L'interview de Stéphane Tapie pour la sortie de son livre sur sa relation avec son père
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Stéphane Tapie publie « Comment te dire au revoir ». C'est chez Michel Laffont. On va l'accueillir dans quelques instants.
Dans ce livre, il est question évidemment de sa vie avec son père et puis aussi bien sûr de la maladie et de la mort. La maladie, Bernard Tapie l'évoquait très librement, y compris sur ce plateau en janvier 2020. Souvenez-vous.
D'un coup, c'est une nouvelle qui vous rappelle que vous êtes mortel. Mais quand vous faites beaucoup de sport, que vous n'êtes pas malade, pas de tension, pas de diabète, pas de tout ça, la mort, c'est pour...
Il y a des vieux à 97 ans, il y en a à 99. Donc voilà. Et d'un coup, tac, t'as le cancer.
T'as le crabe, comme on dit. Ah ! Alors c'est une mauvaise nouvelle qui change vos perspectives de vie.
Alors après, comme toutes les mauvaises nouvelles, il y a deux types de comportements. C'est comme les emmerdes qu'on m'a fait tout au long de ma vie. Tiens, ça me fait marrer parce qu'il y en a un qui a dit un truc récemment, c'est M.
Bayrou. Il a dit dans la vie, les nouvelles, si elles sont injustes, scandaleuses, honteuses, il y a deux hypothèses, ou elles vous tuent, ou elles vous redonnent de l'énergie. Il n'y a pas de surhomme.
Jamais. Mais il y a une manière de le régler, une manière de l'affronter. Voilà.
Si vous voulez l'affronter avec des chances de succès, il faut vraiment aller chercher très profond les motivations. Et il y en a, reconnaissez. Il y en a.
C'était le 20 janvier 2020. Ça n'a pas été un moment facile d'ailleurs, parce que Bernard Tapie, ce jour-là, était très en colère contre moi, contre BPM TV, contre Marc-Olivier Fogel, contre la terre entière. Mais c'était sa façon...
Bonjour Stéphane Tapie. Bonjour. C'était sa façon, à lui aussi, de se battre et de continuer à vivre, au fond.
Nous engueuler, c'était...
De garder le contrôle. Rester vivant. Garder le contrôle.
Et garder le contrôle aussi. Mais j'étais là pour faire tampon. Vous étiez en coulisses, en effet, ce jour-là.
Et on l'entend...
Ça va sinon, pour ce week-end, pas trop déçu, le Paris Saint-Germain ? Non, je voulais juste apprendre de vos nouvelles d'abord. Écoutez, malgré cela, malgré la défaite, je suis là pour vous accueillir.
C'est dire, quand même, si je suis professionnel. Eh, on se rapproche, hein ! L'OM, grande passion, de la famille Tapie, bien sûr.
Juste un mot, avant de parler vraiment du livre, la voix de Bannard Tapie, ce jour-là, était déjà abîmée, aiguë. Et ça, ça le rendait fou. Ils ne supportaient pas ça.
Ah, ça a été vraiment la chose qui l'a plus rendu fou. Pour plein de raisons. La première, c'était sa marque de fabrique.
Sa voix, c'était sa signature. On le reconnaissait parmi tant d'autres. Et puis, ça l'a empêché de remonter sur les planches, surtout.
Bien sûr. Alors que c'était son grand projet. Ah, c'était vraiment son rêve ultime.
Et en plus, depuis qu'il avait vu que Johnny avait fait les vieilles canailles, et que ça lui avait mis un coup de boost énorme contre sa maladie, il ne rêvait que de ça. Il ne parlait que de ça, jour et nuit. C'était remonter sur scène, remonter sur scène.
Et savoir, on a essayé...
Pas d'astuces, c'était impossible à faire. Alors, ceux qui s'attendent à un hommage dithyrambique, à une déclaration d'amour d'un fils à son père, vont être un peu déçus ou surpris, parce que vous avez eu une relation très particulière. C'est un demi-siècle de vie souvent tourmentée.
On va commencer par la fin. Août 2021, votre père n'a plus que quelques semaines à vivre. Et son médecin, en gros, vous dit, bon, ça y est, cette fois, c'est la fin.
