Réunion à l'Elysée, une situation débloquée ? - Marine Le Pen est l'invitée du mercredi 11 décembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– Bienvenue à vous Marine Le Pen, merci d'être là au lendemain de cette fameuse réunion à l'Élysée qui a rassemblé l'ensemble des chefs de parti et de présidents de groupe, sauf ceux du Rassemblement National et de la France Insoumise. Vous avez j'imagine quand même écouté les commentaires à la sortie, on avait l'impression que ça bougeait un petit peu. Qu'en avez-vous pensé ? Est-ce que vous pensez que la situation est en train de se débloquer ou pas ?
– Le sentiment que j'ai eu à l'écoute des commentaires des chefs de parti à l'issue de cette réunion, c'est qu'en réalité ils ne s'étaient pas réunis pour savoir comment régler les problèmes des Français. Mais plutôt comment rester sur le cheval, c'est-à-dire comment conserver leur place et comment s'assurer de conserver cette place le plus longtemps possible. Je ne suis donc pas mécontente de ne pas avoir été invitée. Par ailleurs, ne souhaitant pas du tout participer au gouvernement d'Emmanuel Macron, je n'avais au passage rien à y faire. Mais encore une fois, ce qui m'intéresse moi, c'est la vie quotidienne des Français, c'est comment l'améliorer, c'est comment faciliter leur vie.
Et je n'ai pas le sentiment que ce soit la préoccupation principale des chefs de parti.
– Si vous aviez été invitée, vous y seriez allée quand même pour participer ou pas du tout ?
– Non, je n'y serais pas allée parce qu'encore une fois, s'il s'agit d'organiser un gouvernement de… – S'il s'agit de débloquer les choses surtout. – S'il s'agit d'Emmanuel Macron, je ne souhaite pas participer à un gouvernement car je suis totalement en opposition avec la politique qui est portée par le président de la République.
– Alors ça aurait été quoi à l'issue ? Pour sortir de la nasse dans laquelle on se trouve ? Hier, on a bien senti, il y avait besoin de trouver un compromis pour qu'au moins les choses avancent un petit peu. Visiblement, l'option, ce n'est pas de 49.3, donc pas de censure. Ça peut tenir d'après vous ou pas ?
– Non mais je ne sais pas si ça peut tenir, mais je trouve que c'est déjà un engagement ahurissant.
– Pourquoi ?
– Mais parce que ce sont des leviers qui sont prévus par la Constitution. Donc voilà un président de la République qui vient dire qu'il n'y aura pas de 49.3 à la place d'un Premier ministre et qu'il n'a pas nommé, ce qui quand même peut paraître étonnant. En tout cas, ce n'est plus la Ve République. Et des chefs de partis qui viennent dire qu'ils n'utiliseront pas un outil qui est celui de la Constitution, même s'il s'agissait de défendre les Français d'un danger imminent. – Donc c'est un détournement, un contournement de la Constitution. – C'est un contournement de la Constitution, c'est du rodéo en réalité.
Ces gens-là montent sur le cheval, non pas pour aller quelque part, ils montent sur le cheval pour y rester. Même si le cheval se cabre, même s'il fait des ruades, eh bien l'important pour eux c'est de rester assis sur la selle du cheval. Ça n'est pas la vision que j'ai de la politique.
– Sauf qu'ils ont été nombreux à dire, nous on ne veut pas forcément être dans le gouvernement, on ne veut pas être ministre, ils ne revendiquent pas de poste de ministre. En gros à gauche ils disent on ne veut pas de Premier ministre de droite, à droite ils disent pas de Premier ministre de gauche, etc. Donc ils disent même en dehors on ne s'en suera pas pour que les choses avancent.
On est dans une recherche. – Mais les choses vont avancer, il y aura un Premier ministre. Le Premier ministre nommé par le Président de la République, sait ce qu'il doit faire pour pouvoir travailler dans des conditions correctes. Ce sont les mêmes conditions qui avaient été posées à M. Barnier. Parler avec l'ensemble des forces politiques. c'est construire un budget en tenant compte de ce qui constitue les lignes rouges des uns et des autres. C'est parfaitement faisable en réalité. M. Barnier ne s'est pas plié à cet exercice. Je ne sais pas si c'est par arrogance ou je ne vais pas entrer dans son cerveau. Ce qui est sûr c'est qu'il ne l'a pas fait.
Et moi je suis convaincue, je le souhaite en tout cas, que le futur Premier ministre, quel qu'il soit, comprendra qu'il faut dans une démocratie parler à l'ensemble des forces politiques et parler évidemment à la première force politique de l'Assemblée nationale qui est constituée par les députés du Rassemblement national.
