Didier Eribon : itinéraire d’un intellectuel engagé
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
je reçois didier eribon bonjour didier eribon vous êtes philosophe et sociologue vous êtes montgomery fellow du darhmouch college aux états unis et vous est notamment l'auteur d'un livre qui est un livre important dans l'histoire intellectuelle française retour à reims il a été publié en 2009 aujourd'hui ce livre est portée au théâtre par thomas ostermeier on en parlera tout à l'heure vous serez rejoint par irène jacob qui est l'une des comédiennes de cette pièce et qui dit est votre texte didier eribon mais avant cela puisque retour à reims évoqué notamment votre autobiographie évoqué votre vie et le destin social qui était le vôtre par rapport à votre classe d'origine classe ouvrière et que vous évoquiez notamment dans cet ouvrage la manière dont la gauche s'était éloigné de la classe ouvrière je dois dire qu'en est le relisant hier je me suis dit qu'il y avait un certain nombre d'échos qui pouvait être perçu comme annonciateur de la crise des gilet jaune quel regard posez-vous sur la crise des gilets jaunes aujourd'hui didier rey bon c'est un mouvement qui évidemment m'a beaucoup intéressé et je dans ce livre thouars est ce qu est un livre sur le mon histoire personnelle mais aussi me l'histoire de sortir de l'histoire de ma famille de une sorte de d'essayer de reconstituer l'histoire des cinquante dernières années en termes de classes sociales et l'analyse des classes sociales et notamment de la disparition des classes sociales du discours de la gauche on arrive évacuer cette notion de classe pour les autres passez à l'idée de responsabilité individuelle et n'y a que des que des responsabilités individuelles et pas à pas et puis des groupes sociaux des classes sociales jeu je prédisais dans ce livre que si on efface la notion de classe dans le discours politique et intellectuel ces classes sociales et ses groupes sociaux se reconstitue d'une autre manière et on les a vus se reconstituer par exemple à travers le vote pour le front national en france où le vote pour le break sites en grande bretagne où le vote pour eux l'afd l'extrême droite en allemagne etc par conséquent il faut essayer de comprendre en termes de 2,2 de classe ce qui se passe aujourd'hui en france avec le mouvement des gilets jaunes quels sont les quels sont les livres les l'effraction les secteurs des classes populaires qui se révoltent contre des politiques contre e faqih par lesquels ces classes populaires se sentent matraque et malmenés ont failli dire il y à un moment où une une révolte émergent et ce qui me frappe dans cette révolte et gilet jaune c'est qu'elle dure elle dure depuis plus de deux mois maintenant mais ça veut dire qu'une révolte aussi durable ça veut dire qu'elle a une histoire ancienne une origine qui est pas conjoncturel s'est pas l'augmentation de 2 de quelques pourcents d'une dune d'une taxe sur l'essence qui provoque un mouvement aussi profond et aussi durable et le si on essaie de voir l'origine de ce mouvement on voit bien que il il y à l'idée d'être délaissée d'être ignorés d'être de n'être plus dans le c politique néolibérale la technocratie néolibérale la folie de la civilisation néolibérale qui fait que des individus ne sont plus que des éléments comptables dans des tableaux statistiques et contre ça il y à une sorte de révolte populaire qui me semble très impressionnante et le la violence que ce mouvement a pu exprimer les moyens violents quelques ce mouvement a pu utiliser sont sans doute l'envers où la réponse à une violence sociale qui était prouvée violence économique et social éprouvé par ces catégories populaires du pays dans lequel nous vivons justement et dans cette crise des gilet jaune on a beaucoup parlé une france qui était une france oubliée des zones périurbaines une france qui ressemble un peu amusant ce village où habitait vos parents avec donc ces zones pavillonnaires est ces zones à la sortie des villes qu'est ce que ça vous évoque didier eribon par rapport à ce que vous avez écrit et puis à votre travail d'intellectuel engagé au ce ne sont pas seulement les les zones périurbaines ça peut être aussi des zones urbaines c'est je crois que nous nous vivons actuellement dans des situations où il y a eu une précarisation généralisée de l'emploi du travail et donc précarisation des vies d existence et quand vous n'avez pas quand vous vous êtes un certain de votre avenir quand vous avez du mal à finir les fins de mois et même dès le milieu du mois à pouvoir payer le loyer et nourrir les enfants et de la famille était il est évident que vous avez un sentiment d'insécurité de qui ne favorise pas la mobilisation est d'un seul coup une mobilisation émergent et cette mobilisation tout à fait inattendue que plus que personne n'attendait je dois dire moi je ne l'attendais j'avais prévu d explosion sociale mais pas de passer sous cette forme là quand ça