Les guerres de l'eau
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France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent. Bonjour à tous. Depuis la nuit des temps, l'eau douce est indispensable à la vie. Son abondance ou sa rareté, son accessibilité, sa distribution expliquent nombre de conflits au cours des siècles et c'est encore le cas aujourd'hui. Réchauffement climatique, pression démographique, sécurité alimentaire, course aux matières premières, mondialisation des échanges, autant de facteurs qui accélèrent et amplifient les besoins en eau.
La sécheresse qui sévit aujourd'hui en France et les inquiétudes qu'elle engendre pour les mois prochains prouvent à quel point ces préoccupations deviennent communes à la planète entière et pas seulement aux pays desservis par la géographie. C'est tout l'enjeu du sommet qui réunira la semaine prochaine à New York, au siège de l'Organisation des Nations Unies, les représentants de 150 Etats, dans un monde où il n'y a pas assez d'eau, même si parfois il y en a trop, comment s'accorder sur le principe qu'il s'agit d'un bien commun et mettre en place des outils appropriés pour le règlement ou la prévention des guerres de l'eau.
Après des années de négociations, un traité vient d'être conclu sur la protection des océans. S'agissant de l'eau douce, rien n'a été discuté à l'échelle internationale depuis près d'un demi-siècle. Que peut-on attendre d'un nouveau sommet, des palabres ou du concret ? La France se targue d'une école française de l'eau, quelle peut être son influence ?
L'arme de l'eau brandie en Ukraine sur la Crimée annexée par Moscou, le Nil, le Nil bleu, au cœur des tensions entre l'Egypte, l'Ethiopie et le Soudan, l'Indus et le Brahmaputre aux eaux disputées entre la Chine, l'Inde et le Pakistan, la stratégie du Turc Erdogan vis-à-vis des fleuves de Mésopotamie, en Afrique subsaharienne, les enjeux des lacs et des grands fleuves. Embarquons-nous donc pour ce tour du monde avec vous, Éric Orsena, vous êtes écrivain, économiste, académicien, essayiste, et président de l'association Initiative pour l'Avenir des Grands Fleuves.
Avec nous, et j'en suis ravi, Marie-Laure Vercambre, directrice générale du Partenariat français pour l'eau, Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au série Sciences Po CNRS, co-directeur de l'Observatoire franco-allemand de l'Indo-Pacifique et Franck Gallant, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique. Éric Orsena, l'un de vos derniers ouvrages, parce qu'il y en a beaucoup et personne ne s'en plaint, s'intitule La Terre à Soif, ça a été publié chez Fayard en octobre dernier.
Cela veut dire que c'est véritablement devenu, au niveau international, un enjeu dont les gouvernements ont conscience, où il faut continuer encore et encore, comme nous allons le faire ce matin, à tenter d'expliquer l'importance de l'eau.
Oui, parce que je me souviens d'avoir fait un premier tour du monde de l'eau, il y a 15 ans, l'avenir de l'eau. Et au fond, on disait, certaines régions du monde vont être touchées, mais pas la France. Une chose est sûre, jamais en France nous ne souffrirons de sécheresse, et sûrement pas, me disait-on, dans la Bretagne où il pleut tout le temps. On voit ce que ça donne. Pourquoi ?
Mais la Bretagne est pleine de microclimates.
Oui, c'est ce qu'on dit, il fait beau une heure par jour. Et donc, il y a cette question-là qui est maintenant posée. Alors, évidemment, il y a eu l'effet du réchauffement climatique, et évidemment, il y a eu la continuation de la pression démographique, et aussi la concentration des populations dans les villes. Donc, quand vous avez de plus en plus de gens, de plus en plus concentrés, évidemment, il y a des tensions de plus en plus fortes sur une ressource qui, globalement, n'est pas plus rare, mais de plus en plus inégalement répartie. Très étrangement, c'est presque la même chose que ce qui se passe avec l'argent.
Vous savez qu'il y a une théorie du ruissellement qui dit que, au fond, tout le monde bénéficie de la croissance. On peut dire aussi que tout le monde devrait bénéficier du ruissellement de l'eau. Eh bien, ce n'est pas vrai. Les régions qui avaient déjà peu d'eau en auront encore moins, premièrement, et deuxièmement, les périodes de l'année où il y avait peu d'eau en auront encore moins, et d'autres, quand il y avait beaucoup d'eau, en auront encore plus. Il y a une sorte, comme on dit, des arythmies cardiaques, eh bien, des arythmies de précipitation.
Alors, évidemment, quand on se bat pour un puits au milieu d'un désert, ça met un peu d'animation dans des endroits sans Netflix, mais quand vous avez deux métropoles de 10-15 millions d'habitants qui se battent pour le même fleuve, on va parler avec Franck de ce qui se passe sur le Nil. Vous savez, il y a la tension. Et puis, quand on voit une vision large, à 500 millions d'êtres humains près, on n'est pas assez près dans cette émission, la moitié de la population mondiale dépend d'un fleuve qui descend du Tibet. Ça, c'est quand même... On voit ces éléments-là. On voit les concentrations qui peuvent se poser. Donc, on est là.
Et c'est pour ça que nous, évidemment, nous sommes passionnés par l'eau, mais en même temps, nous mettons l'accent sur les fleuves parce que l'eau est une matière la plus nécessaire de toutes les matières, mais les fleuves sont des êtres vivants.
Des êtres vivants. Vous allez participer à ce sommet à New York la semaine prochaine. Qu'est-ce que vous en attendez ?
Alors, il y a... On va en parler avec nos amis. Il y a l'idée qu'enfin, après 45 ans, on s'occupe de l'eau. Parce que l'eau est essentielle et on ne s'en occupait pas. Vous savez, pendant longtemps, on a parlé du climat, de la température de l'air et il a fallu qu'on se batte pour inclure l'océan dans cette affaire. Alors, c'est évidemment un jeu. Le climat et l'océan, ils dansent ensemble. C'est parti lié. On ne s'occupait pas de l'eau. Enfin, c'est là. Alors, il y a des tas d'enjeux. Est-ce qu'il y aura un délégué spécial dans l'eau, etc. Mais nous, par exemple, on y va sur une question très concrète.
Il y a un massif en Guinée, un massif forestier, d'où sortent tous les grands fleuves de l'Ouest africain. 300 millions de personnes sont concernées. Fleuve Sélégal, fleuve Gambie, fleuve Niger. Et ce massif est complètement en train de disparaître. parce qu'il y a de la pression démographique, etc. Un peu comme l'Amazonie. Et donc, on va se battre pour essayer de le sauver, ce massif.
