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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 21 novembre 2025 24 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéImmigration & asileÉconomie & entreprisesJustice

Narcotrafic : l'assassinat de Mehdi Kessaci "change complètement la donne en France", estime Roberto Saviano

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:15OuverteRéponse directe

    Qu'avez-vous dit à ce jeune homme ?

  • 3:04OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est un point de bascule, d'après vous, dans l'emprise que le narcotrafic a pris sur la France ?

  • 4:12OuverteRéponse directe

    Vous dites que la France est devenue une plaque tournante du trafic de cocaïne pour toute l'Europe. Pourquoi ça l'est aujourd'hui ?

  • 6:42OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous partagez cette manière d'analyser les choses ?

  • 8:49OuverteRéponse directe

    Ces deux menaces, terrorisme et narco-banditisme, elles sont de même nature ?

  • 11:06OuverteRéponse directe

    Mon sentiment, c'est que la France est en train de vivre ce que l'Italie a vécu dans les années 70 et 80. Vous partagez ce sentiment ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:22InvitéChiffre
    « 47 tonnes saisies l'an dernier, ce qui correspondrait seulement à 10% du trafic. »
  • 5:13InvitéChiffre
    « elles auraient généré un chiffre d'affaires de l'ordre de 2,7 milliards d'euros. »

Temps de parole

  • Invité34 %
  • Présentateur28 %
  • Invité 219 %
  • Présentateur 29 %
  • Invité 33 %
  • Présentateur 33 %
  • Auditeur3 %

11,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous avons l'honneur de recevoir un héros de notre temps, écrivain, enquêteur, engagé dans la lutte contre le narcotrafic en Italie et dans le monde. Son roman Gomorra, cette enquête sur la mafia napolitaine parue il y a près de 20 ans, avait été une véritable déflagration et ça lui vaut de vivre depuis sous protection policière. Il racontait dans son dernier livre la vie et la mort du magistrat Giovanni Falcone du début de son combat contre la mafia jusqu'à son assassinat spectaculaire par la Cosa Nostra en 1992, une enquête essentielle parue chez Gallimard.

Après Salman Rushdie, après Boalem Sansal, il vient d'être distingué par le prix de Constantinople remis ce mercredi à Paris, un prix qui couronne le travail d'une personnalité qui œuvre à l'apaisement, à la paix, je cite. Votre question, vos réactions chers auditeurs au 0145 24 7000 ou sur l'application Radio France. Bonjour Roberto Saviano.

1:14
Invité

Bonjour. Bonjour.

1:15
Présentateur

Et bienvenue, merci infiniment d'être avec nous ce matin en exclusivité sur France Inter et félicitations pour ce prix. Vous disiez hier, chaque prix que je reçois ne vient pas flatter mon travail artistique, mais il vient protéger mes maux et donc mon corps. On va en reparler de ce prix qui récompense votre travail, mais aussi le combat de votre vie puisque les deux sont indissociables. Partons de l'actualité, ici en France, elle a ému tout le pays. Le 13 novembre dernier, Mehdi Kessassi, frère d'un jeune militant contre le narcotrafic, Amine Kessassi, déjà endeuillé par la mort de son autre frère, était assassiné à Marseille. Un crime qualifié de probable crime d'intimidation.

Hier, Amine Kessassi était sur notre antenne, sur l'antenne de France Inter. Vous-même, vous l'avez rencontré cette semaine. Qu'avez-vous dit à ce jeune homme ?

2:19
Invité

Tout d'abord, je lui ai évidemment donné mes condoléances. J'ai essayé de dire ce qu'on pouvait dire dans ce genre de cas. Ce n'est pas lui, bien sûr, qui a armé le pistolet, qui a tué son frère. Malheureusement, c'est quelque chose que je connais trop bien.

2:44
Présentateur

Vous le connaissez trop bien, Roberto Saviano, ce type de situation. La mort du frère Damine nous fait dire que la lutte contre le pouvoir criminel en France est aujourd'hui plus difficile que jamais parce qu'on est seul. Je vous cite, Roberto Saviano, vous avez donc rencontré Amine Kessassi. Est-ce que c'est un point de bascule, d'après vous, dans l'emprise que le narcotrafic a pris sur la France ?

