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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 23 février 2023 23 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesTravail & emploiÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Macron à Rungis : décryptage d'une drôle de rentrée politique

Source d'origine 6 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 4:09OuverteRéponse directe

    Pourquoi Macron ressurgit-il à ce moment-là, à Rungis ?

  • 4:38OuverteRéponse directe

    Pourquoi Macron ressurgit-il à ce moment-là, à Rungis ?

  • 6:38OuverteRéponse directe

    Son choix de venir à Rungis est-il une mise en scène ?

  • 6:47OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette mise en scène peut imprimer dans l'opinion ?

  • 10:21RelanceRéponse directe

    Peut-on parler d'instrumentalisation du discours sur les bosseurs vs fainéants ?

  • 16:54OuverteRéponse directe

    Macron rejette le modèle où on aide tout le monde de manière indifférenciée. Pourquoi ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:35InvitéFait
    « il faut que le travail paye mieux, il faut qu'on réaméliore mieux le travail, etc. »
  • 0:54InvitéFait
    « il a refusé d'indexer les salaires sur l'inflation »
  • 1:40InvitéFait
    « On appelle les carrières longues, les gens qui travaillent la nuit, avec du froid, avec des charges. On prend en compte ces différences dans le calcul. »
  • 1:47PrésentateurFait
    « Ce déplacement n'a rien d'original, puisqu'avant lui, Nicolas Sarkozy ou encore François Hollande s'y rendaient régulièrement pour dérouler moult storytelling présidentiel. »
  • 3:11Locuteur 3Fait
    « C'est quand tu ne les écoutes pas, qu'ils se mettent en place et qu'ils font la manifestation. »
  • 5:45InvitéFait
    « les Français comprennent bien le bon sens »
  • 6:07InvitéChiffre
    « c'est même plus de 90% des actifs »
  • 9:01InvitéFait
    « On a moins d'actifs qu'il y a 20 ans, on a plus de retraités et on vit plus longtemps. Donc c'est pas vrai de dire qu'on peut garder les mêmes âges. »
  • 9:12Locuteur 1Fait
    « Je l'ai dit pour faire travailler un peu les jeunes, bien sûr, pour qu'ils puissent payer nos retraites à nos partenaires à 60 ans. »
  • 9:23InvitéFait
    « On trouve pas les bouchers, il y en a pas, il y a trop de social. »
  • 11:36InvitéFait
    « il a martelé cette idée-là. Or, c'est le contraire qui se passe depuis le début de son mandat. »
  • 11:43InvitéFait
    « il a refusé d'indexer des salaires sur l'inflation »
  • 15:09InvitéFait
    « Il n'y a pas d'alternative. »

Temps de parole

  • Invité62 %
  • Présentateur23 %
  • Invité 29 %
  • Locuteur 34 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

J'ai entendu que des gens qui me disaient vous n'allez pas assez loin, il y a trop de gens qui ne vont pas assez travailler. La différence qu'il y a entre nous qui travaillons et qui nous le vont tôt et ceux qui restent au lit, elle n'est pas assez grande. Et donc il m'encourage à aller pour moi, à se dire au fond, il faut plus de reconnaissance pour le travail, il faut que le travail paye mieux, mais il faut aussi que chacun prenne sa responsabilité parce qu'une société où on aide tout le monde de manière indifférenciée et où on ne le produit pas assez, c'est une société qui n'a pas d'avenir.

Moi, ce qui m'a beaucoup intéressé dans son intervention, c'est qu'il axe une partie de son discours en disant il faut que le travail paye mieux, il faut qu'on réaméliore mieux le travail, etc. Or, il a martelé cette idée-là. Or, c'est le contraire qui se passe depuis le début de son mandat. Je rappelle quand même qu'il a refusé d'indexer les salaires sur l'inflation. Donc déjà, d'un point de vue très concrètement, très factuellement, avec Emmanuel Macron, très concrètement, les salariés, les travailleurs, ont perdu du pouvoir d'achat. Donc déjà, son affirmation qui consiste à dire il faut que le travail paye mieux, etc., c'est littéralement le contraire de ce que lui a fait.

