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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 21 octobre 2025 23 min

Sébastien Chenu : « Pour le moment, le texte budgétaire est un musée des horreurs »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Sébastien Chenu. Bonjour Madame. Merci beaucoup d'être notre invité, député du Nord, vice-président du Rassemblement National et vice-président de l'Assemblée Nationale. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle. Bonjour Ariane. Bonjour Sébastien.

0:38
Sébastien Chenu

Bonjour Madame.

0:39
Présentateur

Sébastien Chenu, Nicolas Sarkozy entre donc en prison aujourd'hui après sa condamnation dans le procès du financement libyen de sa campagne. Il a été reçu par Emmanuel Macron vendredi. Est-ce que vous comprenez ce choix du chef de l'État ?

0:50
Sébastien Chenu

Oui bien sûr. Nicolas Sarkozy n'est pas un détenu comme un autre. A fortiori lorsqu'on est un président de la République, on n'est pas un homme comme un autre. Moi je n'ai jamais cru à l'histoire de François Hollande, à ce pipeau du président normal. Le statut fait de vous quelqu'un qui n'est plus tout à fait dans la normalité.

1:11
Présentateur

Donc il doit être considéré comme un détenu comme un autre pour vous ?

1:14
Sébastien Chenu

Il est considéré comme un détenu comme un autre dans le sens où ses conditions d'incarcération ressemblent à celles des autres. Mais qu'il soit reçu par le président de la République actuel, je trouve même que c'est bien le minimum.

1:25
Présentateur

Il aurait pu faire plus ?

1:27
Sébastien Chenu

Écoutez, en tant que tel, le président de la République n'aurait pas pu faire plus. Mais c'est le minimum de la marque de considération qu'on peut avoir parce que sur le fond, le jugement qui a été fait, en tout cas l'exécution provisoire qui vient contredire la possibilité d'appel, elle est extrêmement choquante à mes yeux. Le fait d'incarcérer quelqu'un, que ce soit Nicolas Sarkozy ou quelqu'un d'autre, alors même que l'appel n'a pas été fait pour des raisons qui sont en général, l'exécution provisoire, c'est pour empêcher la personne de se sauver, c'est pour empêcher la personne de réitérer un certain nombre de faits. Évidemment, on n'était pas du tout dans ce cas-là.

Donc je pense qu'il y a ce caractère volontairement humiliant, ce caractère choquant vis-à-vis d'un ancien président de la République dont on pense qu'on veut, puisque moi je ne fais plus d'ailleurs partie de cette famille politique-là. Je pense que c'est choquant, oui. Et puis vis-à-vis de l'image qu'on renvoie aussi à l'international, je pense que c'est triste pour la France.

2:25
Invité

Mais les Français, eux, ne se disent pas choqués. Même chez vos électeurs, majoritairement, on trouve que la décision est juste. Est-ce que vous n'êtes pas un petit peu à contre-courant, surtout que vous demandez des conditions plus strictes pour d'autres types de délires ? Est-ce que ce n'est pas une position un peu complique ?

2:43
Sébastien Chenu

C'est peut-être là le souci. C'est que les gens, en réalité, sont encore plus choqués, sont davantage choqués que, par exemple, Jawad, le logeur des terroristes du Bataclan, ait fait moins de séjours, des séjours moins longs en prison que va en faire Nicolas Sarkozy, que Jérôme Cahuzac n'ait jamais vu les barreaux d'une prison. Donc, si vous voulez, je pense que les Français, eux, considèrent que la justice doit être ferme, en particulier pour les hommes politiques. Et moi, je peux ça l'entendre.

3:09
Invité

Et vous qui passez pour un parti qui considère que la justice doit être ferme, là, vous avez une position un peu différente.