Vous annulez vos vacances. Vous allez passer tout l'été auprès de lui. En réalité, ça fait pas mal de temps que ça ne va plus du tout.
Mais ce moment où vous allez passer, ces quelques semaines, ces quelques mois, jusqu'à son dernier jour, est-ce que c'est le moment où, finalement, vous avez été le plus proche de lui ? Bien sûr. Bien sûr.
Je me suis créé des souvenirs. In extremis. Oui, je savais que ça allait arriver un jour, où Tapie allait enlever le masque et Papa allait arriver.
Parce que, voilà, il faut de temps en temps le tomber, le masque, et il savait que ce moment-là, il n'avait plus la force de l'avoir. Voilà. Donc, je me suis créé des souvenirs.
J'ai mis tout de côté. Et puis, je me suis dit, voilà, je vais apprendre à connaître mon père réellement. Vous vous êtes dit, au fond, c'est plus le moment de régler les comptes.
Mais non, c'était surtout pas ce moment-là. Puis, il n'y avait plus de comptes à régler. Et quand il y a la maladie, les problèmes d'ego n'ont plus à rentrer en ligne de compte.
Il fallait que je garde des souvenirs. Et le problème, c'est que je n'en avais pas beaucoup. Donc, je m'en suis créé avec lui.
Vous préparez la fin. Vous réunissez autour de lui ses neuf petits-enfants. Et son arrière-petit-fils.
Et son arrière-petit-fils. C'est à ce moment-là aussi qu'il vous dit, dans ces dernières semaines, qu'il veut être enterré à Marseille ? C'est le week-end d'après, où je fais monter Mgr Muisse.
Absolument. De Notre-Dame de la Garde. Et là, vous commencez à...
Et il se parle, et il me dit, à la fin, il me dit, bon...
Je vais être enterré à Marseille. Tu te débrouilles. OK.
Et c'est vous qui avez géré tout ça. Vous avez été d'ailleurs vraiment à la manœuvre, pour tout ce qui s'est passé dans les jours qui ont suivi. On peut dire quand même...
Parce que vous décrivez, là pour le coup, avec beaucoup de pudeur, son affaiblissement par la maladie. Mais qu'il a été combattant jusqu'au bout. La Provence, il était toujours à fond jusqu'au dernier jour, quasiment.
Oui, mais c'était des moments de plus en plus courts. Oui, c'est ça. Parce qu'il dormait, parce qu'il était épuisé.
Parce qu'il refusait les antidouleurs. C'est ça. Comme il refusait les antidouleurs, il arrivait à un point de douleur tel qui tombait de fatigue.
Elle est tombée. Quelque chose vient de tomber sur le plateau, tout ça. Rien de grave.
Donc voilà, il avait des moments de plus en plus courts de lucidité. Mais c'est vrai que quand il avait ces moments de lucidité et d'éveil, oui, il n'était pas dans l'autoflagellation et ni dans la plainte. Arrive le 3 octobre 2021, c'est un dimanche.
En réalité, il est dans le coma. Il tombe progressivement dans le coma. C'est ce qu'on espérait.
Parce que dans ce genre de cancer, c'est soit on fait une embolie pulmonaire et là, ça devient encore très douloureux. C'est une dernière douleur. Et soit on plonge tranquillement dans le coma.
Et pour une fois, c'était le mieux. Donc le clan est là. Vous êtes autour de lui tous.
Vous lui dites, même si vous ne savez pas tout à fait s'il a pu entendre ses mots, nous sommes là, tu peux partir tranquille. Vous-même, vous vous approchez de lui. Vous lui dites, c'est bon, t'inquiète, je vais m'occuper du reste.
Je prends le relais. Vous écrivez que la mort a été un soulagement, une libération. Oui, parce que...
Le voir souffrir et le voir s'imposer, ces souffrances-là. Parce qu'on s'est battu jusqu'au bout pour qu'il prenne des antidouleurs. Il a toujours, toujours, toujours refusé.