Donc là, il faudra qu'il se mette d'accord avec lui-même et avec sa politique. Donc ça, il me semble une contradiction flagrante dans son discours ce matin.

1:13
Présentateur

Ce matin, le chef de l'État, bien discret jusqu'ici sur le terrain de la politique intérieure, était en visite au marché d'intérêt national de Rungis. C'est donc depuis le ventre de Paris, comme on l'appelle, qu'Emmanuel Macron a tenu à s'exprimer pour défendre sa réforme des retraites.

1:33
Invité

On appelle les carrières longues, les gens qui travaillent la nuit, avec du froid, avec des charges. On prend en compte ces différences dans le calcul. Mais dans l'ensemble, les gens savent que oui, il faut travailler un peu plus longtemps, en moyenne tous, parce que sinon, on ne pourra pas bien financer nos retraites.

1:47
Présentateur

Ce déplacement n'a rien d'original, puisqu'avant lui, Nicolas Sarkozy ou encore François Hollande s'y rendaient régulièrement pour dérouler moult storytelling présidentiel. La nouveauté est ici. La nouveauté, pardon, c'est qu'habituellement, là, Emmanuel Macron envoie plutôt Elisabeth Borne ou le ministre du Sopte au front de cette guerre déjà perdue dans l'opinion. Mais le président ne semble pas en démordre et ose les mêmes arguments, pourtant longuement débunkés un peu partout par les nombreux opposants à sa réforme des retraites. Écoutez plutôt.

2:13
Invité

C'est un de ces lieux où on travaille, où on se lève tôt, où on travaille de nuit, dans des conditions parfois difficiles, et pour lesquelles il faut avoir beaucoup de reconnaissance. Parce qu'une société où on aide tout le monde de manière indifférenciée et où on ne le produit pas assez, c'est une société qui n'a pas d'avenir.

2:30
Présentateur

Le chemin médiatique d'Emmanuel Macron ce matin à Ragis s'est alors réglé comme du papier à musique. Néanmoins, certains ont fait aussi le déplacement pour tenter de l'interpeller, au moins sur le terrain médiatique, à défaut de pouvoir s'adresser directement à lui en personne. C'est le cas de Rachel Keke, aujourd'hui députée et les filles NUPES, mais hier encore femme de chambre dans un hôtel de Montlieu parisienne. Elle connaît donc bien cette France qui se lève tôt et lui a fait sa voix au président devant les caméras, pendant que ce dernier s'adonnait à une séance de selfies.

2:57
Locuteur 3

Il est placé là le mars, c'est ce qu'il y a, je crois. L'hôpital prévoit, ceux qui travaillaient justement, n'allaient pas avoir des craintes, n'allaient pas avoir des manifestations. C'est quand tu ne les écoutes pas, qu'ils se mettent en place et qu'ils font la manifestation. Donc là il est venu, ça semble bien qu'il est venu voir, il a vu comment les gens travaillent. Lui-même il a vu se lever tôt déjà, nous-mêmes on s'est lever tôt pour venir, c'est pas facile.

Voilà, donc imaginez-vous du lundi au vendredi se lever tôt, tous les jours, c'est-à-dire à une heure, minute, à minute, pour venir travailler ici à 3h du matin et finir par exemple à 14h, revenir le lendemain encore, venir encore travailler tout le matin. C'est impossible, c'est impossible. Moi-même je l'ai fait, je suis comme je l'ai dit, je suis la plus contente. C'est impossible, on ne peut pas travailler comme ça.

3:46
Présentateur

Pour évoquer cette séquence politique, cette mini-rentrée ou alors cette sortie de l'ombre d'Emmanuel Macron, juste après la fin un peu particulière de l'examen, on l'a vu, de sa réforme des retraites à l'Assemblée Nationale, et alors que plane la menace d'une grève générale reconductible dès le 7 mars, je reçois Mathieu Slama, auteur et essayiste sur le plateau, bonsoir. Bonsoir. Merci d'être avec nous ce soir.