Alors, avant d'en arriver à ce qui sera véritablement débattu à New York, Franck Galland, vous êtes-vous à Perpignan ? Parce qu'il y a un festival de l'eau à Perpignan. Donc, ça tombe bien. Et vous nous expliquez, juste avant l'émission, juste avant qu'on ne prenne l'antenne, qu'il y aura même, cet après-midi, une procession pour implorer la pluie. Donc, ça prouve à quel point le sujet est préoccupant partout en France. Donc, expliquez-nous, donnez-nous le contexte de cette conférence de l'ONU la semaine prochaine. Il a fallu, je crois, 15 ans de négociations pour aboutir à un traité sur les zones de haute mer. Donc, ce traité sur les océans.
Qui est à la manœuvre s'agissant du sommet sur l'eau douce ? Alors, il est effectivement très intéressant de noter que deux pays sont coordinateurs de cette conférence internationale qui n'a pas eu lieu depuis 1977. Presque un demi-siècle que les pays membres des Nations Unies n'auront pas travaillé ensemble lors d'une rencontre intergouvernementale consacrée aux problématiques d'eau douce. Alors, ces deux pays, ça n'étonnera pas foncièrement grand monde dans le domaine de l'eau. Le premier, ce sont les Pays-Bas. Les Pays-Bas vivent avec l'eau depuis leur naissance. Ils vivent avec le trop d'eau et se sont fait aussi une spécialité du manque d'eau.
Ce qui fait qu'on retrouve toute l'ingénierie conseil néerlandaise au chevet des grandes villes mondiales, à la fois pour lutter contre les inondations et pour lutter contre les sécheresses. Alors, de manière beaucoup plus intéressante, le deuxième pays co-organisateur, c'est le Tadjikistan. Alors, ça peut surprendre beaucoup de monde. Certains de nos auditeurs vont aller voir une carte immédiatement. Oui, ce serait une bonne idée. En radio, c'est difficile. Alors, c'est un pays effectivement d'Asie centrale. C'est un pays qui est hydro-dominant. C'est-à-dire que les pays d'Asie centrale dépendent de deux grands fleuves, le Sir Daria et la Mudaria. C'est une zone très désertique.
90% des ressources en eau dépendent de ces deux fleuves. Et vous avez le Tadjikistan comme le Kyrgyzstan qui sont deux pays hydro-dominants. Hydro-dominants mais qui se font la guerre. En septembre 2022, en raison il y a six mois de cela en raison d'un conflit territorial lié à l'eau on a eu des affrontements spontanés qui ont éclaté au point de faire une centaine de morts une centaine de morts entre Tadjik une région qui s'appelle la région du Ferghana au nord du Tadjikistan et Kyrgyz qui était issue d'une ville juste à côté et tout ça à propos de projets de barrages que les Kyrgyz sont en train de faire sur une rivière qui s'appelle la Narine qui est un influent du Sir Daria.
Et ça les Tadjik qui sont pourtant eux-mêmes hydro-dominants sur les pays de Laval que sont Kazakhstan et Ouzbékistan et bien ne l'acceptent pas. Donc voilà on retrouve le Tadjikistan derrière cette conférence et le Tadjikistan portera la voix de tous les pays hydro-dominants que sont alors un pays en devenir et on en parlera qui est l'Éthiopie la Turquie la Chine donc voilà on va avoir ça va être très intéressant de regarder cet affrontement de puissance entre hydro-dominants et hydro-dominés.
Marie-Laure Vercambre pour reprendre ce vocabulaire qui est j'imagine nouveau pour un certain nombre d'entre nous donc de pays hydro-dominants on a longtemps pensé que la France en faisait partie ou en tout cas hydro-suffisant. vous dirigez le partenariat français pour l'eau qui est une association si j'ai bien compris vous allez aussi à New York pour faire quoi ?
Alors effectivement le partenariat français pour l'eau rassemble à des membres français alors ça va des ministères des affaires étrangères de la transition écologique à l'action contre la faim en passant par le CNRS et Veolia nous sommes tous français mais nous travaillons tous à l'international et nous sommes tous préoccupés par les enjeux mondiaux donc si on y va c'est vraiment pour s'engager sur les enjeux mondiaux dont on a commencé à parler il y a beaucoup d'urgence dans le domaine de l'eau nos grands sujets sont notre grande inquiétude c'est d'abord l'atteinte du programme des Nations Unies pour le développement durable qui est censé être finalisé en 2030 qui contient des cibles sur l'eau notamment une vingtaine un objectif de développement durable dédié et qui est loin d'être atteint tous les acteurs de l'eau français sont préoccupés par ça que ce soit pour les aspects eau et changement climatique pollution de l'eau ou bien accès à l'eau potable des populations les plus défavorisées dans le monde
et on voit que même en France il est question maintenant de réutiliser les eaux usées ce qui prouve bien enfin on sait la situation de sécheresse en France ce n'est pas notre sujet ce matin mais que veut dire cette idée qu'il existe une école française
de l'eau ça veut dire quoi ?
alors l'école française de l'eau c'est effectivement l'école de l'ingénierie française qui a développé il y a à peu près 60 ans une gestion par bassin qui prend l'entité du bassin hydrographique comme entité territoriale et qui rassemble sous une gouvernance publique tous les utilisateurs de l'eau et c'est une gestion une forme de gouvernance qui a été très réfléchie comme beaucoup d'autres sujets il y a eu beaucoup d'ingénieurs français qui ont réfléchi à ça avec de grandes compagnies bien évidemment alors les compagnies c'est encore autre chose on a des grands champions français effectivement Suez et Veolia SOR qui ont exporté une façon de traiter l'eau de la purifier de la distribuer mais ça ce sont des enjeux c'est plutôt le petit cycle de l'eau ce qu'on appelle le petit cycle alors que l'école française de l'eau quand on en parle on fait plutôt allusion à la façon dont on gère le grand cycle de l'eau c'est à dire les précipitations la quantité d'eau qu'on laisse dans les cours d'eau dans les nappes comment on l'utilise au niveau du bassin qui est vraiment l'entité et c'est vrai que la France exporte aussi cette école française de l'eau à travers son aide au développement mais aussi à travers une ingénierie conseil dont parlait Franck Galland pour les Pays-Bas et on a de quoi être fier on peut être fier de cette gestion parce qu'elle était elle faisait la promotion d'une gestion durable à une époque où on ne parlait pas encore beaucoup de gestion durable des ressources
Christophe Jaffrello vous connaissez admirablement cette partie d'Asie constituée sur la carte au sud-ouest du continent asiatique Inde-Pakistan et là franchement on n'en est pas du tout à une gestion coordonnée des ressources ou même une coordination au niveau national on a l'impression qu'en Inde en particulier le gouvernement de monsieur Modi en fait un enjeu de politique intérieure d'autant je crois qu'il y a des élections l'an prochain et que donc l'accès à l'eau en Inde pour quiconque a eu la chance d'y voyager c'est absolument une question vitale
oui et de plus en plus effectivement les élections de l'an prochain auront notamment pour enjeu effectivement l'accès à l'eau et le premier ministre indien Narendra Modi a lancé un grand programme d'équipement en robinet des villes qui sont les plus assoiffées pourquoi ? pourquoi est-ce que nous en sommes arrivés là ?