arrive on peut se dire qu'il y a un sentiment d'exaspération justement contre cette précarisation des existences le contre le la multiplication des ddd contrat la multiplication des contrats à durée déterminée contrats précaires les emplois temporaires les ans les emplois mal payés et etc et il me semble qui ici il faut essayer de comprendre que dans les formes actuelles de la mobilisation des gilets jaunes il ya une transformation qui fait que ce ne sont plus les grandes structures syndicales qui organise les mobilisations et quand elles les ont organisés par exemple dans la grève à la sncf ou dans les grands mouvements contre la démolition du code du travail c'est à dire de la protection sociale il le sait mouvements ont été des échecs et ici il y à des formules non organisés plus spontané qui qui surgissent et qui sont beaucoup plus à force avoir détruit le le le la représentation syndicale le pouvoir se retrouve confronté à des formes moins organisés avec lesquels il est plus difficile de d'entrer en contact et lance justement comment vous expliquez cela un didier eribon le fait que les syndicats n'est plus la main dans cette mobilisation qu'un certain nombre de slogans soit différent par exemple on a souvent dit que le medef le patronat n'était pas incriminé dans ses revendications s'agit-il d'un phénomène nouveau bien at on affaire au retour de la lutte des classes sous une forme traditionnelle même si on l'avait oublié vous savez des grandes révoltes populaires notamment contre le l'impôt c'est de nos pas contre l'impôt mais contre l'excès d'impôts et la distribution injuste et inégalitaire et inégalitaire de l'imposition ou des gens se sentent matraqués par par le par les taxes et en l'occurrence la part la csg augmenté sur les sur les retraités qui a qui a un qui a provoqué une colère à juste titre bien sûr et avec la suppression de l' isf en parallèle il y a aussi un sentiment d'injustice de et donc il ya un retour on peut dire de la lutte des classes mme keen il faut penser les classes de manière différente et plus l'éclat classe ouvrière telle qu'elle était dans les années 50-60 les grandes usines avec les syndicats dans mon livre retour à reims je parle de lusine ou travailler ma mère dans les années 70 et ont pour le film de 2 dans lequel le thomas ostermeier m'a demandé de figurer mais qui ce qui est projeté dans son spectacle adapté de mon livre retour à reims nous avons visité l'usiné de ma mère allait désaffectée aujourd'hui les bâtiments sont toujours là à l'époque je me suis renseigné il y avait comme un mérite revient 1700 ouvriers dont 500 étaient syndiqués à la cgt ce qui faisait une force mobilisables très importante il y avait des grandes grèves durable massive aujourd'hui cette usine est désaffecté il ya plus les 1700 ouvriers il ya donc plus des 500 syndiqués à la cgt où sont ces cartes de la 2d évidemment ces ouvriers sont morts mais où sont les cartes de du syndicat où son et si on a laissé comme ça ce se se défaire la structure organisationnelle et l'idée d'une classe sociale mobilisables évidemment les gens se retrouvent à l'état d'individualisme d'individualités un peu perdus alors soit ils votent pour le front national pour exprimer leur colère soit ils se réunissent et cassent tout sur les champs elysées je dois dire que je sais que je vais me faire insulter de dire ça je regrette beaucoup qu'on détruise la boutique chanel des champs elysées mais il faut voir que par rapport aux vies détruites que qu'entraîne cette violence du néolibéralisme et de l'idéologie néolibérale qu'applique avec brutalité nos gouvernants une boutique détruites sur les champs elysées ne m'émeut pas beaucoup bon il n'y a pas eu que cela il ya eu différentes formes de violence contre les manifestants il y a dix sept personnes qui ont perdu une heure la violence policière on voit bien il y à ici une idéologie qui est l'idéologie néolibérale il faut absolument appliquer cette idéologie néolibérale qui détruit des vies quand les gens qui vivent ces vies précarisés ces vies malmené maltraités proteste il y à une violence peut dire sans précédent des gens dit depuis la guerre d'algérie sans précédent dans les rues de paris et des grandes villes de france contre les manifestants avec des manifestants mutilé pas des petites blessures qui peuvent guérir mutilés à vie des mains arrachées des yeux arrachés des mâchoire arrachée et c'est la violence policière la violence répressive contre un mouvement social ne peut que produire une colère qui va s'exprimer je ne suis je ne suis pas prophète je ne sais pas comment mais ne peut que produire une colère profonde qui aura des effets et je pense que ici on voit bien ce qu'est le gouvernement que nous avons actuellement qui est à la fois un gouvernement violent ou c'est dans le domaine vie politique économique et sociale et violent dès qu'il y a une résistance à ces politiques économiques et sociales mais alors cette violence