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interviewLCP (sur YouTube)· 22 mars 2025 14 min

Harold Huwart, député LIOT d'Eure-et-Loir | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il a dû se faire un prénom en politique, car son nom, les habitants de Nogent-le-Rotrou, le connaissaient déjà. Mon invité était un maire heureux. Il explique que c'est par devoir qu'il est devenu député.

Il siège au sein du groupe LIOT, ici, à l'Assemblée nationale. Générique ... ...

Bonjour Harold Huwart. -Bonjour. -Avant, la politique c'était assez simple.

Il y avait la droite, il y avait la gauche, mais Emmanuel Macron est venu brouiller les repères en 2017. Mais c'était rien par rapport à vous. Quand vous vous êtes présenté aux municipales de 2020, sous les couleurs du parti radical de gauche, vous avez engrangé des soutiens de tous les bords politiques ou presque.

Mon confrère Xavier Naizet de France 3 Val-de-Loire a essayé de résumer le tableau. Je préviens nos téléspectateurs, restez concentrés, sinon vous allez vite être perdus. Regardez. *-Les bonnes fées de la politique *se sont penchées sur le berceau d'Harold Huwart qui, *en plus du soutien de son père, *bénéficie du soutien du président socialiste *du conseil régional, François Bonneau. -Ce qui est logique, car il appartient à sa majorité. *Plus étonnant, il est aussi soutenu *par Philippe Vigier, le député centriste d'Eure-et-Loir *qui pourtant était le principal adversaire de François Bonneau *lors des dernières élections régionales.

Encore plus étonnant, *il est aussi soutenu *par le président de droite du conseil départemental, *qui pourtant devrait soutenir son adversaire, *qui appartient à la majorité départementale. -Quand il entend ça, l'électeur de nos Nogent-le-Rotrou, il a de quoi être déboussolé. Vous êtes censé être de gauche, mais vous êtes soutenu par la droite, tout en ayant la droite pour adversaire.

Qu'est-ce qu'un électeur lambda doit comprendre de tout ça ? -L'électeur lambda, il comprend tout à fait que d'abord on est à Nogent-le-Rotrou, que tout le monde se connaît, qu'on a un projet d'abord pour la ville, pour le territoire, que quand on porte un projet, quand on est élu, et je l'étais déjà avant d'être maire comme vice-président de la région, on travaille avec des élus de gauche, des élus de droite, on travaille aussi avec tous ceux qui n'ont pas d'opinion ou d'appartenance politique. Je pense que l'électeur, profondément, il se retrouve dans l'idée qu'au-dessus de la gauche et de la droite, il y a quelque chose qui s'appelle la République, la France, et qu'il est plus que temps de le retrouver. -Ca transcende tous les clivages politiques ? -Non, car quand on est à Paris, à un moment donné, il y a des questions où la gauche et la droite s'opposent.

Mais il y a des moments où ce n'est pas le cas, où il faut dépasser ça, et il y a des moments où, dans les affaires locales, la capacité des hommes et des femmes à travailler ensemble est plus importante que l'appartenance politique. -Alors, on va remonter un petit peu le fil de votre parcours. Vous avez fait de brillantes études, Normale Sup, Sciences Po, l'ENA.

Vous vouliez devenir haut fonctionnaire, mais vous avez été rattrapé par la politique. Je dis rattrapé parce que le virus de la politique s'est transmis sur trois générations chez les Huwart. Il y a eu votre père, François Huwart, ex-ministre de Lionel Jospin et maire de Nogent-le-Rotrou et puis votre grand-père aussi, Robert Huwart, comment vous expliquez ça ?

C'est dans votre ADN, c'est comme ça, dans vos gènes ? -Non, ce n'est pas dans les gènes. Je n'avais pas forcément l'idée de faire de la politique au tout début.

J'étais plutôt dans l'idée de servir l'Etat parce que mes études m'avaient amené à me passionner pour le droit, l'économie, l'histoire. En revanche, je suis arrivé à Bercy. J'ai vu un long couloir de 500 mètres de long avec des collègues qui avançaient de 30 mètres en 30 mètres tous les deux ans à chaque avancement d'échelon.

Et je me suis dit qu'à un moment donné, je serais plus heureux, là où j'ai grandi, et à assumer des responsabilités peut-être plus modestes par rapport à ce qu'est la France, mais en tout cas qui correspondent à ce qui, moi, me passionne, c'est-à-dire mon territoire, la ville de Nogent-le-Rotrou, et puis surtout les hommes et les femmes qui le font vivre. -Est-ce que, quand vous vous êtes présenté, on vous a aussi considéré comme le fils de, très rapidement ? C'est quelque chose qui vous a été reproché ? -Toujours, oui.

De toute façon, le premier réflexe des opposants, c'est de se lancer sur la dynastie, la troisième ou quatrième génération, ça dépend comment on compte. C'est de l'héritier et ainsi de suite. Donc tout y va.

