Vote de confiance : «La dissolution ne règlera rien, il faut qu'Emmanuel Macron soit destitué», estime Antoine Léaument, député LFI de l'Essonne
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8h13 d'Europe 1 Matin Week-end, c'est l'heure d'accueillir le deuxième invité d'Europe 1 Matin Week-end, Alexis de Lafléchère. Vous recevez maintenant Antoine Léomant, député de la France Insoumise de l'Essan.
Bonjour Antoine Léomant. Bonjour. Lundi, François Bayrou engagera donc la responsabilité de son gouvernement, discours de politique générale attendue, puis un vote de confiance. À moins que François Bayrou change tout, la France Insoumise votera contre, l'ERN également. On est d'accord pour dire qu'à moins d'un miracle, François Bayrou ne sera plus lundi à Matignon.
Oui, je pense qu'il a annoncé la date de sa démission en réalité, parce que ce n'est pas possible de laisser passer un budget pareil.
Et d'ailleurs, puisqu'il est très tôt le matin et qu'on est samedi, moi je salue les travailleuses et les travailleurs qui se sont levés, qui peut-être écoutent votre chaîne à cette heure-là, et qui, grâce à la censure que nous allons faire d'une certaine manière de François Bayrou et du budget, ne perdront pas les deux jours fériés, n'auront pas ce budget catastrophique qui allait encore une fois imposer les travailleuses, les travailleurs, et laisser de côté les plus riches de notre pays, à qui on ne demande jamais rien, jamais d'efforts, et qui se sont gavés dans les dernières années. Donc oui, à mon avis, François Bayrou va tomber, et c'est pour le meilleur.
Antoine Léomant va se projeter ce matin avec les auditeurs d'Europe 1. La France Insoumise demande la dissolution de l'Assemblée Nationale. Vous ne voulez pas de dissolution ?
Ce n'est pas ça, c'est que ça ne réglerait rien la dissolution en réalité. Ce qu'il faut, c'est que le Président de la République s'en aille. Donc nous, le 8, on va voter la censure de Bayrou, le 9, on va déposer une motion de destitution du Président de la République, en vertu de l'article 68 de la Constitution, pour qu'il parte. Pourquoi je vous dis ça ? Parce qu'on peut faire une dissolution, mais le plus probable, c'est qu'on se retrouve à peu près avec la même Assemblée Nationale que la dernière fois, et qu'aucun des problèmes ne soit réglé, et que M.
Macron recommence son cirque, de dire qu'en fait, il a gagné les élections alors qu'il les a perdues, qu'il nomme un Premier ministre qui correspond à sa politique, et qu'on continue comme ça. Donc le problème...
Donc pas de retour aux urnes ?
Ben si, un retour aux urnes, mais pour faire une élection présidentielle.
D'accord, avant 2027.
Mais pourquoi je vous dis ça ? Parce que M. Macron a fait la démonstration qu'il ne respectait pas le résultat des élections. Donc je veux bien qu'on refasse une élection législative. Par ailleurs, s'il y a une dissolution, nous, on est de toute façon prêts à retourner aux urnes dans une élection législative. Ce que je dis, c'est que ça ne règle pas le problème.
Donc le Rassemblement National est annoncé par certaines études en tête. Est-ce que c'est peut-être aussi pour ça que vous ne voulez pas de dissolution ?
Non, pas du tout. C'était déjà le cas la dernière fois. La dernière fois, en quête d'opinion sur 27, qui donnait le Rassemblement National, grand vainqueur de l'élection législative, c'est parce qu'il s'est produit. Ils sont arrivés troisième de l'élection législative, au deuxième tour de cette élection. Donc le sujet...
Le sujet, c'est que le Parti Socialiste considère aujourd'hui qu'il ne veut plus se lier à vous en cas de dissolution.
Les socialistes font ce qu'ils veulent.
Vous serez un peu plus isolés, c'est ça que je veux dire.
Mais pas du tout. L'isolement, ce n'est pas un isolement de parti. La question, c'est vers qui se tournent les électeurs ? S'ils ont envie de se tourner vers un Parti Socialiste qui, aujourd'hui, est en train de dire qu'il souhaite occuper les places qui étaient occupées par François Béroud, je ne suis pas sûr qu'il y ait grand monde qui a envie de voter pour ce type de compromission. Nous, on a toujours été clairs sur le sujet. Par ailleurs, je rappelle quand même une chose, parce que les électeurs du Rassemblement National, il faut peut-être qu'ils regardent ce qu'a fait le Rassemblement National avant aussi. Il y a eu huit occasions de voter la censure de François Béroud.