alors lé de part et d'autre chacun l'apaisera et l'évaluera en fonction et de ses convictions didier eribon mais pas de part et d'autre part je dirais pas de part et d'autre il a déjà fait ce qu'on a entendu les indiens qui protestent et des gens qui parce qu'ils protestent sont violemment réprimées au sujet donc de la manière dont cette manifestation cette colère là aussi d'ailleurs et on peut évoquer différentes formes de qualificatifs pour le mouvement des gilets jaunes didier eribon n y at il pas aussi un symptôme dans le fait que ces manifestations prennent ce tour là parce que précisément la politique non cadres plus ces revendications parce que il n'ya plus les grandes idéologies comme auparavant tout cela servait de machines à refroidir les conflits sociaux et en l'absence de ces machines à refroidir qu'est ce que l'on fait comment peut-on imaginer l'avenir aujourd'hui je pense que si on avait écouté les syndicats les manifestants qui défilaient contre la démolition du code du travail et de la protection sociale si on avait écouté les syndicats les manifestants qui protestaient contre le démantèlement des services blick peut-être qu'on n'en serait pas d'un constat de la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui il est évident que le si vous dites on va faire des économies sur l'hôpital sur l'éducation sur les transports publics sur les services publics etc il est bien évident que tout laisse toutes les structures qui pouvait donner des des repères d une sécurité aux gens qui vivent dans les pays dans lesquels nous vivons si tout ça se défait se délite papa par un effet comme sa 2e spontanément mais par l'effet de politiques menées délibérément monde il faut faire des économies on va supprimer des postes soient supprimés 120 mille postes de fonctionnaires on va réduire les budgets de l'hôpital public on va réduire les budgets dont on va supprimer des lignes de train parce qu'il faut elles sont pas rentables etc il est évident qu'il y a un sentiment chez le dans la population d' attaques généralisées contre les modes de vie y est et il y à cette protestation alors je ne sais pas on voit bien par exemple ça m'a beaucoup intéressé c'est que les gens qui ont voté pour le break sites en grande bretagne sont les régions ouvrière du nord de l'angleterre ouvrière ex ouvrière parce qu'aujourd'hui des régions où le comment dire des industrialisés où les gens sont au chômage et si quand la situation vous savez on arrive très vite au film de ken loach mois daniel blake s'est contredit l'individualité la responsabilité individuelle en fait c'est le contrôle la surveillance des chômeurs le le le la violence comme ça exercé au quotidien contre les chômeurs contre les travailleurs qui travaillent dans l'est dans les entrepôts de amazon et qui sont surveillés contre les mal payés il est bien évident que il va y avoir des grandes révoltes mêlant lorsque vous évoquez justement le break site didier eribon ou plus généralement d'ailleurs la colère ouvrière on sait ça a été commentée aux états unis qui a une partie non négligeable est de la classe ouvrière qui votent à droite et même à l'extrême droite c'est ce que vous évoquez un retour à reims comment cela se fait-il comment l'expliquez vous que cette classe ouvrière pour une bonne partie elle est choisie le rassemblement national aujourd'hui vous savez si les partis de gauche et notamment la gauche officielle institutionnels gouvernementales aux dix ans le parti socialiste abandonne abandonné les classes populaires les a fait disparaître de son discours s'est converti à la la la pensée néolibérale aux politiques néolibérales que ça soit gerhard schröder en grande en allemagne tony blair en grande bretagne où le parti socialiste en france il est évident que les classes populaires ne se sont plus senties représenté par les partis de gauche trahi par l'hépatite par les partis de gauche et les partis de gauche sont devenus les ennemis double de temps des fractions entière des classes populaires si vous dites la gauche le ce mot est honni banny et par conséquent le le il il y a là un enjeu très fort c'est que si les partis pour lesquelles vous votiez vous ne vous sentez plus représentée par eux vous sentez même trahi par hubert vous voter pour un autre parti il n'y a pas deux il n'y a pas de lien naturel entre le lac là que les classes populaires et la gauche si la gauche ne représente plus les classes populaires les classes populaires votent pour un autre parti malheureusement l'autre partie c'est le front national leur rassemblement national ou le ou l'afd en allemagne didier eribon on se retrouve dans quelques instants vous serez rejoint par la comédienne irène jacob elle est dans cette pièce qui est une adaptation de votre texte retour à reims retour à reims que l'on trouve chez fayard on se retrouve donc dans quelques instants il est 8 heures sur france culture très bon et la comédienne irène jacob et le