d'abord, ça serait plus juste, ça serait plus équitable mais surtout, ça serait plus efficace puisque nous ne serions pas à nous tirer une balle dans le pied dans ce système où seul notre travail paye notre protection sociale et pas le travail de ce qu'on achète à l'étranger. Le Figaro nous révèle ce matin

17:11
Présentateur

les grandes lignes du rapport CAP 22 pour réduire la dépense publique. Le Figaro donc s'est procuré la copie de ce rapport qui préconise de baisser la dépense publique de 30 milliards d'euros avec plusieurs mesures, par exemple, supprimer les doublons entre l'État et les collectivités ou changer le statut des fonctionnaires pour qu'ils puissent passer plus facilement d'une fonction publique à l'autre. Globalement, il faut y aller, il faut baisser la dépense publique parce que tous les élus disent qu'il faut baisser la dépense publique mais jamais chez eux, jamais dans leur précaré.

17:43
Jean-christophe Lagarde

Non mais c'est une évidence qu'il faut baisser la dépense publique depuis 40 ans. La France dépense plus d'argent qu'elle n'en produit. Résultat, nous avons endetté nos enfants et nos petits-enfants à hauteur de 2300 milliards d'euros en 40 ans. C'est-à-dire qu'à un moment ou à un autre, on va refuser de nous prêter et à ce moment-là, la baisse de la dépense publique, si elle n'est pas organisée, elle sera subie comme ça a été le cas en Grèce où on a diminué les retraites, je crois, de 40 %, où les salaires des fonctionnaires ont dû être divisés par deux, où on a licencié des fonctionnaires tout simplement parce qu'ils ne pouvaient plus payer. Et donc, bien sûr qu'il faut le faire.

Alors, il faut le faire dans des mesures structurelles. J'entendais, je n'ai pas lu encore le rapport naturellement, mais j'entendais le doublon entre les administrations d'État et de collectivités locales. Mais bien sûr, ça se passe sans arrêt. Ça continue. Mais il faut le faire aussi en simplifiant. Regardez ce qui s'est passé dans la région Île-de-France où on avait, lorsque j'ai été élu maire en 2001, on avait trois niveaux d'administration. La commune, le département, la région. Aujourd'hui, on en a cinq. Cinq niveaux. On attend toujours les décisions du Président de la République sur le Grand Paris.

Aujourd'hui, vous avez la commune, vous avez le territoire, vous avez le département, vous avez le Grand Paris et vous avez la région. Cinq niveaux, c'est-à-dire cinq administrations qu'on paye, cinq fois des réunions pour parler du même sujet, une perte de temps et une perte d'argent. Donc, il y a aussi dans l'organisation de l'État beaucoup de choses à faire. Et cinq niveaux d'élus,

18:57
Présentateur

les élus sont prêts à sacrifier leur département ou leur région ou leur commune et donc à sacrifier leur mandat.

19:02
Jean-christophe Lagarde

Les deux niveaux d'élus qui ont été créés, territoire et région, pardon, et métropole du Grand Paris, ce sont les mêmes élus. Il n'y a pas eu d'élus en plus. Donc, ils travaillaient différemment avant. On peut les faire travailler et croyez bien, je pense que tous y aspirent.

19:16
Présentateur

On va retourner au standard où nous attend Hélène. Bonjour, soyez la bienvenue sur l'antenne de France Inter.

19:21
Auditeur

Allô, bonjour messieurs et bonjour France Inter et merci à vous d'être présents. Avec plaisir. Je voulais juste en deux minutes je vais essayer de résumer l'exemple de ma vie pour montrer que des fois, la société, si elle nous aidait, je veux bien que M. Macron nous dise toujours allez-y, entreprenez, vous allez voir, vous allez vous en sortir. Mais des fois, ça ne marche pas. Moi, mes parents étaient pauvres, mais pauvres, ce qu'on appelle pauvres. Donc moi, je voulais faire des études parce que j'avais des moyens intellectuels. Je n'ai pas pu faire d'études, voilà. Donc, 55 ans, je suis au RSA.

Alors, j'ai repris des études à 30 ans, passé, j'ai eu ce courage j'ai eu ma licence, je mentionne très bien licence de sociologie. Donc, intellectuellement, je raisonne, etc. Donc, quand j'entends un président de la République me dire mais allez-y, entreprenez, allez-y, mais moi, je ne demande que ça. Je n'ai toujours demandé que ça toute ma vie.

20:11
Présentateur

Merci Hélène de votre témoignage. Précisons que Jean-Christophe Lagarde n'est pas marcheur, qu'il n'est pas porte-parole du gouvernement ou soutien inconditionnel d'Emmanuel Macron. Cela dit, Jean-Christophe Lagarde, que répondre à des personnes comme Hélène qui, dès le départ, sont handicapés financièrement parlant et malgré des possibilités intellectuelles, malgré des capacités, sont plombés, en quelque sorte, toute leur vie.

20:35
Jean-christophe Lagarde

La première des choses, c'est de remettre le paquet sur l'école et sur la capacité. Ce que je disais tout à l'heure pour les gamins qui rêvent de devenir Mbappé, ce que je dis pour le cas de madame, c'est d'abord à l'école que tu as ta chance. Mais ça veut dire que l'école, elle doit être, comment dirais-je, beaucoup plus individualisante quand on regarde le potentiel de chaque élève alors que là, on est sur des méthodes qui sont systématisées, globales et uniformisées. La deuxième chose, c'est qu'il faut aussi qu'on généralise les écoles de la deuxième chance.

Ça peut arriver que pour des conditions sociales, des conditions familiales, on rate la marge de l'école, que l'école vous rate vous-même. Mais ça ne veut pas dire que vous n'avez pas un potentiel. Et ce potentiel, la République a tout intérêt à investir socialement dessus. Pourquoi ? Parce que sinon, comme dit madame, je suis au RSA, je coûte à la société alors que je pourrais lui apporter. Et on a cet investissement à faire. Vous reprenez un département que je connais bien, le mien, des écoles de la deuxième chance. Il y a 40 communes, je crois qu'il y en a 3 ou 4.

Or, des milliers de personnes ont raté la marge de l'école et ce n'est pas la peine d'attendre qu'ils soient à la retraite pour faire quelque chose. Il y a largement de quoi les rattraper. Maintenant, ça coûterait moins cher d'investir sur ces personnes-là et ça rapporterait même derrière en croissance et en énergie à la société que de les laisser dans la situation que madame subit.

21:45
Présentateur

Merci beaucoup Jean-Christophe Lagarde d'avoir été l'invité du grand entretien de France Inter. Vous êtes président du mouvement centriste UDI. Vous êtes député de Seine-Saint-Denis. Pardon aux auditeurs qui patientaient au standard. Il y avait d'autres appels mais le temps file. Merci également à nos auditeurs qui se sont manifestés sur France Inter.fr. On parle beaucoup du quinquennat, du septennat et encore de football. Bonne journée à tous. s'il est 8h42.