Sortie de "Guerre", un inédit de Céline : "Le contact avec ces manuscrits était très émouvant"
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Questions et réponses
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- 2:02OuverteRéponse directe
Quel sentiment éprouvez-vous en ayant ce livre en main ?
- 3:08OuverteRéponse directe
Et vous, Pascal Fouché, de l'émotion aussi en plus du travail que vous avez fait ?
- 3:36RelanceRéponse directe
Vous dites une découverte, c'est-à-dire...
- 4:26OuverteRéponse directe
On va revenir évidemment dans Guerre, dans le cœur du livre, mais je voudrais qu'on retrace pour nos auditeurs le périple de ces manuscrits qui ressurgissent du néant.
- 6:40OuverteRéponse directe
Je raconte à gros traits, très rapidement, Pascal Fouché l'histoire. Au cœur de la réapparition, il y a Jean-Pierre Thibauda...
- 7:40OuverteRéponse directe
On parle de combien, de quel volume, Pascal Fouché, de textes, de feuillets ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:19InvitéFait
« ce sont des textes sur lesquels on court depuis, je ne sais pas, 60 ans, peut-être plus »
- 2:21InvitéFait
« l'émotion, ça a été quand j'ai eu en main le manuscrit lui-même »
- 2:38InvitéFait
« le manuscrit est en très bon état »
- 3:41InvitéFait
« Céline avait évoqué la guerre dans Voyage au bout de la nuit, mais très brièvement »
- 3:55InvitéFait
« On savait qu'il y avait des manuscrits qui avaient disparu, mais qu'il y ait un manuscrit sur la guerre, qui est en fait la fin de la guerre, puisque c'est le moment où il est blessé et où il va être soigné, on ne le savait pas. »
- 4:10InvitéFait
« Cette découverte, et puis cette écriture qui toujours nous fascine »
- 5:01InvitéFait
« On ne le savait pas, mais Céline le savait quand même. »
- 5:12InvitéFait
« dans les lettres qu'il a envoyées, il s'est toujours plaint du fait qu'Oscar Rosenbli »
- 5:35InvitéFait
« C'est un volume considérable. »
- 5:58InvitéFait
« Or, quand on a découvert les manuscrits il y a deux ans, eh bien, c'était exactement les textes. Le contenu. »
- 6:51PrésentateurFait
« Il dit qu'un de ses lecteurs lui a remis, il y a une bonne dizaine d'années, les milliers de feuillets de Céline sous couvert d'anonymat. »
- 7:02PrésentateurFait
« Il les a gardés retranscrits, puis les a remis à l'avocat Emmanuel Pierrat quelques semaines après la disparition fin 2019 à 107 ans de la veuve de Céline Lucette Détouche. »
- 7:12InvitéFait
« la personne qui lui a donné lui a interdit de les donner à Mme Céline de son vivant. »
- 7:47InvitéChiffre
« On parle de plusieurs milliers de feuillets. »
- 7:50InvitéChiffre
« le manuscrit de guerre lui-même fait 250 feuillets. »
- 7:54InvitéChiffre
« le manuscrit de Londres, par exemple, fait 4 ou 5 fois plus, un peu plus de 1100 feuillets. »
- 8:32InvitéFait
« On fait des hypothèses. Évidemment, les séliniens, on ne sera pas tous d'accord sur la chronologie. »
- 8:44InvitéFait
« Céline a écrit ce petit roman, Guerre, au moment où il écrivait Mort à crédit. »
- 9:00InvitéFait
« il prévoit dans Mort à crédit de traiter son enfance, la guerre et Londres. »
- 9:06InvitéFait
« Or, il ne publie finalement que le premier tiers. »
- 10:01InvitéFait
« il ne raconte pas réellement ce qu'il se passe entre août et octobre 1914, le moment où justement il est engagé dans les combats. »
- 10:11InvitéFait
« On le retrouve au début de guerre blessé, comme on sait que Louis Détouche a été blessé. »
- 10:22InvitéFait
« Il a pris une balle dans le bras et il est blessé et il est récupéré par des soldats anglais et conduit à l'hôpital. »
- 10:36InvitéFait
« ça correspond à ce moment de sa vie, mais comme avec Céline, toujours, son imagination prend le pas sur la réalité »
