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Podcast / conversationLe Média (sur YouTube)· 30 mai 2018 14 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsDéfenseEurope & international

MIEUX COMPRENDRE LA CRISE LIBYENNE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse partielle

    Pourquoi cette conférence donne l'impression de court-circuiter le processus du bas vers le haut ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Qui sont ces acteurs ? Est-ce que c'est le fait de posséder une portion du territoire libyen qui leur donne une légitimité ?

  • 9:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que les Kadhafistes sont représentés ?

  • 13:00OuverteRéponse directe

    Quel est le but de guerre de la France ? Qu'est-ce qui motive Emmanuel Macron ?

  • 16:00RelanceRéponse directe

    En gros, ça ne fait pas très bon camarade en termes de construction européenne ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00animateurFait
    « Le Président Emmanuel Macron a reçu à l'Elysée quatre hauts responsables de ce pays [Libye]. À la fin de la réunion, ils ont approuvés et ont signé, comme on pouvait s'y attendre, une déclaration politique. »
  • 3:00animateurFait
    « Il parle de dette, une dette, qu'on pourrait d'ailleurs élargir aux pays du Sahel qui ont été bouleversés également par cette crise en Libye. »
  • 6:00Patrick HaimzadehFait
    « Il a, par la force et par les armes, réussi à asseoir une certaine légitimité dans l'est du pays. »
  • 8:00Patrick HaimzadehFait
    « On a à l'ouest le président du Conseil présidentiel qui est issu des accords de Skhirat parrainés ici encore, par les Nations Unies mais là aussi dont la représentativité est insuffisante. »
  • 14:00Patrick HaimzadehFait
    « La France à des intérêts bien-sûr de sécurité, a des intérêts économiques. »
  • 17:00Patrick HaimzadehFait
    « On l'a vu l'année dernière avec la Celle-Saint-Cloud, finalement ça n'a pas donné grand-chose. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

– Le Président Emmanuel Macron a reçu à l'Elysée quatre hauts responsables de ce pays [Libye]. À la fin de la réunion, ils ont approuvés et ont signé, comme on pouvait s'y attendre, une déclaration politique. Un engagement à travailler avec l'ONU pour organiser les élections qui doivent se tenir, à priori, le 10 Décembre.

Le décor est posé, je peux vous présenter Patrick Haimzadeh. Vous êtes un ancien diplomate français. Vous avez été en poste en Libye de 2001 à 2004.

Vous êtes auteur du livre "Au cœur de la Libye de Kadhafi" aux éditions Jean-Claude Lattes. Nous allons parler de l'initiative Macron sur la Lybie mais avant ça, regardons ce petit bout de sa conférence de presse à l'issu de ces entretiens avec les responsables politiques libyens. – Le peuple libyen aspire à la sécurité, à la stabilité, à vivre mieux et à pouvoir exprimer sa souveraineté.

C'est ce que nous lui devons parce que parfois, nous avons décidé de nous substituer à sa propre souveraineté. Et ce faisant, je crois que nous reconnaissons l'importance du peuple libyen, la dette que nous avons à son endroit et le travail que nous lui devons pour arriver à ce résultat. – Je voulais que vous écoutiez ce petit extrait parce qu'il pose la question de la légitimité de la France à être un facilitateur ou un médiateur dans la crise libyenne, vu que le Président français reconnait lui-même la responsabilité de la France dans le chaos libyen actuel.

Il parle de dette, une dette, qu'on pourrait d'ailleurs élargir aux pays du Sahel qui ont été bouleversés également par cette crise en Libye. C'est une bonne chose. C'est un constat honnête.

Mais est-ce que ça ne met pas en cause la légitimité de la France à intervenir directement sur ce dossier ? – Ecoutez,il y a plusieurs questions : D'abord, la France est-elle légitime pour intervenir sur la Libye ? Pas plus qu'un autre pays.

Je dirais qu'il y a une institution qui est légitime, et qui en plus représente la légalité internationale, ce sont les Nations Unies. Là, il faut revenir aux fondamentaux. Il y a eu un envoyé spécial qui a été nommé qui est M.

Ghassan Salamé, que la France a soutenu. Il a présenté un rapport très intéressant, il y a une dizaine de jours, devant le conseil de sécurité, dont la France est membre permanent, et qui détaille une feuille de route. Dans cette feuille de route, il y a un projet de constitution, des élections, mais surtout il y a également ce qu'il appelle, une conférence du dialogue national, qui est quelque chose de complètement originale, dont on n'a pas parlé aujourd'hui puisqu'on a surtout parlé des quatre grands acteurs qui se partageaient la scène aujourd'hui à Paris Et cette conférence c'est quelque chose d'original que M.

Salamé a lancé dans son plan d'action. C'est une consultation populaire. Il y a une rupture avec ce qui s'est fait avant.

