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interviewFrance Culture — Le Temps du débat· 20 novembre 2025 33 min

L’union des droites est-elle possible ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Pour la première fois jeudi dernier, la droite et l'extrême droite se sont alliés au Parlement européen afin de voter la directive Omnibus visant à amoindrir les mesures du pacte vert européen. Cet exemple d'union des forces fait miroiter en France les velléités d'alliances qui agitent la droite et l'extrême droite à quelques mois des élections municipales. Alors que le rapport de force électorale s'est inversé au fil des années entre le RN et les Républicains, un rapprochement entre les deux forces politiques peut-il devenir un horizon souhaitable, désirable pour celles-ci et pour leurs électeurs ? Comment la droite s'est-elle recomposée idéologiquement ?

Et quelle stratégie préside aux accointances revendiquées par Laurent Wauquiez avec Renaissance ou par Éric Ciotti avec le Rassemblement National ? Deux invités pourront discuter ce soir. Bonsoir, Aurang Malval, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes journaliste et grand reporter au service politique de Marianne. Face à vous, Arnaud Tessier, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes historien spécialiste de la Ve République et du gaullisme, auteur de cet ouvrage intitulé Charles de Gaulle, « L'angoisse et la grandeur », c'est aux éditions Perrin. Merci à vous deux d'être présents ce soir dans Question du Soir.

1:29
Éric Ciotti

Ce pourquoi moi je plaide si c'est précisément pas pour se diluer dans la Macronie, c'est pour avoir un candidat de droite. Ma conviction c'est que ça passe par le fait de rassembler les électeurs. Par exemple, j'ai beaucoup d'estime pour quelqu'un comme Sarah Knafo. C'est mon objectif de pouvoir faire revenir des gens qui sont partis à reconquête.

1:44
Marine Le Pen

Donc je vais répéter pour la énième fois, je ne suis pas pour l'union des droites, je ne suis pas pour sauver la droite. Moi je suis là pour sauver la France. Donc je suis pour l'union de tous les patriotes. Et je suis bien placée pour savoir que des patriotes, il y en a à droite et il y en a à gauche.

2:00
Laurent Wauquiez

J'ai pris mes responsabilités dans un moment très lourd, très grave pour le pays. Et bien dans ce cadre, pour éviter les menaces qui pèsent sur notre pays, il fallait construire des alliances. Des alliances qui reposent pour moi sur des valeurs de droite.

2:15
Invité

Ce que je propose, c'est une grande primaire ouverte à tout cela et une grande entente autour de quelques principes simples. Et ensuite de créer une vraie force pour récupérer tout ce que j'appelle les orphelins de la droite. Et c'est ce que je vais proposer.

2:28
Présentateur

Les quatre voix successives de Laurent Wauquiez, Marine Le Pen, Éric Ciotti, David Lysnard. Commençons par le début, Laurent Malval. C'est quoi au fond l'union des droites ? Où en posent-on les bornes et où les quatre personnalités politiques que l'on vient d'entendre en posent les limites ?

2:47
Invité

En fait, ce qui est intéressant, c'est qu'aucune n'a tout à fait la même vision. Alors, j'en mettrai une de côté, c'est Marine Le Pen. Mais disons que pour les trois autres, on a commencé par entendre Laurent Wauquiez qui parle d'une sorte d'union des droites, mais qui est quand même largement, je dirais, politicienne. C'est aussi une tactique pour Laurent Wauquiez qui veut un petit peu mettre des bâtons dans les roues de Bruno Retailleau.

3:13
Présentateur

En faisant des appels du pied à reconquête.

3:14
Invité

En faisant des appels du pied à reconquête. En allant d'ailleurs un petit peu, alors c'est moins polémique, mais en allant élargir de l'autre côté jusqu'à Gérald Darmanin. C'est vrai qu'il y a cette idée, en tout cas, quand des gens de droite comme Laurent Wauquiez parlent de l'union des droites, c'est de dire, finalement, nous sommes d'accord sur un certain nombre de principes, notamment régalien, c'est surtout là-dessus que va porter l'entente, ou ce mariage un petit peu de raison, et de dire, voilà, puisqu'on est d'accord sur un certain nombre de grands principes, eh bien, construisons une primaire ensemble, puisqu'il faut absolument pouvoir se qualifier au second tour.

Je dirais que ça, c'est un petit peu, en tout cas, le pragmatisme duquel se revendique Laurent Wauquiez. Ça n'empêche pas que c'est quand même une tactique politique. David Lysnard, c'est un petit peu la même chose, avec, je dirais, un accent qui est mis plus sur le côté libéral. Si Laurent Wauquiez va être un peu plus sur le volet identitaire, David Lysnard, lui, est très attaché, justement, au libéralisme. Il en a fait un petit peu son toile de bataille. Lui, ça le conduit à envisager un petit peu le même espace politique. Lui aussi parle de Sarah Knafow et élargit jusqu'à l'on ne sait pas trop Édouard Philippe, voilà, dans le centre-droit.