sociologue et philosophe didier eribon irène jacob porte sur la scène du théâtre de la ville le texte de didier ries bon retour à reims et avant de parler du théâtre et du théâtre engagé peut être une réaction didier eribon aux billets politique de frédéric 16 à je suis assez frappé amusé d'ailleurs que de voir que même la commission européenne peut s'inquiéter de deux des politiques néolibérales de mise en place par l'axé économico politique franco allemand est dans votre vie et vous avez opposé les eurosceptiques au pro européen je dirais que le clivage ne passe pas exactement entre ces deux pôles là moi je suis très très très pro européens je ne suis pas du tout aux eurosceptiques je suis pour l'europe pour plus d'europe mais pas pour cette europe là pas pour cette europe qui détruit les services publics et qui met des peuples dans la misère et la précarité et qui par exemple réduit les grecs au désespoir les jeunes grecs à l'exil et les grecs plus âgés souvent au suicide donc le on peut être pour l'europe s'en est pour l'europe quelques l'hégémonie économique franco allemande essaie de nous l'imposer mais simplement précisé que dans dans ce dossier très précis industrielle la commission s'est fondé sur les règles européennes de concurrence en estimant que de former un sien grands champions européens ça nuirait à la concurrence et ça renchérit sachant renchérirait on dit comme ça les prix notamment sur la signalisation des trains pour c'était c'est un 10 minutes et c'est une mesure que emmanuel macron avait imposé quand il était ministre de l'économie le rapprochement alstom siemens et c'était avec general electric oui notre partie du dossier et dans ce cas on voit bien que le il est pour les décisions de bruxelles quand ça arrange sa politique et que y s'y opposent il est contre caen cette politique est paré extravagantes est la même à la commission européenne de bruxelles qui pourtant n'est pas composée de la gauche radicale il n'y a pas beaucoup de france insoumise je regrette mais il n'y a pas beaucoup de françaises soumises à la commission européenne de bruxelles retour à un retour à reims la pièce que vous portez irène jacob et le texte que vous avez écrit didier eribon on va écouter un extrait de l'interview du metteur en scène thomas ce ostermeyer le 25 janvier dernier c'était au micro de ma camarade marie richon rester bouleversé du fait d'être sur le champs elysées du fait de notre obligés de traverser les barrières pour arriver au travail tout le monde se demande c'est quoi ce mouvement et gilet jaune je pense que il y à une sorte d'explication dans le texte de didier la pièce parle de l'échec de la gauche des élites parler des choses pareilles ça veut pas dire qu'il faut parler jusqu'au à sa classe d'eau en bien parce que la preuve le problème de la domination c'est qu'il ya une classe qui domine et l'autre qu'il dominait et je pense de temps en temps c'est peut-être encore plusieurs importants à parler à ceux qui dit mme domingo mas ostermeyer au micro de marie richeux par les temps qui courent c'est à 21h tous les jours sur france culture irène jacob le fait d'avoir porté ce texte de le porter sur scène jusqu'au 16 janvier à paris puis un peu partout en france comment l'avez vous envisagez ce texte comment l'avez-vous reçu bas d'abord c'était c'est ça comme une grande chance c'est vrai que quand hamas tamaya m'a proposé donc de te prendre ce spectacle pour jouer ici j'allais le voir à berlin je les ai vus avec narrosse qu'il avait joué aussi à manchester et enfin d'abord j'ai chez but j'étais très très bouleversée et enfin par le livre de didier eribon 22e se disent tiens c'est formidable d'imaginer de porter ça au théâtre aujourd'hui comment est ce qui va faire je me demandais vraiment comment être le spectacle et quand je les ai vus je me suis dit mais c'est formidable parce qu'il a réussi à créer un théâtre où finalement les gens sortent en parlant en un endroit où tout d'un coup il ya un dialogue qui qui qui est proposé c'est une réflexion qui est très très complexe très profonde presse la fabrication d'une pensée auquel on assiste celle de didier qui essaie de démêler petit à petit une histoire personnelle et ensuite initial une histoire sociale et envoie aussi la fabrication d'un film sur scène et on voit la fabrication d'une pièce il ya ce sentiment que les choses se font sur le moment et qui incite finalement le spectateur à lui aussi réagir il ya un dispositif scénique assez sophistiqué irène jacob pour résumer ce texte à ceux qui ne l'ont pas encore lu retour à reims et votre histoire didier eribon vous parlez de votre vie de votre famille ouvrière et pauvres vous êtes le deuxième d'une fratrie de quatre garçons le seul à avoir fait des études votre père était manoeuvre il avait deviné que vous étiez gay et vous rejetez violemment vous aviez une mère aimante et démunis femme de ménage et vous raconter finalement est la manière dont vous êtes