3:14
Sébastien Chenu

Ce n'est pas le problème de la fermeté, c'est le problème de l'exécution provisoire, c'est-à-dire d'une mesure qui est appliquée de façon un peu, j'allais dire, punitive, mais volontairement médiatique pour envoyer un message médiatique qui contredit, finalement, la possibilité d'avoir, comme dans toutes les juridictions françaises, le second degré qui est l'appel. C'est-à-dire qu'on enferme avant l'appel. C'est ça qui pose problème. Et cette mesure d'exécution provisoire que les Français découvrent, mais qui existe dans des tas de procès également aux civils…

3:45
Présentateur

– Et qui est surtout la grande majorité. Il y a un rapport du Sénat qui dit que c'est 88% des exécutions provisoires. – Oui, mais… – Bon, ce n'est pas que médiatique spécifique à Nicolas Sarkozy ou à Marine Le Pen dans un autre cas.

3:57
Sébastien Chenu

– Je vous expliquais qu'en fait, elle peut être prise pour des choses, pour des raisons très précises. Le fait d'empêcher la personne de réitérer un éventuel délit, le fait d'empêcher la personne de se soustraire à la justice, on imagine bien que Nicolas Sarkozy ne va pas se sauver, on imagine bien que Nicolas Sarkozy, qui n'est pas en fonction, ne peut rien réitérer du tout, si tant est qu'il avait lui-même commis quelque chose que ne dit pas d'ailleurs le procès, en tout cas le jugement qui a été rendu. Donc en fait, c'est l'exécution provisoire qui pose un problème, parce qu'elle a une force et surtout elle crée un dommage qui est irrémédiable.

Si demain Sarkozy est déclaré innocent, en appel, moi je ne connais rien au fond du dossier, je ne le prononce pas sur le fond du dossier, mais s'il était déclaré innocent, et bien évidemment le dommage qui a été causé, il est irrémédiable.

4:41
Invité

– Est-ce qu'il n'est pas choquant que ce débat ait lieu parce qu'il concerne deux personnes médiatiques, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, plutôt qu'avoir un débat de fond sur, en effet, l'exécution provisoire, est-ce juste, est-ce injuste ? Est-ce que ce débat aurait pas dû être désincarné pour être audible ?

4:56
Sébastien Chenu

– Mais c'est justement parce qu'il concerne des personnalités médiatiques qu'il entre dans le débat public, ce débat sur l'exécution provisoire. – Oui, mais est-ce qu'il n'y a pas un travers, justement ? – C'est peut-être dommage, mais moi je pense qu'effectivement, c'est au législateur de se saisir de ce sujet. Il s'en est déjà saisi d'ailleurs à travers une proposition de loi d'Éric Sioti qui a été repoussée dernièrement à l'Assemblée nationale.

5:16
Invité

– Mais qui a été faite dans ce contexte-là.

5:18
Sébastien Chenu

– Qui a été faite dans ce contexte-là, mais on pourra y revenir à un moment ou à un autre. Je pense que les parlementaires y reviendront, des parlementaires y reviendront, en dehors même de ce contexte.

5:28
Présentateur

– Gérald Darmanin ira rendre visite en prison à Nicolas Sarkozy. En tant que garde des Sceaux, a-t-il dit, notamment pour vérifier ses conditions de détention ? Il a raison ?

5:36
Sébastien Chenu

– Oui, le garde des Sceaux peut se rendre dans toutes les prisons de France et vérifier les conditions de détention de n'importe quel détenu. Donc évidemment, je pense que ça participe du principe que Nicolas Sarkozy n'est pas un détenu comme un autre. il subit la même peine qu'un autre, mais il n'est pas, à travers sa personnalité, à travers ce qu'il représente, un détenu comme un autre. Moi, ça ne me choque pas que le garde des Sceaux se rende dans la prison, bien entendu.

6:01
Présentateur

– Rémi Haït, le procureur général près de la Cour de cassation, il pointe le risque d'atteinte à l'indépendance des magistrats. Pour vous, ce n'est pas un risque ?