Ces réunions à l'étranger où on fait venir des gens, on impose une décision par le haut, on les fait signer un papier ou pas. Et comme ces gens n'ont pas suffisamment de représentativité en interne, les accords ne sont jamais appliqués ni applicables. En fait, l'idée c'est de revenir par le bas pour avoir une base la plus large possible et ensuite s'appuyer sur des recommandations populaires pour faire pression sur les quatre grands acteurs qui, on a vu aujourd'hui, bloquent la situation.

Il faut bien se dire qu'en Libye, le peuple libyen, - comme l'a rappelé le président Macron, n'est plus écouté. Le peuple libyen, d'une manière générale, consensuellement, n'a plus confiance dans les quatre personnes qu'on a vu ici à Paris. – La question que je voudrais vous posez, c'est : pourquoi cette conférence donne l'impression de court-circuiter ce processus qui irait du bas vers le haut ? – L'analyse que j'en ai, c'est que cette feuille de route a été présentée par Ghassan Salamé la semaine dernière… Je n'ai pas entendu dans les conclusions d'aujourd'hui de ce fameux dialogue national.

C'est-à-dire, un retour au peuple finalement qui est quelque chose d'original et qui correspond à la culture politique libyenne. Qui est la culture du "Local" ou chaque région, chaque ville a vraiment sa spécificité. Et d'où la difficulté d'imposer quelque chose par le haut.

On a un état de fragmentation de la société qui est extrême. Tous les gens qu'on à vus ici, de retour en Libye, seront déjà contestés. – Alors, qui sont ces acteurs ?

Est-ce que c'est le fait de posséder une portion du territoire Libyen, qui leur donne une légitimité ? Pourquoi eux et pas d'autres qui sont invité à Paris ? – Effectivement, c'est une bonne question parce que, bien-sûr, il y a les acteurs locaux, les maires qui jouent un rôle très important, qui ont une légitimité en tant qu'élus et qui pallient à l'absence d’État.

Ce sont eux qui produisent des services publics, qui garantissent une certaine continuité des institutions en Libye au quotidien. Les quatre grands acteurs ont des légitimités très différentes. D'abord, il y a le président du parlement qui a été élu en 2014.

Plutôt mal élu ce parlement, qui est déjà complètement divisé. Il faut s'avoir qu'il n'y a pas plus de 30 membres sur 200 qui siègent en permanence. Il a dépassé sa date de validité et s'est déjà auto prolongé à deux reprises.

On a le maréchal Haftar qui doit sa légitimité aux armes. Il a, par la force et par les armes, réussi à asseoir une certaine légitimité dans l'est du pays. – Il a des soutiens à l'étranger aussi… – Et il a des soutiens puissants, notamment de l'Égypte, des Émirats arabes unis et de la France, d'une certaine façon, également.

On l'a vu l'année dernière avec ses officiers des services français qui sont mort en soutenant les militaires d'Haftar. On a à l'ouest le président du Conseil présidentiel qui est issu des accords de Skhirat parrainés ici encore, par les Nations Unies mais là aussi dont la représentativité est insuffisante et donc qui n'ont jamais vraiment pris en Libye. Et la quatrième personne, c'est le nouveau président d'un Conseil consultatif : le "Haut conseil d’État" que le Président Macron a raccroché, puisqu'il n'était pas à la Celle-Saint-Cloud l'année dernière, pour essayer d'élargir un peu le cercle des invités qui n'étaient que deux à la réunion précédente. – J'ai envie de poser une question : Est-ce que les Kadhafistes sont représentés ?

Parce que la France a agi pour renverser Kadhafi, s'en est suivi un chaos. Aujourd'hui les forces spéciales françaises sont sur le terrain au côté d'un potentiel candidat. Est-ce que la ligue politique qui a été anéantie à la suite de cette crise en Libye a été représentée aujourd'hui à Paris ? – Comme je le disais, il y a un grand nombre de composantes de la société Libyenne qui ne sont pas représentées.

Les kadhafistes, encore une fois, ne sont pas non plus une entité homogène. Il y a des groupes sociaux qui ont soutenu Kadhafi, qui sont des tribus ou un certain nombre de régions. Et puis, il y a des gens, plus idéologique, qui étaient plus proches, soit du fils, soit des comités révolutionnaires, qui sont des gens plutôt en exil qui sont la facette politique.

Qui n'ont pas envie d'un retour du kadhafisme mais qui correspondent à une partie de la population qui a effectivement été marginalisée depuis 2011. Il n'y a pas que ces gens là, Il y a également les groupes armés. Par exemple à l'ouest qu'on voit souvent sous l'angle des milices qui terrorisent les populations, qui sont des mafieux… Ce n'est pas si simple que ça.

