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Podcast / conversationRMC — Face à Face (sur Podcast)· 15 juin 2020 5 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileJusticeInstitutions & élections

Nicolas Poincaré : Faut-il rouvrir le débat sur les statistiques ethniques ? - 15/06

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:05OuverteRéponse directe

    Expliquez-nous ce débat sur les statistiques ethniques.

  • 0:51OuverteRéponse directe

    Et de quand date cette interdiction ?

  • 2:35OuverteRéponse directe

    Ce débat est régulièrement relancé, pourquoi selon vous ?

  • 4:39OuverteRéponse directe

    Faut-il aller au-delà des statistiques ethniques ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:26InvitéChiffre
    « 60% des personnels soignants en Angleterre qui sont malades du Covid sont des Noirs. »
  • 0:45InvitéFait
    « C'est interdit par la loi sous peine d'une amende de 300 000 euros et de 5 ans de prison. »
  • 4:52PrésentateurChiffre
    « 90 ou 85 ou 95%, on ne le sait pas. »

Temps de parole

  • Invité71 %
  • Présentateur21 %
  • Présentateur 28 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, expliquez-nous. Alors c'est un vieux débat, régulièrement relancé en France, Nicolas.

0:10
Invité

Oui, faut-il, oui ou non, autoriser ces statistiques basées sur l'ethnie, la couleur de la peau. Alors, prenons une question d'actualité. Les Noirs sont-ils plus exposés au coronavirus que les Blancs ? On sait qu'aux Etats-Unis, oui, dans des proportions assez spectaculaires. En Angleterre aussi, oui, les Noirs sont plus touchés. Par exemple, 60% des personnels soignants en Angleterre qui sont malades du Covid sont des Noirs. Et en France ? Eh bien, en France, on ne sait pas. On fait des fiches sur les malades en fonction de leur âge, on leur demande leur sexe, on leur demande s'ils ont du diabète, on leur demande s'ils sont fumeurs ou non fumeurs.

Mais à l'hôpital, on n'a pas le droit de noter la couleur de leur peau. C'est interdit par la loi sous peine d'une amende de 300 000 euros et de 5 ans de prison. C'est un délit, donc.

0:51
Présentateur

Et de quand date ce délit, cette interdiction ?

0:54
Invité

Alors, de l'arrivée des ordinateurs. Auparavant, on avait fiché les Juifs sous l'occupation, on a fiché les Arabes pendant la guerre d'Algérie, on a fiché qui on voulait, quand on voulait ou presque. Mais avec l'avènement de l'informatique, sous Giscard, on a réalisé que ces fichages ou même ces statistiques pouvaient devenir dangereux entre de mauvaises mains. D'où la loi du 6 janvier 1978, la célèbre loi informatique et liberté, qui interdit donc de collecter ou de traiter des données sur les origines raciales et ethniques, mais aussi sur les opinions politiques, syndicales ou religieuses, mais aussi sur toute question relative à la vie sexuelle.

Ça fait donc un peu plus de 40 ans que toutes ces statistiques-là sont interdites. Toutefois, il y a des exceptions. Oui, par exemple, lors du recensement, on demande aux Français leur nationalité antérieure, s'ils n'ont pas toujours été Français. L'INSEE et l'INED, qui sont les deux grands organismes d'État qui s'occupent d'observer la population française, peuvent demander la nationalité des parents pour certaines études. Et puis ces deux mêmes instituts peuvent aller plus loin, mais sous un strict contrôle scientifique. Par exemple, en 2008-2009, ils avaient lancé une grande étude qui s'appelait Trajectoire et origine.

On avait là demandé aux gens la couleur de leur peau et leur ressenti d'appartenance. On leur demandait s'ils se sentaient noirs, blancs, métisses ou autres. Et cette étude avait permis de bien mieux connaître les questions de discrimination et d'inégalité pour mieux les combattre. Les chercheurs, les universitaires sont aussi autorisés à faire ce type d'études sous contrôle. C'est comme ça, par exemple, que des chercheurs avaient surveillé de loin les policiers à la Gare du Nord, à Paris, sans les prévenir. Ils avaient constaté que les Noirs et les Arabes étaient beaucoup plus contrôlés que les Blancs, en l'occurrence, à la Gare du Nord, au moment de cette étude.

