Lettonie : la bataille de la langue face à la menace russe
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- A.Casse: Un décret inquiétant a été signé par V.Poutine.
Il autorise une intervention militaire dans les pays où les russophones sont en difficulté. Vous allez voir comment la Lettonie se prépare, notamment sur le terrain du langage. - C'est une ancienne république soviétique où l'empreinte russe n'a jamais totalement disparu.
En Lettonie, plus de 30 % de la population est russophone. - 1, 2, 3... - Pour que le pays rompe avec son passé et son voisin, des cours de letton sont organisés.
Autour de ce jeu de société, des adultes nés en Lettonie qui ont toujours parlé russe. Ici, les exercices de vocabulaire sont toujours un peu politiques. - "Notre ville ne sera jamais une vraie ville lettone.
Tout le monde y parle uniquement russe." Cette affirmation est une exclusion, un discours haineux, un préjugé? Je pense que c'est de l'exclusion, comme si la ville était en dehors de la Lettonie. - Très bien. - L'association est financée majoritairement par des fonds européens.
Les cours de langue servent à sensibiliser ces russophones à la propagande du Kremlin. Depuis la guerre en Ukraine, Valerijs ne regarde plus les chaînes d'information russes mais uniquement celles de Lettonie. - Beaucoup de gens n'écoutent que les informations en russe, qui sont des boîtes à zombies.
On appelle ça "la zombification". J'ai presque 60 ans. J'ai honte d'avoir vécu toute ma vie ici sans parler letton.
Je suis né ici. Je suis citoyen letton. Vivre dans la 2e ville du pays sans parler la langue, ça me dérange. - Se prémunir de la menace russe et dérussifier le pays, notamment à l'école.
Après l'agression russe en Ukraine en 2023, le gouvernement letton a interdit la langue russe dans l'enseignement public. Cette professeure de mathématiques, elle-même russophone, estime que la maîtrise du letton est une nécessité pour le pays. - Quand la loi a été adoptée, ça a été difficile pour les enseignants.
Certains ont même quitté l'école parce qu'ils n'étaient pas capables de travailler uniquement en letton, et ne pouvaient donc pas enseigner aux enfants. - Le russe est la langue maternelle de ce jeune homme. Il n'a commencé à apprendre le letton qu'à 11 ans. - Je me suis senti mal.
Quand ils ont complètement supprimé le russe...
Une fois, on m'a dit qu'on ne devait pas parler russe pendant les récréations. Je ne trouve pas ça correct. - La soeur de cet élève est plutôt contente de savoir parler letton.
Au début de ses études, elle a parfois eu le sentiment d'être une étrangère dans son propre pays. - Au début, je restais avec mon téléphone et Google Trad. C'était la manière la plus simple de construire des phrases.
Après un mois, les gens ont accepté et c'est devenu plus agréable. - Leur mère est déchirée entre le pays où elle vit et celui de ses racines russes. - J'ai du sang russe qui coule dans mes veines.
Je ne veux pas qu'on en arrive au point où j'aurai peur de dire que je suis russe ou de sortir dans la rue. Je ne veux pas qu'on m'interdise d'écouter des chansons russes. Je ne veux pas que de telles situations finissent par arriver dans mon pays. - Un crève-coeur que pourrait utiliser V.Poutine à des fins politiques, lui qui ne cesse de dire que ces mesures sont des discriminations contre les populations russophones. - A.Casse: Question. - L.Kayali: C'est la menace qui est derrière ce décret.
Elle n'est pas nouvelle. C'est inscrit dans la loi. C'est très clair.
Mais c'est pas la 1re fois que V.Poutine instrumentalise l'existence de minorités russophones dans les pays baltes. C'est aussi une crainte des pays baltes.
On a posé la question au ministre de la Défense estonien sur comment il voit ces minorités russophones dans son pays. Il nous expliquait qu'il ne les voit pas comme une menace. Il ne veut pas qu'il y ait une stigmatisation.