3:13
Invité

Absolument, oui. Cet assassinat change complètement la donne en France. Dans cette lutte, il faut rappeler quand même que les organisations criminelles agissent comme ça. Pourquoi ? Parce qu'en fait, elles considèrent, elles estiment que Amine, si vous voulez, fait partie en quelque sorte, non pas de l'organisation, mais fait partie de leur territoire. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'en fait, quelle que soit la position qu'on va occuper, quand on est sur ce territoire, on va payer. Même si on faisait partie comme si on était affilié au groupe de ce territoire. Et sur ce territoire, ça veut dire que personne ne peut échapper à ce qui se fait sur ce territoire.

C'est pour ça que cet assassinat est particulièrement grave.

4:12
Présentateur

Vous dites, Roberto Saviano, vous avez dit à plusieurs reprises que la France est devenue une plaque tournante du trafic de cocaïne pour toute l'Europe, avec ce chiffre incroyable que vous donnez. 47 tonnes saisies l'an dernier, ce qui correspondrait seulement à 10% du trafic. Et ce sont les chiffres de la police. D'après vous, ça aurait été impossible il y a 20 ans. Pourquoi ça l'est aujourd'hui ?

4:37
Invité

Ce qui s'est passé, en fait, c'est que la France a ignoré le problème du trafic, de stupéfiants, et le problème de la mafia ou des mafias également. En estimant que c'était en fait un problème qui était lié à l'immigration. Et cette façon de voir les choses a complètement détourné le regard de la prise en compte de ce phénomène. On s'est dit, c'est simplement un problème qui relève de l'ordre public. Et toutes ces tonnes de cocaïne qui ont été saisies, n'oublions pas, elles auraient généré un chiffre d'affaires de l'ordre de 2,7 milliards d'euros. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que cet argent, il serait ensuite entré dans l'économie vivante et active de la France.

Mais il se trouve qu'en France, on n'a pas de lois qui permettent de véritablement comprendre où va ensuite le fruit du blanchiment de capitaux. En fait, le problème, c'est essentiellement un problème de perception politique. C'est-à-dire qu'on va se dire, c'est le problème des Italiens, ou c'est le problème des Maghrébins, ou c'est le problème des gens d'Europe de l'Est. Or, ce n'est pas comme ça que se passent les choses. L'économie criminelle, elle concerne tout le pays, j'allais dire toute l'Europe même.

6:02
Présentateur

Vous écriviez en introduction de votre livre sur Giovanni Falcone, je cite, « Chaque scène illustre le drame de tout un pays. » Et en l'occurrence, c'est vrai que c'est ce que vit la France. Vous écrivez que la France est en train de vivre l'une des pires périodes criminelles de son histoire, et ça n'a l'air de ne toucher qu'à peine le débat politique. Je vous cite, « Nous sommes au début d'une nouvelle saison de sang, Roberto Saviano. Vous avez rencontré déjà deux fois le président Emmanuel Macron, et on a entendu le président de la République pointer du doigt le consommateur. Le consommateur de drogue, c'est lui le premier responsable.

Est-ce que vous partagez cette manière d'analyser les choses ? »

6:49
Invité

Je comprends ce que dit le président lorsqu'il dit « C'est important de responsabiliser les citoyens. » Pour autant, c'est une stratégie qui n'a jamais été gagnante. C'est-à-dire que ce que l'on risque lorsque l'on fait peser la totalité de la responsabilité sur les consommateurs, c'est qu'en fait, on risque de déresponsabiliser la politique, notamment en matière économique. La police, pour l'essentiel, fait son travail. Mais il faut que l'économie et tout le système financier commencent à se doter de nouvelles règles. Et l'emprisonnement, l'incarcération, c'est aussi un problème.

Plus les conditions d'incarcération sont difficiles et terribles, sachant que le système pénitentiaire français laisse à désirer, plus, bien sûr, ça va permettre aux organisations criminelles de garder la main et de commander. Pourquoi ? Parce que pour avoir des conditions de vie plus agréables, le détenu va se retourner à ce moment-là vers l'organisation criminelle pour améliorer ses conditions de détention et il va ressortir après avoir purgé sa peine et il fait, à ce moment-là, déjà partie d'une bande. Vous savez,

8:15
Présentateur

on va en reparler évidemment que la France a fait voter au printemps dernier une loi sur la lutte contre le narcotrafic avec justement des établissements pénitentiaires de haute sécurité avec aussi un parquet spécialisé puis un statut du repenti. Mais hier, ce qu'on a beaucoup entendu dans la bouche de nos politiques, c'est le mot terrorisme, la comparaison entre la lutte contre le narcotrafic et la lutte contre le terrorisme. Le président, Emmanuel Macron, dit qu'il faut adopter la même approche qu'avec le terrorisme. le ministre de la Justice parle d'une menace au moins équivalente à celle du terrorisme sur le territoire national.