6:08
Sébastien Chenu

– Non, mais le débat sur l'indépendance des magistrats, on peut en parler, on peut l'ouvrir et on pourrait en parler. Je pense qu'il commence en fait au moment de la formation des magistrats. On a aujourd'hui un certain nombre de magistrats, et pas toute l'institution, moi encore une fois, vous savez, moi je suis fils d'une greffière, donc j'ai un immense respect pour l'institution judiciaire. Mais je pense qu'au sein de cette institution judiciaire, il y a des hommes et des femmes, comme dans toutes les institutions d'ailleurs, qui sont politisés et qui parfois, volontairement, ou parfois plus inconsciemment, font passer leur fonction de magistrat derrière leur sensibilité politique.

Il y a des magistrats qui se rêvent en justicier politique. Je pense qu'on est souvent dans ce cas-là, notamment avec le syndicat de la magistrature, qui prend des positions pendant les élections. Donc l'indépendance des magistrats, on peut effectivement en parler. Moi, le manque d'indépendance me choque quand il y a effectivement le mur des comptes ou des magistrats qui appellent à voter contre des partis politiques, contre le Rassemblement National, par exemple, lors des élections. Là, il y a un vrai problème.

7:06
Présentateur

– Il y a un rassemblement de soutien à Nicolas Sarkozy ce matin. Est-ce qu'il y aura des membres du RN à ce rassemblement ?

7:10
Sébastien Chenu

– Je ne crois pas, c'est un rassemblement qui est fait par et pour la famille personnelle et la famille politique de Nicolas Sarkozy. Moi, à titre personnel, j'ai pu m'entretenir avec l'ancien chef de l'État et lui dire… – Vous vous êtes entretenu quand avec lui ? – La semaine dernière, et lui dire dans le cadre de cette épreuve, mon soutien personnel qui n'est pas un soutien politique. Nicolas Sarkozy combat le Rassemblement National. Nous considérons que sa famille politique est une adversaire aujourd'hui des intérêts de la France à partir du moment où elle participe à un gouvernement macroniste. Donc, voilà, nous ne mélangeons pas les choses.

Moi, je ne les mélange pas, mais je considère que la décision de justice est choquante.

7:50
Présentateur

– Mais vous avez échangé avec lui. Marine Le Pen a échangé avec lui également ?

7:53
Sébastien Chenu

– Je ne crois pas.

7:53
Présentateur

– On va passer à un autre sujet d'actualité. C'est ce qui s'est passé au Musée du Louvre. La directrice du Musée du Louvre sera auditionnée demain au Sénat. Qu'est-ce que vous attendez de cette audition ?

8:03
Sébastien Chenu

– Mais qu'elle nous dise les choix d'investissement qu'elle a pu réaliser pour le Musée du Louvre. Je rappelle que le Musée du Louvre, c'est un établissement public qui a une certaine autonomie, que ce soit financière, évidemment totalement autonome de façon éditoriale. Mais j'aimerais que Mme Descartes nous explique les investissements, ces choix d'investissement qui ont pu être faits ces dernières années. Parce qu'il y a toujours quelqu'un dans ce type d'administration pour dire que c'était la faute des précédents, c'était la faute des prédécesseurs. Mme Descartes est là depuis un certain temps.

Il y avait eu des polémiques sur un certain nombre de travaux qu'elle avait souhaité faire réaliser concernant sa salle à manger, je crois pour 400 000 euros, qui avaient choqué. C'était le cadre enchaîné qui l'avait sorti. Donc moi j'aimerais que Mme Descartes, sur laquelle je n'ai pas de jugement, je ne la connais pas, nous explique les choix d'investissement qui ont été faits au Musée du Louvre.

8:52
Invité

– On sait par exemple que le Président de la République a défendu aussi des travaux de rénovation au Louvre, notamment une réfection entière du système d'entrée. Est-ce qu'il n'y avait pas d'autres priorités à ce moment-là ?