Nous, on l'a voté huit fois, la censure de François Béroud. Le Rassemblement National, zéro fois. Le Parti Socialiste... Ils ont laissé la chance. Voilà où on en est. On laisse la chance à des macronistes de continuer à gouverner le pays. Et voilà où on en est. Et ensuite, il y a M. Béroud qui arrive et qui nous dit « Mon Dieu, c'est la catastrophe ! On va tous mourir. Et si jamais vous ne me sauvez pas ma peau, on va tous mourir. »
Comme Michel Barnier l'avait fait. Mais on peut se projeter, Antoine Léaume, vous avez raison. Imaginons, le président de la République démissionne. Vous arrivez au pouvoir. Qu'est-ce que vous mettez en place en arrivant ? La première mesure, vous vous dites « Voilà, à la France insoumise, on veut ça. »
Moi, je n'en ai pas deux, j'en ai trois. Allez-y. Un, l'augmentation du SMIC. Parce qu'il y en a ras-le-bol que les gens qui se tuent à la tâche ne soient pas assez payés dans notre pays. Ça, c'est la mesure la plus urgente. Deux, il faut faire lancer un processus pour une sixième république. Parce que ça, c'est pareil. On ne peut pas continuer avec ce système qui ne fonctionne pas et qui permet à un seul homme de gouverner seul, comme un monarque en réalité. Donc ça, on n'est pas d'accord avec ça et il faut entamer ce processus-là. Et puis trois, il faut revoir complètement le système d'imposition.
Nous, ce que nous proposons à la France insoumise, c'est de faire 14 tranches pour que tous ceux qui gagnent moins de 4 000 euros par mois payent moins d'impôts, mais que par contre, ceux qui gagnent plus de 4 000 euros par mois, payent davantage d'impôts. Et pareil sur les entreprises, pour que les petites entreprises aient un impôt qui soit progressif et qui vient taxer plus fortement les grandes entreprises. Parce qu'aujourd'hui, il y a un système qui est totalement inégalitaire et qui fait que les petits payent gros et que les gros payent petits. Qui peut être d'accord avec ça ?
L'impôt sur le revenu a été mis en place pendant la Première Guerre mondiale, précisément pour dire qu'il fallait que les plus riches participent davantage à l'effort.
Et il va falloir convaincre les patrons de ce raisonnement, parce qu'ils craignent aussi qu'un manque d'investissement, ils sont aussi dans une... Vous comprenez ce que je veux dire ?
Non, mais je comprends complètement. J'ai vu le débat au MEDEF, mais je signale que le MEDEF, ce n'est pas la même chose que les patrons. Parce que le patron de la boulangerie, le patron du salon de coiffure, lui, ce dont il a besoin, c'est que les gens soient bien payés pour acheter soit un croissant avec la baguette, soit effectivement aller chez le coiffeur.
Et ce n'est pas du tout la même chose de dire, quand on dit qu'il faut augmenter les salaires, de dire qu'on va faire tourner l'économie pour les petites et les moyennes entreprises, et que, pour le coup, les grandes entreprises paient moins d'impôts à l'heure actuelle, en pourcentage des bénéfices qu'elles font, elles paient moins d'impôts que les petites entreprises. Mais qui peut être d'accord avec ce système-là ? Évidemment qu'on marche sur la tête. Donc, je ne pense pas qu'il y a à convaincre les patrons. Je pense qu'il y a beaucoup de petits patrons, d'ailleurs il y en a qui votent la France Insoumise, qui ont bien compris ce qu'on voulait faire.
Mais par contre, le discours permanent sur la France Insoumise veut augmenter les impôts, la France Insoumise veut augmenter les impôts, ce n'est pas vrai. Ce que nous voulons faire, c'est baisser les impôts des petits, augmenter les impôts des gros. Ce n'est pas tout à fait la même chose.