– Donc vous n'allez pas à l'Élysée parler au Président de la République mais vous estimez que le Premier ministre doit vous parler ?
– Mais bien sûr, évidemment, évidemment que le Premier ministre va, je l'espère, organiser dès sa nomination une consultation précisément pour co-construire ce budget puisque l'Assemblée nationale est dans une situation particulière qui est la conséquence de la manœuvre électorale de l'entre-deux-tours des législatives avec ses 200 désistements, c'est qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Il faut donc parler avec l'ensemble des trois pôles, des trois blocs que constitue aujourd'hui l'Assemblée nationale.
– Michel Barnier vous a quand même traité, il vous a donné raison sur un certain nombre de points et pourtant vous avez voté quand même la censure. Que doit vous donner de plus le futur Premier ministre concrètement ?
– Non mais ce n'est pas un problème de données, moi je ne veux rien pour moi. Moi je ne suis pas ceux qui sont allés hier à l'Élysée pour négocier leur petit poste et leur petit mandat. Moi ce que je veux c'est protéger les Français. J'avais indiqué à Michel Barnier qu'il était inadmissible que l'on parte sur la désindexation des retraites. inadmissible qu'il envisage de dérembourser des médicaments.
– Là-dessus, il a cédé sur les médicaments.
– Oui d'accord, mais il n'a pas souhaité revenir sur la désindexation des retraites. Alors moi je suis désolé mais un budget qui prévoit 40 milliards d'impôts supplémentaires sur les Français, 40 milliards qui alourdit la charge des entreprises et qui tape sur les malades et sur les retraités, moi ça m'apparaît être un budget toxique. J'en ai préservé les Français. Si je puis me permettre, en un vote de censure, on a fait économiser aux Français la 40 milliards d'impôts supplémentaires. Vous voyez, c'est quand même une relative efficacité.
– Les déficits vont se creuser, les impôts vont augmenter. – Non, non, non. – Parce que la loi spéciale ne peut pas corriger ce fait.
– Non, mais non, mais la loi spéciale, elle ne va pas durer pendant toute l'année.
– Mais on ne sait pas combien de temps ça va durer puisque c'est bloqué à cause de la censure.
– Mais non, mais non, vous avez tort. Il y aura un budget, il y aura une nouvelle loi de finances et nous l'aurons travaillée tous ensemble. Et par conséquent, elle sera votée et très certainement bien avant le mois d'avril. Ce qui veut dire que ceux qui viennent aujourd'hui faire du catastrophisme en disant aux Français, il y a 17 millions de Français qui vont payer plus d'impôts, mentent aux Français.
– À Bercy, on dit qu'il faut que ça soit réglé avant la fin du premier trimestre, sinon les impôts vont bien augmenter. Avril, c'est après le premier trimestre.
– Mais non, mais c'est en avril que ça se calcule. – Voilà, c'est tout. Donc avant avril, il y aura une loi de finances. Et donc tout ce qui est tombé de positif, il y avait très peu de choses, il y a beaucoup de choses de négatifs qui sont tombées avec cette censure. – Tout ça, ça reviendra, c'est ce que vous nous dites. – Évidemment, reviendra, y compris d'ailleurs les mesures pour les agriculteurs.
– Parlons du casting, si vous voulez bien quand même, parce qu'on va avoir un Premier ministre dans la journée ou bien demain. Et à chaque fois, dans les noms qu'on entend, on se demande s'ils sont RN compatibles, si j'ose dire. Et on parle un peu à votre place. Alors dites-nous par exemple, est-ce que François Bayreau, dont la cote semble être en train de monter, est-ce que c'est quelqu'un avec qui vous pourriez travailler ?
– Non mais je ne vais pas jouer à ce jeu-là. Ça n'est pas de ma responsabilité de nommer le Premier ministre, c'est la responsabilité du Président de la République. Moi je suis désolé, je suis attaché à la Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution. Le Président de la République sait encore une fois que nous souhaitons que les 11 millions d'électeurs du Rassemblement National soient respectés et entendus, parce que respecter c'est une chose, mais respecter les 11 millions d'électeurs du Rassemblement National, c'est aussi tenir compte de leurs aspirations.
– Mais il y en a qui sont plus proches de vos idées, entre Bruno Retailleau et un Premier ministre de gauche, on imagine que vous préférez Bruno Retailleau ou pas ?
– C'est tout, c'est la condition que nous avons posée. Donc à charge pour le Président de la République, de choisir un Premier ministre qui respecte cette condition, qui est essentielle en démocratie. Nous ne demandons pas la lune tout de même, on ne demande pas des avantages indus, on demande que la démocratie soit respectée. Nous sommes la première force, encore une fois, à l'Assemblée Nationale, le premier groupe à l'Assemblée Nationale. Nous avons fait 11 millions d'électeurs, ces 11 millions d'électeurs doivent être respectés.