9:02
Sébastien Chenu

– Probablement, ce n'est pas à moi de le dire, il faudrait voir quelle est la relation avec la tutelle et le ministère de la Culture, qui a fait quoi, mais il va bien falloir à un moment que dans ce type de problème qui quand même choque tous les Français, les Français sont extrêmement choqués, même blessés et vexés, de voir que leur patrimoine peut se dilapider, un coup de disqueuse et on repart avec la joconde sous le bras. Je veux dire, à un moment dans quel pays sommes-nous, ce contexte de fragilité à tous les étages, doit trouver en face des réponses, mais aussi des responsables. On a toujours l'impression en France qu'il n'y a jamais de responsable pour rien.

Donc Mme Descartes participe des gens qui sont responsables, elle va nous expliquer.

9:38
Présentateur

– Est-ce que le RN va demander une commission d'enquête au Parlement ?

9:40
Sébastien Chenu

– On va voir, on va commencer par poser des questions, déjà au gouvernement, nous allons interroger le gouvernement dans les heures qui suivent, Mme Tati, sur les responsabilités des uns et des autres, et puis on va voir comment les choses se déroulent.

9:53
Invité

– Vous n'avez pas une commission d'enquête selon la réponse que vous avez ?

9:55
Sébastien Chenu

– Ils n'ont rien, par principe, par principe.

9:57
Invité

– Mais on sait que dans un contexte d'économie budgétaire, c'est souvent le monde de la culture qui est le premier visé. Est-ce que le Louvre n'est pas victime aussi d'années et d'années d'économie vis-à-vis du patrimoine ?

10:08
Sébastien Chenu

– Attention, les crédits du ministère de la Culture n'ont pas baissé ces dernières années. Ils ont même augmenté, il faut bien le dire. Mais le problème, c'est dans les 8 milliards d'euros de budget de la culture, vous en avez 4 qui sont concentrés sur l'audiovisuel public. Donc évidemment, pendant qu'on met de l'argent pour soutenir France Inter, on n'en met pas pour soutenir la sécurité des investissements publics.

10:30
Invité

– Le gouvernement veut que ce soit modifié dans le budget actuel, vous allez soutenir ces propositions pour diminuer justement le budget de l'audiovisuel public ?

10:37
Sébastien Chenu

– Nous, on souhaite que l'audiovisuel public soit en tous les cas privatisé. – Donc de toute façon, on pense qu'il y a à la fois des économies…

10:43
Invité

– Et faute de privatisation, vous soutiendrez les économies ?

10:46
Sébastien Chenu

– Oui, bien sûr, probablement.

10:47
Présentateur

– Vous posez une question à Rachida Dati cet après-midi, ça veut dire que vous considérez que c'est elle qui a une part de responsabilité dans ce qui s'est passé ?

10:53
Sébastien Chenu

– Comme Mme Descartes, elle est un interlocuteur qui va nous expliquer quelle est sa part de responsabilité. Il ne va pas falloir que, si vous voulez, entre la ministre de la Culture, la présidente du musée du Louvre, à la fin, ce soit le lampiste ou le gardien de la salle qui paye. Donc il y a la directrice également de la sécurité du musée du Louvre qui, je crois, devra également nous expliquer les errements qui ont conduit à cela. Mais je pense que c'est important dans notre société parce que l'inverse dégoûte les Français. C'est important que des gens assument leurs responsabilités.

On ne peut pas assumer ces responsabilités uniquement quand on est nommé pour la gloire ou pour les choses sympathiques ou pour les grandes réussites, par ailleurs, du musée du Louvre. Car je n'oublie pas que c'est le musée le plus visité au monde.

11:33
Présentateur

– Les députés ont entamé hier l'examen du budget en commission. Est-ce que, quel que soit le contenu de ce texte à l'issue du débat parlementaire, le RN s'y opposera ?