Enfin, ce qui est intéressant, c'est de voir, pour Marine Le Pen, elle dit, je ne suis pas pour l'union des droites. D'ailleurs, elle ne le dit pas avant mon an, elle aurait pu ajouter, je ne suis pas de droite. C'est souvent ce que dit Marine Le Pen. Le Rassemblement National se construit, enfin, en tout cas, se conçoit pour Marine Le Pen comme un parti qui n'est ni de droite ni de gauche. On a entendu Marine Le Pen, il y a quelques mois, je me souviens, chez notre confrère Darius Rochemin, qui disait, mais moi, je ne suis pas du tout pour le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Ça, c'est une lubie de la droite.

Donc, clairement, il y a un positionnement chez Marine Le Pen qui n'est ni de gauche ni de droite. Ce n'est pas le cas de tout le monde au Rassemblement National. C'est beaucoup moins le cas pour Jordan Bardella.

4:51
Présentateur

Pour ajouter à la complexité, Arnaud Tessier, lorsqu'on parle d'union des droites, aujourd'hui, on parle d'une alliance possible entre les Républicains et peut-être le Rassemblement National, reconquête également. Or, ce que démontre la pratique du pouvoir, depuis 2017 notamment, c'est que l'union des droites peut s'ouvrir vers la gauche, et ceci notamment entre LR et Renaissance, Horizon, des partis qui ont exercé le pouvoir depuis 2017.

5:16
Invité

Oui, mais alors là, la confusion devient totale, parce qu'on ne sait plus qui est de droite, qui est de gauche, qui est du centre. Ça, c'est une sorte de grand brouillage qui est lié à l'aventure macronienne, qui a prétendu ouvrir une sorte de champ au centre, ou en tout cas ailleurs dans la vie politique, et qui permettrait de dépasser les notions de droite et de gauche. Moi, je crois que par contre, elles sont immuables.

Et ce qui est en train de se passer, qui à mon avis rend un peu caduque le débat sur l'union des droites, c'est qu'en réalité, le Rassemblement National, depuis 30 ans, progressivement, est en train d'occuper presque totalement l'espace qui était occupé par la droite traditionnelle, les républicains n'ont cessé de décliner. J'ai été très frappé par ce que vous disiez sur Marine Le Pen. En réalité, le discours de Marine Le Pen, elle ne l'affiche pas ouvertement. Mais c'est là qu'elle est habile. Son discours, c'est un discours gaulliste. Elle dit, je suis là pour rassembler. Et on a laissé la droite... C'est un discours gaulliste.

De Gaulle et les gaullistes ont toujours dit qu'ils ne se situaient pas à droite, que le propre du gaullisme, c'était de dépasser ses clivages. Et c'est pourquoi, effectivement, la tradition gaulliste est une tradition qui attache beaucoup d'importance à l'État, qui ne passe pas son temps à dire qu'il y a trop de fonctionnaires, et qui attache beaucoup d'importance sociale. Et la droite française, qui était de tradition gaulliste, a complètement laissé tomber ça. Et on voit bien qu'au Rassemblement National, Marine Le Pen, avec plus ou moins d'agilité, essaie de récupérer ça sans le dire ouvertement. Et à mon avis, c'est très habile et très dangereux pour la droite.

Mais apparemment, tout le monde ORN, où règne une certaine confusion idéologique, n'est pas du même avis. On voit très bien que du côté Bardella, on fait des clins d'œil au MEDEF, etc. Donc, le paysage est très mouvant, mais surtout, on arrive à une situation où les possibilités pour la droite républicaine, la droite classique, sont très réduites, parce que le rapport de force est totalement inversé.

7:06
Présentateur

Alors, je voudrais qu'on prenne un peu de recul sur ce concept, celui d'union des droites, grâce à une archive qui date du 12 septembre 1983, lors des élections municipales de Dreux. Le journaliste qui s'exprime s'appelle Philippe Chaffanjon.

7:22
Invité

24 heures après le scrutin de l'élection partielle de Dreux, les états-majors politiques digèrent, tant bien que mal, la victoire de l'opposition. Nette victoire, puisque la liste regroupant le RPR, l'UDF et le Front National a obtenu 55,33% des voix contre 44,67% à la gauche. Non seulement la gauche a perdu la ville de Dreux, mais l'extrême droite a fait son entrée à la mairie de cette petite ville de la grande banlieue parisienne. Quatre membres du Front National siégeront désormais au conseil municipal de Dreux et c'est précisément ce qui inquiète la majorité.