Il y a effectivement des milices qui sont mafieuses, mais il y a aussi un certain nombre de milices qui pallient à l'absence d’État et qui finalement assurent un service public de sécurité. Ça peut paraître un peu bizarre vu de l'étranger, mais ces gens-là sont soutenus et on une base sociale au niveau local. Ces groupes armés de l'ouest donc, on fait une déclaration qui rejette dès avant la réunion de Paris, tout ce qui pourrait en sortir. – Alors quel est le but de guerre de la France ?

Qu'est ce qui motive Emmanuel Macron ? Par exemple on a entendu que Total qui serait un temps en Libye. Est-ce qu'il y a quelque chose ?

Est-ce que c'est l’intérêt national avec la question migratoire puisque la Libye est le catalyseur de l'augmentation de migrants qui arrivent ? Qu'est ce qui fait courir Emmanuel Macron ? – La France à des intérêts bien-sûr de sécurité, a des intérêts économiques.

Mais honnêtement, je ne pense pas que ce soit la motivation première. Je pense qu'il y a une motivation, comme souvent, d'affichage en interne et peut-être en externe aussi, d'une volonté d'être présent, d'être actif sur la scène. Sans finalement préjuger du résultat.

On l'a vu l'année dernière avec la Celle-Saint-Cloud, finalement ça n'a pas donné grand-chose. Mais, voilà, un mois après c'est les élections. Souvenez-vous des titres de la presse française qui disaient : "Macron, l'homme qui réconcilie les libyens".

Et là je pense que demain on aura encore des titres dithyrambiques sur la réunion de Paris. Là aussi, il ne faut pas perdre de vue que cette réunion a été mal accueillie par nos partenaires européens. Les italiens ont été assez frustrés de la façon dont on à monté cette réunion.

Les britanniques étaient sceptiques également. Je dirais que cela ne fait pas consensus et je ne suis pas certain que l'on ait des buts très clairs sur l'issue même de cette réunion de Paris. – En gros, ça ne fait pas très bon camarade en termes de construction européenne parce que si on veut une Europe de la défense, une diplomatie européenne, ça ne fait pas… – Écoutez, oui, je ne vous le fais pas dire… On va voir quelle est la vision officielle de cette réunion… Je reviens à ce plan de route de Ghassan Salamé qui était présent aujourd'hui, on la vu, mais qui n'est pas l’artisan de cette réunion.

Et pour cause, c'est vraiment une initiative de la présidence Macron. Je pense que le risque de cette réunion, c'est, qu'effectivement, elle brouille les esprits chez beaucoup de libyens. Parce que beaucoup de libyens ont déjà du mal à comprendre le plan onusien l'ONU est décrédibilisé.

Ils ont aussi le sentiment que des ingérences étrangères, finalement, compliquent la situation. Et à juste titre, toutes les ingérences compliquent les réconciliations, et un certain nombre de choses. Donc, beaucoup de gens en Libye voient cette nouvelle initiative… sans bien comprendre finalement.

Un des volets du plan de l'ONU préconisait justement de s'appuyer sur des recommandations populaires et là on n'en parle plus. On reparle des élections… Là aussi, je termine la dessus parce que nous les français, on n'aime beaucoup les élections. On veut organiser des élections.

On pense qu'effectivement, si il y a des élections, forcément, ça va être une sortie de crise. Oui, les élections c'est important mais dans un pays fragmenté, comme c'est le cas aujourd'hui en Libye, des élections ne pourront… sans réconciliation, sans alliances claires sur les règles de ces élections, sur quoi en attendre, sur les acteurs de terrains etc., il n'y aura qu'une nouvelle fragmentation.

On l'a vu en 2014… les élections ont conduit à une nouvelle ligne de factures dont on pèse encore le poids aujourd'hui. Donc, s’arc-bouter sur des dates, parce que là aussi, on a des dates, et ils doivent se mettre d'accord avant le 16 Septembre sur un texte constitutionnel et avant le 10 Décembre sur des élections, mettre des dates, c'est : soit prendre le risque qu'on ne les atteigne pas, soit mettre la pression sur des acteurs pour des élections qui ne seront pas prêtes, qui seront trop précoces et qui comme les précédentes, aboutiront à des résultats contre-productifs. – Pour être un peu cynique et pour terminer, on pourrait aussi se dire que les élections peuvent permettre de mettre en selle le poulain d'une ou de l'autre des forces internationale qui convoitent la Libye. – Oui, mais le problème c'est qu'aucun des gens qu'on a vu ici à Paris, si tant est qu'ils se présentent, n'est en mesure de remporter un consensus sur l'ensemble du territoire Libyen.

Donc, effectivement, le maréchal Haftar peut se présenter, Fayez al-Sarraj peut se présenter mais il y a des forces y compris militaires qui n'accepterons pas. Et les gens qui sont réunis aujourd'hui à Paris n'ont pas les moyens, en l'état, de faire pression sur ces gens-là.