11:41
Sébastien Chenu

– Pour l'instant, si vous voulez, quand on voit le musée des horreurs que constitue le texte budgétaire, il est sûr qu'on n'est pas prêt de le voter.

11:49
Présentateur

– Il va y avoir un débat.

11:50
Sébastien Chenu

– Oui, il va y avoir un débat, comme chaque année. Il y a toujours des débats à l'Assemblée nationale.

11:54
Présentateur

– Non, on ne peut plus, il n'y a pas de 49-3. Sébastien Lecornu dit qu'il donne la main au Parlement. Vous vous y opposerez, quoi qu'il arrive ?

12:00
Sébastien Chenu

– On verra, parce qu'à la fin, tout ça peut se terminer par des ordonnances. – On va voir… – Il exclut pour le moment le gouvernement. – Oui, d'accord, mais enfin, il l'exclut. Mais si on n'a pas terminé les débats, je vous rappelle qu'il y a, de mémoire, je crois, près de 1 600 amendements. Nous, on a plusieurs choses. D'abord, on essaye de s'opposer aux dingueries de la France insoumise, de la gauche et de l'extrême-gauche. C'est-à-dire tout ce qui va ruiner la France. Hier, je vous rappelle, hier, lundi, la France insoumise voulait interdire les plans épargne-retraite. Interdire les plans épargne-retraite. Heureusement que les députés du Rassemblement national étaient là.

Bon, vous me direz, M. Ruffin, lui, il part en début de soirée, il fait un petit peu de cinéma, mais il ne travaille pas. Mais il faut que les députés du Rassemblement national soient là pour s'opposer à la fiscalisation des infections de longue durée, des ALD, enfin, à tout ce musée des erreurs que veut nous imposer aussi le gouvernement.

12:48
Invité

Vous avez quand même trouvé des accords avec la France insoumise sur certains amendements ?

12:52
Sébastien Chenu

Oui, mais comme on en trouve avec...

12:53
Invité

Notamment sur l'impôt universel ciblé, des choses...

12:55
Sébastien Chenu

Oui, mais comme on en trouve avec tous les groupes politiques, parce qu'en fait, comme personne n'est majoritaire...

12:59
Invité

Mais donc, il n'y a pas que des dingueries dans...

13:01
Sébastien Chenu

Non, mais il n'y a pas que des dingueries, mais il y a beaucoup de dingueries. Il y a beaucoup de dingueries qui mettraient la France en lambeaux, qui ruineraient la France immédiatement. Et je pense que vouloir interdire les plans épargne-retraite, enfin, il faut que les Français l'entendent. La France insoumise veut interdire les plans épargne-retraite. Eh bien, je trouve que c'est non seulement une atteinte aux libertés des Français, à leur épargne, à leurs efforts, mais c'est aussi, évidemment, ce que j'appelle, effectivement, une dinguerie. Donc, la première chose, s'opposer à ce qui fait mal aux Français, à ce qui peut les toucher dans leur pouvoir d'achat.

Donc, c'est le cas des amendements de la France insoumise, d'un grand nombre d'amendements de la France insoumise. C'est le cas aussi des propositions du gouvernement. J'ai parlé de la taxation, en tous les cas, de la fiscalisation des affections de longue durée. On s'y opposait hier soir. Encore heureux que le Rassemblement national ait été là. Sans nous, ça passait. Donc, ça, c'est important. Deuxième chose, s'attaquer aux grands dossiers qui permettent de, je crois, faire baisser la charge de l'État toxique. Ces dépenses, c'est le train de vie de l'État, la contribution à l'Union européenne qui va encore augmenter. Cette année, on arrive à près de 30 milliards d'euros cette année.

Et puis, évidemment, le dossier de l'immigration, jamais rien n'en vu. Jamais, à un moment, un dirigeant politique de ce bloc central, je ne sais même pas comment on peut l'appeler, n'est décidé à ouvrir ce dossier qui coûte quand même beaucoup d'argent aux Français.