Devant les caméras de TF1 à 13 heures, le Premier ministre Pierre Moroy n'a pas voulu dramatiser les choses, mais tout de même, il a accusé l'opposition de jouer aux apprentis sorciers. Je crois que c'est un test politique sur l'attitude de la droite. D'abord, une poussée de ceux que je vais appeler les marginaux de la République, c'est-à-dire l'extrême droite. L'alliance délibérée, on vient encore de le souligner, entre la droite classique, qui n'aient pas besoin de cette alliance. Et c'est marginaux de la République.

8:26
Présentateur

Alors, qu'est-ce que l'on vient d'entendre, Aurore Malval ? Vous nous parliez avant l'émission de coups de tonnerre de Dreux. De quoi s'agit-il ?

8:33
Invité

C'était comme ça que ça avait été effectivement appelé à l'époque. C'était cette alliance entre la droite, à l'époque, d'ailleurs, le RPR, non, c'était avant le RPR peut-être ? C'est le RPR, le RPR, le RPR, le RPR, le RPR, le RPR, le RPR, le RPR, le RPR, et donc le Front National de Jean-Marie Le Pen. D'ailleurs, c'est très intéressant sur ces municipales percées de cette même année. Je crois que le Front National avait aussi fait une percée dans le 20e arrondissement où Jean-Marie Le Pen avait été lui-même candidat. Et Dreux, ça a été le symbole pendant très longtemps de cette alliance.

Et d'ailleurs, on a surtout retenu, dans l'imaginaire populaire qui a suivi, que le Front National avait gagné les élections municipales à Dreux. Ça a été un petit peu ça. Et d'ailleurs, après, s'est construit toute une mythologie un petit peu autour de cette ville de Dreux où d'ailleurs, le Front National n'a plus gagné d'élections par la suite. Mais c'est vrai que c'était quelque chose d'absolument inédit. Cette campagne a été assez courte et a été très violente. Quand on se plonge dans les archives de l'époque, on voit que c'était vraiment une campagne qui avait été faite contre l'immigration, contre les immigrés algériens de la ville qui avaient été nommément pointés du doigt.

Ça s'inscrivait bien sûr sur le fond des industrialisations et de la faillite des entreprises locales. Mais ça avait été vraiment un bouleversement et un premier séisme. Ça n'a pas été le seul ensuite. On a eu, notamment au Conseil Régional de Bourgogne, Jean-Pierre Soissons qui a été réélu avec les voix du FN. Donc, il y a eu, de façon sporadique dans l'histoire politique française, cette union des droites avant l'heure.

10:03
Présentateur

On sait bien, Arnaud Tessier, que la droite française n'a jamais été un bloc homogène qu'elle a toujours au moins été divisée en trois. Certains, notamment René Raymond, parlaient de la droite légitimiste, orléaniste, bonapartiste. Le logiciel a été remis à jour depuis. On parle des conservateurs, des libéraux, des autoritaires. Bref, peu importe, j'allais dire, le prisme pour comprendre cette tripartition. Au fond, est-ce que le fantasme d'une droite unie a toujours existé ?

10:31
Invité

Oui, et malheureusement, il s'est réalisé. C'était ce que avait prédit Philippe Séguin, il avait cherché à lutter contre ça. Il y avait deux grandes familles politiques à droite dans les années 80. Il y avait le RPR, qui était de tradition un peu eurocritique, qui a insisté beaucoup sur la nation et qui n'avait pas abandonné toute problématique sociale. Et puis, il y avait des gens qui étaient plutôt centros, libéraux, libéralo-européens, qui étaient l'UDF.

Et il y a eu une obsession à un moment donné, on a changé de cap, notamment après le débat sur Maastricht, C'est Jacques Chirac qui a voulu faire une sorte de formation unique pour en faire une machine de combat pour l'élection présidentielle. Et Philippe Séguin avait dit que ce sera une catastrophe parce que les thématiques qui sont propres à la tradition gaullienne, qui sont un État fort, une attitude prudente et critique vis-à-vis de la construction européenne et une vraie politique sociale, l'extrême droite s'en emparera et littéralement pompera toute la force et toute l'énergie. Il le dit en 1991. Il dit le front républicain mettra Le Pen, il parlait du vieux, Le Pen à 40%.

Il dit ça en 1991. On y est. Donc, c'est incroyable de voir à quel point le piège s'est refermé sur la droite et avec cette volonté de faire une sorte de formation unique qui était l'UMP puis ensuite l'LR, tout ce que vous voulez parce qu'en réalité, la tradition gaullienne a été happée par quelque chose qui est une vraie droite qui est centraux, libéral, etc. et qui a laissé tomber la droite classique, a laissé tomber le social et l'État. Et ce que je voulais juste dire, c'est que c'est un phénomène qui a existé de manière moins forte mais en Grande-Bretagne et aux États-Unis où il y avait une aile, une sorte d'aile droite.

