Témoin RMC : Alissia Lohéac - 08/06
Audio original de l'émission.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Défensif 100 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:25OuverteRéponse directe
Pourquoi vous êtes-vous proposée pour venir en renfort en réanimation ?
- 1:43OuverteRéponse directe
Comment avez-vous fait pour vous loger ?
- 3:10OuverteRéponse directe
Ce qui vous met en colère, c'est que vous ne toucherez pas la prime de 1500 euros ?
- 3:29FerméeRéponse directe
Combien gagnez-vous par mois ?
- 4:30OuverteRéponse directe
À qui est destinée cette prime de 1500 euros ?
- 6:14FerméeRéponse directe
Vous voulez changer de métier ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:30PrésentateurChiffre
« Par mois, je gagne 1 370 euros avec deux week-ends, deux primes. »
- 3:44Invité politiqueChiffre
« Avec 11 ans d'ancienneté, vous gagnez 1 370 euros net. »
- 3:50Invité politiqueFait
« On voit combien dans les hôpitaux français, on est mal payé. »
- 3:53Invité politiqueFait
« C'est un véritable scandale. »
- 4:26PrésentateurFait
« Donc, il fallait être présente, par exemple, dès le début du confinement, jusqu'à fin avril. »
- 5:01Locuteur non identifiéChiffre
« 1 500 euros s'ils étaient présents du 1er mars au 30 avril. »
- 5:16Locuteur non identifiéFait
« ils n'ont pas le droit s'ils ont loupé un mois ou plus. »
Temps de parole
- Présentateur63 %
- Invité politique29 %
- Locuteur non identifié8 %
≈ 21,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Vous écoutez RMC.
Il est 7h12, merci Alicia. L'OEA qui est avec nous, bonjour Alicia.
Bonjour.
Bonjour, vous avez 31 ans, vous êtes aide-soignante à la clinique Saint-Jean de Montpellier que je connais bien. Et depuis le 11 avril, vous êtes portée volontaire pour venir en renfort dans le service de réanimation de l'hôpital Tenon à Paris. Donc, pourquoi ? Vous aviez des compétences en réanimation et vous vous êtes proposée à un moment, le 11 avril, où on était en pleine crise sanitaire et pleine crise du Covid-19. Vous vous êtes proposée, vous vous dites je vais aller aider.
Oui, je me suis proposée en fin de compte après les différents liens que j'ai pu voir en fin de compte sur Internet. Ou même d'ailleurs, pour être honnête, sur BFN TV pour venir en aide. Donc, j'ai été sur l'application Medgo, où je n'ai pas hésité une seconde en fin de compte à déposer mes disponibilités. Et j'ai ensuite été voir mon directeur, parce qu'étant en CDI, il fallait que je pose des congés sans solde. Mon directeur a accepté en fin de compte de me donner des congés sans solde. Et j'ai pris le départ le 10 avril et j'ai commencé le 11 avril, ma première nuit.
Et vous avez commencé votre première nuit le 11 avril, ça a été très dur. Maintenant, ça va beaucoup mieux. Il y a beaucoup moins de patients en réanimation, pratiquement plus dans votre service.
Pratiquement plus, mais il y en a encore qui se battent depuis le mois d'avril.
Qui sont là depuis le mois d'avril ? Oui. Qui sont là depuis le mois d'avril, en étant joint.
Et qui se battent encore aujourd'hui.
Et qui se battent encore aujourd'hui contre la maladie, contre le virus. Alicia, donc ça a été très rude, très dur. Comment avez-vous fait pour vous loger ?
Alors pour me loger, en fin de compte, le premier mois, j'ai eu une aide avec l'association de la PHP.
Oui.
Donc pendant un mois, il n'y a pas eu de soucis. Après, par la suite, j'ai rencontré un petit peu de difficulté. Ils ont réussi à me retrouver un deuxième logement. Oui. Et là, en fin de compte, en sachant que mon renfort se terminait le 20 mai, ils m'ont proposé, en fin de compte, de prolonger. J'ai accepté jusqu'au 30 juin.
Qui vous a proposé de prolonger ?
La cadre de santé.
La cadre de santé, c'est-à-dire ?
De réanimation.
C'est-à-dire votre supérieur.
Voilà, ma supérieure hiérarchique.
Elle vous a dit, on a besoin de toi, reste avec nous jusqu'à la fin du mois de juin.
