Peio Dufau, député apparenté Socialiste des Pyrénées-Atlantiques | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Sa vie est faite de combats militants qui l'ont mené loin de son Pays basque jusqu'à l'Assemblée nationale et loin aussi de ses camarades de la CGT. Mon invité est apparenté au groupe socialiste à l'Assemblée. Générique ... ...
Bonjour Peio Dufau. -"Egun on", bonjour. -Egun on, en basque. -En basque, en euskera, c'est ma langue maternelle. -Ca donne le ton.
Quand on est élu député, on doit faire quelques ajustements dans sa vie. En ce qui vous concerne, vous avez dû vous mettre en disponibilité de votre métier où vous étiez employé à la SNCF. Et puis vous avez dû renoncer à ça. *Guitare électrique ...
Alors, le guitariste qu'on voit sur ces images, c'est vous. On sent que vous donnez à fond, là. -Oui, c'est un peu...
Ca peut paraître paradoxal pour un député d'avoir d'autres vies à côté, mais en effet, la musique a pris une part importante dans ma vie. J'ai eu deux groupes différents. -Alors, j'allais en parler.
Là, c'est "Isaté", c'est ça ? -Izate, voilà. -Izate, je le prononce mal. -C'est ça.
Et Iluma. Avec Iluma, on a fait notre dernier concert au mois de janvier, là, et on a reformé le groupe Isaté, qui était un peu plus ancien, à la même occasion. C'était un petit clin d'oeil à l'endroit de nos débuts à Saint-Jean-de-Luz. -Dernier concert, ça veut dire que quand on est député, on doit renoncer à ça ?
C'est pas possible de... -Pour Iluma, c'était décidé avant l'élection.
Pour la musique, un des premiers achats que j'ai fait, arrivé à Paris, c'est une guitare sèche ça me détend et que ça me fait du bien de couper un peu. -Mais les concerts comme ça ? -On verra.
Je ne sais pas. Pour l'instant, en tout cas, c'est en pause. -Pourquoi ?
Faute de temps ? -Ca prend beaucoup de temps. -Ou parce qu'un député ne peut se permettre de faire ça ? -Je l'ai fait, trois jours après l'élection, j'ai ouvert les fêtes de Bayonne avec Iluma, donc ça montre bien qu'en soi c'est possible.
Je ne l'arrête pas par obligation d'arrêter, mais parce que je m'engage à fond dans mon mandat de député, j'ai besoin de me concentrer complètement et la musique ça demande quand même des répétitions de trois heures ou quatre heures par semaine. Et aujourd'hui, matériellement, je n'ai pas forcément le temps, on verra si j'arrive à m'organiser, si je continue à être député dans les mois qui viennent. -Alors, vos deux groupes de rock chantaient en basque.
Vous avez aussi fait partie d'un club de danse basque. Vous avez longtemps commenté des matchs de rugby en basque à la radio. Comment est né cet engagement pour la culture basque, pour la langue basque ? -Il est né à ma naissance, je crois.
Mes parents et toute ma famille est bascophone et c'est vrai que je joue aussi à la pelote basque et notre culture est basque tout simplement et le béaba d'une culture c'est sa langue et du coup c'est la langue dans laquelle je parle tous les jours à mes filles je n'ai jamais utilisé le français avec elles ou alors c'était vraiment parce qu'il y avait quelqu'un qui ne parlait pas le basque à côté mais voilà c'est plus fort que moi c'est pas né c'est juste que j'ai ça dans la peau j'ai la culture et la langue basque dans le sang, ça fait partie de moi. -Cet engagement a pris une dimension plus politique en 2008, je crois, avec une première candidature aux municipales à Saint-Jean-de-Luz. Puis, en 2020, vous êtes devenu adjoint à l'urbanisme à Ciboure.
C'est-à-dire que l'engagement associatif ne vous suffisait plus ? -La politique m'a toujours énormément intéressé justement parce que je pensais qu'il y avait mieux à faire que ce qui était proposé. Et puis je suis, je pense, engagé de nature.
Et donc quand il y a un défi qui se propose à moi, c'est vrai que j'ai tendance à avoir envie de le relever. -Et dans les années 2010, cet engagement, il s'est fait aussi au service de la paix, du processus de paix au Pays basque ? -Oui.
C'est un engagement très particulier parce qu'au Pays basque, on a beaucoup été fustigé par le conflit armé. -Là, on vous voit dans le cadre de "bakebidea", c'est ça ? -C'est "le chemin de la paix".
Et c'était une association citoyenne pour faire avancer le processus de paix. Ca n'a pas été simple, car les Etats français et espagnols n'étaient pas prêts à prendre part à cette paix, malgré la conférence où Kofi Annan avait participé notamment. Mais on a travaillé avec des experts internationaux.