Or, Reagan aux États-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne ont absorbé parce qu'ils étaient assez forts, ils ont absorbé en défendant des thèmes très nationaux, très forts, ils ont absorbé ces bordures d'extrême droite alors qu'en réalité, la droite française, par une naïveté ou même une certaine dose de sottise ou de refus de considérer le réel, s'est laissé progressivement piraté, vampirisé.

12:32
Présentateur

Est-ce que Nicolas Sarkozy n'a pas réussi, lui également, en 2007, à absorber

12:36
Invité

ces bordures ? Un peu, il y a réussi un peu mais il est vite revenu aux vieilles... Vous savez, on disait qu'à la fin de son mandat, son obsession c'était de nommer au gouvernement Jacques Lang. Donc, il s'est laissé prendre à une sorte de conformisme alors qu'effectivement, il avait, je pense, assez bien analysé les choses.

12:54
Présentateur

Aurore Malval, dans le contexte actuel et notamment avec ces élections municipales qui approchent au mois de mars prochain, est-ce que cette théorie de l'union de la droite pourrait devenir quelque chose d'effectif ? Au fond, est-ce qu'on pourrait avoir dans plusieurs communes de France des listes qui iraient de LR à Reconquête ? C'est envisageable aujourd'hui ?

13:17
Invité

On en a effectivement qui sont en train de se monter. Les hommes de Bourg-en-Bresse

13:22
Présentateur

notamment ?

13:23
Invité

Tout à fait. Il y en aura aussi dans les Alpes-Maritimes. Bourg-en-Bresse, c'est intéressant parce qu'on a aujourd'hui un cas de figure où on a un tête de liste qui est un candidat zémouriste et qui va avoir sur sa liste au moins, à l'heure où je vous parle, au moins trois candidats qui ont l'étiquette LR et un autre qui est membre du parti de David Lysnard, Nouvelle Énergie. Donc, effectivement, c'est une situation qui embarrasse un petit peu les Républicains. L'état-major des Républicains, Bruno Retailleau, a été interrogé là-dessus la semaine dernière. Il a dit que non, cette liste ne serait pas soutenue par le parti, qu'il y en aurait une deuxième.

Toujours est-il qu'il y avait une commission d'investiture hier et cette question n'a pas été tranchée. Elle aurait dû être à l'ordre du jour. Elle n'y a pas été. Donc, on voit bien qu'il y a cette petite tension chez LR. Ça va se produire dans d'autres villes parce que Bourg-en-Bresse, le maire PS est quand même très bien implanté. Je doute vraiment que cette liste d'union arrive à ravir la mairie. Par contre, dans d'autres villes, notamment dans les Alpes-Maritimes, dans des territoires très à droite, pour que LR puisse conserver des mairies, je pense qu'ils vont se dire qu'ils sont obligés d'en passer par la case d'union des droites.

14:30
Présentateur

Comment comprendre Arnaud Tessier la position complexe là aussi de Bruno Retailleau ? Un autre exemple, il dit dans le même temps le mois dernier, lors de la législative partielle dans le Tarn-et-Garonne à Montauban au second tour lorsque un candidat soutenu par le parti socialiste et face à lui un candidat UDR, le parti d'Éric Ciotti, l'union des droites pour la République, il disait aucune voix pour la gauche et il a soutenu le candidat soutenu par le Rassemblement National. Alors, comment comprendre ce double message en apparence ?

15:07
Invité

Je crois que Bruno Retailleau a encore l'espoir de rattraper un peu une situation très dégradée, c'est-à-dire qu'il ne veut pas se résigner à l'idée que l'ERN va occuper totalement l'espace qui était occupé par la droite et c'est pourquoi il a développé un discours qui était beaucoup plus nuancé et subtil que bien celui de bien de ses camarades de parti et en particulier Bruno Retailleau insiste beaucoup sur l'importance de l'État, sur le rôle de l'État.

Il n'a pas encore un discours social très prononcé mais ça viendra peut-être donc on sent bien qu'il analyse c'est un homme intelligent et qui a beaucoup lu et je pense qu'il analyse très bien pourquoi on en est arrivé là mais qu'en même temps il ne se résigne pas et c'est normal quand on fait de la politique et quand on se bat il ne se résigne pas à ce qui est peut-être malheureusement inévitable c'est que la droite classique disparaisse complètement et que son espace soit occupé et pas une sorte de loi de la pesanteur de la politique. Donc il a...

