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interviewC à vous (sur YouTube)· 1 juin 2026 9 min

Liban : Israël s’empare d’une forteresse emblématique - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

L'Edito de Patrick. Nouvelles scènes d'exode au Liban, où le gouvernement israélien a ordonné le bombardement de la banlieue sud. - P.Cohen: Jusqu'où ira B.Nétanyahou dans sa volonté d'éliminer le Hezbollah?

L'armée israélienne s'est avancée au Sud-Liban comme jamais depuis 25 ans. En prévision de nouvelles frappes, elle a appelé la population de la banlieue sud de Beyrouth à quitter les lieux. Des quartiers densément peuplés qui se sont vidés de leurs habitants.

Des longues files de voitures se dirigeant vers le nord...

Autre image reçue en fin d'après-midi: cette frappe israélienne qui a endommagé un hôpital de Tyr. Des dégâts au sein même des services de soins et plusieurs blessés. B.Nétanyahou a ordonné l'intensification de l'offensive hier.

Les soldats israéliens ont repris pied au château de Beaufort, forteresse médiévale, position stratégique à 5 km de la frontière sud du Liban et théâtre de nombreux affrontements au fil des siècles, dont Tsahal s'était retiré il y a 26 ans. Le drapeau israélien y flotte à nouveau. Accessoirement, je le dis parce que c'est une inquiétude pour les amoureux du patrimoine, c'est l'un des vestiges de l'époque des croisades parmi les mieux conservés.

Il a traversé les invasions et les combats. Ces vieilles pierres sont à nouveau menacées. Le Premier ministre israélien a justifié ainsi cette nouvelle offensive. - P.Cohen: Réaction du Hezbollah: "Nous ne cesserons pas de bombarder le nord d'Israël." - A.-E.Lemoine: Réaction en chaîne à Téhéran. - P.Cohen: Les Gardiens de la révolution affirment que des lignes rouges ont été franchies.

Ils menacent d'ouvrir de nouveaux fronts. En attendant une nouvelle réplique éventuelle des Iraniens, les négociations pour mettre fin au conflit semblent compromises. Pour Téhéran, le respect d'un cessez-le-feu au Liban est une condition essentielle à tout accord.

Une réunion d'urgence sur le Liban est prévue au Conseil de sécurité de l'ONU à la demande de la France, qui estime que rien ne justifie l'escalade majeure en cours dans ce pays. Autre conséquence: le pétrole s'envole. Les marchés, qui avaient l'espoir d'un accord imminent entre Washington et Téhéran, ont été douchés.

Le réel a rattrapé les discours de Trump. Le baril de Brent s'approche à nouveau des 100 dollars. - A.-E.Lemoine: Jusqu'où ira B.Nétanyahou?

Je vous retourne cette question. Jusqu'où il peut aller? - B.Tertrais: Jusqu'à la limite que lui donneront la réalité stratégique, D.Trump et ses électeurs.

Pourquoi est-ce qu'il veut aller aussi loin aujourd'hui? Parce qu'il estime que pour ces élections, qui se tiendront après l'été... - A.-E.Lemoine: Les midterms... - B.Tertrais: Non, les élections israéliennes.

Pour conserver le pouvoir, il doit aller aussi loin que possible dans la destruction du Hezbollah ou, en tout cas, dans sa présentation de résultats décisifs vis-à-vis du Hezbollah. Le problème, c'est que l'Iran, alors que c'était pas certain quand on commençait à parler de ce projet d'accord il y a 15 jours...

L'Iran dit: "Nous tenons beaucoup à ce que le Liban soit pris en compte dans cet accord." D.Trump voit la perspective d'un accord même temporaire s'éloigner pour quelques jours. - A.-E.Lemoine: C'est un point sur lequel Téhéran restera inflexible? - B.Tertrais: Difficile à dire.

L'existence même du régime iranien n'est pas liée à celle du Hezbollah, de même que le Hezbollah n'est pas un simple jouet du régime de Téhéran. Il est possible que l'Iran finisse par reculer sur ce point, mais je pense que si la République islamique tient autant à ce que le Liban soit pris en compte, c'est parce qu'elle se sent en position de force. Elle pense que Trump veut un accord et qu'il a la capacité de peser sur B.Nétanyahou, ce qui n'est pas totalement certain. - A.-E.Lemoine: "Il est arrivé par le passé que les Etats-Unis fassent pression avec succès sur Israël, mais dès lors que celui-ci estime que ses intérêts sont en cause, l'idée qu'il puisse tout céder à Washington ne va nullement de soi." - B.Tertrais: C'est effectivement un cliché qu'on peut entendre sur les plateaux de télévision.

Non, les Israéliens ne font pas ce que les Américains leur ordonnent, et l'inverse n'est pas plus vrai. L'Amérique et Israël, c'est une alliance de fait qui ne date que de 1967. Les tensions entre présidents américains et Premiers ministres israéliens ont parfois été très vives. - P.Cohen: Trump n'a pas fixé beaucoup de limites depuis qu'il est au pouvoir, en l'occurrence à B.Nétanyahou. - B.Tertrais: Il en a fixé très peu.

Ils ne s'entendent pas très bien. Après, si un président américain dit qu'il risque de cesser tout soutien militaire à Israël, ça devient difficile pour un Premier ministre israélien de dire qu'il continue quand même. - A.-E.Lemoine: Autre idée reçue que vous pourfendez dans ce livre sur l'Iran...

Vous dites que c'est une dictature militaro-islamique qui a tout intérêt à négocier avec les Etats-Unis. - B.Tertrais: Ca fait déjà une dizaine d'années qu'on ne peut plus dire que c'est le régime des mollahs, comme on l'entend trop souvent.

Les Gardiens de la révolution n'ont pas attendu la guerre de l'an dernier et celle de cette année pour prendre une place centrale dans le fonctionnement du régime. Ca fait bien longtemps que c'est une dictature militaro-islamique. A mon sens, ce régime se sent en capacité de durer.

Plusieurs semaines de bombardements en 2025 et surtout en 2026 n'ont pas atteint le coeur de leur pouvoir. Ils vont continuer à demander encore plus, jusqu'à ce qu'ils se sentent en danger, notamment sur le plan financier. En sous-main, beaucoup de choses se passent.

Les Américains font beaucoup de choses pour assécher les réseaux de financement des Gardiens de la révolution. - P.Cohen: On revient sur les discussions indirectes qui ont eu lieu entre Washington et Téhéran.

Le "New York Times" rapportait que le président américain avait durci sa proposition. Voici comment J.D.Vance résumait la situation vendredi. - P.Cohen: Quelques détails à régler sur le plan nucléaire et des Iraniens qui négocient de bonne foi.

Est-ce qu'on peut croire un traître mot à ce qui sort de la bouche des officiels américains? On a compris qu'ils avaient intérêt à refermer cet épisode, qui commence à devenir très douloureux pour D.Trump.

Est-ce qu'on peut les croire? - B.Tertrais: On ne peut croire pas davantage ce que dit J.D.Vance et ce que disent les porte-paroles du régime iranien.

Les 2 parties ont intérêt à faire croire qu'ils sont de bonne volonté. Ce que dit J.D.Vance est presque risible.