Son discours est de dire que ce sont des minorités très contentes d'habiter au sein de l'UE, de l'Otan, qui ne trouvent pas que la Russie est un pays attractif dans lequel ils voudraient émigrer. Ce discours est de la propagande. Les pays baltes, minorités russophones ou pas, se préparent à une attaque russe, se réarment, renforcent leurs frontières.
Cette question des minorités russes est un des mille prétextes que pourrait utiliser V.Poutine pour faire quelque chose. - A.Casse: Question.
Je sais pas si c'est autant. J'avais vu 30 %. C'est l'occasion de faire un peu d'histoire. - D.Trinquand: Il faut revenir aux racines du mal.
Pourquoi y a-t-il des Russes dans les pays baltes? Parce que les populations baltes ont été déportées en Sibérie et remplacées par des Russes. Il faut le rappeler.
Les transferts de population, c'est une vieille pratique de Staline. Il l'avait beaucoup fait. Dès qu'il est rentré dans les pays baltes, après l'accord qu'il avait fait avec les Allemands, il a expurgé tous ceux qui étaient un peu anticommunistes, les a envoyés en Sibérie et les a remplacés par des Russes.
C'est pas de la faute des russophones présents aujourd'hui dans les pays baltes. - A.Casse: C'est fort, cette dame qui dit qu'elle a peur du moment où elle aura peur de dire qu'elle a du sang russe dans ses veines. - D.Trinquand: En France, des gens ont émigré après 1917 et ont du sang russe.
Ils ont même un nom russe et ils sont parfaitement français. C'est là où je dis que ce n'est pas de la faute de ces populations. Ce qui est très intéressant, c'est qu'ils n'ont pas du tout envie de vivre en Russie.
C'est un prétexte que Poutine anime. Je fais de l'histoire plus longue. Les Sudètes, c'est comme ça qu'Hitler a envahi la République tchèque à l'époque.
Il y avait des minorités germanophones. - A.Casse: On passe à vos questions SMS.
Question. - L.Menget: Si.
Il n'en a pas très envie. Dans sa lettre, il propose différents lieux de rencontre possibles. - A.Casse: Notamment la Suisse. - L.Menget: La Turquie et des pays arabes.
On imagine qu'Oman, qui a une longue tradition de pays facilitant les négociations de pays ennemis, pourrait les accueillir. Il l'avait évoqué à un moment, mais le risque serait beaucoup trop grand pour lui. Dans la mesure où il est considéré, même si Poutine ne donnait pas un ordre clair de l'éliminer en profitant de sa présence, il est considéré par tellement de Russes comme un ennemi absolu que ce serait se jeter dans la gueule du loup. - A.Casse: Le porte-parole du Kremlin lui dit: "Chiche, venez nous voir à Moscou." - L.Menget: Politiquement, il a raison.
Il n'a pas à aller à Moscou. S'ils voulaient le faire venir à Moscou, l'objectif serait de le voir capituler. Il n'a aucun intérêt à le faire. - A.Casse: Question. - P.Gogo: J'ai vu tout à l'heure qu'il avait surtout répondu...
Il a répondu avec une autre lettre envoyée à son armée et dans laquelle il a dit...
Il y avait le slogan "continuez, les gars". On sent une volonté de la part de V.Poutine de ne pas montrer qu'il se rapprochera de 1 millimètre de V.Zelensky.
J'ai tendance à penser que cette rencontre n'aura jamais lieu et que V.Poutine n'acceptera jamais de parler à V.Zelensky.
C'est impossible. Il ne parle pas à ses opposants quand il y a une présidentielle. Les débats télévisés sont à chaque fois sans lui. - A.Casse: Pourquoi V.Zelensky propose-t-il cette rencontre alors qu'il sait qu'elle n'aura jamais lieu? - P.Gogo: C'est une façon de renvoyer la balle dans le camp d'en face.