et bien largement pour des raisons humaines bien sûr le changement climatique est l'une de ses conséquences humaines enfin que l'action humaine a eu mais avant cela il y a eu le pompage des nappes phréatiques à cause de cultures très gourmandes en eau évidemment le coton évidemment la canne à sucre mais aussi le riz que l'on cultive un peu un peu extensivement partout en Inde y compris au Penjab le Penjab grenier à riz et à blé de l'Inde où les nappes phréatiques ont baissé de 20 à 30 mètres en 20 ans dans certaines zones il faut creuser jusqu'à 500 mètres pour trouver la nappe et ça c'est réservé à quelques paysans bien sûr alors dès lors que vous avez une eau de en profondeur qui se tarie on se rabat sur les fleuves bien sûr ces fleuves ils sont très nombreux dans la zone ça vaut la peine d'ailleurs de regarder de façon un peu plus globale l'Asie le plateau tibétain est à l'origine et la source d'une dizaine de fleuves de dizaines de grands fleuves on a d'ailleurs cité déjà la Mourdaria il faut citer bien sûr le Mekong l'Indus le Gange le Brahmaputre ce sont environ 20% des habitants de la planète qui vivent de ces eaux donc on est sur des masses considérables et ces fleuves souffrent ils souffrent énormément ils souffrent alors d'abord de la pollution bien sûr des barrages qu'on multiplie sur ces fleuves le Mekong est un cas d'école puisque les chinois y ont construit nombre de barrages qui retiennent les alluvions notamment qui gênent ensuite en aval notamment la Thaïlande on pourra en reparler lorsque on évoquera les questions internationales mais ces fleuves souffrent aussi de la transformation du régime des moussons qui fait qu'il ne pleut plus autant qu'avant et quand il pleut c'est pour peu de temps avec des précipitations très brutales mais le fleuve entre temps est particulièrement bas dans son lit et puis ces fleuves souffrent puisqu'on est à chaque fois dépendant du plateau tibétain de la fonte des glaciers himalayens les glaciers himalayens perdent ce siècle-ci le XXIe siècle un tiers de leur volume au minimum et on ne sait pas comment pourront continuer à être alimentés des fleuves aussi importants que l'Indus et la Mourdaria l'Indus n'arrive déjà plus à la mer en vérité il est trop faible pour arriver dans la mer donc on a une situation effectivement très préoccupante qui rend du coup l'enjeu politique d'autant plus saillant et on évoquera peut-être les questions internationales plus tard mais vous posez la question de la politique intérieure au sein même de l'Inde qui est une fédération qui est une union d'état des états se disputent lorsqu'ils sont en amont ou en aval d'un fleuve pour réguler son cours et donc on est sur des enjeux qui sont effectivement vitaux le mot que vous avez utilisé est le bon on est sur des questions existentielles parce que ce sont des centaines de millions de personnes on évalue à 600 millions de personnes en Inde le nombre de ceux qui n'ont pas accès à une eau en quantité et en qualité suffisante un dernier mot d'ailleurs à ce sujet les eaux sont de moins en moins potables et notamment à cause de l'usage d'engrais chimiques on a des eaux qui sont polluées qui sont des poisons qui sont empoisonnées quantité de gens consomment une eau qui est en fait impropre à la consommation l'arsenic étant l'un des poisons qui vient contaminer les nappes phréatiques
Franck Galland avec vous nous allons partir pour le nord du continent africain le nord-est c'est-à-dire ce triangle arrosé par le Nil et où l'Egypte l'Ethiopie et le Soudan quand on regarde la carte j'aurais dû dire l'Egypte le Soudan l'Ethiopie en suivant le cours du Nil si j'ose dire du nord vers le sud et là véritablement au moins dix ans de tensions extrêmement perturbantes dans des pays qui sont à commencer par l'Egypte en ce moment dans une crise économique démographique sociale majeure entièrement la problématique aujourd'hui du Nil bleu et plus globalement du Nil fait l'objet de manière régulière de saisine du conseil de sécurité des Nations Unies c'est un fait nouveau c'est une accélération de l'histoire dans cette région vous disiez tout à l'heure dix ans de tensions c'est tout à fait exact les tensions ont en fait commencé un 2 avril 2011 quand feu le premier ministre éthiopien Meles Zenaoui inaugure la première pierre de cet ouvrage en territoire éthiopien sur le Nil bleu alors cet ouvrage pour vous donner une idée de ses dimensions ça sera la plus grande réserve artificielle d'eau douce d'Afrique c'est en gros plus de 60 milliards de mètres cubes en volume ça sera la plus grande capacité de génération hydroélectrique d'Afrique avec 6000 mégawatts parce que effectivement l'Ethiopie en a besoin pour ces 110 millions de personnes pour devenir un grand exportateur d'énergie hydroélectrique en Afrique mais ce barrage menace la sécurité collective de l'Egypte très clairement ce barrage est vu par le CAIR par le président Sissi comme une épée de Damoclès au dessus de l'Egypte c'est une question de souveraineté de défense nationale et depuis dix ans le CAIR a commencé bien évidemment par des protestations diplomatiques une véritable guerre de l'information a été déclenchée entre les deux pays aval que sont Soudan et Egypte et l'Ethiopie des saisies du conseil de sécurité j'en ai entendu je vous en ai parlé l'organisation de l'Union africaine s'est impliquée sur le sujet et aujourd'hui dix ans après alors que ce barrage se remplit l'été dernier nous avons assisté à