Du coup, j'ai redemandé des congés sans solde de cinq semaines à mon employeur. Qui a accepté. Qui m'a accepté.
Oui.
D'ailleurs, je le remercie.
Oui.
Et du coup, par la suite, j'ai dû faire appel, en fin de compte, à un don sur Facebook. Parce que là, à la PHP, je n'avais aucune réponse pendant trois semaines pour avoir un nouveau logement.
C'est-à-dire que la PHP ne vous logeait plus ?
C'est ça, tout à fait.
Donc, vous vous êtes débrouillée. Et comment avez-vous fait pour vous loger aujourd'hui ?
J'ai fait un appel, du coup, sur Facebook, sur les réseaux sociaux. Et j'ai eu un médecin qui, par de bouche à oreille, en fin de compte, qui a accepté de me venir en aide pour pouvoir continuer le mieux possible mon renfort. Et voilà. Je le remercie parce qu'aujourd'hui, je suis dans le septième arrondissement. Je ne connais pas trop Paris. Mais c'est vrai que sans lui, je n'aurais pas pu continuer à être auprès de mes patients.
Bon. Donc, vous continuez à travailler à l'hôpital Tenon. On est d'accord. Ce qui vous met en colère, c'est que vous ne toucherez pas la fameuse prime de 1 500 euros.
Oui, oui, tout à fait. Alors, en fait, ça me met en colère. Mais après, comme j'expliquais à plusieurs reprises, ce n'est pas pour l'argent que je fais ce travail. Ce n'est pas pour ce que je gagne tous les mois.
Oui, combien gagnez-vous ?
Par mois, je gagne 1 370 euros avec deux week-ends, deux primes.
1 370 euros, primes comprises ? C'est ça. Donc, quand je suis en vacances, je suis net, heureusement.
Avec ma reprise de 11 ans d'ancienneté.
Avec 11 ans d'ancienneté, vous gagnez 1 370 euros net. Oui. Vous êtes aide-soignante. On voit combien dans les hôpitaux français, on est mal payé. Et on est sous-payé. C'est un véritable scandale. Véritable scandale. Par contre, poursuivez. Donc, la prime. Vous n'en avez pas touché, la prime ?
Non, non, tout à fait. Mes collègues l'ont touché, en fin de compte, en réanimation, donc là, sur le salaire du mois de mai.
Oui.
Donc, nous, déjà, dès le départ, on nous avait dit qu'il y avait plusieurs critères, plusieurs petites étoiles, en fin de compte, pour pouvoir toucher cette prime. Bon, comme je l'expliquais, dès la première petite étoile, tout de suite, on n'est pas dans les critères. Et tout de suite, on sait qu'on ne l'aura pas.
Vous ne l'aurez pas.
Donc, il fallait être présente, par exemple, dès le début du confinement, jusqu'à fin avril.
Alors, justement, tiens, à qui est destinée cette fameuse prime de 1 500 euros ?
Alors, à la règle, c'est 1 500 euros dans les 40 départements les plus touchés par la crise. Donc, Île-de-France, Grand-Est, Haut-de-France, Borgogne-Franche-Comté, Corse et Mayotte, en gros. Donc, Alicia a été éligible sur ce critère-là. 500 euros dans les autres départements, ça peut grimper jusqu'à 1 500 euros, selon les établissements, pour certains soignants, pas plus de 40% du personnel. Et alors, pour les soignants venus en renfort, là, c'est intéressant, ils sont éligibles à cette prime, mais sous condition, selon le décret qui a été publié à mi-mai. 1 500 euros s'ils étaient présents du 1er mars au 30 avril. La moitié s'ils ont loupé deux semaines.
Et, eh bien, ils n'ont pas le droit s'ils ont loupé un mois ou plus. Voilà, c'est votre cas.
Alors, ma présence, en fin de compte, a été du 11 avril jusqu'à fin juin. Sauf qu'aujourd'hui, oui, je suis en colère, parce que je suis en colère tout simplement parce que je suis venue en renfort. Et en fin de compte, depuis le 11, depuis le déconfinement, on est complètement oubliés. Donc, vous m'avez parlé des transports, je vous ai parlé des logements, mais il y a aussi les transports. Je n'ai aucune prise en charge, en fin de compte, pour mes allers-retours jusqu'à Tonon. Je n'ai aucune prise en charge pour rentrer chez moi à Montpellier, ça m'étonne. Non, ce n'est pas vrai. Bien sûr, comme vous le savez, a augmenté les prix des billets, donc ce n'est pas facile.
