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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 17 mai 2024 9 min

Quelles réponses aux émeutes en Nouvelle-Calédonie ? Olivier Faure est l’invité de ce 17 mai 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Locuteur 4

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.

0:10
Locuteur 3

Effectivement, député de Seine-et-Marne, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, vous préconisez face à l'embrasement de la Nouvelle-Calédonie, vous préconisez, vous, un retrait pur et simple du projet, du texte qui a déclenché cette flambée de violence. Vous avez d'ailleurs écrit au Président de la République, avec les présidents des deux groupes parlementaires, au Sénat et à l'Assemblée nationale, pour demander donc la suspension de ce projet de loi qui permet d'élargir le corps électoral aux élections locales de la Nouvelle-Calédonie. C'est pour vous le seul moyen de ramener le calme sur place ?

0:43
Locuteur 2

C'est l'histoire d'un incendiaire, d'un gouvernement incendiaire, qui jette les allumettes sur le bidon d'essence et qui ensuite crie au feu en espérant que personne ne relèvera sa responsabilité. Et donc, il y a là, évidemment, un problème qui est né non pas d'un seul coup, qui n'est pas né de l'extérieur, mais qui est né simplement de la gestion par le gouvernement. Tout simplement parce que vous avez un gouvernement depuis 1988, Michel Rocard. Nous avions un gouvernement qui était impartial et qui cherchait à entrer dans un processus de décolonisation. Ce processus, il a été, en réalité, toujours géré par Matignon. Il est, depuis Jean Castex, géré par le ministère de l'Intérieur.

On est passé de Matignon, c'est-à-dire le lieu de l'interministériel, le lieu où on parle à la fois économie, on parle culture, on parle de tous les sujets qui sont liés à la vie d'un territoire. On est passé à une gestion par le ministre de l'Intérieur. Et ce ministre a voulu passer en force, ce gouvernement est passé en force sur un projet qui n'avait pas été adopté par le Congrès de Nouvelle-Calédonie. Et voilà qu'en fait, après avoir mis le feu aux poudres, les mêmes nous expliquent qu'il faudrait rétablir l'ordre. Mais la réalité, c'est que sur ce territoire, rien n'est possible sans dialogue. C'est ce qu'avait compris Michel Rocard, c'est ce qu'avaient compris ses successeurs.

2:01
Locuteur 3

Vous parlez de Michel Rocard et des accords de Matignon en 1988. Est-ce qu'ils n'ont pas reporté le problème à plusieurs décennies plus tard ? Il y a eu trois référendums d'autodétermination, comme l'avaient prévu les accords Matignon en Nouvelle-Calédonie. Et trois fois, les néo-Calédoniens ont dit « maintien du territoire dans la République ». Alors pourquoi vous dites que c'était le début d'un processus de décolonisation, puisque finalement, la question a été quelque part tranchée ?

2:25
Locuteur 2

Alors la question, c'est beaucoup plus compliqué que ça. En réalité, d'abord, rappelons quand même à ceux qui nous écoutent, que la Nouvelle-Calédonie est l'une des deux colonies françaises avec l'Algérie, qui était une colonie de peuplement. Et donc c'est une histoire qui remonte à 170 ans, avec une réalité, c'est que la population mélanésienne, le peuple premier, comme l'on dit là-bas, le peuple kanak, n'est devenu minoritaire que dans les années 70.

Donc on est dans une situation qui est très particulière, avec un terreau qui est très inflammable, parce qu'il y a évidemment le sentiment d'être un peuple qui a été colonisé et qui a été privé de ses propres terres, avec des inégalités qui sont gigantesques. Et donc il faut à la fois réduire les inégalités, et il faut accepter l'idée que sur ce sujet-là, il faut que chacun soit pris en compte. Et donc qu'on ait la possibilité de sortir par le haut avec un dialogue qui soit à nouveau renoué. C'est difficile, ça suppose de la confiance.

3:25
Locuteur 3

M. Faurent, est-ce que ça veut dire qu'il faut aller vers l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie ?

3:29
Locuteur 2

Est-ce que c'est ce que préconise votre parti ? C'est les Calédoniens eux-mêmes qui le diront. Simplement, sur ces référendums... Ils l'ont dit déjà, ils l'ont dit trois fois. Il y avait trois référendums demandés. Le troisième référendum, c'est-à-dire on a des conditions qui étaient inacceptables, puisque en réalité, ça s'est fait post-Covid, avec les indépendantistes qui avaient refusé d'y participer, avec une participation qui était très faible, de l'ordre de 50%, et les deux premiers référendums avaient effectivement vu la victoire du maintien dans la République, mais d'une courte majorité. Donc moi, je ne dis pas qu'il faut quitter la République.

Je dis simplement que ça doit se faire dans des conditions où chacun a le sentiment que le statut accordé à la Nouvelle-Calédonie est un statut qui permet à la fois d'être associé à la France et en même temps d'avoir une vraie autonomie pour les Calédoniens, parce que l'archipel est quand même à quelques dizaines de milliers de kilomètres de chez nous, et que nous avons aujourd'hui la nécessité de faire en sorte de réconcilier des populations qui ne peuvent pas rester dans un état de tension comme c'est le cas aujourd'hui.

4:27
Locuteur 3

Est-ce qu'aujourd'hui, la priorité, ce n'est pas d'abord de ramener, comme le disait Gérald Darmanin à votre place ici même hier, le calme, pointer notamment, par exemple, la cellule de coordination des actions de terrain, la CCAT, dont le ministre de l'Intérieur estime qu'elle embrase en quelque sorte les révoltes dans les quartiers, que ce n'est pas forcément sur des motifs indépendantistes, mais parfois simplement criminels ou mafieux, dit-il. Est-ce qu'il n'y a pas d'abord la priorité au retour au calme ?