14:25
Invité

Jean-Philippe Tanguy, qui est l'un des députés Rassemblement national qui siège à la Commission des finances, disait que les macronistes veulent s'aborder le budget en dépensant trop d'amendements. Vous partagez son point de vue là-dessus ? Ils veulent s'aborder le budget ?

14:38
Sébastien Chenu

Bien sûr qu'ils veulent arriver à la fin, à dire, écoutez, on n'a pas pu aller au bout de la discussion budgétaire, donc, où le budget n'est pas voté par l'Assemblée, il part au Sénat, commission mixte paritaire, il revient et il est adopté tel quel, dans sa forme initiale, ou alors on passe par, effectivement, les ordonnances. Donc, on voit bien qu'il y a derrière de la tactique et de la technique parlementaire, mais surtout, il y a aussi quelque chose sur lequel Marine Le Pen a demandé que le gouvernement s'engage, sur le gel qui est plutôt un décalage de la réforme des retraites.

Nous, nous considérons que c'est une entourloupe aujourd'hui et Marine Le Pen a demandé qu'effectivement, avec ce qu'on appelle une lettre rectificative, elle aura l'occasion d'interpeller elle-même aussi le gouvernement, eh bien, le Premier ministre s'engage à cela. S'il ne le fait pas, ça veut dire qu'ils ont quelques mauvaises idées derrière la tête.

15:31
Présentateur

– Donc, vous demandez la lettre rectificative, même si, du coup, Gérard Larcher dit que ça risque de réduire le temps d'examen au Sénat et que ce n'est pas forcément.

15:38
Sébastien Chenu

– Oui, mais Gérard Larcher a déjà ouvert la possibilité d'ordonnance. Il a fait ces derniers jours chez un de vos confrères. Donc, moi, je vois bien qu'il y a un scénario qui est écrit par la Macronie et par M. Larcher et les LR, qui consisterait, effectivement, à ne pas geler cette réforme des retraites et à nous faire avaler un budget qui est probablement très antisocial, mais qui, surtout, va aller chercher beaucoup d'argent dans les poches des Français sans s'attaquer aux dépenses toxiques de l'État.

16:08
Présentateur

– La taxe Zuckman a été rejetée hier en commission. Vous ne l'avez pas soutenue. Vous étiez déjà abstenue quand elle avait été examinée en séance. Est-ce que, finalement, vos opposants n'ont pas raison de dire que vous soutenez les milliardaires ?

16:19
Sébastien Chenu

– Non, mais la taxe Zuckman, elle a deux difficultés, elle a deux écueils. C'est qu'elle vient impacter l'outil de travail. Or, nous, nous pensons qu'effectivement, à partir du moment où vous impactez à ce point l'outil de travail, vous allez faire fuir ceux qui sont à la tête de ces entreprises. Et puis, c'était son rendement qui est totalement surévalué. On nous dit que ça va rapporter 15 milliards d'euros. Mais en fait, pas du tout. La première année, ça pourrait rapporter, je crois que c'était entre 3 et 5 milliards d'euros.

Mais surtout, immédiatement, à partir du moment où vous aurez mis en place cette taxe, vous allez faire fuir, vous allez faire en sorte que ces entreprises, en tous les cas ces dirigeants, puissent mettre en place des tas de systèmes de contournement ou d'optimisation fiscale pour ne pas la payer. Donc, gardons la tête froide. Faisons contribuer chacun à la hauteur de ce qu'il doit, de ce qu'il peut.

17:10
Invité

– Mais il est important de taxer les plus riches ?

17:12
Sébastien Chenu

– Oui, c'est le sens de l'impôt sur la fortune financière qui viendrait remplacer l'impôt sur la fortune immobilière. C'est une contribution, effectivement, de ceux qui ont plus. Une contribution qui est importante, 3 milliards d'euros, que nous, on veut flécher pour financer la demi-part fiscale pour le deuxième enfant.