- 11:35InvitéFait
« Céline n'était pas un écrivain d'imagination, en ce sens que il y a un fond de vérité dans tout ce qu'il écrit. »
- 11:44InvitéFait
« il l'écrit généralement avec une vingtaine d'années de retard. »
- 12:45InvitéFait
« Il dit qu'il a reçu une balle dans l'oreille, ce qui n'est pas vrai. »
- 12:47InvitéFait
« Il a effectivement reçu un coup et été blessé à l'oreille. »
- 12:52InvitéFait
« Il a ressenti toute sa vie des bourdonnements dans la tête. »
- 13:28InvitéFait
« il écrit 20 ans après les faits, mais on sent combien la mort est présente dans ce livre. »
- 13:36InvitéFait
« Il y a deux thèmes principaux dans le livre qui sont les thèmes de toute l'œuvre de Céline, c'est la guerre et la mort. Et le sexe. »
- 14:00InvitéFait
« On se demande si l'éditeur à l'époque l'aurait publié, quand on sait que des bouts de mort à crédit ont été censurés par son éditeur. »
- 14:27InvitéFait
« Il a manifestement une liaison avec cette infirmière qui le soigne. »
- 14:34InvitéFait
« il a une liaison aussi avec la femme d'un souteneur, donc une prostituée, avec laquelle il va partir pour Londres »
- 14:48InvitéFait
« On sait qu'il part à Londres, mais après, il part de Paris après avoir été soigné au Val-de-Grâce. »
- 15:51InvitéFait
« il a craint et a raison la seconde guerre. »
- 15:58InvitéFait
« Il en a subi les conséquences et son œuvre est traversée par cette épreuve et par la guerre et donc par la mort aussi. »
- 16:28PrésentateurFait
« Il y a une scène incroyable, celle de la visite de ses parents sur son lit de convalescent. »
- 17:57InvitéFait
« effectivement c'est un manuscrit en plus c'est un manuscrit de premier jet »
- 18:38InvitéFait
« il reste quelques petits mots qu'on n'a pas pu lire malgré toute l'aide que mon éditeur et que les ayants droit m'ont apporté »
- 20:02InvitéFait
« pour moi c'est très difficile de distinguer l'écrivain du passé qu'il a eu pendant la seconde guerre mondiale à savoir un passé de collaborationniste et d'antisémitisme »
- 20:55InvitéFait
« le grand collaborationniste il ne faut pas exagérer »
- 21:03InvitéFait
« mais on a parlé aussi du collaborationniste il a été jugé par défaut c'est-à-dire sans avocat et il a été condamné à un an de prison »
- 21:20InvitéFait
« moi j'ai vu le dossier de Céline de collaboration il n'y avait vraiment pas grand chose »
- 21:28InvitéFait
« l'antisémitisme c'est évidemment autre chose »
- 21:50InvitéFait
« Céline était antisémite ça c'était une rare évidence »
- 23:04InvitéFait
« on ne peut pas contester que Céline a écrit des ouvrages qui sont abjects »
- 23:17InvitéFait
« dont tout le monde reconnaît qu'il est un des grands écrivains du XXe siècle »
- 23:24InvitéFait
« le fait d'être un génie n'empêche pas d'être un salaud »
- 23:38InvitéFait
« Céline a écrit des pamphlets antisémites qu'il a ensuite d'ailleurs renié »
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France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9 C'est drôle, il y a des êtres comme ça, ils sont chargés. Ils arrivent de l'infini, viennent apporter devant vous leur grand barda de sentiments comme au marché. Ils se méfient pas, ils déballent n'importe comment leurs marchandises. Ils savent pas comment présenter bien les choses. On n'a pas le temps de fouiller dans leurs affaires forcément, on passe. On se retourne pas, on est pressé soi-même, ça doit leur faire du chagrin. Ils remballent peut-être, ils gaspillent, je ne sais pas. Qu'est-ce qu'ils deviennent ? On n'en sait rien du tout. Ils repartent peut-être jusqu'à ce qu'ils ne leur en restent plus, et alors où qu'ils vont ?