On a réussi à ce que la société civile basque désarme l'ETA. Et aujourd'hui, on peut dire que le conflit armé est derrière nous, au Pays basque, même s'il reste toujours des conséquences de ce conflit à régler. -Quand on parle de la défense d'une langue, d'une identité, d'une culture, il y a une question qui se pose rapidement, c'est le degré d'autonomie politique que vous revendiquez, en l'occurrence pour le Pays basque.
Il y a le choix, il y a les régionalistes, les autonomistes et les nationalistes, les indépendantistes. Vous vous situez où, vous ? -Alors, mon parti, Euskal Herria Bai, on le voit sur la photo.
Nous, on a présenté une proposition de statut d'autonomie pour le Pays basque, en effet. -Ca veut dire quoi concrètement ? -C'est que le Pays basque puisse décider d'une partie des sujets qui le regardent.
Tout simplement, aujourd'hui, on est dans un Etat français qui est le seul en Europe à être aussi centralisé qu'il ne l'est. Et on souffre tous les jours des difficultés de l'éloignement du pouvoir. On voit qu'il y a une défiance du monde politique à cause de ça.
Et c'est vrai que malheureusement, le constat du macronisme, c'est que les décisions ont beaucoup été prises à Paris. Et au détriment des territoires, ça a créé la crise des Gilets jaunes. On voit aujourd'hui une montée du Rassemblement National parce que les gens ne se sentent pas entendus.
Ils sont prêts à arriver à l'extrême. Donc nous, on est pour dire qu'il faut que les décisions se prennent au plus près des citoyens. Pour le Pays basque, au Pays basque. -Plus d'autonomie, c'est-à-dire que l'indépendance du Pays basque, ce n'est pas votre rêve ultime ? -L'indépendance du Pays basque, je n'y suis pas opposé.
Mais aujourd'hui, on n'en est pas là. On travaille en consensus sur notre territoire à construire ensemble l'avenir du territoire. C'est ce qui s'est fait avec la création de l'agglomération Pays Basque.
Et il y a d'autres étapes qui vont certainement arriver dans les années à venir. Et nous, on donne un cap qui est l'autonomie. -Si je vous dis qu'en tant que député, vous êtes représentant de la nation française, ça vous va ? -Oui. -Ca a du sens pour vous ? -Oui.
Aujourd'hui, revendiquer d'être basque, ce n'est pas forcément en opposition. C'est vrai que les gens font ce raccourci-là. Aujourd'hui, on a une double culture.
Je pense que c'est une énorme richesse. On parle deux langues qu'on maîtrise parfaitement. C'est une double culture, un peu comme les Québécois parlent le français au Québec.
Certains en demanderaient son indépendance, d'autres pas. Ils sont malgré tout Canadiens et aujourd'hui, moi je suis basque et je suis dans la nation française, en effet. -Alors on vous présente souvent comme le premier député "abertzale", ça veut dire quoi ? -C'est patriote, si on parle en langage littéral, mais issu d'une tendance patriotique basque ou régionaliste ou autonomiste. -Et à l'Assemblée, vous êtes apparenté au groupe PS, sauf que quand on voit vos votes, notamment sur les différentes motions de censure contre le gouvernement de François Bayrou, on peut se demander pourquoi vous n'êtes pas LFI, car vous avez voté toutes ces motions de censure comme LFI, contrairement au PS. -Je n'ai pas une logique de Parti hexagonale.
Je prends mes décisions avec mon parti localement. Evidemment, avec les éléments du NFP, du PS, il n'empêche que le choix de la censure ou de ne pas censurer s'est pris localement. Et donc, je ne rentre pas dans une bataille qu'il y aurait entre différents partis de gauche.
On a vraiment, de ce côté-là, on est autonome. Je vais le dire comme ça. -Vous portez plusieurs combats.
Celui pour la défense des langues régionales que vous portez avec le breton Paul Molac. -Tout à fait. -Et puis, la préservation des terres agricoles face à la spéculation immobilière.
C'est un vrai problème au Pays basque. Et vous en avez fait un combat national, transpartisan avec une proposition de loi. Vous avez bon espoir qu'elle soit adoptée définitivement ? -Elle a été adoptée en première lecture à une écrasante majorité.
Il n'y a eu que trois voix contre. En commission, il y avait carrément une unanimité. C'est un sujet qui, quand on l'a amené à Paris, a coché toutes les cases parce qu'en fait, tous les territoires ruraux sont concernés par la problématique de la perte, de la disparition du foncier agricole... -L'idée, c'est juste pour bien expliquer aux gens, c'est que ces terres agricoles, elles sont aussi accaparées pour répondre à la spéculation immobilière, notamment dans les zones touristiques. -Pas que.