– Sauf qu'aujourd'hui, votre poids et votre influence semblent en régression par rapport à la semaine dernière, puisque visiblement, le point commun hier de la Réunion, c'est Emmanuel Macron qui dit, on ne veut plus être dans la main du RN. Ce sont les mots qui ont été prononcés. François Hollande ce matin dit, dans le Parisien, Mme Le Pen a été victime de sa propre décision et en censurant, elle a tout perdu. Vous répondez quoi à ceux qui disent cela ?
– Je pense que les responsables politiques et les commentateurs devraient être prudents dans leurs analyses. Voilà. Un sondage paru ce matin vient contredire l'intégralité des commentaires que j'ai pu entendre depuis une semaine.
– C'est un sondage qui vous place en tête au premier tour.
– Il faut être, qu'ils soient prudents et qu'ils ne prennent pas leurs rêves pour la réalité. Voilà. Le problème de la classe politique française, c'est sa déconnexion avec la réalité.
– Pourtant, il y a eu des choses. Il y a eu par exemple une partielle que vous avez perdue ce week-end dans les Ardennes. Il y a eu également l'un de vos députés dont la permanence a été mûrée par des agriculteurs. Il y a certains de vos électeurs qui ne comprennent pas cette décision que vous avez prise.
– Nous avons gagné une municipale en partielle. Nous avons perdu une législative en raison de la faible participation à 300 voix. Si vous souhaitez en tirer une conclusion politique… – On essaie de regarder les signaux, les indices faibles. – Là encore, je vous appelle à être prudents. Quant aux agriculteurs, je pense que là, pour le coup, si vous voulez, ce ne sont pas les agriculteurs.
Nous sommes un peu victimes d'une bataille électorale, syndicale, puisque vous savez qu'il y a des élections à la Chambre d'agriculture à la fin du mois de janvier, et que je pense qu'un certain nombre de syndicats essaye de faire parler d'eux plus qu'autre chose, parce que les agriculteurs, nous les avons toujours défendus, nous continuerons évidemment à les défendre, et évidemment, nous ferons des avantages qui étaient prévus dans le PLF, une ligne rouge du futur budget. Il faudra bien sûr que l'ensemble de ces mesures, qui ne sont pas spectaculaires non plus, mais enfin qu'on le mérite d'exister, soit dans la future loi de finances.
– Alors notre actualité forte, Marine Le Pen, ce matin, c'est évidemment le cité sur en Syrie, trois jours après le renversement de Bachar el-Assad. Jordan Bardella, dimanche, a parlé d'une catastrophe géopolitique. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ou pas ?
– En tout cas, ce qui est sûr, c'est que là encore, je trouve que les commentateurs manquent de prudence, parce qu'il est évident qu'évidemment, on se réjouit du renversement d'un pouvoir autoritaire et brutal pour le peuple syrien, mais nous ne souhaitons pas qu'il soit remplacé par un pouvoir tout aussi autoritaire et probablement encore plus brutal.
– Mieux valait Assad que ceux qui sont arrivés au pouvoir aujourd'hui ? – Non mais le sujet n'est pas là.
– Oui mais c'est terrible ce que vous êtes en train de dire, parce que ça veut dire que le peuple syrien a le choix entre Assad et les djihadistes. Bon, donc c'est terrifiant. Moi, ce qui est sûr, c'est que j'ai craint pour les minorités, parce que je sais comment les djihadistes se comportent, je crains pour les populations qui vont fuir cette potentielle dictature islamiste et qu'il va falloir que les pays autour et accessoirement les pays européens gèrent, et je crains évidemment la déstabilisation de la région, parce que plus les islamistes…
– Et dans ce contexte, il faut suspendre les demandes d'asile ou pas ?
– Pour l'instant, il faut suspendre les demandes d'asile, dans l'attente peut-être du retour déjà des réfugiés que nous avons accueillis vers la Syrie.
– Si c'est plus dangereux maintenant, si vous nous dites que la situation est encore plus dangereuse maintenant.
– Ceux qui sont partis de la Syrie pour fuir le régime d'Assad doivent a priori vouloir revenir en Syrie, voilà. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas qu'il y ait d'automaticité dans ce domaine. Et la déstabilisation de la région par la prise en main d'un pays aussi grand et aussi important que la Syrie par les djihadistes est évidemment une inquiétude.
– Allez, merci beaucoup Marine Le Pen, vous allez écouter peut-être Marc-Antoine Lebré, M. Milvoix qui va nous rejoindre tout de suite. Merci beaucoup.
Marine Le Pen