On a bien compris le chemin que vous nous proposez. Dans l'actualité aussi, Antoine Léaumont, il y a cet appel à bloquer la France, le 10 septembre prochain, mouvement très vite récupéré par la France Insoumise. Bloquer tous ces stupides. C'est Bruno Retailleau qui l'a dit, le ministre de l'Intérieur dit aussi ne pas avoir peur. Est-ce que vous ne trouvez pas, Antoine Léaumont, que tout bloquer en cette rentrée scolaire, alors que la dette est à 3 300 milliards ? C'est justement, comme le dit Bruno Retailleau, peut-être un peu stupide. Les Français peut-être attendent autre chose.
Je ne sais pas, est-ce que ça fonctionne, le système politique à l'heure actuelle et démocratique ? Je veux dire, nous, on propose plein de choses. D'ailleurs, un budget, normalement, il est voté par l'Assemblée nationale. Là, on nous fait des 49-3. Personne n'écoute jamais rien chez les macronistes. Je vais vous dire une chose. Jean-François Copé, qui n'est quand même pas un bolchevique, puisqu'il était président de l'UMP, et donc les Républicains aujourd'hui. Jean-François Copé dit, si jamais on n'écoute pas le peuple, les gens finiront par aller chercher Macron à l'Elysée. C'est Jean-François Copé, de droite, qui dit ça. Ce n'est pas moi. Oui, bien sûr.
Donc, les gens, pourquoi décident-ils de lancer un mot d'ordre, de bloquer le pays ? Parce que quand ils manifestent pacifiquement contre la réforme des retraites, par exemple, 3 millions de personnes dans la rue contre la réforme des retraites, personne n'en voulait. On ne nous écoute pas. C'est sur la bandélisation. Mais ce n'est pas de la bandélisation.
On peut manifester, peut-être qu'il y aura d'ailleurs beaucoup de monde, on peut manifester paisiblement dans les rues,
sans tout bloquer, c'est ça que je viens de vous dire. Sauf que, précisément, je viens de vous dire que quand on manifeste paisiblement dans les rues sans bloquer, sans avoir d'efficacité sur l'économie...
Si lundi, il y a 10 millions français dans la rue qui manifestent paisiblement, je pense que vous serez entendu, Antoine Léaume.
Eh bien non, puisque M. Retailleau a dit qu'il voulait envoyer le raid maintenant. C'est-à-dire considérer des manifestants comme des terroristes. C'est ça que dit M. Retailleau.
Pendant que Jean-Luc Mélenchon, lui, veut envoyer les préfets en prison. Non, non, non, attendez. On est toujours dans une conflit.
Pourquoi il a dit ça, Jean-Luc Mélenchon ? Parce que des préfets ont porté plainte contre des députés de la France Insoumise. Donc, c'est-à-dire que des préfets veulent envoyer des députés en prison. C'est gravissime que des préfets prennent ce genre de... qu'ils s'investissent dans le débat politique. C'est gravissime. C'est du jamais vu. D'accord ? Et Jean-Luc Mélenchon répond d'une boutade « Nous vous enverrons en prison avant que vous nous envoyez en prison. » Et il fait référence à quelque chose de très particulier. Il dit que les préfets dépassent leurs fonctions.
Et nous, ce que nous voulons, c'est que l'État, les préfets en particulier, respectent les consignes qui sont données par le pouvoir politique légitime. Moi, je vous le répète, je considère que ce pouvoir politique est illégitime puisque Macron a perdu les... M. Retailleau, par exemple, il a fait 6% aux élections. Qu'est-ce qu'il fait au ministère de l'Intérieur ? Pourquoi est-ce que c'est M. Retailleau qui est ministre de l'Intérieur alors que ces gens ont perdu les élections et ont été battus à plat de couture ? Ça n'a pas de sens. Donc, juste pour finir peut-être, moi, il y a, je pense, une chose qui peut mettre tout le monde d'accord, c'est que ce système politique est vermoulu.
Il faut changer de système, il faut une 6ème République, il faut des référendums d'initiatives citoyennes pour que les gens puissent, par exemple, dégager des élus en cours de mandat s'ils ne sont pas satisfaits de ce qu'ils font. Vous allez voir que ça va en faire réfléchir deux ou trois sur les promesses qu'ils font avant les élections et ensuite le comportement qu'ils ont une fois que les élections ont eu lieu.
Merci Antoine Léomand, député de la France Insoumise, d'avoir été avec nous sur Orban Studio.
Merci à vous. Un bon week-end.
Antoine Léaument