Alors, première info, on va dire que c'est celle-ci, comme je viens de le dire à l'instant, le retour sur le devant de la scène médiatico-politique d'Emmanuel Macron, il avait été très discret, comme on le disait à l'instant, pendant toutes les discussions parlementaires sur la réforme des retraites et avait laissé ses ministres, notamment la première, Elisabeth Borne, charbonner. On se souvient qu'il avait même préféré, juste avant, faire une sorte de réunion, vous vous souvenez, un dîner à l'Elysée avec les principaux débêteurs télévisuels ou dans la presse, journalistes, pour distiller discrètement des éléments de langage. Alors, pourquoi, selon vous, il ressurgit à cet instant-là, ici ?

4:38
Invité

Parce qu'il sent que la bataille de l'opinion est perdue et que, d'autre part, que ses ministres n'impriment pas, qu'Olivier Dussault a été particulièrement mauvais, je pense, de la vie générale, je veux dire, indépendamment de la vision, comment dire, voilà...

4:56
Présentateur

Indépendamment de tous les partisans.

4:58
Invité

Partisans, voilà, je veux dire, bon, Olivier Dussault a particulièrement été mauvais et puis, surtout, ça a été une communication ministérielle, gouvernementale, qui n'a cessé d'avoir des quoi, qui n'a cessé d'être débunkée, c'est-à-dire, en tout cas, dont on a dévoilé les incohérences, les inconsistences et même les mensonges.

5:16
Présentateur

Délieu, on s'est soulevé, comme on dit, effectivement.

5:17
Invité

Voilà, exactement. Donc, c'est une manière d'essayer de reprendre la main à un moment où tout va mal. Et ce qui me frappe, moi, c'est le déni absolu de cette intervention. C'est-à-dire qu'en l'écoutant, on a le sentiment qu'il se réveille d'un mois, voire de deux mois de sommeil, qu'il n'a rien suivi à la fois des débats et surtout de ce qui se passe dans l'opinion, puisque quand même le message, un des messages les plus importants qu'il a marcelé, c'est les Français comprennent bien le bon sens, comme s'il y avait une majorité de Français qui était derrière lui. Et ça, c'est quand même incroyable, parce que c'est du déni, c'est surtout du travestissement de la réalité.

La méthode couée, un peu, peut-être. Oui, et puis sans doute aussi de la méthode couée, mais en tout cas, c'est du déni absolu par rapport à la réalité de cette réforme dont personne ne veut. Je crois que c'est même plus de 90% des actifs. Tout à fait, 93%. Et lui a essayé de dire, et c'était notamment le but de ce déplacement, c'est de dire que la France qui travaille, la France qui travaille tôt, etc., comprenne les enjeux de cette réforme, qui est une réforme qui se fonde sur l'idée du travail, etc. On y reviendra, je pense.

6:24
Locuteur 5

Bien sûr. Donc voilà.

6:25
Invité

Donc pour moi, c'est vraiment le déni absolu de ce déplacement.

6:27
Présentateur

Donc pour vous, en fait, son choix de venir à Rungis, comme je disais, le ventre de la France, du moins de Paris, on l'appelait comme ça à l'époque où il était encore ce marché au centre de la ville, c'est une mise en scène, en fait ? Il vient chercher, parce que ce n'est pas original. On a vu Nicolas Sarkozy avec son travail du plus pour gagner plus. Est-ce que ça, ça peut imprimer encore dans l'opinion, en fait ?

6:47
Invité

Non, parce que le... En fait, pour répondre juste à votre question, l'idée d'Emmanuel Macron, qui avait été un peu celle de Gérald Darmanin il y a quelques semaines, c'est de dire, l'enjeu de tout ça, c'est le travail. L'enjeu de tout ça, c'est le travail. L'enjeu, c'est que la France, les Français doivent travailler plus parce qu'on n'a pas le choix. Et puis derrière aussi, c'est l'idée qu'on veut valoriser le travail, etc. Ce qui était exactement le discours de Nicolas Sarkozy il y a une dizaine d'années. Donc c'est le même discours centré sur l'idée de travail, de la valeur travail, etc. Mais il va plus loin, parce que... Et un peu comme Nicolas Sarkozy, mais il va beaucoup plus loin.