C'est énorme la vie quand même, on se perd partout. Voilà, c'était un court extrait de guerre, l'inédit de Louis Ferdinand Céline, que les éditions Gallimard publient la semaine prochaine, jeudi 5 mai. Deux invités pour nous raconter comment ce livre arrive entre nos mains. Le premier est historien, spécialiste de l'édition, il est l'éditeur de ce texte de Céline. Le second est avocat, grand ami de Lucette Détouche, la veuve de l'écrivain ayant droit de Céline, et auteur de l'avant-propos de guerre. Pascal Fouché, François Gibault, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin.
On va retracer dans une seconde l'histoire folle, romanesque, et les mots sont faibles, qui a conduit à la publication de cette inédite Céline, et de ceux qui vont suivre, à l'automne prochain, Londres et la volonté du roi Krogol, depuis en 2023, avec la nouvelle édition de Caspic. Mais un mot d'abord, un mot, quel sentiment éprouvez-vous en ayant là, ce matin, il est 8h24, ce livre en main, dans la collection blanche de Gallimard, cette inédite Céline que le public va pouvoir lire dans quelques jours. Est-ce tout simplement de l'émotion, François Gibault ?
C'est d'abord une immense satisfaction, parce que... C'était pas gagné, hein ? C'était pas gagné, c'était pas évident, ce sont des textes sur lesquels on court depuis, je ne sais pas, 60 ans, peut-être plus, et aussi une grande émotion. Mais l'émotion, ça a été quand j'ai eu en main le manuscrit lui-même. Lire un livre comme ça, c'est une chose, mais découvrir surtout un manuscrit qu'on cherchait depuis des années, et qu'on a devant soi, en main, dans un bon état, ça a été un miracle, ça, parce que j'avais peur que ces manuscrits se... et ces journées dans des caves humides...
Non, le manuscrit est en très bon état, et l'émotion, évidemment, était très forte, surtout que moi, j'avais travaillé sur le dernier Céline, qui était rigodon pendant très longtemps, de nombreux mois, avec Mme Céline, d'ailleurs, et le contact avec le manuscrit, c'est vraiment très émouvant.
Et vous, Pascal Fouché, de l'émotion aussi, en plus du travail que vous avez fait pour rétablir le texte ?
C'est forcément de l'émotion, mais c'est aussi une découverte d'un écrivain qui, comme d'habitude, nous surprend, nous étonne, toujours se renouvelle, c'est une époque de sa vie qu'il n'avait pas encore racontée, qu'on ne connaissait pas dans son œuvre, et donc ça apporte aussi sur la connaissance de...
Vous dites une découverte, c'est-à-dire... Absolument, parce que... C'est un nouvel éclairage sur l'écrivain.
Oui, Céline avait évoqué la guerre dans Voyage au bout de la nuit, mais très brièvement, et là, c'est vraiment le centre du livre, et on ne connaissait pas l'existence de ce manuscrit. On savait qu'il y avait des manuscrits qui avaient disparu, mais qu'il y ait un manuscrit sur la guerre, qui est en fait la fin de la guerre, puisque c'est le moment où il est blessé et où il va être soigné, on ne le savait pas. Donc cette découverte, et puis cette écriture qui toujours nous fascine, entre Voyage au bout de la nuit et puis les ouvrages postérieurs, et dont on sent très bien l'écriture intense et ce qui l'habite.
Alors on va revenir évidemment dans Guerre, dans le cœur du livre, mais je voudrais qu'on retrace pour nos auditeurs le périple de ces manuscrits qui ressurgissent du néant. Il faut revenir à la fin de la Seconde Guerre mondiale, juin 1944, Céline, collaborateur notoire, fuit Paris pour l'Allemagne et le Danemark. Il laisse derrière lui des manuscrits, dans une armoire de son appartement de Montmartre. Il n'aura de cesse par la suite de dire qu'on les lui a volés, qu'il a été pillé. De fait, les manuscrits ont disparu. Où sont-ils passés ? Ça, on ne le savait pas, François Gibault.
On ne le savait pas, mais Céline le savait quand même. Et donc on le savait nous aussi un petit peu, puisque dans les lettres qu'il a envoyées, il s'est toujours plaint du fait qu'Oscar Rosenbli, qu'il connaissait d'ailleurs, qui travaillait, on dit qu'il établissait sa comptabilité, il connaissait donc l'appartement et il connaissait le contenu de l'appartement. Car Céline, partant avec sa femme et son chat en train, a emporté des manuscrits, mais il n'a pas pu tout emporter. C'est un volume considérable. Et donc on le savait.