16:00
Présentateur

Mais donc pardonnez-moi qu'est-ce que ça veut dire cela dans le fond ? Ça veut dire qu'il est contre l'union des droites mais que lorsque l'option se présente de devoir choisir entre un candidat de gauche et un candidat d'extrême droite ou soutenu par l'extrême droite il vaut mieux soutenir ce dernier ?

16:14
Invité

Peut-être dans certains cas je ne sais pas ce qu'il fera effectivement mais enfin il peut reproduire ce qui se fait à gauche de la même manière. Je crois qu'il ne veut pas être piégé surtout je crois qu'il ne veut pas être piégé et je crois qu'il espère encore que l'élection présidentielle qui n'oublie pas des logiques purement partisanes permettra de rattraper une situation qui est très dégradée.

16:32
Présentateur

Laurent Malval sur la position de Bruno Retailleau ?

16:35
Invité

Oui, moi je pense qu'il y a une tension un petit peu chez LR déjà il y a toujours cette espèce de mythe Sarkozy où LR espère quand même par impossible réussir à nouveau l'OPA que Nicolas Sarkozy avait réussi à faire sur les voies des électeurs du Front National à l'époque du Rassemblement Exactement Donc ça c'est un mythe persistant quand même chez LR il ne se résolve pas même si aujourd'hui ils sont à 5% et le RN à 30% parfois et bien quand même c'est quelque chose qui reste Ensuite par rapport à la question de comment Bruno Retailleau envisage un petit peu ce front je pense que c'est devenu assez clair chez les LR on a d'abord dit le front républicain s'est déplacé on a changé de paradigme c'est à dire que le fait de dire on voterait pour la gauche face à un candidat RN ça n'existe plus et c'est même le contraire Laurent Wauquiez le dit d'ailleurs de façon encore plus franche que Bruno Retailleau en disant oui je fais un barrage républicain contre LFI et en fait de LFI on est passé par une sorte de truchement de langage à la gauche mélanchonisée entre guillemets et cette gauche mélanchonisée comprend le PS et c'est devenu la gauche tout court on fait barrage à la gauche pourquoi LR a rejoint le gouvernement même des macronistes pour faire barrage à la gauche donc ça ça me semble quand même très clair aujourd'hui c'est plus ce barrage là qui prime et la ligne de LR elle est quand même là-dessus donc ça veut dire aucun électeur en fait des républicains ne fera barrage au Rassemblement national

17:58
Présentateur

mais si l'union des droites il devait y avoir Arnaud Tessier il faudrait une primaire quelle forme cela prendrait-il dans le fond pour que cette union puisse surgir politiquement

18:07
Invité

l'hypothèse d'une primaire qui couvrirait l'ensemble de l'éventail de la droite jusqu'au bord les plus extrêmes me paraît peu vraisemblable

18:18
Présentateur

ça vous paraît plus vraisemblable que des tractations entre les partis ils se mettraient d'accord sur un candidat commun

18:23
Invité

alors entre les partis candidat commun ce qui est certain c'est que s'il y a une multiplicité de candidats de la droite classique au premier tour de l'élection présidentielle les chances de gagner l'Elysée pour les LR par exemple sont nulles je pense que le vrai sujet c'est la capacité ou non de la droite classique pour reprendre l'expression de Pierre Moroy qui l'avait utilisée je le vois la seule chance de la droite classique c'est d'arriver suffisamment unie pour avoir l'espoir d'être au second tour peut-être face au candidat RN et là la mécanique de l'élection présidentielle fait que la droite classique peut gagner face à un candidat du RN je pense que c'est leur seule chance c'est ça mais malheureusement comme toujours et on l'a observé dans la vie politique depuis 20 ans il y a un certain nombre de personnalités à droite qui pensent moins à l'intérêt collectif de leur formation de leurs idées de leurs mouvements voire même de la France et qui préfèrent presque perdre une élection que de voir tel ou tel gagner ça en l'occurrence ça appartient à l'ensemble des tendances voilà tout à fait tout à fait mais c'était quand même un peu plus il y avait un peu plus de discipline à droite autrefois

19:26
Présentateur

Laurent Malval sur ce point sur cette possibilité ou non d'une primaire pour permettre à une union de la droite des droites de surgir

19:34
Invité

moi je pense que comme je le disais en début d'émission pour Laurent Wauquiez il y a clairement quelque chose il met un caillou dans le jardin de Bruno Retailleau qui ne veut pas de cette primaire et il se dit bon bah comme ça je l'en kikine un petit peu et je pense pas qu'il ait un vrai désir il faut expliciter

19:51
Présentateur

ce que vous dites là il a notamment commencé à discuter avec avec Éric Zemmour et notamment la semaine dernière