Puisque lui, tout son discours, c'est de dire, et c'est le sens, je pense, presque... Voilà, le sens politique de ce déplacement, c'est de dire, il y a ceux qui bossent et ceux qui ne bossent pas. Et à un moment donné, il dit, on m'a parlé de ceux qui ne se lèvent pas le matin contre ceux qui vont travailler très tôt le matin, ceux qui restent au lit contre ceux qui vont bosser, etc. Donc il crée deux camps de manière linéaire. Voilà, il reste dans cette logique qui consiste à séparer la France en deux. C'est-à-dire, d'un côté, les Français qui bossent et de l'autre côté, les feignants, les assistés, etc.

Donc non seulement il reprend la vieille antienne de droite traditionnelle qui est de dire, il y a les bosseurs et puis ceux qu'on assiste, etc. Et d'ailleurs, il a introduit dans son discours l'idée des aides, de ceux qui vivent des aides, etc. Donc il y a ce discours-là. Et puis d'autre part, il y a cette idée que finalement, il y aurait différents types de citoyens, des citoyens travailleurs et des citoyens moins travailleurs et donc des citoyens de seconde zone. Donc c'est un discours, outre l'aspect stratégique, c'est un discours, de mon point de vue, extrêmement dangereux et même extrêmement grave.

8:30
Présentateur

En tout cas, il est allé à Rungis pour cela, allé écouter la fameuse France qui se réveille, qui se réveille tôt pour aller travailler, pas pour juste se réveiller. Il a entendu des propos différents, on va le voir dans un petit magnéto. Et finalement, il semble qu'il n'ait retenu que ce qu'il voulait retenir, on regarde.

8:45
Locuteur 2

En retrait sur les retraites, il reprend la parole dans ce creux parlementaire, interpellé sur la pénibilité.

8:52
Invité

Qu'est-ce que vous en pensez des gens qui se travaillent dans des situations comme ça, au niveau des retraites ? Vous croyez bien que vous avez marité à 60 ballets ?

8:59
Locuteur 2

L'occasion de réaffirmer son mantra.

9:01
Invité

On a moins d'actifs qu'il y a 20 ans, on a plus de retraités et on vit plus longtemps. Donc c'est pas vrai de dire qu'on peut garder les mêmes âges. Ça marche pas, ça marche pas cette affaire.

9:09
Locuteur 2

Ce boucher, cependant, n'est pas convaincu par le report de l'âge.

9:12
Locuteur 1

Je l'ai dit pour faire travailler un peu les jeunes, bien sûr, pour qu'ils puissent payer nos retraites à nos partenaires à 60 ans.

9:18
Locuteur 2

Entre les carcasses, Emmanuel Macron est aussi questionné sur les pénuries de main-d'oeuvre.

9:23
Invité

On trouve pas les bouchers, il y en a pas, il y a trop de social.

9:27
Locuteur 2

Et délègue la réponse, non sans malice, à la députée de la France insoumise, Rachel Keke, hostile à la réforme.

9:33
Invité

Madame la députée, Monsieur, vous devriez l'écouter. Il dit l'inverse de vous. Je viens de me faire engueuler parce qu'il dit qu'il y a trop de social. J'ai entendu que des gens qui me disaient vous n'allez pas assez loin. Il y a trop de gens qui vont pas assez travailler. La différence qu'il y a entre nous qui travaillons et qui nous le vont tôt et ceux qui restent au lit, elle n'est pas assez grande. Et donc il m'encourage à aller pour moi, à se dire au fond, il faut plus de reconnaissance pour le travail, il faut que le travail paye mieux, mais il faut aussi que chacun prenne sa responsabilité.