la troisième phase de remplissage de cet ouvrage quelques jours avant le déclenchement des hostilités en Ukraine l'Ethiopie est là aussi sur le choix des dates pas toujours très pertinent en tout cas inaugurée la première de ces turbines il y aura 13 turbines environ de 750 MW et effectivement deux jours alors que la communauté internationale avait été focalisée sur ce qui allait se passer en Ukraine et bien les Éthiopiens profitaient pour faire tourner cette turbine donc faire rentrer le barrage en exploitation et ça l'Egypte ne peut absolument pas le tolérer et réclame un accord de gestion concertée des ouvrages sur les îles depuis dix ans pourquoi l'Egypte ne peut pas le tolérer d'abord c'est un sujet de sécurité hydrique aujourd'hui 98% des besoins en eau de l'Egypte sont couverts par le Nil et donc l'Egypte à l'évidence ne peut pas tolérer une baisse de réduction des débits du Nil en entrée de son territoire c'est une question de survie une question de sécurité collective ensuite 95% de la population égyptienne habite sur les rives du Nil la population égyptienne on était en première phase de Covid elle a dépassé les 100 millions de personnes en mars 2020 c'est 120 millions de personnes en 2030 avec une population 60% de la population qui a moins de 30 ans donc le président Sissi est confronté à une bombe démographique avec toutes les problématiques de sécurité alimentaire que ça provoque de sécurité hydrique et de sécurité énergétique parce que ce qu'on dit beaucoup moins c'est que ce barrage Renaissance aussi est une menace pour le barrage hydroélectrique d'Aswan situé beaucoup plus en aval donc très clairement l'Egypte en fait un casus belli avec pour soutien allié le Soudan et aujourd'hui l'Egypte fait feu de tout bois pour amener l'Ethiopie à la raison pardon Franck je vous interromps parce que le Soudan joue un rôle de bascule en fait le Soudan qui est au milieu pour simplifier entre l'Egypte et l'Ethiopie qui a aussi un barrage mais qui a été construit je crois dans les années 1960 et qui souffre par moments de crues mais donc c'est bien l'agente militaire au pouvoir au Soudan qui qui joue de sa position géographique pour tantôt soutenir l'Egypte face à l'Ethiopie tantôt l'inverse oui sachant que la tendance est plutôt à un rapprochement aujourd'hui entre Khartoum et le Caire parce que vous avez entièrement raison Nile Blanc rejoint le Nile Bleu sur les rives de Khartoum et on a vraiment deux pays hydrodominés qui vont devenir hydrodominés à savoir Egypte et Soudan qui sont aujourd'hui sur une relation épidermique vis-à-vis de ce pays hydrodominant en devenir qui est l'Ethiopie alors qu'est-ce qui se passe aujourd'hui c'est que on parlait de la diplomatie égyptienne Anthony Blinken le secrétaire d'Etat en charge de la diplomatie des Etats-Unis était il y a quelques jours à Addis Abeba il est évident qu'en dehors des sujets abordés qui étaient relatifs au Tigré et bien la question de ce barrage renaissance a été abordée le président Sissi lors du sommet Etats-Unis Afrique qui a eu en décembre dernier a demandé à Joe Biden de s'impliquer sur le sujet il avait fait exactement la même chose le président Sissi avec Donald Trump puisque Donald Trump a lancé juste avant la crise sanitaire une initiative diplomatique j'allais dire une initiative diplomatique éminemment nécessaire mais c'était aussi pour doubler la Russie puisque lors du sommet Afrique-Russie de septembre 2019 Vladimir Poutine avait voulu s'impliquer sur cette question de non-accord la Russie qui reste d'autant plus la Russie qui reste d'autant plus active en Afrique et dans cette partie-là de l'Afrique qu'elle a l'ambition de créer une base militaire au Soudan Eric Orsena si nous passons maintenant nous restons en Afrique nous descendons dans l'Afrique subsaharienne est-ce qu'il y a quelques exemples de négociations réussies entre des pays entre des régimes qui partagent tel lac ou tel fleuve
alors juste pour revenir au Nil il y a un petit point qui est quand même oublié c'est qu'il y a un autre partenaire très important de l'Ethiopie qui est la Chine car énormément d'entreprises chinoises sont délocalisées en Ethiopie donc si jamais les égyptiens s'avisaient de taper le barrage Renaissance ils taperaient un allié de la Chine donc voyez cette dimension alors pour répondre à votre question il y a un exemple extrêmement rare d'organisations internationales sur le même fleuve considérer le fleuve Sénégal comme un fleuve commun un fleuve commun entre des pays qui ne sont pas forcément aujourd'hui dans la démocratie puisqu'il y a la Mauritanie il y a le Sénégal il y a la Guinée et il y a le Mali vous voyez dans quelle situation ils sont et bien depuis que ça a créé c'est à dire une cinquantaine d'années il y a l'organisation de la mise en valeur de la vallée du Sénégal et on considère le fleuve du Sénégal comme un fleuve commun et alors ce qui est très intéressant et ça je parle sous le contrôle de Franck Galland mais qu'à un moment donné il y avait la guerre une vraie guerre entre la Mauritanie et le Sénégal et j'y étais on me demandait de me baisser quand je me balais parce qu'ils tiraient de l'autre côté parce qu'il y avait des batailles millénaires entre les pasteurs et puis ceux qui étaient bien ceux qui ont réussi à rétablir la paix c'est pas l'organisation des Nations Unies c'est pas l'organisation de l'unité africaine c'est l'OMVS c'est l'OMVS ils se sont mis d'accord c'est quoi l'OMVS ?