Et ce qui est tout à fait intéressant, c'est de savoir que dans les lettres de Céline, quand il est en prison au Danemark ou après, quand il est au Danemark, il dit voilà ce que j'ai laissé là-bas. Et voilà ce qu'on m'a volé. Or, quand on a découvert les manuscrits il y a deux ans, eh bien, c'était exactement les textes. Le contenu. Voilà. Donc, toute cette histoire, les Célineens la connaissaient. Moi je la connaissais parce que j'avais travaillé sur une biographie de Céline que j'ai publiée il y a longtemps. Et le miracle est intervenu, c'est-à-dire que tout d'un coup, on m'a téléphoné pour me dire que ces manuscrits avaient été retrouvés.
Voilà. C'est l'été dernier, le quotidien Le Monde qui publie un article fascinant intitulé Les trésors retrouvés de Louis Ferdinand Céline. Je raconte à gros traits, très rapidement, Pascal Fouché l'histoire. Au cœur de la réapparition, il y a Jean-Pierre Thibauda, ex-critique théâtrale du quotidien Libération. Il dit qu'un de ses lecteurs lui a remis, il y a une bonne dizaine d'années, les milliers de feuillets de Céline sous couvert d'anonymat. Il les a gardés retranscrits, puis les a remis à l'avocat Emmanuel Pierrat quelques semaines après la disparition fin 2019 à 107 ans de la veuve de Céline Lucette Détouche. Donc voilà, c'est à ce moment-là...
Avec cette précision que la personne qui lui a donné lui a interdit de les donner à Mme Céline de son vivant.
Voilà. Et c'est là où...
Donc il savait bien qu'elle en était propriétaire.
Voilà. Et c'est là que Maître Gibault intervient et récupère ses manuscrits à la police.
Enfin, il faut dire les choses simplement. Je suis, avec Véronique Chauvin, le héritier de Mme Céline. Et donc, indirectement, de Céline.
On parle de combien, de quel volume, Pascal Fouché, de textes, de feuillets ?
On parle de plusieurs milliers de feuillets. Mais le manuscrit de guerre lui-même fait 250 feuillets. Et le manuscrit de Londres, par exemple, fait 4 ou 5 fois plus, un peu plus de 1100 feuillets. Et donc, ce texte est assez court. Guerre est assez court. Mais Londres est beaucoup plus long. Et puis, il y a un manuscrit des manuscrits plus connus. Un manuscrit de mort à crédit. Oui, il y a des manuscrits déjà publiés. Et puis, des séquences de casse-pipe aussi qui vont venir compléter ceux qu'on connaît de casse-pipe.
Est-ce que vous diriez que ce qu'on a retrouvé là va modifier la perception qu'on a de l'œuvre de Céline ? Voir son architecture.
C'est surtout la chronologie de son œuvre que ça peut modifier. On fait des hypothèses. Évidemment, les séliniens, on ne sera pas tous d'accord sur la chronologie. Mais on imagine... Et moi, je crois que Céline a écrit ce petit roman, Guerre, au moment où il écrivait Mort à crédit. Donc, entre la publication de Voyage au bout de la nuit et la publication de Mort à crédit, il prévoit dans Mort à crédit de traiter son enfance, la guerre et Londres. Or, il ne publie finalement que le premier tiers. Il le dit à son éditeur. On va publier le premier tiers parce qu'il est déjà très gros, qui donne Mort à crédit. Donc, il nous manquait Guerre et Londres.
Et comme par hasard, dans les manuscrits retrouvés, nous avons effectivement un manuscrit qui est la guerre et un manuscrit qui est Londres.
Donc, Guerre, roman sur la guerre de 1914, l'action se situe dans les Flandres. Personnage principal, le brigadier Ferdinand, de sa grave blessure sur le champ de bataille jusqu'à son départ pour Londres. Vous le disiez tout à l'heure, Pascal Fouché, cette guerre, Céline l'avait partiellement racontée dans Voyage au bout de la nuit, mais il finissait le récit par une ellipse. Et puis, il s'est passé des choses et encore des choses qu'il n'est pas facile de raconter à présent à cause que ceux d'aujourd'hui ne les comprendraient déjà plus. C'est donc là qu'il reprend le récit, en quelque sorte, avec ce livre-là qui est publié.