Parce qu'une société où on aide tout le monde de manière indifférenciée et où on ne produit pas assez, c'est une société qui n'a pas d'avenir.

10:07
Présentateur

Alors dans cet extrait, beaucoup de choses, enfin plusieurs extraits à la suite. Alors de sa visite à Rungis, on a l'impression que Macron oublie un peu vite la parole, vous allez me le dire, des travailleurs qui critiquent. On a vu, 60 ans, on n'est pas convaincu, etc. Le report de l'âge à 64, etc. Alors pour s'accrocher de manière un peu forçonnée à la ligne de séparation, comme vous le disiez tout à l'heure, des bosseurs d'un côté contre les fainéants assistés de l'autre, les bosseurs qu'on a marre de payer pour les assister de fainéants sans jamais d'ailleurs définir ce que ça voudrait dire. Est-ce qu'on peut parler d'instrumentalisation ici ?

10:34
Invité

Mais c'est plus que de l'instrumentalisation, c'est une tentative de dévier totalement du sujet principal. Le sujet principal de ces retraites, c'est la pénibilité du travail, le fait que travailler deux ans de plus, ça va impacter négativement des millions de Français, que ça va peut-être même amener certains Français à ne pas connaître, en tout cas en bonne santé, la retraite, etc. Donc le sujet central, c'est ça. Et lui dévie le sujet sur la question comme vous l'avez dit de les bosseurs et les fainéants, la valeur travail, etc. Or, ce n'est pas du tout le sujet ou en tout cas, ce n'est pas là où les critiques sont le plus important. Ce n'est pas là que le débat est en la société en fait.

Derrière, évidemment qu'il y a la question du travail, mais j'y reviendrai, mais lui dévie complètement tous les reproches et les problèmes qui sont signalés par les Français sur cette réforme. Mais surtout, moi, ce qui m'a beaucoup intéressé dans son intervention, c'est qu'il axe une partie de son discours en disant qu'il faut que le travail paye mieux, qu'on rémunère mieux le travail, etc. Or, il a martelé cette idée-là. Or, c'est le contraire qui se passe depuis le début de son mandat. Je rappelle quand même qu'il a refusé d'indexer des salaires sur l'inflation.

Donc déjà, d'un point de vue très concrètement, très factuellement, avec Emmanuel Macron, très concrètement, les salariés, les travailleurs, ont perdu du pouvoir d'achat. Donc déjà, son affirmation qui consiste à dire il faut que le travail paye mieux, etc., c'est littéralement le contraire de ce que lui a fait. Donc là, il faudra qu'il se mette d'accord avec lui-même et avec sa politique. Donc ça, il me semble une contradiction flagrante dans son discours ce matin.

12:14
Présentateur

Et là, dans l'extrait, dans le montage, on vient de voir aussi Macron qui tente de créer un peu l'opposition. Cette fois-ci, calé entre Rachel Kéké, cette députée nupe ici, et le monde du travail d'un côté, représenté là. Alors, il a trouvé quelqu'un, par un seul de ses interlocuteurs, qui semblait aller dans son sens, en disant, en torpillant, qu'il y aurait trop de social à ce moment-là. Vous l'avez vu. C'est inespéré, ce moment-là, pour le président ?

12:35
Invité

C'est inespéré, mais d'abord, c'est un discours qui, en effet, va se lancer au maximum. Mais ce qui est vraiment intéressant dans cette double, cette espèce de duo improbable Emmanuel Macron, Rachel Kéké, c'est que vous avez d'un côté une travailleuse, c'est-à-dire quelqu'un qui a connu non seulement le travail fatigant, aller au travail très tôt. Il y a 20 ans, elle était dans un hôtel Ibis. Elle connaît le combat admirable qu'elle a eu pour ses conditions de travail et pour son salaire, pour le salaire de toutes ses collègues, d'ailleurs.