c'est l'organisation de mise en valeur de la vallée du Sénégal et c'est pour ça que nous allons nous battre à l'ONU mais après nous voudrions absolument nous voudrions que cette organisation reçoive le prix Nobel de la paix parce que d'abord pour leur action passée mais aussi comme modèle parce que c'est très très rare on parlait du Mekong et la bataille entre les pays hydrodominants c'est-à-dire en aval et les dominés partout c'est la guerre avec des conséquences terribles tous les deltas du monde sont menacés il y a 600 millions d'êtres humains qui sont dans les deltas c'est-à-dire le dominé du dominé pour des raisons multiplication des barrages donc diminution diminution des flux d'eau qui s'empêchent d'eau douce de flux d'eau douce qui lutte contre la montée de l'océan oui parce qu'il y a
ce phénomène là aussi
l'élévation
du niveau de la mer
c'est le Bangladesh je me souviens d'avoir été à Calcutta et on me disait voyez comme nous sommes pauvres vraiment on n'en peut plus donc demain vous allez au Bangladesh dites à vos futurs amis du Bangladesh de plus nous envoyer des immigrés j'ai été au Bangladesh et je leur ai dit écoutez arrêtez arrêtez j'ai vu Calcutta et ils m'ont dit quand vous allez retourner à Calcutta vous direz à nos alors je ne vous dis pas les qualificatifs s'ils n'avaient pas fait un barrage juste avant notre frontière on n'en serait pas là parce qu'en faisant ce barrage ils ont diminué le flux d'eau douce qui luttait contre la montée des eaux salées du golfe du Bengale qui a envahi les rizières et le riz la bouette une bonne fille mais au bout d'un moment un taux de salinité on ne fait plus donc ceux qui habitaient les deltas c'est à dire peut-être 50 millions de gens et donc les migrations et ben voilà et donc l'enjeu il est complètement énorme c'est pour ça que les rares les rares les rares exemples de mise en commun d'un fleuve doivent être salués célébrés et quand Marie-Laure parlait de l'école française de l'eau c'est ce qu'on a essayé de faire en France avec les agences de bassins et à l'image de ce qui se passait d'ailleurs aux Pays-Bas ce qu'on a appelé un parlement de l'eau c'est à dire depuis des temps immémoriaux où on essayait de se mettre d'accord justement sur cette communauté et bien cet exemple-là il est extrêmement rarement constaté
s'agissant des grands lacs africains où il y a je pense en particulier au lac Tchad des enjeux de pollution absolument majeurs est-ce qu'on peut imaginer que l'exemple du fleuve Sénégal fasse école ?
pour l'instant non et avec une conséquence très simple un théorème j'étais là-bas sous bonne protection je vais vous dire et très clair moins il y a d'eau dans le lac Tchad plus il y a de terroristes pour une raison très simple c'est qu'on ne peut plus avoir d'agriculture parce qu'on n'a pour l'instant pas imaginé ce que c'est que l'eau l'eau c'est évidemment boire nous mais c'est l'agriculture c'est les mines c'est l'énergie si on a de moins en moins d'eau dans nos fleuves français au revoir le programme nucléaire au revoir le programme nucléaire et puis d'autre part on ne voit pas comment va-t-on refroidir une centrale avec de l'eau déjà chaude voyez donc l'eau est au coeur de l'affaire c'est pour ça que nous on est sidérés parce que c'est notre passion notre métier notre conviction qu'on est mis aussi longtemps donc la réunion de New York est absolument clé
Christophe Jaffrelot on retourne avec vous au Pakistan on se souvient que les images étaient terrifiantes le Pakistan a été sous l'eau pendant des mois c'était je crois du mois de juin de l'année dernière jusqu'à l'automne est-ce qu'il y a eu un effort international une coopération continentale si j'ose dire pour aider le Pakistan
alors il y a deux façons de regarder le sujet il y a le court terme où là évidemment les actions humanitaires se multiplient et on vient en aide aux Pakistanais de toutes parts y compris de l'Inde voisine d'ailleurs en dépit de relations bilatérales qui ne sont pas toujours très bonnes et puis il y a la question de plus long terme du financement de la reconstruction car on a vu toute une partie du pays dévasté alors c'est plutôt le sud évidemment en aval de l'Indus qui est un peu au Pakistan ce que le Nil est à l'Egypte véritablement la veine jugulaire donc le Sind et puis le Balochistan y compris d'ailleurs la zone Pashtun au nord-ouest le Penjab lui a davantage échappé aux inondations et là la question de la reconstruction et du financement de la reconstruction c'est une question dont on parle à chacune des COP maintenant qui va mettre l'argent qu'il faut pour aider les pays confrontés au changement climatique et les Pakistanais ont vraiment eu beaucoup de mal à obtenir des soutiens internationaux ils continuent à avoir beaucoup de mal et donc la reconstruction tarde et c'est d'autant plus préoccupant que le risque que cela se reproduise tous les ans est maintenant avéré ça n'a pas été aussi terrible depuis 2010 mais en 2010 il y avait eu des inondations du même ordre de moindre ampleur quand même mais Christophe
pourquoi est-ce que ce phénomène pourrait devenir récurrent ?
alors visiblement les régimes de précipitation des moussons sont véritablement en train de changer c'est-à-dire que vous avez des pluies beaucoup plus torrentielles beaucoup plus concentrées dans le temps et qui sont amplifiées par l'accélération de la fonte des glaciers je disais tout à l'heure que à terme les grands fleuves tous ces grands fleuves ces dizaines de fleuves qui irriguent 20% de la population mondiale allaient se tarir oui mais avant cela vu l'accélération de la fonte des glaciers vous avez davantage d'eau au contraire qui est en train d'arriver alors qui est en train d'arriver dans les fleuves eux-mêmes et puis qui est en train d'être stockée dans des barrages qui sont des véritables épées de Damoclès qui pèsent sur les populations civiles des barrages naturels si vous voulez un glacier fond l'eau s'accumule et les moraines forment une sorte de barrage naturel et puis ce barrage lâche et vous avez des glissements de terrain d'une force inouïe qui emmène qui entraîne des villages entiers donc la fonte des glaciers elle a pour effet d'alimenter ou bien au continu ou bien de façon brutale comme je viens de le décrire aussi les fleuves en aval donc ces deux processus régime des moussons perturbés fond des glaciers accélérés jusqu'à 2050 on évalue qu'à 2050 là la fonte des glaciers aura été telle que partout le niveau des fleuves va baisser et il y a deux fleuves qui vont être particulièrement pénalisés c'est l'Indus et la Mordaria mais pour revenir si je le peux d'un mot sur les coopérations internationales ce qui est remarquable c'est qu'on a aussi dans le cas asiatique certains exemples modèles certains cas d'accord modèle et l'Inde qui a soufflé le chaud et le froid en construisant des barrages et effectivement celui qui