4:53
Locuteur 2

Aujourd'hui ? Bien sûr que la priorité, c'est d'abord le retour au calme. C'est la possibilité de continuer à alimenter en médicaments, en nourriture tout simplement, et de faire en sorte que la paix civile puisse revenir et que l'ordre des pays états n'est pas négociable. Donc ça, c'est une évidence. Mais encore faut-il ne pas simplement avoir des mesures d'ordre, mais bien d'assurer une paix durable. Et le problème, c'est qu'avec ce gouvernement, on voit bien que c'est l'autorité qui est surjouée, mais que la capacité à engager un dialogue fécond est absolument évacuée. Il devrait y avoir déjà en Nouvelle-Calédonie, à l'heure où on se parle, le Premier ministre devrait déjà y être.

Il a envisagé d'y aller, c'est ce qu'il dit ? Il a envisagé, mais enfin, il n'y est pas. Ça ne se fait peut-être pas. On ne gère pas la Nouvelle-Calédonie en visioconférence. On la gère en venant sur place, en accordant d'abord un intérêt, manifester cette volonté de renouer le dialogue, engager une mission de personnalité impartiale qui vienne sur le terrain et qui permette de renouer les fils du dialogue. C'est la confiance qui manque aujourd'hui et c'est cette condition-là qu'il faut rétablir pour pouvoir retrouver une paix durable. La semaine a été marquée par aussi,

6:04
Locuteur 3

outre l'actualité en Nouvelle-Calédonie, l'attaque meurtrière d'un fourgon pénitentiaire avec la mort de deux surveillants de prison, ce climat anxiogène, très violent. Est-ce qu'il favorise aujourd'hui, c'est ce que l'on voit dans les enquêtes d'opinion, le Rassemblement national à moins d'un mois des élections européennes ? Est-ce que vous en êtes conscient même si votre propre liste avec Raphaël Glucksmann enregistre elle aussi une progression ?

6:25
Locuteur 2

J'étais hier à la rencontre des personnels pénitentiaires dans ma propre circonscription qui est l'un des deux centres de transfert en Ile-de-France. Et c'est vrai que la situation qu'ils vivent est juste intolérable. Ce qu'ils me disaient hier, c'est que vous vous rendez compte pour protéger l'argent, quand on va réalimenter les distributors automatiques, la Brinks, eh bien eux, ils ont des fourgons blindés. Nous, pour protéger nos vies, on est en Kangoo. Et il n'y a pas de véhicules blindés. On a aujourd'hui une montée de la délinquance. Certains pourraient vous répondre que c'est aussi la conséquence d'années de politique y compris par des gouvernements socialistes.

Vous avez une violence qui est en réalité exponentielle avec des gens qui sont de plus en plus violents. Là, vous avez un narcos qui a 30 ans à peine et qui a réussi à se faire exfiltrer par un gang. La réalité, c'est qu'il faut des moyens supplémentaires et ce n'est pas normal qu'aujourd'hui, ces personnels-là n'aient pas leur sécurité assurée, qu'il n'ait pas ni l'armement ni le blindage qui permettrait d'assurer leur sécurité. C'est une évidence et il faut entendre ce qu'ils disent aujourd'hui et ils ont raison d'être dehors à expliquer cela.

7:28
Locuteur 3

Sur ce discours-là de fermeté, de sécurité, vous voyez bien qu'il y a un parti qui a le vent en poupe. Ce n'est pas le vôtre. Ce n'est pas le vôtre. C'est aujourd'hui le Rassemblement National.

7:36
Locuteur 2

Ce discours de fermeté, très vite, Imbert, ce matin, je l'ai devant vous. Il n'y a pas besoin du RN qui, par ailleurs, est un parti qui est un parti xénophobe, un parti qui n'a aucune solution, qui est un parti qui, sur le plan des inégalités... Mais à qui vous accordez peut-être une crédibilité ? La réalité, c'est que...

7:54
Locuteur 3

Les électeurs.

7:54
Locuteur 2

Les électeurs lui accordent une crédibilité sans doute. Mais moi, ce que je vous dis, c'est que ce parti-là n'a aucune crédibilité. Il est un parti qui, depuis le début, cherche toujours à souffler sur les braises mais qui n'a jamais apporté aucune solution. Les solutions, elles sont tout simplement aujourd'hui de donner les moyens à ceux qui assurent notre sécurité d'avoir aussi la protection dont ils ont besoin. Eh bien,

8:17
Locuteur 3

vous l'avez dit ce matin. Merci beaucoup, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste. Soutien de Raphaël Glucksmann, bien entendu, dans ses élections européennes. Et c'est la suite de Télématins.

8:24
Locuteur 1

Merci beaucoup à tous les deux. Merci à Frédéric Chevalier qui a traduit cette interview en langue des signes, le premier secrétaire du Parti Socialiste qui estime que le Premier ministre devrait déjà être en Nouvelle-Calédonie. On ne gère pas la Nouvelle-Calédonie en visioconférence. Il dénonce par ailleurs un gouvernement incendiaire dans cette situation. Voilà pour la politique. On va marquer une pause et on revient dans un instant pour la suite de Télématins.

8:45
Locuteur 4

C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.

Quelles réponses aux émeutes en Nouvelle-Calédonie ? Olivier Faure est l’invité de ce 17 mai 2024 — Olivier Faure · Pourquijevote