Donc, on a quelqu'un qui connaît le monde du travail, qui sait ce qu'est le monde du travail, qui sait ce qu'est la pénibilité du travail, et qui sait de quoi elle parle, en fait. Et donc, cette personne qui connaît le travail nous dit non, ne travaillons pas deux ans de plus, attention, danger, vous êtes en train de faire du mal à un certain nombre de Français qui n'en peuvent plus et qui veulent partir à la retraite, même avant la retraite actuelle. Et puis, de l'autre, vous avez quelqu'un qui vous fait l'éloge en permanence du travail, qui vient sur cette idée du travail, etc., mais qui ne connaît pas le travail, en fait. Emmanuel Macron ne sait pas ce que c'est le vrai travail.

Emmanuel Macron ne sait pas ce que c'est se lever tôt par le travail, les conditions de travail difficiles, etc. Donc, j'ai trouvé ça très intéressant, cette idée, finalement, celle qui connaît réellement le travail dit non, non, non, non, il faut réduire le temps de travail. Et cette idée des deux ans de plus, c'est une catastrophe. Et celui qui ne connaît pas le travail, finalement, nous dit il faut travailler plus, etc. Et je trouve que dans cette... dans, finalement, c'est ça que moi je retiens beaucoup plus que ces petites... voilà... ces anecdotes... voilà...

Moi, ce que je retiens, c'est vraiment qu'au fond, on avait d'un côté une travailleuse qui sait de quoi il parle et de l'autre quelqu'un qui, en fait, n'a aucune idée de quoi il parle et qui est dans des incantations complètement abstraites.

14:19
Présentateur

On voit qu'il ramène sur le devant de la scène, encore une fois, des arguments qui, comme on le disait tout à l'heure, ont été débunqués à plusieurs reprises et surtout, son souhait d'incarner, je crois, le camp de la raison, c'est-à-dire qu'il va y avoir un déficit, il faut le boucher et l'argent, il faut le trouver, sans débat, dans les poches des mêmes. Est-ce que ça révèle quelque chose ? Là, il n'y a plus de débat sur le Macron ni de gauche ni de droite. Est-ce que définitivement, Emmanuel Macron est un président de droite, ultra-libéral et il n'y a plus de débat aujourd'hui ?

14:45
Invité

Oui, je pense qu'il n'y en a jamais eu vraiment, sauf chez certains un petit peu aveugles sur la réalité du Macronisme. Je pense que c'est surtout... Enfin voilà, on a vraiment la quintessence de la rationalité néolibérale qui est de dire il y a la situation, elle est comme ça et on vous impose des réformes qui sont nécessaires. Moi, j'ai toujours pensé qu'Emmanuel Macron se voyait comme un tature français. Vous voyez ? Vous voyez comme celui qui devrait...

15:09
Locuteur 5

Il n'y a pas d'alternative.

15:09
Invité

Voilà. Il n'y a pas d'alternative. Ce sont des réformes d'austérité, des réformes qui sont dures mais qui sont nécessaires et on va réformer le pays contre lui-même. On va mater les mouvements sociaux, etc. C'est pour ça d'ailleurs que je pense que fondamentalement c'est la logique qui préside à son obstination actuellement. Donc là-dessus, si vous voulez, du point de vue du discours, c'est le discours classique macroniste néolibéral. Mais ce que je voudrais dire aussi, c'est qu'au fond, le discours qu'il a tenu ce matin, c'est il faut travailler plus, il faut produire plus, il faut créer plus de richesses, etc.

Et pour moi, si vous voulez, c'est un discours qui a un siècle, voire deux siècles de retard. C'est-à-dire qu'on est encore dans le paradigme travailliste, dans le paradis productiviste, etc. Alors que la réalité aujourd'hui, c'est que le sens de l'histoire, c'est la réduction du temps de travail. Et on voit d'ailleurs qu'il y a des pays, je crois l'Angleterre actuellement, la Belgique, il y a quelque temps, qui expérimente, par exemple, la semaine de 4 jours, etc. Donc, tout le mouvement...

16:08
Présentateur

Il y a une demande forte de la population.

