Violence chez les jeunes en milieu scolaire : « La délinquance des plus jeunes est de plus en plus violente mais pas plus nombreuse» affirme François-Noël Buffet
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Europe 1, 8h13, lors de l'interview Actu d'Europe 1 Matin Weekend, l'Enaïque Meunier vous évoquait la montée de la violence chez les jeunes avec celui qui est ministre auprès du ministre de l'Intérieur, François-Noël Buffet.
Oui, parce que les chiffres sont vertigineux. En 2024, plus de 10 000 agressions à l'arme blanche ont été recensées en milieu scolaire aux abords des établissements en France. Et Mélanie, 31 ans, en a fait les frais mardi lorsqu'un élève de 3e l'a poignardé à mort. Alors, bonjour François-Noël Buffet.
Bonjour.
Notre ministre auprès du ministère de l'Intérieur. Alors, 57% des homicides commis par des mineurs impliquent effectivement des armes blanches. Comment est-ce qu'on explique cette montée de la violence chez des si jeunes ? 14 ans, le dernier en date.
Oui, d'une façon plus générale, la violence, la délinquance des plus jeunes est de plus en plus violente. Elle n'est pas forcément en nombre plus importante, mais en tous les cas de plus en plus violente. Et parmi les mineurs délinquants, 49% sont simplement âgés entre 16 et 17 ans, 40% ont entre 13 et 15 ans, 9% entre 10 et 12 ans, et 2% ont moins de 10 ans. Et c'est une violence qui est véritablement en intensité extrême. Et c'est malheureusement le cas de ce que nous avons vécu mardi dernier avec la mort de Mélanie. Et il faut remarquer qu'en 2024, les mineurs de 13 à 17 ans représentent 31% des vols avec armes. Oui. Des vols avec armes.
35% des vols violents sans armes et 28% des vols de véhicules. Ce que je veux dire par là, c'est que nous avons, et 51% d'ailleurs des agressions ou des délits ou des crimes commis par les mineurs, sont des homicides commis par les mineurs, le sont avec une arme blanche. 57% des homicides.
Alors François Nelbuffet, là ça s'est passé au moment où il y avait un contrôle. Vous, vous plaidez pour une expérimentation de portique de sécurité à l'entrée des établissements scolaires. Comment est-ce que ça peut se mettre en place sans que ce soit le bazar, sans que ça prenne des heures ? Et surtout, qui on met à côté des portiques ?
Oui, moi je pense qu'il faut, en tous les cas pour ce qui concerne les lycées ou les collèges, se prémunir. Il est documenté aujourd'hui qu'une grande majorité des jeunes arrivent avec un couteau dans la poche et rentrent dans le lycée ou dans le collège avec un couteau dans la poche. Les motivations sont diverses, mais les risques encourus sont bien là. Donc il faut contrôler. Eh bien oui, à une époque, on a mis des portiques pour éviter les intrusions dans les lycées et dans les collèges. Cette fois-ci, il faut sans doute pouvoir contrôler ces ports d'armes. Ça n'est pas parfait, nous sommes d'accord, puisqu'on sait que les couteaux céramiques ne passent pas.
Mais tout de même, si on avait 70 ou 80% de choses repérées, c'est déjà ça de fait. Donc je suis partisan qu'on expérimente effectivement ces portiques. Le Premier ministre a repris l'idée. Il y a différentes méthodes pour le faire, mais il faut l'expérimenter pour s'assurer aussi qu'effectivement, l'accès dans les lycées ou dans les collèges ne dure pas trop longtemps, constituant eux-mêmes des risques d'ailleurs. Mais il faut le faire.
On ne peut pas rester sans rien faire, indépendamment de tout ce qui touche à la prévention sur les armes et leur classification, mais surtout indépendamment du problème de fond lui-même, qui est celui de la prise en compte dès le plus jeune âge, de la situation mentale, de santé mentale de ces jeunes, qui à un moment évidemment décroche, dont on a du mal à comprendre. Et l'exemple de mardi dernier est de ce point de vue-là stupéfiant. Parce qu'on se donne pourquoi ce jeune n'en regrette rien. Il ne regrette rien, oui, c'est ça.