devenu un et d un intellectuel est votre rapport complexe avec ce milieu d'origine oui c'était d'abord un départ d'une fuite par rapport à de ce milieu d'origine et puis pour devenir autre chose que ce à quoi le destin social qui était le mien ce à quoi je gt a signé et je suis devenu voilà un intellectuel et quand mon père est mort je suis retourné dans ce milieu je vais voir ma mère je suis retourné dans ce milieu que j'avais fui et j'ai essayé de comprendre pourquoi j'avais fui ce que ce qui m'avait fait partir c'est à dire en fait le l'écart entre les classes sociales et c'est d'interroger l'existence des classes sociales le la manière dont elles perdurent et de les effets des clips de l'appartenance de classe dans les vies individuelles et les écarts entre avec notamment le rôle du système scolaire évidemment dans la perpétuation de ces écarts et j'essayais de comprendre tout ça mais aussi de comprendre comment ma famille que j'avais connu quand j'étais enfant participant de la culture du parti communiste votant pour le parti communiste chez moi on disait le parti et comment cette adhésion à la gauche joue aux valeurs de la gauche parce que moi je suis pas j'ai jamais été communiste jeunes n'est pas de passion pour le parti communiste évidemment ni nostalgie mais comme comment cette adhésion aux valeurs de la gauche s'était peu à peu effacé et avait été remplacé par comment dire le le new qui était le nous la classe ouvrière contre eux la bourgeoisie les patrons les exploiteurs s'était transformé en 1e et noueux et en nous les français et les étrangers qui envahissent notre pays donc il y avait ici une transformation du noeud et d'union que j'ai voulu comprendre par quel processus et aussi comment ça s'est exprimé dans le vote politique on le et nous le nouveau règne ou malencontreux malheureux c'est un vote pour le front national et j'essaie de comprendre ce qui s'était passé quel rôle les intellectuels les artistes pouvaient jouer dans tout ça pour contrecarrer ce mouvement de bascule de dévolution que nous avions connu au cours des 20 dernières années alors justement les artistes irène jacob puisque dans cette pièce vous êtes une comédienne qui joue une comédienne enregistrant le texte de didier eribon quel rôle les artistes peuvent avoir à la fois en général dans une société et puis aussi dans ce moment particulier que traverse la france on entendait thomass ostermeyer parler des jd jaune et vous jouez et dans un lieu le théâtre de la ville qui est déplacé à l'espace cardin donc en bas des champs elysées là où on lieu est le samedi les manifestations de gilet jaune oui bah d'abord bon pour répondre à votre question qu'est ce que c'est qu'en tant que comédien ce sont les gens un spectacle comme ça déjà la première chose c'est d'essayer de transmettre cette pensée parce que c'est un texte qui est très riche très profond et qui a une pensée qui se développe qui ce qui s'approfondit et il faut trouver effectivement pour la plupart d'entre nous on a dépensé affective courtes ont réagi très vite et là on voit en fait on assiste à quelqu'un qui essaye de penser petit à petit d'abord sur sa vie et puis donc sur la société comment les choses en sont arrivées là et de le faire presque comme un chirurgien qui ouvrirait un corps et qui sont s'émouvoir de trop prendrait et le foie et la srr vraiment comprendre comment les choses comment le corps social comme on est venu là et se calme en fait du chirurgien de l'observateur de l'intellectuel c'est un peu ce calme là que commence nous a en fait enjoint aussi à à essayer de trouver dans nos discussions se soient pas des discussions de personnes qui jettent tout envie de s'agiter mais plutôt qu'ils ont envie de comprendre qu'ils ont envie de chercher qui ont envie de voir et qui pose comme ça d une proposition alors je crois que le travail d'acteur a été vraiment d'abord la clarté pouvoir rendre cette pensée que les gens puissent s'en saisir de la rente de façon à ce qu'ils puissent être d'accord pas d'accord rebondir d'avoir aussi cette proposition ouverte au débat on écoute un extrait irène jacob de retour à reims ces pièces que vous portez regarde paul g ce passage là bas qu'il manque quelque chose si on couple ça moi je trouve qu'il faut que tu gardes oui mais celle-là est l'ex plus tard où est le problème mais si tu n'as pas garder vécu et qu'est-ce que j'ai pas garder ça continue pas je sais que l'on va m'accuser de tomber dans une théorie du complot social en deux temps les institutions de fonctions souterraine et même d' intentions maléfiques si tu coupes c'est la suite qui personne va comprendre ce qui veut dire et puis pourquoi est ce que l'on vient pas relégués je voulais pas garder la notion de théories du complot parce que parce que dès qu'on parle de théories du complot on est fichu tu vois c'est comme quand quelqu'un te dis que george bush se cache derrière le nom s'étendre là il n'ya plus personne qui te