16:09
Invité

Il y a une demande de la population et puis c'est un mouvement, voilà, tout le mouvement historique de ces dernières décennies, c'est la réduction de ton travail. Donc déjà là-dessus, il est complètement à rebours de ça. Sur la productivité, le produire plus, etc. On a en face de nous le mur climatique, la finitude des ressources, etc. On a l'impression que ça n'existe pas pour lui, qu'on peut continuer dans la croissance infinie, etc. Donc, même ça, si vous voulez, c'est à des années-lumière des problématiques d'aujourd'hui. Et puis enfin, créer de la richesse, créer de la richesse, alors que l'enjeu principal aujourd'hui, la richesse, elle existe.

L'enjeu principal aujourd'hui, c'est la répartition des richesses et le fait qu'on ne peut pas accepter une société dans laquelle vous avez des milliardaires qui s'enrichissent encore plus et de l'autre côté, des travailleurs qui s'appauvrissent. Donc, pour moi, c'est un discours qui a deux siècles de retard.

16:53
Présentateur

Et en parlant de répartition, justement, Macron, là, on l'a vu, dit aussi rejeter le modèle où on aide. Alors, sans expliquer vraiment comment et pourquoi, tout le monde, de manière indifférenciée, il dit ce matin, alors vouloir mettre en place des méthodes, des mécanismes contraignants pour obliger les travailleurs et les travailleurs à travailler. Mais quand il s'agit, on l'a vu, encore une fois, ce n'est pas nouveau d'évoquer les multinationales. Non, mais ça n'existe pas. C'est un registre complètement différent. On regarde un petit magnétisme, on réveille juste après.

17:20
Invité

Je souhaite que le dialogue puisse se finaliser entre le ministère et avec les entreprises qui sont concernées et comme ça avait été fait l'année dernière sur le carburant avec des risques dans la pompe qui avaient pu être faits. Je pense que c'est important dans une période où on a besoin d'accompagner nos compatriotes et en particulier celles et ceux qui travaillent. Maintenant, il faut que chacun prenne sa part de là où il est.

17:43
Présentateur

Alors qu'il faut que chacun prenne sa part de là où il est, mais apparemment pas tout le monde. Mathieu Slama, on voit là que quand il s'agit des grandes entreprises, notamment, parlons d'une, et choisissons la bonne, totale, qui fait des super profils de crise, c'est plutôt le registre des incitations, des demandes, des recommandations. Zéro contrainte. Pourquoi ?

17:59
Invité

Parce que c'est la logique même d'Emmanuel Macron depuis le début de son mandat. J'impose des mesures très, très restrictives, très dures, socialement désastreuses. Je veux dire, la réforme du droit du travail, c'est une catastrophe sociale comme on en a eu rarement ces dernières décennies. Donc, c'est des mesures extrêmement restrictives pour les Français et notamment pour les classes moyennes et les classes populaires.

Et puis, de l'autre, quand il s'agit de, par exemple, d'augmenter les salaires, quand il s'agit de redistribuer, etc., là, on entend Emmanuel Macron ou Bruno Le Maire dire, voilà, faites des efforts, s'il vous plaît, etc., mais jamais aucune mesure de contrainte avec l'argument qui est de dire, il ne faut pas augmenter les taxes, il ne faut pas les taxes, comme si il y avait, la taxation était une mauvaise chose indifférenciée et comme si, finalement, l'idée de taxer le capital, l'idée de taxer les grandes fortunes, l'idée de taxer les multinationales était un tabou absolu. Pour lui, c'est une politique idéologique.

Oui, alors même que plusieurs de nos voisins européens s'y ont mis, notamment la taxation des super profits, alors même que le secrétaire général de l'ONU, Gouthiérès, s'est prononcé en faveur de cette taxation, alors même que le président de la Banque de France s'est lui-même également prononcé pour la taxation. Mais c'est une logique absolument classique qui est de privilégier le capital par rapport au travail. Emmanuel Macron a été élu pour favoriser le capital. On oublie que c'est un banquier d'affaires, on le rappelle plus aujourd'hui. Mais c'est au-delà de ça, je veux dire, il vient de ce monde.