Et oui, ça a été une libération. Parce que se battre contre un corps qui vous fait mal toute la journée, et tous les soirs, c'est pas humain. Les souffrances qu'il endurait n'étaient pas humaines.
La mort, évidemment, il s'y était préparé, comme il nous le disait sur BFN TV en janvier 2020. Écoutez...
Et il ne lui avait pas peur. Mais forcément, parce que je suis confronté, non pas à l'éventualité qu'elle arrive, mais je suis confronté à des rendez-vous de médecins, de spécialistes, des radios, des douleurs, des symptômes. Donc voilà, vous êtes obligés.
Mais c'est pas une obsession de dire...
Je vais vous faire une mauvaise nouvelle, monsieur. Vous allez mourir aussi. Vous m'en voulez pas, hein.
Voilà. On y va tous. Alors quand ça vous arrive à 40 ans...
J'ai vu des femmes avec deux enfants, une tumeur au cerveau à 35 ans. Mais à mon âge, bon, c'est remerdant. Mais bon, voilà.
Mais c'est vrai, ça, à chaque fois qu'il revenait des séances de chimio, c'est ce qui le marquait le plus. C'est pas ce que lui subissait, c'était de voir des jeunes le subir. Ça, ça le rendait, mais malade, malade, malade.
Et c'est pour ça qu'il voulait les faire, non pas dans des blocs individuels, mais dans des blocs communs. Bon, pour être là avec eux, leur dire, voilà, allons-y, battons-nous ensemble. Et là, je sais de quoi je parle maintenant, pour le coup.
Donc, allons-y ensemble. Bon, si on parlait de vous maintenant...
Oui. Prénom Stéphane, nom, tapis. Dan de naissance, vous allez me demander.
Né le 5 août 1969, mais pour l'État civil, le 9 août, qu'est-ce qui s'est passé ? Et puis bordel, à la tapis. C'est-à-dire ?
C'est-à-dire, il a juste oublié de me déclarer, tout simplement. Et le jour où il y va, c'est le 9 août. Et il dit, bonjour, je voudrais déclarer mon fils.
Oui, bonjour. Donc, il tend le papier, il dit, mais monsieur, votre fils, il est né il y a 4 jours, c'est trop tard. Et comment ça, c'est trop tard ?
Ben oui, vous avez quand même 3 jours ouvrables. Donc, c'est là, il va falloir faire une procédure, c'est-à-dire, il faut commander un juge. Ok, c'est bon, merci, madame.
Et il s'en va, il retourne à la clinique où je suis né, et il prend un papier d'un acte de naissance. Il met un tampon des infirmières, il fait un gris-gris, il retourne voir la même dame. Il dit, bonjour, madame, je voudrais déclarer mon fils.
Il dit, monsieur, je vous ai dit, écoutez, je ne vous connais pas, mon fils, il est né il y a un quart d'heure. Voilà l'acte de naissance. Donc, je suis réellement né le 5 août, mais voilà, l'État civil m'a reconnu que le 9 août.
Et c'était chiant, parce qu'à l'école, quand on me demandait ma date de naissance, je disais, ben, le 5 août. Cette histoire originelle, au fond, elle symbolise aussi les liens parfois compliqués que vous allez avoir avec votre père toute votre vie. Comme vous êtes quelqu'un de cash, vous dites des choses, bon, moi j'ai trouvé ça très dur, mais peut-être que vous, vous ne trouvez pas ça dur.
Vous dites, je n'ai pas été, et de loin, le fils préféré de mon père. C'est dur de dire ça, quand même. Non, ce n'est pas dur, c'est réaliste.
Sa famille passait après lui ? Ah oui. Ça, c'est une très bonne question.
C'est ce qu'on ressent quand on lit votre livre ? Je pense que ses enfants passaient après lui. Sa femme, non.
Comment elle va, Dominique ? Du mieux qu'elle puisse aller. Voilà.
C'est très dur ce qui se passe pour elle depuis la mort. Parce que, évidemment, émotionnellement, sentimentalement, c'est terrible. Oui, oui.
Ils ont resté ensemble 40 ans. Plus de 40 ans. 40 ans.