prend au sérieux je pensais qu'on rendait service à eribon en supprimant sa mairie bon et le relativise lui même après là ça donne un peu l'impression que tu veux le censurer je ne veux pas censurée du der est beau mais pas si facilement un peu ce qu'il écrit après mais ça n'explique après à propos du dakar c'est ce que bourdieu reprocher précisément à la notion althussérienne d'un appareil idéologique d'état elle tend à penser dans les termes d'un fonctionnalisme du pire un appareil d'état écrit bourdieu ce serait une machine infernale programmé pour atteindre certains buts ajoutant que ce fantasme du complot l'idée qu'une volonté des maniaques responsable de tout ce qui se passe dans le monde social hante la pensée critique exactement de cobourg de me donne raison sur le principe il dit que les théories complotistes sont des fantasmes oui mais quand même et tu supprimes la suite du privé les spectateurs de la possibilité d'y réfléchir un extrait de la pièce que vous portez irène jacob on vous a entendu le texte de didier eribon retour à reims nous sommes en roumanie d'irène jacob et de didier eribon à 8h33 sur france culture on a entendu un extrait de cette pièce un extrait de cette pièce où il ya tout d'abord un thème d'actualité c'est pour cela que je les choisis les théories du complot et puis ceux qui étaient dans le texte original puisque retour à reims n'a pas été écrit pour être porté sur une scène ce texte originel est pétri d'une réflexion notamment sur la pensée du sociologue pierre bourdieu et sur la question de la domination d'une classe sur une autre peut-être sur la question du complot sociale didier eribon oui en effet c'est un texte j'ai jamais écrit ce livre en pensant qu'il serait adapté au théâtre et donc metteurs en scène comme thomas ce terme ailleurs s'il veut en faire un spectacle un objet théâtral 9 théâtrale il est obligé de trouver des dispositifs et des acteurs qui savent le faire et je trouve que c'est une grande réussite et le dialogue qu'on vient d'entendre entre irène jacob et cédric écoute est une manière de 2,2 en discutant le une partie du film du commentaire sur le film et en revenant donc sur une partie du texte permet de faire passer un certain nombre de questionnements qui sont dans mon livre en les rendant possible dans une salle de théâtre la question du que je pose dans dans ce passage c c'est un passage sur le système scolaire et je m'inspire de 2,2 écrivain noir américain john edgar wideman qui dit dans dans son livre suis-je le gardien de mon frère qui lie à une guerre menée par la société et par la société blanche contre les noirs aux états unis et sa mère lui dit tu exagères ai dit non je maintiens cette idée d'une guerre sociale menée par la société contre les noirs et je réfléchis sur cette question est ce qu'il y à une guerre plus générale des classes dominantes contre les dominer et notamment à travers le système scolaire le système scolaire qui reproduit les inégalités non seulement les reproduit mais les légitimes en faisant passer pour les questions d'intelligence de talent de mérite et c'est ce qui relève de la distribution sociale qui est donné dès le départ à la naissance des différents individus et donc je me demande si la manière dont les classes dominantes les classes privilégiées défendent le système scolaire tel qu'il est comme un instrument de reproduction de perpétuation de des classes sociales et donc de la domination sociale ne peut pas s'interpréter comme une guerre scolaire menée par les classes dominantes contre les classes dominées l'on peut être le mot guerre peut paraître excessif mais justement je réfléchis sur cette notion de guerre et ça a beaucoup intéressé thomas ostermeier qui a fait un moment de son spectacle comme la diren jacobs tout à l'heure elle a tout à fait c'est tout à fait juste thomas ostermeier fait un théâtre politique qui ne vise pas à donner des réponses mais qui vise à produire dans les gens qui viennent voir ce spectacle des questionnements des interrogations et quand les gens sortent du spectacle il en parle et ça je trouve c'est une des grandes réussites de du spectacle c'était la même chose à berlin puisqu'il a joué pendant une année à berlin là c'est le conduire deux hommes ont eu lieu à paris c'est exactement ça les gens parlent discutent et c'est un peu le leu leu ce qu'est ce qu'il a voulu faire et à cet égard là aussi c'est je crois une grande réussite irène jacob c'est une nouvelle manière de faire un théâtre engagé on a évoqué le dispositif le film la manière dont est vous évoquez un texte en train de s'écrire bref il y a effectivement un travail de mise en scène qui est assez particulier qui est fait par tomasz ostermeyer est ce que c'est une manière pour vous de moderniser je ne sais pas si le terme et et hexa mais en tout cas de portes et un théâtre engagé aujourd'hui vraiment je me dis le premier but ce spectacle déjà c'est de transmettre voilà cette pensée