C'est le plus facile. Après, bon, il ne faut pas se laisser impressionner parce que d'abord, on est tous le fils ou la fille de quelqu'un. Et on a tous quelque chose d'unique dans notre histoire qui nous a amenés là où on est.

Donc moi, j'ai accepté avec une grande indifférence ces attaques-là depuis tout petit. Et ça ne m'a jamais impressionné ni influencé d'aucune façon. -Votre engagement politique a débuté plus tôt.

Je lisais que, dès 2003, à 21 ans, vous aviez travaillé aux côtés de Dominique Strauss-Kahn. Quel était votre travail, votre mission à ce moment-là ? -Je venais d'entrer à Normale Sup, à la rue d'Ulm, et il avait besoin de faire des discours avec des amis, donc on donnait des coups de main à ceux des personnalités dont les idées nous intéressaient et qui nous sollicitaient. -Donc Dominique Strauss-Kahn s'est inspirée de vos idées ? -Ca dépend, ça je ne sais pas, mais oui, par exemple, j'avais fait un livre avec lui, qui s'appelait "Vers l'égalité réelle", qu'on avait sous-titré l'élément d'un réformisme radical, et si vous le relisez, vous verrez que le livre est assez...

Il y a très peu de références socialistes et beaucoup de références radicales dans les citations. -On le relira alors. En 2011, vous avez dirigé la campagne de Jean-Michel Bellet à la primaire de la gauche, puis vous avez participé à l'élaboration du projet présidentiel de François Hollande.

Vous avez ensuite été dans des cabinets ministériels auprès de Marylise Lebranchu, de Jean-Marc Ayrault à Matignon, de Michel Sapin aussi. Avec laquelle de ces trois personnalités vous avez préféré travailler ? -Ils étaient très différents.

Marylise Lebranchu avait une formidable capacité d'empathie. Par exemple, on prenait le train pour aller dans un déplacement ministériel. Sur le fauteuil d'à côté, il y avait une maman qui n'arrivait pas avec son nourrisson à s'en sortir.

Le nourrisson pleurait. La ministre le prenait. Elle a eu plein d'enfants, donc elle savait s'en occuper. -Quelque chose d'assez naturel pour elle ? -L'humanisme était partout.

Il y avait une relation humaine immédiate avec une empathie avec tout le monde. Jean-Marc Ayrault, ça a été une expérience forte car c'était Matignon, j'étais sa plume. J'étais tout le temps fourré à côté de lui.

J'avais le bureau juste en dessous de lui. C'était sans doute l'expérience la plus passionnante. Aussi la plus dure parce que c'était un cas assez rare de Premier ministre qui avait un sens aigu de ses responsabilités.

Et qui était face à une difficulté assez simple, c'est que très peu de gens avaient envie de l'aider. Ni ses ministres qui étaient décidés à le déstabiliser, ni sans doute le président de la République qui, à l'époque, avait sans doute d'autres plans en tête. Donc c'était quand même une souffrance personnelle et j'en ai gardé l'idée qu'il y a dans la politique parisienne quelque chose qui, parfois, peut être malsain.

Et Michel Sapin, je le croisais, il était de la région, donc c'était aussi un ami, et c'était ma maison Bercy, puisque moi, à la sortie de l'ENA, je suis devenu administrateur de Bercy, donc il était assez naturel que je le rejoigne, et j'ai été heureux de travailler avec quelqu'un qui était brillant, extrêmement rapide. Et j'avais la chance d'avoir sa confiance. Donc, c'était des conditions assez favorables. -Alors, justement, pour être utile, l'Assemblée a longtemps été un objectif pour vous.

Vous avez essuyé deux défaites en 2012 et en 2017. Et c'est quand vous ne vouliez plus devenir député que vous avez été élu en en 2024. Je dis ça car vous avez expliqué à l'époque, je vous cite : "C'est une candidature par devoir.

Elle ne m'enchante pas." Pourquoi par devoir ? -Et vous savez, Nogent-le-Rotrou, c'est une petite ville, c'est une sous-préfecture, mais on gère une mairie, une communauté de communes, on gère l'hôpital, on a un office HLM.

A l'échelle du Perche, on a à peu près tout ce qu'on souhaite pour pouvoir agir. Et ça, ça n'a pas de prix. Parce qu'aujourd'hui, dans le contexte où toutes les responsabilités sont divisées, séparées, où on a de moins en moins de moyens d'action, avoir la possibilité de faire ce qu'on pense être utile avec le soutien de ceux qui sont assez spontanément avec vous, vraiment, ça n'a pas de prix.