Mais en plus, à cela s'ajoutent des difficultés financières terribles. On a dit qu'elle était ruinée. Oui, c'est vrai.
C'est la vérité. Ah oui, oui. Elle était solidaire des dettes.
Donc, elle est solidaire aujourd'hui. Donc, elle est plus que ruinée. Elle est plus que ruinée.
Mais elle a la santé. Vous lui rendez hommage à plusieurs reprises dans le livre. C'est une femme qui n'est pas votre maman.
Non. Mais qui a...
Que vous adorez. Ah, j'ai une admiration incommensurable pour elle. Et vous dites qu'il l'aimait plus que tout.
Peut-être même plus que ses enfants. Mais pourquoi ne l'a-t-il pas protégé davantage ? Je pense qu'il s'est senti tellement invulnérable, intuable.
Et je pense qu'il a fini par croire que son cancer aussi, il allait le battre. Donc, c'est sur la fin où il a commencé à essayer de s'agiter pour s'organiser, pour la protéger. Mais c'était un peu tard.
C'était un peu tard. Ça paraît fou ce que vous nous racontez. Et c'est la vérité.
C'est la vérité. Mais ça paraît fou. Oui, ça paraît fou.
Parce que quelque part, il savait aussi qu'elle risquait de vivre ce qu'elle était en train de vivre. Parce que lui, il vivait depuis des années. Et je pense qu'il est parti avec ce vrai, vrai, vrai regret.
De ne pas l'avoir mis elle à l'abri. Parce que c'est la moindre des choses qu'il lui devait. C'est la seule chose où j'ai une vraie amertume envers lui.
C'est de ne pas l'avoir protégée elle. Parce que c'est vraiment la femme qui a fait que le jeune Bernard Tapie, T-A-P-Y, est devenu Bernard Tapie. C'est grâce à elle ?
Mais bien sûr, c'est grâce à elle. Ça a été tout. Sa béquille, son guide, son repos, son énergie.
C'est la femme que je souhaite à tout le monde et la mère que je souhaite à tout le monde d'avoir. Donc là, c'est terrible à dire parce qu'il n'est plus là, mais vous lui en voulez. Ah oui, oui, de ça je lui en veux.
Oui, oui, vraiment. De ne pas l'avoir mise à l'abri, elle. Mais au-delà de ça, vous l'écrivez dans le livre, vous dites même, Tapie me saoulait, il me fatiguait par moments.
Mais pas seul. Il nous saoulait. Il nous saoulait, il était usain.
Parce qu'il était Tapie aussi à la maison, vous voulez dire. Il était aussi en démonstration, il était en représentation. Il voulait vous convaincre de tout.
On ne pouvait pas ne pas être d'accord avec lui. Non, impossible. Mais il était tout le temps avec cette carapace Tapie.
C'était la carapace Tapie. Et même en privé, il était comme ça, dans un dîner de famille, ça tournait autour de lui. Et il suffisait que ça tourne autour de quelqu'un d'autre.
Bon, il essayait de trouver un moyen pour que ça revienne à lui. Mais c'était comme ça. C'était quelqu'un qui voulait absolument exister pour tout le monde et n'exister.
Et vous étiez l'un des rares, finalement, à lui tenir tête. Quand il vous appelait après une émission de télé où il attendait de vous un jugement sans doute réconfortant, etc., vous n'hésitiez pas à lui dire « oui, non, c'était bien ».
Non, sur la télé, il attendait justement de l'honnêteté. Parce qu'il savait que j'avais un regard très honnête là-dessus. Et ce qui est bizarre, c'est que quand il était mauvais, comme par hasard, il ne m'appelait pas.
Donc, puisqu'il savait ce que j'allais lui répondre. Et puis, il y a parfois où il m'appelait, où il valait mieux que je reste en mode avion, parce que l'échange allait être un peu rugueux. – Bon, il y a mille histoires, je ne peux pas toutes les raconter.
Et puis surtout, c'est à découvrir dans le livre. Parce qu'il faut comprendre que ces emmerdes vous éclaboussaient. Quand il y a l'affaire au MVA, vous êtes écarté de l'antenne de TF1 alors que vous êtes animateur.
