La prise de parole en intégralité d'Emmanuel Macron à l'issue d'une réunion du G7
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le conflit a commencé dans la région, donc depuis 11 jours, nous avons réuni au niveau des chefs d'État et de gouvernement le G7 à l'instant, d'abord pour faire un point sur la situation et ses conséquences, et pour mettre en œuvre le travail et la coordination indispensables entre nos pays.
Évidemment, chaque jour, les bombardements continuent avec des impacts extrêmement préoccupants sur la région, je l'ai rappelé encore hier et avant-hier, les bombardements israéliens-américains sur l'Iran, et la riposte iranienne qui touche beaucoup de pays amis de la région et qui, à la fois en dommage leurs économies, menace leur sécurité, leur intégrité territoriale, ce qui a conduit la France, entre autres, à venir en aide conformément à ses accords de défense avec plusieurs de ses pays. Le G7 s'est réuni aujourd'hui, d'abord pour organiser le travail sur les mécanismes à mettre en œuvre pour la liberté de navigation et la sécurité maritime.
Et donc nous avons acté les trois axes que la France avait pu déjà définir pour elle-même. La présence en Méditerranée orientale, la libre circulation en mer Rouge de Suez à Babel-Mandeb, avec un exercice qui existe déjà, l'opération dite ASPIDES, à laquelle nous contribuons. Enfin, la nécessité de mettre en place un travail qui prendra plusieurs semaines, mais de coordination de plusieurs marines pour pouvoir escorter au moment voulu et assurer la libre circulation dans le détroit d'Hormuz.
Les conditions aujourd'hui ne sont pas remplies, le détroit est un théâtre de guerre, mais ce travail doit être organisé, c'est ce que nous avons proposé de préparer, avec en parallèle un travail avec les compagnies maritimes, les transporteurs et les assureurs. Le cœur du travail des derniers jours du G7 a été aussi d'essayer de répondre aux conséquences économiques de cette guerre. C'est ce qui nous a conduit lundi à lancer ce travail, dont j'avais pu parler à plusieurs d'entre vous, d'utiliser nos réserves stratégiques pour pouvoir donner un signal au marché mondial du pétrole et faire baisser les prix.
Cette décision a été préparée dans le cadre du G7, qui représente environ 70% des réserves qui sont contrôlées par l'Agence internationale de l'énergie. Et donc nous avons finalisé ces dernières heures, et ça a été annoncé à l'instant, la décision formelle de libérer 400 millions de barils de nos réserves stratégiques. Quand je dis nous, c'est la trentaine de pays qui sont dans l'Agence internationale de l'énergie. Ces 400 millions de barils, pour vous donner un ordre d'idée, ça représente environ 20 jours de sortie de barils par le détroit d'Hormuz.
Donc c'est significatif, c'est la plus grande libération de barils qui a été faite depuis qu'on pratique ces libérations de réserves stratégiques. Nous allons le faire de manière organisée dans les prochains jours, et donc ça a été acté dans le G7 que nous venons de tenir, ce qui envoie un signal clair pour faire baisser les prix mondiaux. Parallèle de ça, nous allons prendre toutes les mesures utiles pour encourager le maximum de production chez tous ceux qui produisent dans la période, et pour faire face donc aux conséquences de cette guerre, qui, je le rappelle, pour le pétrole et le gaz, fait qu'il y a environ 20% de nos capacités qui sont bloquées ou hors marché pendant cette période.
Et puis dans le même temps, nous allons engager avec plusieurs pays pour éviter toutes les mesures de restriction à l'export. Plusieurs pays ont pris des mesures qui ont un peu gêné le commerce mondial ou ont envoyé des mauvais signaux. Il faut que les choses restent fluides et que la coopération soit assurée entre toutes les économies. Dans le même temps, nous avons décidé d'avoir une coordination, donc on va l'organiser dans les prochains jours, entre les pays membres du G7 et les économies du Golfe, pour pouvoir justement organiser tout cela.
En parallèle, nous allons lancer les travaux pour évidemment suivre de près tous les impacts plus spécifiques, les tensions qui pourraient exister sur certaines catégories de carburants, et évidemment continuer de surveiller les conséquences sur le gaz, mais surveiller aussi les conséquences pour nos agriculteurs, puisqu'il y a aussi beaucoup d'engrais qui sont dans cette région. C'est environ un tiers des flux d'engrais mondiaux qui sont impactés par la situation. Donc là aussi, nous devons suivre la situation pour nos agriculteurs.