19:56
Invité

il a rencontré Éric Zemmour il a aussi rencontré d'ailleurs il y a des négociations Édouard Philippe également Édouard Philippe de façon je dirais moins polémique mais ces discussions qui ont cours elles ravissent pas tout le monde chez les républicains Florence Portelli par exemple qui pourtant a soutenu Laurent Wauquiez lors de l'élection interne n'est absolument pas favorable pour David Lissnard je dirais que lui il voit peut-être dans cette primaire élargie il se voit peut-être comme le baril centre justement de cette droite qui irait jusqu'à Saracnafo notamment sur l'aspect libéralisme un petit peu cette tendance de la droite française à lorgner vers Ravier Milei et les libertariens c'est quelque chose qui en tout cas a eu un peu le vent en poupe alors est-ce que ça dépassera les plateformes des réseaux sociaux comme X ça reste à voir mais en tout cas peut-être que lui se dit qu'il pourrait émerger effectivement dans une primaire n'ayant pas aujourd'hui derrière lui l'assise de l'appareil des républicains mais vraiment je ne vois pas dans quel monde on aurait Saracnafo qui si elle perd la primaire ferait campagne pour Gérald Darmanin s'il venait à la gagner enfin une primaire c'est quand même pour que les perdants soutiennent le gagnant aujourd'hui je ne vois pas comment ça peut exister

21:03
Présentateur

On a parlé de stratégie politique il faut quand même à un moment donné qu'on parle du fond et des idées qui traversent ces différents courants de la droite française on a peut-être aussi du mal pour que cette union des droits de surgisse du mal à voir ce qui pourrait unir sur le plan des idées Bruno Rotaillot et Jordan Bardella Laurent Wauquiez et Jean-Philippe Tanguy on comprend à peu près ce qui peut les unir sur les sujets dits sociétaux migratoires régaliens mais sur le plan strictement économique et social par exemple les différences Arnaud Tessier sont majeures entre ces quatre hommes

21:37
Invité

ça dépend ça dépend en réalité parce qu'encore une fois au RN entre Bardella et Rotaillot oui je sens percer un discours qui est destiné à séduire le MEDEF parce qu'on voit très bien que Jordan Bardella il a des discours assez construits puis tout d'un coup il passe il fait une sorte de tirade sur l'excès de normes qui écrase les chefs d'entreprise on sent qu'il essaie de composer un petit peu c'est un discours

22:04
Présentateur

qu'on trouve à peu près partout

22:05
Invité

voilà mais en même temps je pense quand même que ce qui manque à la droite française qu'elle a perdu en route c'est un discours sur la nation ça à la limite sur la nation un discours un petit peu critique sur l'Europe sans être anti-européen un discours un peu gaullien je pense qu'elle l'a pas totalement perdu par contre elle a perdu un discours sur l'état sur la nécessité d'avoir un état relativement fort par les temps que nous vivons ça paraît quand même assez logique et un discours social qui ne consiste pas simplement à dire qu'on va s'abrer dans le système le système de protection sociale français etc et là je dois dire que ça dépendra beaucoup de qui prendra la ligne directrice au RN si c'est une ligne Marine Le Pen mais je vois mal comment et bien là je pense que la droite classique si elle s'aligne sur un discours Lysnard elle sera complètement laminée si Jordan Bardella la ligne Bardella ou une ligne un peu libérale ou un libéral affiché libéral l'emporte et négligeant trop l'aspect social et l'aspect défense de l'Etat je pense que là les choses sont plus plus voilà ça passera différemment

23:14
Présentateur

bon mais il me semble bien que vous démontrez par là qu'il y a des lignes quand même claires et qui s'opposent au sein même des parties au Rang Malval est-ce que vous même voyez se dessiner un possible programme commun qui réunirait unirait ces différents courants de la droite française

23:28
Invité

un programme commun c'est alors c'est difficile mais en même temps deux choses on a ouvert cette émission en parlant de ce qui se passait à l'Union Européenne le Conseil justement au niveau européen c'est intéressant parce que cette tentation au système des droits

23:43
Présentateur

la directive omnibus qui a été votée par une partie de la droite et de l'extrême droite européenne en commun