17:32
Invité

– De ce point de vue-là, on a le sentiment, vu de loin, que vous avez des intérêts communs avec la gauche, c'est-à-dire taxer les plus riches. On sait bien que le PS est aussi en train de chercher une alternative à la taxe Zuckmann. Est-ce qu'il y a des discussions entre vous pour dire qu'on essaie de se mettre d'accord sur un amendement qui pourrait rassembler nos voix et qui, donc, serait adopté à l'Assemblée nationale ? Est-ce que ça, ça peut exister ?

17:54
Sébastien Chenu

– Non, il n'y a pas de discussion aujourd'hui. Mais nous, on essaie de faire passer, effectivement, cette logique qui est celle de dire que les Français sont favorables, enfin, acceptent, consentent à l'impôt à partir du moment où on leur explique où va la dépense. Et donc, la justice fiscale, c'est effectivement demander plus à ceux qui ont plus. Et tous les partis politiques, tous les sondages d'opinion montrent que l'ensemble des électeurs sont d'accord avec ce principe, avec cette philosophie. Maintenant, comment on passe de la philosophie à la pratique sans faire fuir, sans tuer un outil de travail, etc.

Nous, on a une disposition qui, je crois, est assez bien reçue par le monde économique, qui est une disposition de justice fiscale et qui, surtout, donne de la lisibilité quant à l'affectation de ce qu'elle pourrait prélever. Et elle vient remplacer un impôt et non pas créer un impôt supplémentaire. Donc, je pense que c'est sur cette philosophie qu'il faut travailler. On est d'accord sur le fait que, quand vous gagnez plus, vous contribuez davantage. C'est le principe même de l'impôt dans notre société. Maintenant, avec quels outils ? On en a un qui est sur la table.

19:03
Invité

Alors, il y a eu un autre débat intéressant hier en commission concernant l'année blanche qui est proposée par le gouvernement et qui revient à geler le taux d'imposition. Finalement, seule la première tranche sera indexée sur l'inflation. Est-ce que c'est un échec de votre point de vue, vous qui défendiez l'idée que c'était relativement injuste ? Et là-dessus, vous vous retrouviez aussi avec une partie de la gauche ?

19:26
Sébastien Chenu

Non, mais nous, on a voté contre la non-indexation, effectivement, du barème de l'impôt sur le revenu, que, hors de la première tranche, je dis bien hors de la première tranche, nous considérons que l'année blanche, si vous voulez, c'est le degré zéro de la politique. Je veux dire, on a besoin de réformes profondes dans ce pays, de réformes pour pouvoir remettre la France sur les rails, pour pouvoir, évidemment, s'attaquer à la dette, parce que je vous rappelle qu'avec tout ça, la dette ne baisse pas. L'année blanche, c'est un coup de rabot, en réalité, mais on ne s'attaque pas à la dette. Donc, nous, nous pensons qu'effectivement, c'est une mauvaise idée.

Ça vient juste impacter le pouvoir d'achat des Français. Ça ne réforme rien et ça amènera un gouvernement macroniste, LR socialiste, à refaire la même chose l'année suivante. Donc, ce n'est pas de la politique, l'année blanche. C'est une espèce de fainéantise, de paresse intellectuelle et politique de nos gouvernements pour simplement taper le pouvoir d'achat des Français, sans rien réformer.

20:23
Présentateur

Vous nous avez dit tout à l'heure que les LR n'étaient pas vos alliés parce qu'ils soutenaient un gouvernement macroniste. Pourtant, votre allié, Éric Sotty, lui, il tend la main aux Républicains. Il appelle Bruno Retailleau à inverser les alliances pour faire une union des droites. Vous n'êtes pas d'accord avec Éric Sotty ? Il ne faut pas tendre la main aux Républicains ?