Au-delà de cela, nous avons acté également dans ce G7 que cette situation ne justifiait en aucun cas de lever les sanctions qui existent à l'égard de la Russie, qu'elle devait continuer de... Cette situation ne devait pas évidemment réduire notre attention à l'Ukraine, au soutien à l'Ukraine, et à la clarté que nous avons en termes de sanctions à l'égard de la Russie. Et donc nous allons maintenir nos efforts, et plusieurs d'ailleurs d'entre nous ont pu saluer l'implication des Ukrainiens qui sont très rapidement venus en soutien de beaucoup de pays du Golfe pour leur apporter leurs capacités et leurs innovations en termes de lutte anti-drone.
Voilà les quelques mots que je souhaitais faire pour vous rendre compte de ce G7 qui donc a permis d'apporter des réponses concrètes pour nos compatriotes en termes de prix de l'essence à travers cette mesure, justement, sur les réserves stratégiques de nos économies. Je vais maintenant répondre à vos questions.
Merci, M. le Président. Vous avez dit en début, en ouverture de réunion, vous avez aussi fait un point sur la situation sur le terrain, en cas d'entre le Président Trump. Est-ce qu'il vous a donné une vision un peu claire de son intention sur la durée de cette guerre ? C'est une déclaration contradictoire entre les différents dirigeants américains et israéliens et sur les objectifs de cette guerre ? Et par ailleurs, sur les sanctions contre le pétrole russe, est-ce que du coup il s'est engagé, il est revenu sur ses propos de l'autre jour quand il avait dit qu'il était prêt à donner des sanctions sur le pétrole russe ?
Sur la situation aujourd'hui et l'évolution de ce conflit, il ne m'appartient pas de parler à la place du Président des États-Unis d'Amérique. Et c'est lui qui clarifiera dans les heures ou les jours qui viennent. Ce qu'il veut dire, ce qui est clair, c'est qu'il est évident pour tous qu'aujourd'hui, il faut pouvoir définir des objectifs clairs sur le plan militaire et politique à ce conflit. Il y a déjà aujourd'hui des dommages considérables qui ont été portés aux capacités balistiques, militaires de l'Iran. L'Iran néanmoins continue d'agresser plusieurs pays de la région. Et donc ces capacités ne sont pas réduites à zéro.
Et dans le même temps, plusieurs groupes qui sont liés à l'Iran continuent d'agir. Je pense en particulier à ce qui se passe en Irak ou au Liban. Donc il appartiendra au Président des États-Unis d'Amérique de clarifier à la fois ses objectifs finaux et le tempo qu'il veut donner aux opérations. Pour ce qui nous concerne, nous, nous devons continuer de défendre nos ressortissants, ce que nous faisons, nos emprises. Nous devons être en situation d'être responsables et à la hauteur de nos alliances. Et donc nous sommes depuis le premier jour aux côtés de nos partenaires. Nous sommes aux côtés des pays qui sont les plus touchés et vis-à-vis desquels nous avons une responsabilité particulière.
C'est ce qui a justifié l'arrivée d'ailleurs ces dernières heures de l'aide humanitaire à laquelle je m'étais engagé pour le Liban. Et du travail au long cours que nous allons poursuivre aux côtés du Liban pour lutter efficacement contre les actions du Hezbollah et permettre au Liban de restaurer sa pleine souveraineté. Et enfin, nous, nous allons structurer et poursuivre le travail pour la liberté de navigation. En la matière, c'est ça le cœur de notre rôle. Et comme je le disais, en parallèle de cela, il y a eu un consensus.
Donc je vous confirme que dans les conclusions de ce G7 que j'ai pu tirer, j'ai résumé en disant qu'il y a un consensus qui n'a pas été rompu pour dire qu'on ne devait pas changer notre position à l'égard de la Russie et maintenir l'effort pour l'Ukraine. Et enfin, nous devons évidemment continuer de répondre aux conséquences économiques de cette guerre. C'est ce que nous avons fait par ce G7, les décisions des derniers jours sur la libération de certaines de nos réserves stratégiques et de manière plus nationale par les mesures que le gouvernement prépare.
Sur la partie énergie, justement, M. le Président, est-ce que je peux vous préciser quelle est la quantité qui va être utilisée dans les réserves françaises en termes de pétrole ? Vous parliez à l'instant des mesures que le gouvernement pourrait prendre pour protéger le pouvoir d'achat des Français. Si jamais, en effet, cette guerre stratégique ne suffise pas à limiter la hausse, est-ce qu'il faut prendre des mesures, protéger le portefeuille des Français, quoi qu'il en coûte, au risque d'accroître ?