Dans les zones touristiques, il y a des gens qui ont envie de ruralité, mais qui ne veulent pas d'agriculture autour. Quand ils achètent une maison, ils ont énormément de terres agricoles autour et ils ne les laissent pas forcément à un agriculteur. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faut sacrer le caractère agricole de ces terres agricoles sinon on n'arrivera pas à nourrir la population, tout simplement.
Et c'est de la terre qui est perdue pour les agriculteurs, on ne peut pas se le permettre, et ça a fait consensus. -Parmi tous vos engagements, il y en a un qui est beaucoup plus personnel, c'est celui que vous menez pour votre fille, Ilune, qui est atteinte d'une maladie orpheline. *-A la sortie du collège de Ciboure, Ilune Dufau est une élève *de 4e parmi les autres.
Pourtant, elle souffre *d'une maladie génétique dégénérative très rare, *le syndrome de Wolfram, caractérisé par un diabète sévère *et la perte de l'ouïe et de la vue. *La semaine prochaine, elle sera la première française *à participer à un essai thérapeutique porteur d'espoir. *-Comme les autres, on a regardé le Téléthon à la TV *sans être concernés. *Du jour au lendemain, on se retrouve dans le cadre d'une maladie *génétique rare.
On ne pourra jamais remercier assez *tous les gens qui ont bataillé pour la création du Téléthon. -Alors votre fille a choisi de mener le combat contre cette maladie publiquement, de prendre la parole, d'intervenir dans des émissions à la télé. C'est vous qui lui avez transmis cette fibre-là ? -C'est un choix familial.
On avait le choix de baisser la tête et d'attendre que la maladie avance. Ou le choix de mener ce combat-là en disant que mener ce combat-là, ça voulait dire communiquer dessus. Et du coup, ce n'est pas forcément évident.
Il faut être capable de l'accepter. On a fait le choix à l'unanimité. Quand je parle de la famille...
Je ne parle pas juste d'Ilune, moi, sa mère, ses soeurs. Je parle d'un cercle beaucoup plus large, des amis également. Et du coup, c'est un combat qu'on a ensemble depuis des années.
Et avec l'association Syndrome de Wolfram, je salue ici Nolwenn notamment avec qui on bataille pas mal. -Et vous avez même organisé des collectes de fonds, des concerts assez impressionnants. Vous avez rassemblé beaucoup de monde lors de ces concerts-là.
Vous avez récolté combien au fil du temps ? -Je ne sais pas vous dire, mais c'est vrai que le premier événement qu'on avait organisé, on a collecté de l'ordre de 36 000 euros en deux ou trois mois, ce qui est colossal, on ne s'attendait pas à ça. -Et tout cet argent, vous le donnez pour la recherche. -Exactement.
Le but, c'est la recherche et trouver des solutions au-delà d'Ilune pour que cette maladie ne soit pas une fatalité pour les futures personnes diagnostiquées. -En un mot, il y a un point commun à tous vos combats ? -L'engagement, je crois vraiment.
Je pense à la sincérité, mais bon, les gens qui me connaissent le savent. Je crois en ce que je fais et je fais le maximum. On avait dit qu'un député basque à Paris ne pourrait rien faire.
En sept mois et demi, on a réussi à faire adopter une loi en première lecture. C'est quand même un bel exploit. -On arrive au terme de notre émission, donc on va passer au quiz.
Le principe, je vais vous proposer des débuts de phrases et vous allez devoir les compléter. Quand j'ai occupé la maison de Bruno Le Maire...
Ce que vous avez fait, concrètement. -Tout à fait. On a remplacé des tuiles cassées, si vous voulez tout savoir. -C'est vrai ?
Vous êtes monté sur le toit ? C'est sa résidence secondaire au Pays basque. Pourquoi faire ? -On demandait un déplafonnement sur la surtaxe, sur les résidences secondaires.
Et comme il était lui-même résident secondaire et qu'on n'arrivait pas à avoir de discussion directe avec l'Etat, on a fait cette action qui était très bon enfant et qui s'est très bien passée. On a rencontré la mère du ministre, je l'avais même eu au téléphone, et ça avait d'ailleurs permis de débloquer la situation, puisque 15 jours après, on avait réunion avec les services du ministère pour évoquer le sujet. -Sans les Basques, la France... -Se porterait bien aussi, je pense. -Ca ne changerait pas grand-chose ? -Je ne crois pas.
Pour moi, le député le plus rock est...
En dehors de vous. -Il y en avait un qui était très métal, qui était tous les ans au Hellfest. Sinon...
Je ne sais pas vous dire. Honnêtement, je n'ai pas suffisamment de connaissances encore. -C'était Patrick Roy qui est décédé, malheureusement. -Je me rappelle de lui, mais sinon, actuellement, je ne sais pas dire non. -Merci, Peio Dufau, d'être venu dans La Politique et Moi. -"Esker".
Merci à vous. Générique
Peio Dufau