Quand votre fils passe le bac, vous lui dites, si on te demande si tu as un lien avec Bernard Tapie, dans l'août, évite de le faire. – Surtout que c'est à l'oral. Quand il vient vous chercher, vous êtes enfant, adolescent, il vient vous chercher en Rolls, au camping, où vous êtes en vacances, ça ne va pas du tout. – Non, mais c'était un décalage complet.
C'était mes vacances, c'était avec ma mère, mes frères, mes cousins, pardon, et on était au camping. Et cette scène, elle est horrible à vivre pour un gamin de 12 ans. J'entends, en traversant le camping pour arriver jusqu'à la tente de mes grands-parents, il y a une espèce de rumeur comme quoi il y a une Rolls Royce dans le camping.
Et plus j'avance, et plus je me dis, non, c'est impossible, il n'a pas pu faire ça. Et quand j'arrive devant la caravane de mes grands-parents, je la vois, et là je m'en vais. Parce que je ne peux pas monter là-dedans, ce n'est pas possible.
Il vient dans mon univers de campeur avec sa Rolls. – Alors c'est un petit clin d'œil du destin, ce n'est pas une Rolls, mais c'est une autre histoire de voiture, et là c'est à front renversé, c'est vous qui allez le chercher, le jour où il doit charger sa peine de prison. Et c'est un jour terrible, c'est un des moments les plus poignants du livre, parce que vous êtes évidemment dévasté par l'idée qu'il va être incarcéré, tout ça pour sa condamnation bien sûr dans l'affaire OMVA, et donc vous mettez toujours en place tout un stratagème pour qu'on ne le voit pas sortir de son domicile, et puis vous allez tous les deux passer quelques heures comme ça dans Paris, il va, et vous le racontez, prendre le souffle de la liberté encore quelques minutes comme ça dans Paris, en se baladant avec vous incognito, et vous vous dites même, tiens on est en voiture, la porte d'Orléans, et si on partait ?
Ah pas si on partait, je ne lui ai pas dit, mais moi je me suis dit, très longtemps, la porte d'Orléans, il y a l'autoroute, il y a Lyon, Lyon-Marseille, Marseille-La Corse, la Corse-Le Maquis, fini, on ne le retrouve plus, et ça m'a traversé l'idée, plus que ça traversait, ça a fait plus que me traverser l'esprit, ça a été vraiment une envie, et puis bon, à un moment donné, il restait ma soeur, ma belle-mère, enfin voilà, donc la raison reprend le dessus, mais c'est dur de le déposer, qu'il y a des orfèvres, en se disant bon, je vais ressortir, et là au moment où je rentre dans la cour, il y a le camion carcéral qui se met en place, et ce n'est pas pour moi que je souffre, c'est pour lui, parce qu'il s'était préparé à tout, parce qu'il s'était entraîné pendant des jours et des semaines, il avait aménagé une cave dans sa maison, où il se mettait à l'isolement. Il s'entraînait à la prison, bien sûr, il s'entraînait. Il a passé trois heures dans l'isolement.
Voilà. C'est fou. Et il s'était entraîné à tout, sauf à croiser mon regard, quand il allait rentrer avec les pinces au poignet, dans le camion carcéral.
Et ça, ça l'a effondré. Alors Stéphane Tapie, l'héritage, et quand je parle héritage, je parle dans un premier temps, pas de l'héritage au sens administratif, mais on va y venir. Mais dans un premier temps, l'héritage, qu'est-ce qu'il vous laisse ?
Qu'est-ce qu'il y a de lui en vous désormais, que vous avez pris le relais ? L'amour des gens. Parce qu'il aimait profondément l'humain.
Il détestait profondément l'injustice. Quand je vois les débats qui se passent en ce moment sur la retraite...
Là, il adorerait participer à ces débats. Il aurait un avis. Oui, et son avis...
Très tranché. Voilà. Il détestait ce genre d'injustice.
Vous voyez, là, il vous aurait dit, par exemple, je ne sais pas s'il faut vraiment une retraite. En tout cas, s'il faut changer le régime de la retraite. Mais je pense que ce n'est pas le moment de le faire.