dadié d'ailleurs dédié me disais que ces librairies sont dévalisés les gens sortent un sommet je veux avec le livre à la main y applique les gens sortent aussi en racontant leur histoire parce que non seulement on vient de transmettre ce texte mais ensuite on vient d'offrir la possibilité d'en discuter sur scène et puis de se l'approprier ya un acteur qui s'appelle blake blade allen bail qui vient aussi raconter son histoire ensuite et ce qui permet à chacun de dire mais moi aussi j'ai une histoire mes grands parents arrivent d'italie à deux générations maintenant ils votent fn où ils peuvent ou rouge et moi même chacun a une histoire finalement où il peut aussi s'identifier et je crois que le but du spectacle d'abord de transmettre et puis de faire parler il ya des gens fiers même qui intervenait pendant ce spectacle j'ai dit oui ça se passe quand même en pologne hongrie quelqu'un dit en italie il ya des jeunes qui réagissent fort qui se lève qui on sent que c'est un spectacle d'amour c'est un théâtre où les gens sont aussi le spectateur est aussi vivant réactif et dans le débat raconter sa vie analysé et save you see avec des outils issus des sciences humaines vous l'avez fait en 2009 donc didier eribon puisque ce texte a été publié en 2009 aujourd'hui c'est une pratique qui est devenu assez usuels chez les intellectuels faire de l'auto analyse de lego histoire qu'est-ce que ça suscite en vous justement cette manière d'avoir évoqué une existence personnelle sur des thèmes intimes était ce difficile à l'époque oui c'était difficile à faire assez douloureux et difficiles à écrire bien sûr mais e il me semble que comment dire quand on veut réfléchir et poser des questions on parle toujours fous cours disait que pour faire le ce qu'il appelait le diagnostic du présent pour comprendre l'actualité dans laquelle nous sommes il faut s'installer sur le vassal et son observatoire sur les lignes de faille dans lesquelles les lignes de faille elles peuvent être personnel c'est sorte de rapport difficile de malaise par rapport au monde dans lequel on vit mais ça peut être aussi des lignes de faille qui sont montrés mise en évidence par des mouvements sociaux de multiples possibilités de mobilisation sociale et de et de protestation sociale et donc le s'installer sur ces lignes de faille dans lesquelles on se sent parties prenantes le signifie que le se prendre soi même pour je parle d'introspection sociologique se prendre soi même pour objet d' analyse permet de d'analyser l'ensemble du monde social et moi c'est ce que j'ai essayé de faire je me suis pris moi-même comme objet d'analysé pour reconstituer une histoire sociale pour reconstituer la structure sociale la structure des classes et dans le film par exemple que thomas ostermeier a fait avec moi où je suis un personnage du film on retourne sur les dans les endroits où j'ai vécu quand j'étais enfant quand j'étais adolescent et on voit le la petite allée dans laquelle je vivais dans un quartier ouvrier qui est un cube 2d avec des cubes de béton qui il y avait une pièce et demie on voit ce qu'est qu'on voit concrètement ce qu'est l'existence des classes sociales et je dois dire que je décrivais ça dans mon livre thomas ostermeier le montre dans un film et le montrait fait comprendre quelque chose deux de ceux de ce qu'est la division de la société en classes je vois où j'ai vécu comment dans quelles conditions je vois comment je vis aujourd'hui évidemment à paris c'est tout à fait différent et la distance entre les deux montrent l'existence des classes sociales irène jacob justement lorsqu'on évoque le travail du comédien et puisque vous êtes sur scène avec ce texte retour à reims y à t'il comme didier eribon le disait un travail d'analyste qu'est-ce qui résonne en vous lorsqu'on parle de honte sociale de processus de domination peut-être également un certain nombre de concepts qui sont issus des sciences humaines oui tout à fait je crois que les spectateurs sont très sensibles au fait que d'abord didier commence pas parler de lui parler de sa relation avec son père de sa mère de 7 de la distance qu'il a mise de ses 30 ans enfin de qui ont séparé ces frères du retour à reims après 20 ans voir ses parents enfin sa mère et cela il ya quelque chose où tout de suite les gens sont tout de suite s'identifient à une expérience très personnelle vous à ba moi alors vraiment je cesse sa meute ça me touche beaucoup je ne connais pas votre âge et je ne sais pas ce qu'il y a ats dans ces thèmes dans ses thèmes évoqués par didier eribon qu'est ce qui finalement fait sens puisque ça fait serment sens c'est une expérience particulière mais elle est forcément universel puisque on a tous une percée au rayon du monde et du monde social bon d'abord alors un nouveau personnel une telle un tel courage pour se regarder pour seul pour propose pour essayer de comprendre les les travers les choses qu'on a manqué les choses qu'on a peut-être pas