est sur le Gange en amont du Bangladesh construit en 1974 a posé d'énormes problèmes et en pose encore mais quand même en 1996 il y a un traité de partage des eaux du Gange et du Bramapoutre qui est signé entre Noudéli et Dakar et on est sur un accord qui au moins en termes de partage des eaux tient et même du côté pakistanais on a depuis 1960 un traité de l'Indus qui a résisté à toutes les guerres et Dieu sait s'il y en a eu entre l'Inde et le Pakistan avec un principe simple trois des affluents de l'Indus ceux qui sont à l'Est reviennent à l'Inde deux des affluents de l'Indus ceux qui sont à l'Ouest reviennent au Pakistan et ça c'est quelque chose que l'on n'arrive pas à faire avec la Chine et je pense qu'il faudra qu'on revienne sur ce sujet très important la Chine se refuse à signer des traités de partage des eaux des fleuves qui prennent sa source dans le plateau tibétain or ce sont les grands fleuves et toute l'Asie et même l'Asie centrale sont tributaires et tributaires de ce château d'eau extraordinaire qui est encore pour quelques décennies pas pour très longtemps mais qui est encore pour quelques décennies le plateau tibétain
Marie-Laure Vercombe à ce sommet de l'eau à l'ONU la semaine prochaine est-ce qu'on peut imaginer que la Chine précisément soit pointée du doigt si j'ose dire évidemment un siège au conseil de sécurité Xi Jinping qui lui va à Moscou rencontrer son ami Poutine on voit la confrontation technologique avec les Etats-Unis on voit un contexte international particulièrement tendu comment est-ce que le sommet sur l'eau peut de ce point de vue contraindre un acteur majeur à intervenir de façon plus constructive
alors oui on attend de ce sommet de cette conférence a priori qu'il y ait un poste d'envoyé spécial sur l'eau douce qui soit créée vous parlez du pointage du doigt de la Chine il y a des négociations qui se font discrètement bien sûr il y a 150 pays qui ont écrit une lettre au secrétaire général des Nations Unies il y a un an pour demander que ce poste soit créé et le poste un envoyé spécial de plus
enfin je dis ça
sans cynisme je ne vous cache pas que la Chine n'a pas signé cette lettre justement pour répondre à votre question ainsi que d'autres pays hégémoniques qu'on a mentionné donc il y a des négociations qui sont en train de qui sont toujours en train d'avoir lieu toute l'Union Européenne est pour la création de ce poste les Etats-Unis qui ont fait de la sécurité hydrique un thème de sécurité nationale soutiennent la création de ce poste aussi effectivement il y a l'Inde la Chine le Brésil cette lettre a été écrite à l'époque où Bolsonaro était encore président n'ont pas soutenu donc il y a un rapport de force pour ces pays qui considèrent que c'est un petit peu le cheval de Troie quand même cet envoyé spécial ils font très attention au mandat qui va lui être octroyé et il y a donc beaucoup de pays dont la France qui pousse pour qu'il y ait un mandat ambitieux par rapport à ce qu'il y a aujourd'hui c'est à dire quasiment rien sur l'eau douce je voudrais revenir sur un autre point on parlait de ces tensions émergentes effectivement du changement climatique qui augmente les migrations qui augmente les catastrophes naturelles qui augmente l'insécurité alimentaire il y a une autre dynamique qui est beaucoup plus positive et qui est plutôt de l'ordre que celle de celle qu'a soulevé Eric Orsena avec l'exemple extraordinaire de l'OMVS s'il y a quand même une convention des Nations Unies sur les cours d'eau transfrontaliers et les lacs transfrontaliers qui elle va justement à contre-courant et engrange les ratifications parce que les états savent que c'est un enjeu transfrontalier et donc géopolitique et donc de paix et de sécurité alimentaire hydrique de développement qui monte qui monte qui monte dans un contexte de plus en plus hostile et là il y a effectivement il y a un contre-courant il y a à la fois plus de tensions et on tremble tous et à la fois cette convention et ce secrétariat qui font un travail extraordinaire avec des pays qui savent pour revenir à l'exemple de l'Inde du Pakistan qui savent qu'il va falloir coopérer parce que sinon c'est la catastrophe donc s'il y a cette conférence la semaine prochaine et s'il y a un poste d'envoyé spécial qui va être créé c'est pas pour rien c'est aussi parce que la communauté internationale sait que là on atteint à la fois un niveau de tension et à la fois un niveau de prise de conscience qui font que là on sait qu'il faut finalement faire quelque chose sur cet enjeu d'eau douce qui pour l'instant a été mis de côté parce que les états se gardaient bien de se lier sur cet enjeu
Franck Galland il y a un autre acteur qui joue un jeu et ce n'est pas s'agissant du président turc ce n'est pas nouveau Tachip Erdogan qui utilise et ça renvoie à l'histoire la plus ancienne de l'humanité les fleuves de Mésopotamie et il s'en sert pour continuer sa guerre contre les Kurdes et en particulier les Kurdes qui sont installés tant bien que mal au nord-est de la Syrie donc sur ces fleuves qui ont véritablement fertilisé l'histoire humaine que fait en ce moment Erdogan ?
Eh bien le président Erdogan a vite oublié le succès du forum mondial de l'eau qui s'était déroulé à Istanbul en 2009 qui était un forum très apaisant d'un point de vue hydrodiplomatique avec son prédécesseur Abdelhaq Zoul qui avait fait des propositions de coopération transfrontalière avec les pays de Laval qui étaient Syrie qui sont Syrie et Irak depuis 2011 l'hydrodiplomatie j'allais dire turque malheureusement n'existe que très rarement et c'est la force qui s'exprime alors c'est d'abord une force militaire parce que effectivement consécutivement au conflit de route d'intensité qui s'est mis en Syrie depuis 2011 on a des autorités turques qui ont été amenées à lancer quand même trois opérations militaires dont la dernière remonte à octobre 2019 peut-être une quatrième malheureusement et comme ce qui avait pu se passer dans les années 90 où pour ramener à la raison le régime de la MAF qui était à l'époque présidé par Afez el-Assad qui accueillait les séparatistes kurdes et bien on avait en Turquie réduit le débit de l'Euphrate en entrant sur le territoire syrien et il est très clair que depuis février 2021 il est constaté une baisse du débit de l'Euphrate en entrant en territoire syrien il y a pourtant un traité qui remonte à 1987 qui dit c'est 500 m3 seulement garantie en débit minimum quand l'Euphrate entre dans les frontières syriennes et bien on retrouvait et on retrouve encore des débits quasiment inférieurs à 40 60% et c'est très clairement l'utilisation de l'eau comme une arme alors le président Erdogan va vous dire et alors de ce point de vue là c'est vrai la la Turquie connaît une situation de stress hydrique très avancée il faut savoir que la ville d'Istanbul et ses 17 millions d'habitants étaient confrontés l'an