Il vient de ce monde d'une part, mais d'autre part, je pense qu'il est sincèrement convaincu de sa théorie du ruissellement. Je pense que c'est quelqu'un, moi je lui fais gré, moi je crois que c'est quelqu'un de sincère dans, voilà, il est persuadé que si les riches sont de plus en plus riches, ça va rusceler, comme il dit, et faire du bien au reste de la société. Donc si vous voulez, c'est un blocage totalement idéologique. Le problème, c'est que on est dans une situation aujourd'hui où ça se fait contre la majorité des Français.

Et c'est ça qui est grave, d'autant plus grave aujourd'hui, c'est non seulement l'impact désastreux de ces mesures, c'est que surtout, il est en train de gouverner contre la majorité des Français en créant des situations de blocage pour ensuite déplorer que finalement, il y aurait soit des oppositions qui seraient indisciplinées, soit une montée de la violence dans le pays, etc. Alors que c'est lui qui est en train de créer les conditions non seulement d'une colère sociale très forte, mais aussi de potentiel blocage et voilà, d'une colère vraiment généralisée.

20:26
Présentateur

Et dernière question, alors on voit là, on l'entend, d'ailleurs ce que vous dites est parfaitement transitoire pour cela, on pense, enfin on sait qu'Emmanuel Macron tente là de retourner l'opinion avec des méthodes qui sont les premiers mots qui vont se prononcer au début des débats si jamais ça avait eu lieu jusqu'à maintenant, contre la plupart des Français, on a dit 93% des actifs, 80% en moyenne des Français en général au Cité de la Sarré, mais est-ce qu'on peut espérer pour lui, je ne sais pas, pour son monde qu'il puisse y arriver ? Est-ce que c'est encore possible ?

20:54
Invité

Non, vis-à-vis de l'opinion pour moi, la bataille est perdue d'abord parce que les mensonges ou au mieux les très graves approximations et au pire ce qu'on peut considérer comme des mensonges, c'est-à-dire sur les 1200 euros évidemment, sur notamment la réforme qui serait favorable aux femmes, sur tout un tas de choses qui sont liées à cette réforme sur évidemment la trajectoire du déficit qui a été totalement contredite par le président notamment du Conseil d'orientation de retraite. En fait, du point de vue des arguments, plus rien ne tient. de cette réforme, plus rien ne tient et les Français s'en sont rendus compte notamment avec le débat parlementaire, le débat médiatique, etc.

qui a, on peut le dire pour une fois, en tout cas cette fois-ci, permis de mettre à jour la folie et l'absolue non-nécessité de cette réforme. Donc, ça d'une part, je pense que du point de vue de l'opinion, la folie de cette réforme elle est actée, en tout cas la non-nécessité de cette réforme et puis d'autre part, il y a eu trop, je pense, de violence dans l'attitude. Il y a eu trop de non-écoute, il y a eu trop de surdité vis-à-vis des Français et surtout, là encore, ce matin, pour moi, ce n'est pas du tout une, et je vais finir là-dessus, pardon, mais ce n'est pas du tout pour moi une posture d'écoute. Ce n'est pas du tout une posture d'écoute.

c'est venir faire sa promo, faire sa com à Rungis, d'ailleurs, Rungis qui est un endroit plutôt où il ne va pas avoir trop non plus de contradictions, mais c'est aller à Rungis pour dire aux Français ça sera comme ça et pas autrement. Donc, il n'y a à aucun moment on a le sentiment qu'il est prêt à faire des concessions, etc. Donc, en fait, pour moi, c'est un discours de mépris y compris dans cette logique d'essayer d'être dans la transparence, dans la communication, etc. Non, c'est exactement la même chose, c'est-à-dire le mépris et la surdité.

22:41
Présentateur

Rien de neuf sous le soleil côté Macron. Voilà. Merci beaucoup, Mathieu Slama, d'être venu sur le plateau ce soir. Merci à vous. A bientôt.

Macron à Rungis : décryptage d'une drôle de rentrée politique · Pourquijevote