Vous, vous venez d'Italie qui a également connu le terrorisme. Ces deux menaces, terrorisme et narco-banditisme, elles sont de même nature ?

8:57
Invité

Je dirais que le monde du terrorisme et le monde de la mafia, l'univers mafieux, sont deux choses très différentes. Mais je comprends dans l'optique de la culture française en particulier que pour faire comprendre la situation à la société civile, on va prendre l'exemple de quelque chose de très grave et qu'il est plus facile de comparer au terrorisme parce que ça permet de comprendre les choses assez vite, en effet. Mais pour autant, les logiques internes sont tout à fait différentes. c'est-à-dire que la pratique mafieuse, par exemple, va chercher à se rendre invisible par rapport au terrorisme. Par exemple, il n'y a pas revendication des homicides, des assassinats.

Or, il se passe quelque chose de tout à fait particulier, c'est-à-dire que il faut que tout le monde ait compris, en fait, qui a tué, mais pour autant, personne ne doit avoir les preuves. Ça, c'est pour la mafia et c'est exactement ce qui est en train de se passer en France. C'est-à-dire qu'on sait très exactement qui a commandé tel ou tel homicide ou qui va vendre de la drogue dans tel ou tel quartier. Tout se sait. Mais on n'a pas de preuves ou quasiment personne n'a de preuves qui puissent permettre ensuite de saisir un tribunal. C'est-à-dire que c'est une espèce d'invisibilité visible.

10:39
Présentateur

Roberto Saviano, il y a de très nombreuses questions d'auditeurs et notamment celle d'Alessandro qui est napolitain comme vous et qui est avec nous au Standard Inter pour parler justement de la loi, de la justice et de ce que peut la justice dans la lutte contre le narcotrafic. Bonjour Alessandro. Bonjour. Bienvenue sur France Inter. Merci, merci. Je suis italien, son italien, le napoletan comme Roberto Saviano. J'ai une question toute simple et juriste en plus.

Mon sentiment, je voulais savoir s'il était d'accord avec moi, mon sentiment c'est que la France est en train de vivre ce que l'Italie a vécu dans les années 70 et 80, notamment dans la région de Naples et en Sicile bien entendu avec ses guerres de mafia très violentes mais qu'elle est dotée d'un système d'enquête et judiciaire digne de l'Italie des années 50. Alors, je me demandais s'il a le même sentiment que moi. Voilà. Merci infiniment Alessandro pour votre question. Votre réponse Roberto Saviano ?

11:43
Invité

Mon citoyen Alessandro a tout à fait raison. La France vit quelque chose de semblable à ce que l'Italie a vécu dans les années 70 et 80. Autant, il n'y a quand même pas cette attaque criminelle qui va se porter directement sur les figures qui représentent et incarnent l'État. Mais, elle n'est pas dotée des lois qui vont lui permettre d'affronter ce phénomène. Même, si, très dernièrement, tout ce qui se fait très récemment contre ce trafic est en fait la création de ce parquet national ressemble assez à ce qui a été fait par exemple en Italie contre le parquet contre la mafia. Je pense que ce sont des bonnes choses, des bonnes interventions.

12:39
Présentateur

Parce que justement, on parle de modèle italien, il y a donc l'adoption du régime des repentis. Les repentis, on le voit dans votre livre sur ce juge anti-mafia, le juge Falcon qui est mort, assassiné. le rôle central que peuvent jouer les repentis. Tommaso Bouchetta, celui qui a permis au magistrat Falcon de comprendre le fonctionnement de Cosa Nostra, s'inspirer du régime italien du repenti, c'est indispensable. Et autre question, Roberto Saviano, est-ce qu'il faut distinguer entre les drogues lorsqu'on parle du narcotrafic ? Vous, vous êtes favorable à la légalisation du cannabis, par exemple. En revanche, l'économie de la cocaïne, c'est totalement différent ?