Il assume totalement son acte, alors qu'il nous est dit qu'en fait, qu'il vivait dans un village de 3500 habitants, dans un collège de petite taille parfaite, de caractère quasiment familial, et que la famille était stable. Donc il y a quand même un sujet majeur de santé mentale.
Alors justement, monsieur le ministre, la famille, il faut également en parler, même si ça paraît effrayant en tant que parent, de se dire qu'on peut aussi regarder un peu le sac à dos de son enfant le matin avant qu'il parte au collège ou au lycée. Ça aussi, c'est important de rappeler le bien, le mal, l'interdit.
Je crois qu'il faut revenir aux principes fondamentaux. Élever un enfant, éduquer un enfant, c'est le faire grandir. Et dans la façon de le faire grandir, l'autorité parentale est un élément absolument substantiel. L'autorité, ce n'est pas l'autoritarisme, ce n'est pas d'être abominable tous les jours. C'est simplement de contrôler, de vérifier, de dire ce qui est autorisé, ce qui ne l'est pas. Et c'est donc une responsabilité majeure. Il faut donc que les parents prennent en considération ce point-là. Ils ne peuvent pas considérer, notamment pour une partie d'entre eux, que l'école va s'occuper de tout.
Ou que telle autre association sportive ou autre chose va s'occuper de l'éducation de leurs enfants. Ils en sont les responsables. J'allais dire, nous sommes responsables de nos enfants. Donc, il faut assurer ce contrôle. Et je pense même que dans la stratégie nationale de prévention de la délinquance que nous rendons publique bientôt, l'idée de responsabilité des parents est l'idée majeure. Le retour à l'autorité, l'autorité du maire, l'autorité de la justice, mais l'autorité des parents, véritablement, quand bien même il faille aller à un moment ou à un autre jusqu'à des mesures de rétorsion de caractère financier type suspension d'allocations familiales quand ils ne font rien.
Mais le drame, c'est que nous soyons obligés d'en arriver là. Mais je pense que nous n'avons pas d'autre chemin.
Et alors, justement, vous y faisiez allusion, François-Noël Buffet. Elisabeth Borne a fait des annonces sur le protocole de détection de la souffrance psychologique chez les jeunes. Pourquoi est-ce qu'ils sont aussi abîmés, nos gamins, aujourd'hui ?
Tout ça est documenté. L'environnement général, le climat de guerre, pour ne pas dire, c'est plus un climat aujourd'hui. La guerre dans le monde, les événements en Europe, les événements aujourd'hui au Moyen-Orient, l'ambiance générale qui est extrêmement stressante, c'est clair. Le fait qu'on leur dise que demain, pour des problèmes environnementaux ou climatiques, la vie ne sera plus possible ou sera dégradée, il faut quand même avoir en tête qu'un certain nombre de jeunes considèrent qu'il ne faut plus avoir d'enfants aujourd'hui, par exemple. On sort un peu du sujet, mais c'est ça.
Et puis, le climat du Covid qui a beaucoup marqué l'isolement, l'isolement, l'isolement, le fait de s'être retrouvé à un moment charnière de sa vie, où on vit plutôt en collectif, avec les copains, les amis, et se retrouver seul, et à se retrouver face à ce fichu écran, si vous me permettez de lire le téléphone, avec ces réseaux qui sont à la fois formidables pour notre vie et qui sont en même temps un drame absolu parce qu'il y a tout et n'importe quoi là-dessus, y compris de l'embrigadement. Et il n'y a pas plus proie, plus facile qu'un jeune pour l'embrigader. Et les réseaux sont là majoritairement, je ne dis pas uniquement, mais de façon très importante, responsable de tout ça.
Nous avons donc besoin d'avoir une action extrêmement ferme de ce point de vue-là.
Et je vous remercie, M. le ministre François-Noël Buffet, d'être venu en parler ce matin sur Europe 1, ministre auprès du ministre de l'Intérieur. Merci à vous.
François-noël Buffet