23:47
Invité

juste avant il y avait la motion de censure contre Ursula von der Leyen qui a été votée par pas tout le groupe des DLR français mais je crois 4 sur 6 de mémoire donc qui a voté avec l'extrême droite la motion de censure contre Ursula von der Leyen et c'est vrai que du Parlement européen part un peu cette volonté d'union des droites aussi mue par les exemples justement de nos voisins européens comme Georgia Meloni en Italie qui est souvent brandi en exemple par cette frange là mais c'est vrai qu'on sent bien la tension à l'intérieur du Rassemblement National entre eux je dirais ceux qui se réclament un petit peu du gaullisme et du souverainisme et puis les identitaires libéraux et en fait aujourd'hui ça n'a pas empêché quand même le RN de faire alliance avec l'UDR d'Eric Ciotti qui brandit la tronçonneuse aussi souvent que faire se peut en parlant de l'excès de normes de l'excès de fonctionnaires alors que le RN est resté encore aujourd'hui enfin la ligne je dirais officielle c'est quand même toujours celle de Marine Le Pen même si effectivement on voit bien que Jordan Bardella qu'est-ce qu'il veut Jordan Bardella j'ai l'impression que son rêve c'est surtout d'être un mec de droite classique du RPR alors avec aujourd'hui la composante effectivement très identitaire anti-immigration mais que porte l'air quand on voit ce que dit Bruno Retailleau il n'est pas du tout enfin j'ai pas le sentiment que l'extrême droite est finalement plus d'extrême droite que Bruno Retailleau il y a quand même eu une droitisation du discours de la droite classique sur un certain nombre d'aspects qui rend aujourd'hui possible en tout cas sur le régalien je ne vois pas véritablement ce qui les différencie et donc certains parlent d'ailleurs d'une plateforme commune ce ne serait pas vraiment un programme commun mais ce serait une plateforme commune sur un certain nombre de mesures qui toucheraient l'immigration la police etc et même d'ailleurs la question des PME où ils sont globalement d'accord aussi

25:36
Présentateur

Vous semblez ou vous sembliez plus ou moins d'accord Arnaud Tessier

25:39
Invité

Oui parce que c'est la question de l'immigration on voit bien que dans les autres pays européens la gauche elle-même s'en empare donc je pense que Une partie de la gauche ?

Oui enfin il y a de plus en plus de gouvernements européens qui ne sont pas forcément des gouvernements d'extrême droite même loin de là parce qu'il y a un sujet de toute façon il y a un sujet c'est un fait que personne ne peut nier donc tout dépend de la façon dont on le traite mais justement c'est un sujet qui pourrait être traité nécessite un état fort capable d'intégrer qui nécessite des politiques sociales parce qu'on ne peut pas du jour au lendemain privé de prestations sociales tous les étrangers qui viennent en France donc il y a un principe de réalisme qui fait que le système français on ne peut pas le renverser le modèle à Émilie à mon avis c'est absurde et suicidaire pour la droite si elle persiste dans cette ligne là

26:30
Présentateur

on a parlé d'à peu près tout le monde dans cette affaire sauf peut-être des électeurs eux-mêmes je voudrais vous faire commenter une étude menée par Cluster 17 pour votre journal Aurore Malval Marianne et je cite un extrait d'un article publié dans votre hebdomadaire en chiffre 83% des électeurs ayant opté pour la liste de Jordan Bardella aux européennes 2024 ont un avis favorable sur l'union des droites dont la moitié ont même un avis très favorable les avis positifs montent à 88% parmi les hémouristes l'adhésion est pourtant loin d'être la même au sein de l'électorat les républicains des européennes 2024 qui ne compte que 55% des sondés souhaitant ce rapprochement fin de citation Aurore Malval est-ce que cela signifie que dans le fond celles et ceux qui freineraient le plus pour une union des droites ce seraient les électeurs traditionnels classiques des républicains

27:27
Invité

En fait je pense que quand on voit 55% ça correspond c'est un petit peu plus mais que la plupart des études je dirais de ces dernières années chez les LR où avant il y avait globalement un tiers qui souhaitait cette union des droites un tiers qui ne la souhaitait surtout pas et un tiers qui ne se prononçait pas Aujourd'hui on a augmenté un petit peu on passe à 55% mais effectivement il y a plusieurs composantes dans l'électorat et tout à l'heure en faisant justement cette généalogie de ce qu'étaient les LR aujourd'hui avec notamment l'intégration de cette composante européiste qui avant était représentée à l'UDF et bien on a une composante un peu élitaire modérée libérale qui croit en l'Europe et qui trouve finalement que le rassemblement national ce n'est pas sérieux et que c'est un parti démagogique populiste et anti-Europe et qui je pense que se reflète dans ces 45% qui ne souhaitent pas d'union des droites

28:21
Présentateur

c'est la ligne classique celles et ceux qui soutiennent notamment Jean-François Copé ou Xavier Bertrand

28:26
Invité

par exemple on peut la retrouver effectivement mais elle peut même se retrouver chez des électeurs qui soutiennent aujourd'hui Bruno Retailleau ou Laurent Wauquiez mais effectivement c'est des composantes en tout cas du vote LR qui n'est plus si nombreux notamment là on s'est basé sur les électorats des élections européennes donc ils n'étaient pas très nombreux à avoir voté pour la liste des républicains mais effectivement cet électorat là existe ça ne veut pas dire non plus qu'il voterait pour la gauche contre un candidat encore une fois du rassemblement national

28:59
Présentateur

Arnaud Tessier du point de vue là encore de la sociologie électorale si l'on observe ce qu'attendent les électeurs est-ce qu'une union des droites du point de vue donc de la demande politique vous paraît crédible ?