Oui, alors il nous manque le début probablement puisqu'en fait, il ne raconte pas réellement ce qu'il se passe entre août et octobre 1914, le moment où justement il est engagé dans les combats. Mais on le retrouve au début de guerre blessé, comme on sait que Louis Détouche a été blessé. et il se réveille sur le champ de bataille. Il a pris une balle dans le bras et il est blessé et il est récupéré par des soldats anglais et conduit à l'hôpital. Et c'est tout ce séjour à l'hôpital qu'il va raconter dans guerre.
Alors, bien évidemment, ça correspond à ce moment de sa vie, mais comme avec Céline, toujours, son imagination prend le pas sur la réalité et là, c'est là qu'on a effectivement des scènes extraordinaires qui se déroulent en particulier à l'hôpital et dans le village. On va revenir
à l'hôpital. Dans l'avant-propos, François Gibault, vous dites que ces pages ont un accent de vérité, je vous cite, qui donne à penser qu'il s'agit de la relation de souvenirs vrais, mais vous nuancez à l'extrême ce qu'on pourrait simplifier en disant que c'est un livre autobiographique. Vous montrez que c'est beaucoup plus compliqué que ça chez Céline. Il raconte évidemment une expérience vécue, mais en même temps, la littérature le diffracte, le réfracte de mille manières. On est donc dans un autre rapport à la vérité factuelle.
J'ai écrit quelque part que Céline n'était pas un écrivain d'imagination, en ce sens que il y a un fond de vérité dans tout ce qu'il écrit. Mais il l'écrit généralement avec une vingtaine d'années de retard. Et à ce moment-là, c'est l'imagination de l'écrivain qui intervient, qui déforme les faits. Alors il y a donc un fond de vérité, mais heureusement, l'écrivain est intervenu et son imagination a travaillé et ça donne des chefs-d'oeuvre.
Il y a cette phrase dans le roman « J'ai attrapé la guerre dans ma tête. » « J'ai attrapé la guerre dans ma tête. » Comment la comprendre, Pascal Fouché ?
Je crois que c'est une phrase qui résume très bien à la fois l'oeuvre dont on parle, puisque c'est effectivement le récit de cette blessure, et puis ce qui va marquer l'écrivain. On sait que Céline a été marquée par cette guerre de 14 et que toute sa vie il a ressenti les séquelles de ses blessures. Alors effectivement, là encore, il romance, il enjolive un peu la vérité. Il dit qu'il a reçu une balle dans l'oreille, ce qui n'est pas vrai. Il a effectivement reçu un coup et été blessé à l'oreille. Il a ressenti toute sa vie des bourdonnements dans la tête. Il l'a dit à de nombreuses reprises. Et donc, ça a conditionné son existence à la fois d'écrivain, mais aussi de médecin et d'homme.
Et il en a été profondément marqué. Et vraiment, ce récit, cette expérience est formidable.
La guerre m'avait donné aussi à moi une mère, pour moi tout seul, mère M.E.R. Pour moi tout seul, une grondante, une bien toute bruyante dans ma propre tête. Vive la guerre ! Point d'exclamation.
On sent, il écrit 20 ans après les faits, mais on sent combien la mort est présente dans ce livre. Combien il a été marqué. Il y a deux thèmes principaux dans le livre qui sont les thèmes de toute l'œuvre de Céline, c'est la guerre et la mort. Et le sexe. Et puis le sexe. Et puis le sexe. Il y a quand même beaucoup, beaucoup. Voilà.
Le sexe, alors, je ne peux pas lire les extraits à cette heure-ci, si on avait fait cette émission peut-être plus tard dans la nuit. Mais alors, c'est décrit, c'est vraiment...
Oui, oui, on ne sait pas... On se demande si l'éditeur à l'époque l'aurait publié, quand on sait que des bouts de mort à crédit ont été censurés par son éditeur. Alors expliquez-nous
ce qui se joue là.
Il n'aurait certainement pas publié de cette façon-là. mais aujourd'hui, malgré tout... Aujourd'hui, le temps a passé.