passé en même temps que nous étions confrontés à une situation de sécheresse très très importante comme l'Italie comme l'ouest de l'Europe à une raréfaction des ressources en eau due à une baisse de pluviométrie et vous aviez des niveaux de barrages qui alimentent Istanbul à hauteur de 20-30% donc le président Erdogan vous dit en gros moi j'ai en Turquie aujourd'hui environ 1300 m3 d'eau par habitant et par an en termes de ressources renouvelables ce chiffre va baisser à 1000 m3 d'eau par habitant et par an en termes de ressources en eau renouvelable à l'horizon 2030 donc Turquie first mais c'est un discours inacceptable quand on sait le poids aujourd'hui qu'a la Turquie en tant qu'hydrodominant c'est quand même 14 barrages sur le Frats c'est 9 barrages sur le Tigre et on parlait de la Syrie mais on peut également évoquer le cas irakien puisque l'Irak est vraiment debout sur un barrage sur le Floptique qui est le barrage Iloussou c'est un barrage de 1200 MW et qui pose d'orgueil déjà d'importants d'importants problèmes sur l'alimentation de l'agriculture irakienne et sur l'alimentation en eau au sens large des Irakiens donc on voit bien typiquement que ce que la Turquie a réussi à bâtir depuis les années 70 avec ce programme gap absolument gigantesque et qui donne notamment via le barrage Atatürk le plus connu une contenance qui sera quand même inférieure à celle du barrage Renaissance dont on parlait tout à l'heure mais ces ouvrages qui ont été faits pour une logique de développement économique aujourd'hui donnent une hydropuissance à la Turquie absolument incontestée et difficilement contestable Eric Orsena la façon dont tous les régimes dans toutes ces parties du monde que nous évoquons maintenant depuis trois quarts d'heure on voit bien que c'est une arme en quelque sorte irrésistible c'est-à-dire que par rapport à leur propre population d'abord et par rapport aux jeux d'influences régionaux ou internationaux l'eau est et encore une fois ça n'a rien de nouveau ça prend juste des proportions de plus en plus préoccupantes et menaçantes l'eau est une arme
alors jusqu'à une date assez récente il y avait eu relativement peu de conflits ayant l'eau pour objet pour une raison assez précise c'est que
vous voulez dire à l'époque contemporaine oui oui à l'époque contemporaine oui à l'époque
exactement mais à l'époque contemporaine relativement peu justement pour la raison que vous dites c'est-à-dire que c'est tellement vital qu'on sait qu'on se battra jusqu'au bout parce qu'il s'agit des questions de vie de mort mais là il y a tellement de rareté d'un côté et de l'autre côté d'augmentation de la demande parce que c'est ça aussi il y a la rareté d'un côté quand on voit la situation de la Turquie la Turquie on ne se rend pas compte de ça mais c'est un pays montagneux mais très montagneux parce que presque jusqu'à la Méditerranée depuis le mont Harara comme ça en Arménie jusque là c'est des montagnes de 5000 mètres de 3000 mètres etc donc évidemment le manteau neigeux et tous ces glaciers-là ils sont fondus donc on a cette dimension-là donc on est dans une situation maintenant où d'un côté il y a moins de ressources et d'autre côté il y a plus de demandes donc ça devient de plus en plus de plus en plus violent et on voit alors sur cette question du Proche-Orient on est au cœur de cette affaire bien évidemment si on descend si on descend un peu plus bas c'est-à-dire la question d'Israël on a aussi le Jourdain le Jourdain qu'est-ce qui reste du Jourdain ?
plus rien parce qu'il reste 15 kilomètres après le lac de Tibériade il reste presque rien et alors il y a eu
Mais pardon je vous interromps Eric Israël les ingénieurs israéliens ont développé un savoir-faire
spécifique alors en général quand on est absolument obligé on devient plus intelligent moi à chaque fois qu'un lion me court après ce qui m'arrive souvent je cours plus vite et donc par exemple il y a une vraie une des solutions c'est le recyclage nous ne recyclons pas nos eaux usées alors que dans des pays comme Israël où ils ont une obligation absolue ou Singapour ils ont une obligation absolue le recyclage est complet et immédiat par exemple j'ai été à Singapour où il y avait des cours dans les écoles la new water la nouvelle eau la nouvelle eau c'était l'eau qui était recyclée des toilettes directes sans passer par le milieu naturel donc vous voyez il y a ce mécanisme là donc on peut avancer il y a évidemment des solutions mais par rapport à cette demande accrue liée à la fois à la fois par la population mais à la fois aux techniques nouvelles c'est à dire que vous savez il y a ce qu'on appelle l'eau virtuelle c'est à dire la quantité d'eau nécessaire pour produire n'importe quelle matière et on s'aperçoit tout bêtement que quand on achète des tomates au Maroc on prive les Marocains d'eau potable c'est ces liens là qu'il faut bien comprendre
oui mais on assure aux Marocains revenus liés aux exportations de tomates
à qui c'est des tomates donc la question de l'eau va être absolument clé donc ça posera après évidemment la question évidemment de la meilleure utilisation de l'eau d'abord et puis ça posera d'autres questions questions extrêmement conflictuelles vous avez vu en France avec les réserves ou les bassines et puis ça posera la question du dessalement puisque évidemment la question du dessalement c'est la question de l'énergie si on n'a pas d'énergie on n'a pas de dessalement donc voyez ce qui est c'est de nouveau une nouvelle preuve de l'unité et des interrelations on est exactement comme dans le monde médical que je connais un petit peu grâce à Pasteur c'est à dire une santé voyez on est exactement il n'y a pas un dossier et quand on est l'eau qui est le grand lien et bien évidemment on doit aborder en même temps puisque si en même temps on ne marche pas politiquement on est obligé de le faire marcher quand on a de ces questions là
Vous revenez d'Ukraine enfin d'Odessa plus particulièrement on a vu que là aussi l'eau a joué un rôle tout à fait important au moment de l'annexion de la Crimée par la Russie donc ça c'est 2014 parce que la Crimée n'a pas d'eau donc il y a un canal d'approvisionnement dont les Ukrainiens ont bloqué l'accès et puis les Russes ont fait sauter un barrage
Alors c'est ça ce qui est là mais le spécialiste mondial de la question c'est Franck donc moi je suis un stagiaire