Je ne suis pas la seule dans cette situation. Et c'est vrai que là, en fin de compte, les patients, ils sont encore en réanimation. Je suis encore en contact du Covid. Je suis encore considéré comme renfort. Et on est complètement oubliés, en fin de compte, par ce gouvernement et par nos directeurs. Et on n'a aucune aide. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, je suis fatiguée par rapport à ça. Et c'est pour ça que j'ai fait... Je vais être honnête avec vous. J'ai fait une demande à mon directeur de rupture conventionnelle. Parce que je...
Vous voulez changer de métier ?
Oui, j'en ai marre. J'en ai marre parce que ça fait 11 ans. 11 ans que je fais des manifestations. Ça fait 11 ans que j'essaye de défendre... On essaye d'avoir un minimum de reconnaissance. Parce qu'on aide notre travail, comme vous avez vu. Ce n'est pas avec le salaire qu'on fait ce métier-là. Mais c'est par amour. Moi, j'ai commencé ce travail-là. J'avais 19 ans. Aujourd'hui, j'en ai 31. Je l'aime toujours autant. Mais je suis fatiguée. Et ça joue énormément aussi sur ma santé et sur ma vie personnelle. Et je pense qu'il y a un moment où... Oui, c'est peut-être bête. Mais je pense qu'il faut un moment passer le relais. Et peut-être passer à autre chose.
Et malheureusement, je ne suis pas la seule soignante dans cette situation. Où on est fatigué. Où... Où voilà. On a juste envie d'être entendu. D'être valorisé au niveau des salaires. Et c'est vrai qu'aujourd'hui...
Qu'est-ce qu'il faudrait pour que vous repreniez vie de... Vous aimez votre métier. Mais qu'est-ce qu'il vous faudrait pour que vous l'aimiez à nouveau, ce métier. Vous êtes découragée.
Je suis découragée. Pas par rapport à mes patients. Parce que les conditions de travail, c'est du sous-effectif. Moi, je viens de 8 ans du public. Ça a été du sous-effectif en continu. Ou parfois, je me suis même... Je suis triste à le dire. Mais parfois, j'ai été obligée d'être maltraitante auprès de mes patients. J'ai dû les négliger à certaines reprises. Et je me suis... Il y a des moments, je ne me reconnaissais plus dans mes valeurs d'aide soignante. Donc, j'ai préféré parfois partir, démissionner de certains postes. Et c'est vrai qu'on a tous des valeurs. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, je ne m'y retrouve pas forcément dans ces valeurs auprès de cette société.
Vous attendez beaucoup du Ségur de la Santé ?
Moi, personnellement, quand je vois que déjà, par rapport à notre prime, et même depuis le 11 mai, qu'on est complètement oublié en tant que renfort, je sais que rien ne bougera. Ça fait 11 ans. Ce n'est pas que depuis, M. Macron est président. Malheureusement, moi, j'ai commencé... C'était M. Sarkozy qui était président quand j'ai commencé à être soignante. Et c'est une continuité. Je pense qu'aujourd'hui, on a besoin d'être entendus. On a besoin d'être soutenus. Et c'est vrai qu'on fait ça... On aide notre travail. Mais on a vraiment besoin, en fin de compte, d'un minimum de reconnaissance. Alors, la reconnaissance, on l'a auprès de notre patient.
Moi, j'ai passé des nuits, là, dans le secteur Covid, parfois, à prier auprès de certains patients, à les masser, à être là auprès d'eux. Parce que je me mettais à la place. On a aucune reconnaissance pour ce train. Je suis fatiguée. Je suis fatiguée. Et c'est vrai que j'ai envie que les gens comprennent qu'on a besoin d'eux, le 16 juin, s'ils peuvent nous aider à manifester, pour qu'on soit enfin reconnus pour ce qu'on...
Merci Alicia. Je ne vous embête pas plus longtemps. Alors, Alicia, merci pour ce que vous avez fait. Merci. Pour celles et ceux qui souffrent de cette maladie à l'hôpital Tenon. Et puis, bon, retour à Montpellier. Oui, merci. Ce n'est pas tout de suite, mais merci. Merci beaucoup. Au revoir. Il est 7h21.