Il n'y a pas d'urgence. Les gens sortent de deux ans de Covid. On a fêté dans la difficulté.
Parce qu'il y a eu des trains qui ont été supprimés. Ou des gens n'ont pas pu aller fêter Noël dans leur famille. On a eu l'essence.
On a eu machin. Je ne suis pas sûr que c'était le moment de faire ce genre de choses. En tout cas, il n'y avait pas d'urgence à le faire maintenant.
Parce que vous voyez, c'est un truc qui est très compliqué en ce moment. Je ne sais pas s'ils s'en rendent compte. Mais le samedi, on n'arrive plus à prévoir quoi que ce soit en France.
Je ne sais pas si ça a remarqué. On se dit le samedi. Ah ben non, le samedi, non.
Il y a les grèves. Mais ce n'est pas aux grévistes. Enfin, vous voyez, moi, les grévistes, ils en ont jusque-là.
Les gens, ils en ont jusque-là. Laissez-les souffler. Laissez-nous un peu respirer.
Un peu d'air. Juste un peu d'air. Et alors, l'héritage, qu'est-ce qui se passe quand vous allez chez le notaire ?
Vous ne le racontez pas, ça, dans le bouquin ? Parce que je ne vais pas chez le notaire. Il n'y a pas de notaire ?
Il n'y a pas un héritage ? Il n'y a pas un testament ? J'avoue, là, c'est entre les dettes.
Ben oui, c'est il n'y a pas pas. C'est ce qui s'est passé ? Ben évidemment.
Enfin, si on accepte l'héritage, on accepte l'héritage. Donc concrètement, mais qu'est-ce qui se passe alors ? Donc du coup ?
Ben, on a demandé un inventaire, parce qu'il y a beaucoup de choses qui se sont vendues quand même. C'est vrai. A commencer par les maisons ?
Les maisons, la Provence. Et tout ça, ça suffit à couvrir les 400 millions ? Je ne sais pas.
Si, vous savez, mais vous n'avez pas envie de le dire. C'est autre chose. Non, mais au-delà de ça, j'ai demandé un vrai inventaire.
Parce qu'on ne peut pas se prononcer. Oui, non. Ne serait-ce que pour être solidaire de ma belle-mère aussi.
S'il y a un peu à rembourser. Non, mais concrètement, pardon, mais c'est vraiment rien ? Non, c'est moins qu'à rien.
Non, c'est moins qu'à rien. C'est des dettes. Oui, mais voilà, c'est des dettes.
Ça, ce n'est pas facile à avaler non plus, non ? Non, mais nous, on a cette possibilité de refuser. Ma belle-mère, non.
Donc c'est pour ça que je n'ai toujours pas encore refusé, pour voir ce qu'on peut faire par rapport à elle. Pas par rapport à moi. Ce livre a été écrit avec Isabelle Dumas-Pelletier, que je voulais citer aussi.
C'est chez Michel Laffont. C'est un témoignage qui est à la fois poignant et original, je le disais, parce qu'il y a beaucoup de nuances, beaucoup de conflits aussi qui ressurgissent. Et puis, ce que je voulais dire aussi, et je sais que ça vous tient énormément à cœur, c'est que ce livre, c'est aussi pour vous l'occasion de faire une déclaration d'amour à votre maman.
Ah, ben oui. Qui est morte il y a 20 ans, un peu plus de 20 ans. Et c'est un fils désormais orphelin qui prend la parole et qui dit tout, mais vraiment tout, dans ce livre.
Et ce statut d'orphelin, c'est ce qu'il y a de plus dur à vivre. On ne s'habitue pas. Il faut arrêter ces histoires de deuil, il faut apprendre à vivre avec.
Déjà, il faut apprendre à vivre sans la personne. Et je m'étais préparé à perdre mon père, mais je ne m'étais vraiment pas préparé à devenir orphelin. Et ça, c'est terrible parce qu'on n'a plus de référent.
On devient le référent de nos propres enfants. Mais il faut vivre avec, de toute façon. On n'a pas le choix.
On n'a pas le choix. Merci beaucoup.