2:35
Présentateur

Ce débat sur les statistiques ethniques est régulièrement relancé.

2:39
Invité

Oui, sous Nicolas Sarkozy, Brice Ortofeu avait même fait voter une loi pour autoriser ces statistiques. L'idée, c'était ensuite de s'en servir pour faire de la discrimination positive, c'est-à-dire, par exemple, des quotas dans les universités, comme ça se fait aux États-Unis. C'était une mesure défendue par celui qu'on appelait à l'époque Sarko l'Américain. Mais le Conseil constitutionnel avait ensuite invalidé cette loi Hortefeu, parce que l'article 1er de la Constitution affirme que les citoyens sont égaux devant la loi, sans distinction de race ou de religion.

Lors de la dernière présidentielle, François Fillon avait indiqué que s'il était élu, il légaliserait ces statistiques, que ce n'était pas un tabou pour lui. Mais Hervé Mariton, un de ses adversaires à la primaire de la droite à l'époque, avait lui expliqué qu'il était contre en donnant son exemple. Il disait que son père était de la Drôme, alors que sa mère était juive pied-noir. Et moi, disait Mariton, alors je coche quelle case ? Est-ce que je suis juif berbérisé ? Est-ce que je suis berbère judaïsé ? Est-ce que je suis dauphinois comme le gratin ? Et bien voilà, il ne pouvait pas répondre à la question. Donc il était contre.

Auparavant, François Hollande, lui, avait estimé que c'est un débat parfaitement inutile, ce débat sur les statistiques. Un débat comme seuls les Français savent en ont le secret. Oui, si Beth Ndiaye relance ce débat, pourquoi ? Eh bien parce qu'on parle beaucoup de racisme en ce moment, ça ne vous a pas échappé, et moi non plus. Et donc c'est l'occasion de faire des propositions. Si Beth Ndiaye pense qu'il faut quantifier les inégalités pour mieux les combattre, qu'il vaut mieux savoir que de laisser prospérer les fantasmes, mais elle est en fait assez peu soutenue. SOS Racisme est contre, Marine Le Pen est contre, la Commission Consultative des Droits de l'Homme contre également.

Avec cet argument principal, l'État ne doit pas reconnaître qu'il y a des catégories ethniques. La culture française, c'est l'universalisme, pas le communautarisme.

4:28
Présentateur

Eh bien nous verrons ce qu'en pense Gérald Darmanas. Ce sera très intéressant compte tenu de ses origines. Ce sera très intéressant. Il est avec nous tout à l'heure de 8h30 à 9h. David Lebarth, vous voulez ajouter quelque chose ou pas, non ? Moi je crois qu'il faut aller au-delà des statistiques ethniques, parce que je vais vous dire une réalité policière. Le sujet, ce n'est pas la délinquance des étrangers. Le sujet, c'est 90 ou 85 ou 95%, on ne le sait pas. Ce sont nos compatriotes, c'est les Français qui commettent les infractions et le quotidien des policiers. Quelle que soit leur origine, des Français. Le sujet, ce n'est pas de savoir si ce sont les étrangers ou pas les étrangers.

Ce n'est pas la race, je vous dis. Le sujet, c'est quel type d'infraction, dans quel secteur géographique. Et on reviendra sur le sujet sur lequel j'étais avant. Ça nous aidera aussi à mieux organiser nos forces de sécurité intérieure. Je vais vous donner une ville comme Toulouse en France. J'en parlais tout à l'heure avec mon voisin. Toulouse est une ville sous-dotée en effectif depuis des décennies. Alors que c'est une ville à fort taux de délinquance et de criminalité. C'est ça le vrai sujet. Et il faut savoir comment on peut travailler correctement. Et pour ça, certaines statistiques nous aideraient. C'est ça, c'est ça, c'est ça.