Le départ d'Olivier Nora de Grasset "est une préoccupation" pour Vincent Montagne du Syndicat national de l’édition
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« Catherine Pégard a ouvert le Festival du Livre en soulignant le rapport de confiance des éditeurs avec leurs auteurs en citant le nom d'Olivier Nora. »
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« Grasset est une maison centenaire qui a fait naître le temps de plume remarquable. »
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France Inter, Alibadou, Marion Lourd, le 6-9. Et votre invité Marion est président du syndicat national de l'édition. Bonjour Vincent Montagne. Oui, bonjour. Alors on a l'habitude de vous recevoir au démarrage du Festival du Livre pour parler de la santé, du secteur, de nos habitudes de lecture. On va le faire, mais c'est difficile quand même de démarrer cette interview sans parler de ce qui se passe chez Grasset. Évidemment, cette filiale d'Achette, propriété de Vincent Bolloré, dont le PDG Olivier Nora vient d'être licencié. Ce qui a provoqué notamment le départ et une lettre de 170 écrivains de la maison par protestation.
Alors Vincent Montagne, hier, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a ouvert le Festival du Livre en soulignant le rapport de confiance des éditeurs avec leurs auteurs en citant le nom d'Olivier Nora. Est-ce que vous comprenez l'émotion qui entoure cette affaire, l'importance qu'elle prend ?
Non seulement je la comprends, mais je m'étais exprimé juste avant elle pour rappeler à quel point Grasset est une maison centenaire qui a fait naître le temps de plume remarquable. Olivier Nora a été à sa tête depuis 26 ans et je pense que l'édition est un milieu fragile qui a besoin du temps long et nous devons préserver, et c'est une morale exigeante, il faut que sous une même couverture arrivent à coexister des œuvres aux visions contradictoires. En fait, ce sont ces singularités qui font la substance même de la littérature et d'une maison d'édition.
Voilà, donc je m'associe aussi à cette inquiétude, et bien sûr c'est toujours le choix d'un patron de groupe de changer le patron d'une maison d'édition, ça existe en permanence, mais on a trouvé tous d'ailleurs que cette rapidité, cette brutalité était une forme d'incompréhension.
Oui, plusieurs éditeurs, dont Antoine Gallimard et Françoise Nyssen, ont même signé une pétition hier en soutien à Olivier Nora, ils dénoncent une attente à la diversité éditoriale que vous venez de défendre, est-ce que vous partagez vraiment leur inquiétude ?
Ben, attendons de voir quand même, parce que nous ne savons pas qui va être à sa place, il était là depuis 26 ans, encore une fois, la responsabilité d'une maison d'édition, elle peut évoluer d'ailleurs, encore une fois, elle évolue en permanence, mais nous devons être attentifs à ce que cette exigence soit le respect profond de l'équilibre d'une maison d'édition qui est liée à son histoire, à sa culture, et quand on a affaire à un grand éditeur comme Olivier Nora, oui, c'est une préoccupation.
Oui, parce que la pétition, elle parle même, les mots sont forts, elle parle de guerre culturelle et idéologique au sein de l'édition, c'est vraiment approprié comme description ? Vous avez l'air plus modéré.
En tout cas, notre rôle, c'est de garantir cette neutralité, sinon, sans elle, c'est un alignement d'inconformisme, c'est ce que dit Antoine Ganimard, et je partage son point de vue.
Mais vous, vous représentez avec d'autres, vous êtes président du syndicat national de l'édition, vous représentez les professionnels, y compris à Chète, est-ce que vous avez le sentiment que le monde de l'édition, il est coupé en deux aujourd'hui ?
Non, je ne pense pas, je pense qu'il y a une véritable, il y a des évolutions, des changements d'époque, aussi, et vous savez, le livre est quand même aussi en difficulté, donc c'est une vraie, c'est une vraie, enfin en tout cas, c'est une importance dans ce village de Gaulois, qu'il y ait aussi des fêtes, et c'est de l'actualité, c'est le festival du livre.
Alors, il y a eu aussi, j'en parlais tout à l'heure, ces 170 auteurs qui ont décidé de quitter Grasset pour dénoncer le licenciement d'Olivier Nora, et une sénatrice socialiste appelle, Sylvie Robert, appelle à créer une clause de conscience pour les auteurs, c'est-à-dire qu'en clair, ils pourraient partir avec des indemnités, si jamais leur éditeur changeait radicalement de ligne, ça c'est une mesure qui vous semble intéressante ?
La clause de conscience, pour les journalistes ou pour qui que ce soit, elle s'applique à la continuité de son métier, donc à tout moment, puisqu'un auteur est indépendant, peut quitter une maison d'édition, vous ne pouvez pas retirer le passé, vous ne pouvez pas retirer un article ou une émission de radio qui a déjà eu lieu, donc on parle par rapport à l'avenir, et effectivement, les auteurs qui ont signé cette pétition ont l'intention de quitter la maison d'édition à l'avenir, donc je pense que c'est ce qu'on appelle cette clause, elle surtout, elle s'applique par rapport à l'avenir.
Oui, sauf qu'une clause de conscience, en tout cas dans les médias, on part quand même avec des indemnités, on ne part pas en claquant la porte et en démissionnant sans rien.
Oui, mais parce qu'on est un salarié.
Oui, sur ce festival du livre, parlons-en justement, Hachette Livre n'a pas tellement de représentants, parce que la plupart de ses marques sont absentes, ça a faibli le salon ou pas ?
C'est dommage, quand il manque du monde, ça a permis aussi de faire revenir beaucoup de maisons d'édition, puisqu'on n'en a jamais eu autant, on a 450 maisons d'édition.
1800 auteurs ?
Voilà, 1800 auteurs, ça fait 3000 dédicaces, 1000 par jour, c'est quand même assez exceptionnel. Considérable. Je pense qu'on n'a jamais eu autant de monde.
Et vous attendez plus de 100 000 visiteurs, notamment des jeunes, est-ce que d'après vous, ce festival peut leur redonner le goût de la lecture, dont on sait qu'elle est en baisse, et entre autres chez les jeunes ?
C'est paradoxal, c'est-à-dire qu'on lit tous moins, les jeunes en particulier, et pourtant il va y avoir 42-43% selon les inscriptions de moins de 25 ans. Donc on est assez fiers, parce qu'on voit bien que le livre attire beaucoup, attire toutes les tranches d'âge, et particulièrement la new romance, les mangas, les bandes dessinées. Et donc il faut aussi créer cet univers de loisirs, il faut que le livre reste un objet que l'on a envie de prendre. Et donc ça c'est une évolution qu'il faut reconstruire.
Un refuge peut-être ?
Très certainement, dans un monde un peu difficile, il y a aussi un phénomène intéressant, c'est que beaucoup de jeunes écrivent. Donc on reçoit aussi beaucoup de manuscrits de jeunes. Donc la lecture, l'écriture, et on le voit par exemple avec le prix Clara qui touche les adolescents.
Merci beaucoup Vincent Montagne, président du syndicat national de l'édition, de nous avoir répondu sur France Inter ce matin. Bon festival du livre, c'est au Grand Palais, jusqu'à dimanche. Sous-titrage Société Radio-Canada