Le temps a passé. Par à 8h36, c'est un peu compliqué encore de raconter ce qui se passe avec Mademoiselle Lespinache, infirmière. Alors voilà,
il se passe... Il a manifestement une liaison avec cette infirmière qui le soigne. Et puis ensuite, il a une liaison aussi avec la femme d'un souteneur, donc une prostituée, avec laquelle il va partir pour Londres, d'ailleurs, et qu'on retrouvera dans Londres. Ça, c'est la partie romancée, parce qu'il ne part pas... On sait qu'il part à Londres, mais après, il part de Paris après avoir été soigné au Val-de-Grâce. Donc là, il a pris quelques libertés avec la vérité.
Dans le roman, effectivement, le roman se termine au moment où il va partir pour Londres et pour y retrouver cette prostituée et un de ses clients avec lequel il y a eu une scène d'anthologie puisque la prostituée qui s'appelle Angèle lui fait jouer le rôle de son mari qui la surprend avec son client et son client leur propose de les emmener à Londres et on va les retrouver dans le roman suivant qui paraîtra à la rentrée.
Guerre, mort, sexe, comment fonctionne ce triangle dans l'œuvre de Céline ? Vous avez dit l'un et l'autre qu'il était absolument crucial pour comprendre les livres.
La guerre a marqué... La vie de Céline a été marquée profondément par cette guerre, non seulement les séquelles mais il a craint et a raison la seconde guerre. Il en a subi les conséquences et son œuvre est traversée par cette épreuve et par la guerre et donc par la mort aussi puisqu'il a frôlé la mort de près manifestement. On le voit bien, on le sent et il en a toujours été marqué et son expérience de médecin aussi profondément. La mort, il l'a aussi connue comme médecin. Il a été confronté toute sa vie à la mort.
Il y a une scène incroyable, celle de la visite de ses parents sur son lit de convalescent. Il s'exclame « Jamais j'ai vu ou entendu quelque chose d'aussi dégueulasse que mon père et ma mère. » C'est de la haine et du comique pur. Je ne sais pas comment le dire autrement.
C'est du Céline. Déjà dans « Mort à crédit, il n'est pas tendre avec ses parents mais là, c'est encore pire. Effectivement, ça fait partie de ces scènes d'anthologie du roman qui sont formidables parce qu'on rit tellement c'est excessif. Là, c'est énorme. Alors qu'on sait qu'il avait des relations très apaisées avec ses parents donc c'est forcément le romancier qui parle.
On va passer au standard de France Inter où nous attendent les auditeurs. Je salue Yves. Yves, vous nous appelez d'Orléans. Bonjour et bienvenue. Oui, bonjour. Je vous écoute. On vous écoute. Je voulais savoir un peu de technique littéraire et technique de transcription parce que vous dites que c'est un manuscrit c'est-à-dire qu'il l'a écrit ce n'est pas un tatuscrit donc il y a des ratures il y a des pointillés est-ce que le style on retrouve le style brouillon quand même qu'on a dans les manuscrits est-ce qu'on le retrouve dans le guerre ou est-ce que c'est bien écrit ou est-ce que c'est bien corrigé ? Vous avez du mal à retranscrire tout ce qu'il avait à dire ?
Merci Yves pour cette question technique Pascal Fouché vous répond.