vu le retour qu'il faudrait faire sur une situation qu'on a manqué ou peut alors là ça me touche énormément évidemment on pense à la sienne on cherche ensuite de voir aussi sur une société quelque chose qu'on a pas vu non plus qu'on n'a pas compris et se rend compte à quel point voilà ça ça m'a comment dire ça m'apporte chaque soir quand je suis en train de faire ce spectacle de dire voilà cette position d'être dans celui qui veut essayer de comprendre qui va essayer de chercher et ça demande beaucoup de courage en face allemand de beaucoup de courage ça demande aussi parfois de m l'affect un peu de côté mais en même temps c'est le texte de didier et d'une telle sensibilité aussi surtout dire est très très très émouvant et se fait avec alors d'abord ça m'apporte énormément mois de d'essayer d'observer les choses de ce point de vue là c'est pas la façon je les observe et et je me dis que je sent à quel point les gens auront envie tout d'un coup de s'approprier cette pensée ou cette façon de voir pour eux mêmes et je crois que c'est l'un des spectacles on parle de passion amoureuse où on parle de divorce ou là on parle de quelque chose qui est aussi très affectif puisque c'est notre façon d'être dans notre famille dans la société et on vit tous les jours en allant faire les courses enfin comment je veux dire c'est quelque chose qui est pour moi qui ticket quotidien enfin donc c'est un texte qui nous parle de tous les jours de chaque minute de aujourd'hui le théâtre le théâtre engagé et puis didier eribon puisse comme ce théâtre moi je sais pas quel théâtre n'est pas engager enfin je me dis enfin je veux dire la voix humaine est ce que ce n'est pas engagé est-ce que qu'est ce qui n'est pas engagée marguerite duras période finalement au s'engage parce qu'on n'ose dire une parole et on la porte et on le et on dit voilà on est là ensemble pour écouter ce texte ensemble pour le faire résonner en cinq sets c'est ça l'engagement du théâtre et de et des gens qui viennent alors attendez parce que moi je voulais poser une question à didier ribot sur les intellectuels engagés peut-être que pour lui il n'ya pas ou il y a plus exactement des intellectuels qui ne sont pas engagés ou alors par engagé comme didier eribon l'est enfin bref vous avez compris didier eribon et je veux vous entendre sur la scène intellectuelle et le rapport qu'elle entretient avec la protestation sociale en cours en france aujourd'hui vous savez moi je m'inscris dans une tradition de l'intellectuel engagé de l'intellectuel critique c'est à dire je dirais de l'intellectuel tout court parce qu'un tel un intellectuel qui n'est pas un intellectuel critique à mes yeux n'est pas un intellectuel il s'agit d'essayer de comprendre le monde dans lequel nous vivons est d'essayer de transformer ce monde dans le sens de la justice sociale et se battent pour la justice sociale c'est le rôle des intellectuels par conséquent quand des mouvements lors un philosophe comme sociologue qui accepterait le monde parce qu'on peut en trouver il ya des pages une page sur aaron par exemple en retour une pince à dieu oui une page peu amènes effectivement et ça veut dire que ces intellectuels voulait classer hors de la catégorie qu'est ce que vous en faites non je ne dirais je ne dirais pas ça mais vous savez il ya un très beau texte de simone de beauvoir au milieu des années 50 qui s'appelle la princesse droite aujourd'hui et elle définit l'intellectuel de droite comme ne produisant pas de penser mais réagissant à la pensée qui est produite par les intellectuels de gauche et qui sont des gens qui sont engagés dans la critique sociale et dans la volonté de transformation sociale et donc l'intellectuel de droite n'est pas seulement réactionnaire il est surtout réactive c'est à dire qu'il réagit à ce qui à ce que font les autres à ce que font les producteurs de penser les créateurs intellectuelle et à ce qui se passe dans la société et les mouvements sociaux alors aaron est sans doute le le le conduire la version haute de cet intellectuel réactionnaire et réactif c'est à dire qui ne produit pas mais qui réagit à ce que font les autres notamment heydar beaucoup réagissent que faisait les marxistes est ce que faisait sartre et je pense que la définition de beauvoir de l'intellectuel comme celui qui crée de la pensée qui réfléchit sur des nouveaux objets des nouveaux mots blême c'est ça le l'intellectuel tel que je le vois et donc qui doit accompagner les mouvements sociaux réfléchir sur eux et essayer de produire des significations de ces de ces mouvements des significations progressis de subversive vos propos feront réagir que les auditeurs soient de droite ou de gauche didier eribon retour à reims et donc votre texte il est publié aux éditions fayard et sur scène au théâtre de la ville avec vous irène jacob c'est à paris jusqu'au 16 février et puis ensuite on on est un peu passé merci est d'avoir été avec nous ce matin
Christian Jacob