Alors Franck Galland si l'Académie française vous donne la parole allez-y J'en suis très honoré je remercie vraiment Eric je ne suis absolument pas spécialisé dans la question si je peux vous éclairer sur ce qui s'est passé effectivement suite à l'annexion de la Crimée par la Russie l'Ukraine en mesure de rétorsion a commencé à bloquer par des sacs de sable cette arterque fémorale qui est le canal nord de Crimée qui permet d'alimenter depuis les eaux du Nièpre sur 400 km ce territoire qui est la Crimée alors les troupes de Vladimir Poutine se sont dit qu'est-ce que cela ne tienne on va essayer de trouver de l'eau dans les sous-sols de Crimée sauf que les sous-sols de Crimée c'est comme la Bretagne chère à Eric Orsena sont des sols granitiques donc il n'y a pas absolument pas d'eau souterraine ou du moins très peu ils ont essayé aussi de faire du dessalement mais bon la Russie était sous embargo et donc conséquence de quoi cette Crimée devenue russe et les forces militaires russes implantées en Crimée ont découvert le prix de l'eau c'est-à-dire la valeur de la soif et d'autant plus que la Crimée a connu en 2020 un été toriste ça faisait 150 ans qu'il n'y avait pas une canicule une sécheresse pareille et donc la première chose que les forces russes le font en envahissant la Crimée et bien effectivement c'est de faire exploser cet ouvrage construit par les Ukrainiens sur le canal nord pour empêcher l'eau brute du Nièvre d'aller vers la Crimée et encore aujourd'hui à l'heure où nous nous parlons moi je suis effaré de voir que alors les forces russes sont allées jusqu'au Nièvre ils sont maîtres aujourd'hui ces russes d'un barrage très très important qui est le barrage de Kakovska qui est un barrage hydroélectrique très très important conçu sous l'air Khrouchev et ce barrage aujourd'hui il est en train de le vider depuis le 11 novembre dernier on s'aperçoit que la ligne d'eau de ce barrage est passée de 16 mètres à 13 mètres alors certains disent que c'est pour alimenter et drainer le maximum d'eau vers la Crimée pour cet été d'autres disent c'est pour annuler le potentiel d'irrigation des terres ukrainiennes non occupées par les Russes mais voilà c'est typiquement une utilisation là aussi de l'eau de façon à nuire à l'ennemi et on peut aller jusqu'à utiliser l'arme de l'eau aussi pour créer des inondations ça a toujours été dans l'histoire les fameuses inondations défensives en 1914 on arrête les forces allemandes parce qu'on ouvre les barrages effectivement sur l'Isère notamment pour créer une inondation massive dans ces plaines dans ces plaines belges de façon à arrêter l'avancée allemande donc oui l'utilisation de l'eau et je ne parle pas de toutes les campagnes de bombardement chirurgical qui sont menées par les forces russes depuis octobre dernier parce qu'aujourd'hui on a des missiles de très haute précision et ces missiles de très haute précision ne tombent jamais par hasard donc quand on voit les conséquences qu'ont eu des bombardements ciblés solaires sol-sol sur des ouvrages hydrauliques sur des ouvrages électriques il faut savoir que dans notre domaine si on n'a pas d'électricité on ne fait pas d'eau et on ne fait pas d'assainissement et si on ne fait pas d'assainissement derrière c'est le choléra c'est tout un tas de maladies hydriques qui se développent c'est la première guerre du 21ème siècle qui prend clairement les ouvrages hydrauliques comme cible en violation complète mais complète des conventions de Genève de 1949 et des protocoles additionnels de 1977 ce qui est un pur scandale un pur scandale Marie-Laure Vercambre brièvement puisque nous arrivons à la fin de cette conversation
je vous voyais opiner du chef oui absolument je me fais la voix des grandes ONG françaises Action contre la faim Solidarité internationale Secours islamique France notamment qui sont enfin celles qui sont en tout cas présentes en Ukraine et qui saisissent l'occasion de la conférence de New York la semaine prochaine pour faire signer une pétition un appel à l'action notamment parce que effectivement les usines de traitement de l'eau ont été ciblées en Ukraine c'est pas nouveau mais on le voit de très près maintenant effectivement en Europe comme on aimait dire en ce moment et il faut absolument développer mettre en oeuvre le droit international humanitaire qui est censé justement protéger ces infrastructures qui sont absolument vitales pour les populations civiles comme les conventions de Genève et ça n'est pas le cas c'est extrêmement grave parce qu'on va vers il y a les conflits larvés de plus en plus nombreux on peut parler des conflits larvés d'Afrique surp-saharienne justement il faut vraiment faire très attention à la sécurité de l'eau des populations Eric Orsenna le mot de la fin le mot de la fin c'est possible il y a des solutions techniques mais contre la folie humaine il y a peu de solutions techniques et que ce qui est frappant c'est de voir on alerte tout le monde quand on menace une centrale nucléaire mais quand on tire sur une installation de traitement des eaux et bien ça va être la même chose donc c'est même c'est à dire ce qu'on va essayer de défendre ce qu'on défend depuis quelque temps c'est que l'eau est au coeur s'il n'y a pas d'eau il n'y a pas de vie on est au coeur de ces questions là donc si on veut défendre la vie et bien il faut défendre l'eau puisqu'on est des enfants de l'eau on est tous 70% de l'eau donc on se défend soi-même quand même c'est la moindre des choses cette évidence là qu'il faut rappeler
une évidence néanmoins au sein de l'organisation des Nations Unies dont on voit hélas l'affaiblissement au cours des multiples crises internationales contemporaines est-ce qu'on peut imaginer que la semaine prochaine parce qu'il y aura encore des discussions et des discussions il peut se passer quelque chose
peut-être que la sagesse voudrait qu'à une échelle plus restreinte c'est-à-dire à l'échelle un peu régionale qui est une communauté véritable parce que si on tire sur une installation de traitement de l'eau et qui marche plus c'est l'épidémie l'épidémie ça touche tout le monde quand on effondre une centrale nucléaire c'est pareil donc l'agresseur est aussi frappé que l'agressé donc il y a cette communauté de destin qui me semble être l'évidence mais on est en ce moment dans un tel état de folie enfin on va essayer d'apporter un peu de sagesse et de solutions concrètes
et bien bonne chance bonne chance à vous merci Eric Orsena je rappelle dans votre abondante bibliographie l'un de vos derniers ouvrages La Terre a Soif c'est paru chez Fayard en octobre dernier merci à Marie-Laure Vercombre et je recommande bien sûr à tous ceux que ces sujets intéressent le site du partenariat français pour l'eau Christophe Jaffre-Lot vous avez notamment écrit aussi chez Fayard un ouvrage très intéressant sur l'Inde nationalisme hindou populisme et démocratie
je confirme c'est passionnant
voilà Franck Galland vous avez vous écrit aux éditions CNRS le grand jeu chronique géopolitique de l'eau à la réalisation ce matin je remercie bien sûr Luc-Jean Reynaud à la technique d'Ali Iyar merci à Nesic je m'ai aidé à préparer cette émission avec l'aide précieuse de la documentation de Radio France et dans un instant sur France Culture voici Nora Amadi et sous les radars très bon week-end à samedi prochain Musique
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