Oui, effectivement c'est un manuscrit en plus c'est un manuscrit de premier jet et on connaissait assez peu de manuscrits de premier jet on sait que Céline travaillait beaucoup ses textes faisait plusieurs versions qu'ensuite il faisait dactylographier une version qu'il estimait pratiquement aboutie et qu'il retravaillait encore sur cette version et qu'il retravaillait aussi sur les épreuves du livre là on a affaire à un manuscrit de premier jet qui est écrit de façon très rapide très rageuse avec son écriture de médecin qui est effectivement difficilement lisible donc il rature il réécrit entre les lignes et d'où la difficulté effectivement de transcrire un tel texte il reste quelques petits mots qu'on n'a pas pu lire malgré toute l'aide que mon éditeur et que les ayants droit m'ont apporté mais c'est quand même extraordinaire de découvrir comment du premier coup Céline arrive à un texte qui tient la route il faut bien le dire et qui est formidable et dont on voit bien dont on sent bien par quelques répétitions quelques maladresques qu'il l'aurait retravaillé forcément mais ce travail brut est aussi extraordinaire
C'est pas un brouillon c'est une esquisse c'est une promesse C'est un premier jet
C'est ce qu'on appelle un premier jet c'est la première rédaction finalement qui l'aurait forcément reprise et améliorée on le sent il y a des personnages qui changent de nom il y a des personnages dont les noms ne sont pas écrits de la même façon tout ça il y a peu de ponctuation tout ça aurait été corrigé bien évidemment par Céline François Gibault Pascal Fauché a fait un travail formidable parce que il y a des mots on a correspondu à ce sujet il y avait vraiment des mots très difficiles à lire et tu as je dois dire bien transcrit très bien transcrit
allez on retourne au standard Jean-François à Toulouse bonjour et bienvenue
oui bonjour bon je vais exprimer peut-être un lieu commun mais pour moi c'est très difficile de distinguer l'écrivain du passé qu'il a eu pendant la seconde guerre mondiale à savoir un passé de collaborationniste et d'antisémitisme ceci dit je ne suis pas du tout contre la publication de ce roman inédit voilà et je voulais poser la question suivante à vos invités comment se situe se positionne-t-il par rapport à ce lot passé de Céline pendant la deuxième guerre mondiale
merci merci Jean-François pour cette question qui revient beaucoup aussi sur l'application de France Inter Muriel nous interpelle avec vigueur Céline c'est une blague consacrée du temps d'antenne à ce personnage monstrueux ça me rappelle un sujet de philo peut-on séparer l'homme de son oeuvre donc beaucoup de questions sur ce thème François Gibault si vous voulez répondre à Jean-François Muriel
oui bien sûr alors le grand collaborationniste il ne faut pas exagérer enfin là on parle
des pamphlets antisémites c'était
non non non mais on a parlé aussi du collaborationniste il a été jugé par défaut c'est-à-dire sans avocat et il a été condamné à un an de prison alors que Brassica qui était condamné à mort beaucoup d'autres étaient condamnés à perpétuité ou à des très lourdes peines moi j'ai vu le dossier de Céline de collaboration il n'y avait vraiment pas grand chose voilà premièrement alors l'antisémitisme c'est évidemment autre chose je me suis personnellement battu pendant des années pour éviter toute republication des pamphlets madame Céline était d'accord avec moi nous avons tous les deux été d'ailleurs menacés menacés de mort par des lettres anonymes parce que on censurait Céline bon Céline était antisémite ça c'était une rare évidence mais il n'était pas seul il n'était pas seul il y avait Brasilla qui avait Drilleux-La Rochelle il y avait Bernanos Bernanos qui après la guerre a dit Hitler a déshonoré l'antisémitisme ça veut dire que sans Hitler bon mon dieu l'antisémitisme c'était c'était une chose normale il y avait Rebataille il y avait Maurras il y avait Jouando il y avait Giraudoux et il y en avait des quantités les frères Tarot Belbonard etc donc il n'était pas seul mais aujourd'hui on parle de Céline antisémite les autres les autres on a un peu oublié il y en a qui sont allés comme Paul Morand à l'Académie française là c'est
c'est les pamphlets qui marquent je pense je ne veux pas m'exprimer à leur place mais qui marquent les interventions de nos auditeurs sur cette question Pascal Fouché l'homme l'oeuvre et la comment dire l'oeuvre en elle-même il n'y a pas que l'homme et l'oeuvre il y a l'oeuvre aussi dans sa totalité
on ne peut pas contester que Céline a écrit des ouvrages qui sont abjects ça n'enlève rien à mon sens à son génie et à son oeuvre romanesque par ailleurs dont tout le monde reconnait qu'il est un des grands écrivains du XXe siècle donc effectivement le fait d'être un génie n'empêche pas d'être un salaud François Gibault bien sûr ça vous va comme conclusion le terme salaud évidemment est très péjoratif mais il est certain que Céline a écrit des pamphlets antisémites qu'il a ensuite d'ailleurs renié et qui sont d'une violence absolument extraordinaire mais ça n'enlève rien à son génie ça n'enlève rien à son génie et à son oeuvre formidable France Inter le fait d'être un des grands écrivains
à son oeuvre