13:32
Invité

Les collaborateurs de justice, les repentis, en fait, puisque c'est ainsi qu'on les appelle en Italie, sont un élément extrêmement important. Et ils sont fondamentaux en Italie et ici également. Je comprends bien sûr qu'il y a un côté immoral, mais qu'en même temps c'est quelque chose de juste. Pourquoi est-ce que c'est juste ? Parce que ça va permettre de démonter le fonctionnement des organisations criminelles, mais c'est immoral aussi parce que, si vous voulez, on concède quand même des choses importantes à des gens qui sont des criminels, non sans férocité.

Actuellement, par exemple, vous voyez que l'homme qui a tué le juge Falcone, qui a quand même dissous un enfant, le corps d'un enfant dans l'acide, qui a tué ensuite un autre juge par la suite. Cet homme-là, il est libre aujourd'hui précisément parce que c'est un repenti. Et ça, je comprends que c'est quelque chose d'immoral, mais pour autant, les déclarations qu'il a faites ont servi.

14:46
Présentateur

Bonjour Marie-Pierre, vous nous appelez de Corse et vous vouliez interpeller Roberto Saviano.

14:53
Invité

Oui, bonjour, voilà, je voudrais apporter juste un témoignage au mois de février cette année. Une jeune fille de 18 ans qui n'avait rien demandé à personne, qui était honnête, qui était bosseuse, a été criée de balle parce qu'elle se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Et puis, je voudrais apporter mon témoignage par rapport aujourd'hui aux enseignants corse qui vont se former en Italie pour pouvoir parler de la mafia à leurs élèves parce qu'il faut aborder ce problème. Je suis enseignante à la retraite, j'ai vécu en Guyane et j'ai vu mes élèves partir chargés à bloc de boulettes de cocaïne dans les avions d'Air France.

Je les ai vus assis à côté de moi et personne ne bougeait à l'aéroport d'Orly. Voilà, c'est ça que je voudrais témoigner parce que ça, il faut le savoir. On savait qu'il débarquait, on savait qu'il était là. Oui, je suis révoltée. Je suis révoltée pour cette gamine qui est morte. Merci beaucoup.

15:39
Présentateur

On l'entend et on entend votre émotion et merci infiniment Marie-Pierre pour votre témoignage. Une réaction au Berto Saviano ?

15:47
Invité

Ce témoignage nous montre que nous en sommes au début de cette bataille et plus on va en parler, plus la politique et les politiques vont être contraints de faire de ces sujets des sujets véritablement fondamentaux dans le débat.

16:06
Présentateur

En France, comme autrefois en Italie, on a vu récemment des narcotrafiquants qui payaient pour des fournitures scolaires dans les quartiers pour installer des piscines, des châteaux gonflables. A l'approche des élections municipales chez nous, est-ce que ce sont des choses qui peuvent inquiéter Roberto Saviano ? Est-ce qu'on peut parler de narcocratie comme le faisait Amine Kessassi, ce militant antidrogue marseillais avec qui vous avez fait un entretien croisé dans Libération ?

16:34
Invité

Oui, effectivement, c'est quelque chose d'ailleurs qui a commencé à se développer depuis 20 ans, c'est-à-dire le welfare, c'est-à-dire on prend soin des quartiers. Ça, c'est ce que font les organisations criminelles de plus en plus. Elles le font parce qu'elles veulent obtenir le consensus et le soutien. Pour autant, elles ne veulent pas, si vous voulez, que ces gens aient une ascension, les personnes aient une forme d'ascension économique parce que si ces gens-là, bien sûr, s'ils avaient une ascension économique, il faudrait les payer plus cher.

Et donc, cette stratégie mafieuse, c'est comme une organisation de charité qui ferait une espèce de don, mais pour autant, il ne faut pas s'y tromper, ils n'ont pas l'intention d'aider à une croissance et une émancipation économique des gens dans ces quartiers.

17:24
Présentateur

On va retourner au standard retrouvé, Marion, qui nous appelle de Marseille, mais hier, lorsque vous avez reçu le prix de Constantinople, Roberto Saviano, vous avez eu cette phrase très forte en citant la philosophe Simone Veil, vous disiez que l'attention, c'est l'attention à ce qui ne se voit pas, à ce que l'on ne veut pas voir et que c'était indispensable. L'attention, écrivait Simone Veil, est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. C'est la prière naturelle de l'âme et c'est bien l'attention ce qui sauve. Pourquoi l'attention, Roberto Saviano ? Pourquoi toute l'éducation consiste à apprendre l'attention ?