Et donc, moi, j'étais plutôt dans l'idée, pour un certain temps en tout cas, de me consacrer aux affaires locales, à la région et au Perche. Et effectivement, l'image que j'avais de député était déjà assez dévalorisée. Parce que, bon, quand on est juste à l'Assemblée nationale, en plus, je l'avais vu quand j'étais administrateur de l'Etat, les lois ne sont pas rédigées par les députés, elles sont rédigées par les fonctionnaires travaillant dans les ministères.

Les possibilités d'amendement sont extrêmement restreintes. J'ai vu quand j'étais fonctionnaire des députés siéger très longtemps avec des capacités à bouger les textes qui étaient très très limités. Le pouvoir sous la Vème République, il est dans les ministères. -Mais à vous entendre, on a l'impression que le mandat de député n'est rien à côté de celui de maire.

D'ailleurs, vous avez déjà annoncé votre candidature pour 2026. Que faites-vous à l'Assemblée nationale ? -Je vous pose la question.

Je fais mon devoir, déjà. Je pense que l'année dernière, il y avait des circonstances assez particulières. Il y a eu le résultat des européennes qui était très préoccupant.

Il y a eu la décision de dissoudre l'Assemblée nationale qui était aberrante et qui a abouti au résultat qui était prévisible, c'est-à-dire un résultat dont on commence à peine à percevoir les vraies conséquences et qui, de toute façon, seront désastreuses pour le pays. La dissolution, c'est une bombe à fragmentation qui est extrêmement dangereuse. -Répercussions longues. -Extrêmement dangereuse pour le pays et on va s'en apercevoir dans les mois qui viennent encore plus que dans les premiers mois.

Et donc le député sortant qui était tout à fait légitime pour se représenter, même s'il n'avait pas forcément au début mes opinions politiques, a décidé de ne pas se représenter. On ne pouvait pas laisser les électeurs, notamment les électeurs du camp républicain, de gauche ou de droite, sans candidat, face à la perspective de voir un candidat du Rassemblement national élu. Ca, moi, je n'ai pas trop de difficultés à travailler avec des gens qui n'ont pas forcément mes opinions, qui sont dans le champ républicain.

Mais je ne me résous pas à laisser un parti d'extrême droite marquer des points. -Il était là votre devoir. -Et amener notre pays vers ce qui est le contraire de son intérêt.

Et donc pour ça, il faut se battre. Et il n'y a pas de concession à faire là-dessus. Et tant qu'il y aura ce combat à mener, je serai là.

Le vrai sujet est d'abord là. Et je pense que ce qui m'a animé dans la campagne, ce n'était pas d'agiter le drapeau d'un parti politique. Le spectacle que donnent les partis ne me convainc absolument pas.

C'est pour ça que je suis allé chez les Indépendants. Et je pense qu'au contraire, il faut revenir à l'essentiel : la défense de nos institutions républicaines, la défense de nos valeurs démocratiques et puis l'intérêt de l'Etat et les services publics, qui ont besoin d'être défendus et qui ont besoin de stabilité et de capacité d'action. Ce qui est à ce stade pas totalement évident dans l'esprit d'un certain nombre de chefs de parti. -On va passer maintenant à notre quiz.

Je vais vous proposer des phrases que vous allez devoir compléter. Si je vous dis, le secret d'un bon discours politique, c'est... -La part de soi-même qu'on met dans ce qu'on dit.

Ce n'est pas la subtilité des phrases, c'est la sincérité et la force de conviction qu'on y met. C'est pour ça que ça m'a toujours marqué. Un élu qui fait des fautes de liaison avec des idées simples, mais qui y croit, entraîne plus de monde que quelqu'un qui fait des raisonnements compliqués, sans doute vrais, mais qui sont purement abstraits. -Etre violettiste, c'est... -Maurice Violette, c'est...

Mon grand-père a succédé à Maurice Violette à la tête du département et c'était un homme qui a été ministre du ravitaillement pendant la Grande Guerre, maire de Dreux pendant 60 ans, qui a présidé le département pendant 40 ans, il a été le ministre d'Etat du Front Populaire, qui a fait plein de choses, un projet Blum-Violette. pour sauver l'Algérie française en donnant la citoyenneté française aux anciens combattants d'Algérie. C'était dans les années 20, dans les années 30, bien en avant des événements de la guerre d'indépendance algérienne.

Donc c'est un homme qui était plus grand que son destin. -Qui vous inspire toujours aujourd'hui ? -Qui m'inspire simplement parce qu'il y a encore ses archives, son bureau à la maison.

Et donc on est tous l'héritier de quelque chose. Ce qu'on est, ce qu'on a, on le doit à ceux qui nous ont précédés. Et dans la vie, y compris dans la famille d'ailleurs, il faut avoir le souci de conserver, de transmettre. -Si j'étais resté haut fonctionnaire ? -J'aurais sans doute été heureux, mais j'aurais fait autre chose à Bercy, au budget ou à l'économie. -Merci beaucoup, Harold Huwart, d'être venu dans La Politique et Moi. -Merci à vous.

Générique de fin