20:37
Sébastien Chenu

Ah, mais il faut tendre la main aux Républicains. Le problème, c'est que les électeurs des LR sont trahis par leurs dirigeants. C'est-à-dire que Laurent Wauquiez, président du groupe LR, trahit ses électeurs en soutenant un gouvernement qui fait l'inverse de son programme.

20:51
Présentateur

– Il ne soutient pas vraiment le gouvernement, Laurent Wauquiez ?

20:53
Sébastien Chenu

– Ah bah, écoutez, il ne le censure pas. Ses ministres des ministres LR sont membres du gouvernement. Ils étaient, il y a encore quelques jours, sur les bancs des députés LR. Donc, si ça, ce n'est pas un soutien, je ne sais pas ce que c'est. Le problème, c'est que les LR soutiennent un gouvernement qui fait l'inverse de ce qu'ils ont raconté aux Français. Moi, je me souviens d'LR qui nous traitait de tous les mots, de tous les noms. On était d'épouvantables gauchistes parce qu'on s'opposait à la réforme des retraites. Et puis, pour eux, c'était l'alpha et l'oméga. Il ne fallait pas toucher à cette réforme. Et là, ils sont dans un gouvernement qui nous dit qu'il va geler.

Alors, où ils mentent ? Où ils n'ont pas de conviction ?

21:28
Présentateur

– Ils ne voteront pas la suspension de la réforme des retraites.

21:29
Sébastien Chenu

– Voilà, donc où ils mentent ? Où ils n'ont pas de conviction ? Probablement les deux, ils mentent et ils n'ont pas de conviction. – Mais est-ce que le RN tend la main à Bruno Retailleau ou pas ? – Donc, je pense qu'il faut tendre la main aux électeurs, aux militants, aux adhérents des Républicains trahis par les leurs.

21:42
Présentateur

– Mais vous n'en appelez pas Bruno Retailleau ?

21:45
Sébastien Chenu

– Est-ce que Bruno Retailleau fait partie de ces dirigeants qui sont trahis ? En tous les cas, il a lui-même trahi, en cautionnant la politique macroniste, il a lui-même trahi ses électeurs.

21:56
Invité

– Vous considérez qu'il n'a pas essayé de faire des choses là où il était ?

21:59
Sébastien Chenu

– Non, il n'avait rien à faire là-dedans. Il savait dès le début qu'il n'avait pas les leviers pour faire bouger. Il avait besoin d'un statut…

22:04
Invité

– Vous ne considérez pas qu'il a fait passer certains messages, notamment sur les relations avec l'Algérie et des choses comme ça ?

22:09
Sébastien Chenu

– Non, rien du tout, c'est épouvantable, les relations avec l'Algérie, vous avez vu où on en est, c'est marche arrière, enfin, si tenté qu'on ait pu faire une marche avant un jour, c'est une génuflexion supplémentaire du nouveau ministre de l'Intérieur. Premier acte de Laurent Mniez allait s'abaisser devant le gouvernement algérien qui retient toujours Christophe Gleize, journaliste, et Boilem Sansal sans aucune raison dans ses geôles. Donc non, les LR ont desservi, je dirais, l'intérêt national en participant au gouvernement Macron.

22:35
Présentateur

– Une dernière question un peu plus personnelle, Sébastien Chouny, est-ce que vous serez candidat au municipal en mars prochain ?

22:39
Sébastien Chenu

– Non, je ne serai pas candidat aux élections municipales. J'ai choisi de pouvoir poursuivre mon mandat de député tant que mes électeurs me feront confiance et de ne pas me lancer dans cette aventure municipale. Il y aura donc de très bons candidats dans les communes de ma circonscription.

22:55
Présentateur

– Merci Sébastien Chouny, merci beaucoup d'avoir été notre invité. – Oui, Christelle, la une de la dépasse sur le budget, la course contre la montre, c'est à la une de votre journal. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada

Sébastien Chenu : « Pour le moment, le texte budgétaire est un musée des horreurs » — Sébastien Chenu · Pourquijevote