29:13
Invité

Oui de toute façon le problème encore une fois à mon avis il est un peu dépassé puisqu'il y a déjà une très large partie de ce qu'était l'électorat de la droite classique qui est passé au rassemblement national donc encore une fois le thème de l'union des droites va perdre beaucoup de son intérêt puisqu'on risque d'assister tout simplement au fait encore une fois que le RN vous voulez dire

29:35
Présentateur

que ça va devenir une réalité ?

29:37
Invité

c'est ce qui se dessine sauf il y a la ligne Retailleau que je trouve c'est la seule ligne de survie à mon avis qui est intelligente parce qu'elle a fait la bonne analyse historique mais la voie est très étroite la voie est très très étroite et puis il y a tout le fait que quand même cette droite classique a quand même soutenu sans participer puis en participant le système Macron dont les gens ne veulent plus et ça elle traîne ça comme un boulet donc je pense que si j'étais un des dirigeants de la droite ce que je ne suis pas je commencerais déjà à réfléchir comment se reconstruire c'est-à-dire je reviendrai aux fondamentaux pourquoi on est arrivé en 30 ans à cette situation parce que le RPR il y a 30 ans c'était quelque chose encore une fois ces gains disaient ils parlaient de la dégollisation du RPR peut-être qu'il serait temps de regolliser un petit peu parce que la dégollisation ça a été l'amoindrissement continu et puis on arrive à 5% présidentiel ou même pas

30:33
Présentateur

Aurore Malval quitte des arguments moraux parmi l'électorat notamment des républicains est-ce que ce sont des arguments qui ont encore un effet est-ce qu'ils percent auprès de cet électorat justement pour tenter de les retenir de les empêcher de passer dépasser même ce cordon sanitaire

30:53
Invité

alors je pense que ces arguments alors souvent les élus des républicains lorsqu'ils défendent le fait qu'ils ne veulent pas d'alliance avec le Rassemblement National citent effectivement disent qu'ils parlent de l'histoire du Rassemblement National et du Front National l'histoire collaborationniste des origines du Front National ils parlent aussi des positionnements un peu ambigu envers la Russie et puis enfin le troisième c'est souvent le côté marxiste et socialiste de leur programme économique mais ces deux premiers arguments moraux c'est intéressant

31:26
Présentateur

je le dis parce que les gens ne le voient pas

31:27
Invité

nécessairement c'est effectivement une stratégie un peu politique je ne vois pas ce qu'il y a vraiment de marxiste dans le programme du Rassemblement National mais effectivement et alors les deux premiers arguments c'est intéressant parce que je ne pense pas qu'ils portent mais par contre ils portent chez une certaine génération qui en est déjà convaincue il y a des gens chez les LR et chez leurs électeurs qui je pense ne franchiront jamais ce rubicon ce cordon sanitaire la génération des plus de 50 ans principalement c'est-à-dire que les plus jeunes n'ont plus du tout cette pudeur entre guillemets à franchir ce cordon sanitaire et ne voient aucun problème à s'allier avec justement l'extrême droite et par contre chez les plus anciens d'ailleurs Bruno Retailleau fait partie de cette génération ça fait peut-être aussi partie des raisons pour lesquelles il tient cette ligne justement de pas d'alliance même s'il ne refuse pas en tout cas le barrage face à la gauche mais il ne souhaite pas se fondre dans le rassemblement national c'est le cas aussi d'autres personnalités des républicains

32:26
Présentateur

Merci à vous deux et pour ceux que la droite intéressait ils ont été servis en vous écoutant en écoutant vos analyses Oran Malval journaliste grand reporter au service politique de Marianne Arnaud-Tessier historien spécialiste de la 5ème République et du gaullisme pour celles et ceux qui s'intéressent à la gauche je renvoie à une émission que nous avons donnée ici même dans Question du Soir le 10 novembre dernier on l'avait intitulée La gauche française peut-elle s'inspirer de Zoran Mamdani Merci à celles et ceux qui ont préparé également cette émission Louise Morfoise Diane Devancet Juliette Mouillic Antoine Héral à suivre après le journal on va s'intéresser aux sources de la démocratie au prisme de l'histoire et notamment à cette période 1789 les révolutionnaires étaient-ils vraiment des démocrates ?