18:09
Invité

C'est toute l'éducation. Elle consiste à apprendre l'attention. Si nous n'avons pas l'attention, on se fait tromper par les informations. Et l'on nous tromper pendant, par exemple, toute l'histoire de l'humanité, on a pensé que la censure c'était un défaut d'information. En réalité, on comprend que la censure est plutôt l'abondance d'informations. Raison pour laquelle il faut éduquer à l'attention et au fait d'approfondir les informations plutôt que d'y avoir accès. Et ça, les mafias le savent. Elles savent que quand on n'a pas d'attention suffisamment développée, ça permet quoi ? Ça permet que toutes les choses qui sont en train de survenir soient oubliées le plus vite possible.

19:02
Présentateur

Marion nous appelle de Marseille. Bonjour et bienvenue sur France Inter, Marion.

19:07
Auditeur

Bonjour, merci de prendre mon appel. Bonjour, Roberto Taviano. Oui, j'appelle de Marseille où effectivement, on est en train de découvrir tout ce qui se passe comme une guerre qui est en train de se créer. et je crois que les gens ne prennent pas la mesure. C'est tellement facile ici au niveau de l'obtention de drogue. C'est devenu quelque chose de complètement normal et je crois qu'il n'y a pas encore le lien entre ce qui se passe et la gravité de ce qui se passe et le fait de pouvoir consommer finalement très facilement tout ça. Et effectivement, ce n'est pas sans rappeler ce qui s'est passé dans l'Italie des années 70-80. Donc, ça a un côté très effrayant et très nouveau pour nous.

19:49
Présentateur

Roberto Saviano ?

19:51
Invité

Oui, je comprends. Le sujet de la diffusion de la drogue est en réalité une question mondiale. L'ONU a publié un document qui décide qu'en 2023 on a été en fait l'année où on a enregistré la plus forte production de cocaïne de l'histoire de l'humanité. Ça nous amène à réfléchir. Pourquoi est-ce que ça se passe comme ça ? Dépression, anxiété, peur de ne pas y arriver parfois, donc de ne pas être à la hauteur de la performance, la possibilité de travailler encore plus. ça vient peut-être de tout ça et puis en plus le fait que les prix baissent pour cette drogue.

20:50
Présentateur

Roberto Saviano, vous avez écrit dans le livre Giovanni Falcone « Le courage est solitaire » et c'est vrai que pour vous il l'est parce que vous vivez de façon solitaire, vous vivez sous protection et pourtant ce que disait Amine Kessassi dans votre entretien croisé, c'est que plus il y aura de monde autour de nous, plus nos vies seront protégées et c'est pour ça qu'il appelle à une marche blanche à la mémoire de son frère assassiné demain à Marseille. Est-ce que c'est important ce genre de démarche et est-ce que vous aimeriez participer ? Est-ce que peut-être vous allez participer ?

21:18
Invité

Si, importantissime Vorrei essere lì infatti et questo tipo di scelte politiche permet de dire que qui parla non est seul infatti c'est important aussi que le gouvernement s'est exprimé aussi sur ce sujet c'est important ce que veulent les mafias c'est donner à penser que lorsque l'on est mort c'est parce qu'on était coupable en fait et toujours et c'est une façon de dire nous si on tue des gens c'est toujours des gens qui avaient les mains sales pour si vous voulez qu'en fait on a l'impression que ce sont des gens qui s'entretuent en fait alors qu'en l'occurrence c'est pas les gens qui se sont entretués se sont pâtus entre eux ils ont tué un homme innocent Mehdi Kessassi qui n'était pas un criminel et c'est important que les institutions le redisent

22:35
Présentateur

et justement merci de parler de cette marche blanche pour Mehdi Kessassi ce sera donc demain à Marseille à 15h au rond-point Claudie Darcy là où le frère Damine a été assassiné un mot avant de vous libérer Roberto Saviano un tout petit mot est-ce que vous avez espoir de temps en temps est-ce que vous arrivez encore à avoir foi en l'humanité

22:59
Invité

c'est étrange parce que bien souvent je suis dévoré par la dépression mais à chaque fois qu'on peut parler on peut discuter on peut rencontrer une humanité qui peut faire changer les choses je me dis la bataille n'est pas finie

23:29
Présentateur

merci infiniment Roberto Saviano d'avoir été l'invité de France Inter félicitations bon séjour en France c'est un grand merci à Hélène Noguet qui a traduit vos propos tout au long de ce grand entretien excellente journée