Les réserves stratégiques, c'est un maximum qui a été donné. Et donc, nous avons décidé, dans le cadre de l'Agence internationale de l'énergie et de la trentaine de pays qu'il compose, de libérer jusqu'à 400 millions de barils, ce qui équivaut à environ 14,5 millions pour les réserves stratégiques françaises. C'est un maximum. On va le faire par étapes, en fonction des évolutions du marché, en se coordonnant avec nos principaux partenaires. Nous avons encore beaucoup d'autres réserves derrière, mais c'est une intervention de marché qui est importante. Pour que ce soit bien compris, ce sont des capacités que les États gardent par devéreux, qui ne sont pas sur eux-mêmes leur marché domestique.
Donc, ce n'est pas quelque chose qu'on enlève à quelqu'un chez nous. C'est des réserves qu'on garde pour réguler le marché et avoir ces instruments d'intervention en cas de déstabilisation. On a considéré que c'était le cas. Et donc, on les libère sur le marché. Ce qu'on fait, c'est qu'on le fait de manière coordonnée. On envoie un signal de marché pour que les prix baissent. Et on le fait en s'assurant que d'autres ne fassent pas des réserves indues. Et ça, c'est en particulier le travail qu'on va mener avec l'ensemble des pays du G7, qui représente 70% des capacités qui seront libérées. Et avec l'Agence internationale vis-à-vis des pays tiers.
Sur les autres mesures, le gouvernement a appelé chacun la responsabilité. J'ai vu aussi les prises de parole de plusieurs distributeurs. C'est une bonne chose. Au fond, il faut d'abord que les prix mondiaux se tiennent le plus possible. Si je devais vous dire les choses, quelle est la bonne réponse à la crise que nous vivons ? La première qui est le plus vite possible, un arrêt des combats et qu'on puisse reprendre la route d'Ormouz en la sécurisant comme il faut dans un cadre qu'on est en train de préparer. Donc on fait déjà œuvre utile dans la durée. Deuxième chose, tant que nous n'avons pas ça, il faut pousser ceux qui peuvent à produire davantage.
Éviter tout dysfonctionnement de marché par des comportements inappropriés où les uns ou les autres réduisent les exports ou bloquent le commerce mondial. Et faire des interventions techniques comme on vient de le faire, en relâchant nos capacités stratégiques qui sont faites pour ça. Et puis au niveau national, ce que le gouvernement est en train de faire, c'est d'abord de faire des contrôles pour s'assurer qu'il n'y a pas des gens qui profitent de la situation pour monter un peu trop vite et trop fort les prix. Et c'est tout faire pour que la hausse se transmette le plus lentement possible dans les prix à la pompe.
Qu'ensuite, dès qu'il y a une baisse, elle, elle redescende le plus vite possible dans les prix à la pompe. Et d'engager les principaux distributeurs à essayer de tout faire à prix coûtant. Et essayer de ne pas aller au-delà de certains prix. Certains ont commencé à s'engager ces dernières ans dans ce sens, c'est une bonne chose. Puis le gouvernement, lui, renforcera les contrôles. Après, il appartiendra au gouvernement, si la crise devait durer, de voir les mesures appropriées. Ce n'est pas aujourd'hui qu'on peut dire cela. Tout ça nous montre une chose. Ce qu'on est en train de vivre, c'est le coût de la dépendance.
Et donc quand vous m'entendez depuis des années parler de plus d'autonomie et de décarbonation, parce que la France ne produit pas du pétrole et du gaz sur son sol, c'est ça, c'est-à-dire que tout ce qu'on fait qui nous amène vers la transition, c'est réduire aussi la dépendance et donc notre exposition à des risques géopolitiques. Et donc on a raison de continuer à électrifier massivement, à réduire nos dépendances. C'est un chemin en long cours. On l'a beaucoup accéléré ces dernières années. Il est utile dans ces périodes.
Je n'ai pas d'informations sur ce sujet de manière sûre.
J'ai vu comme vous, dans ce qu'on appelle des sources ouvertes, c'est-à-dire sur des fils d'informations ou des interventions que ce serait possible, je n'en ai pas la confirmation, ni par des services partenaires, ni par nos propres services. Donc je ne peux pas vous répondre, je ne peux pas répondre à cette question. Évidemment, ce serait un choix lourd qu'auraient fait les Iraniens, mais je ne veux pas commenter quelque chose sur lequel je n'ai pas de certitude. Aujourd'hui, en tout cas, c'est une zone de guerre. Donc aujourd'hui, on ne peut pas sérieusement considérer qu'on peut reprendre le commerce international.
Et donc il y a plusieurs centaines de tankers et de portes-conteneurs qui sont aujourd'hui à l'arrêt des deux côtés du Détroit. Et donc il faut d'abord que les conflits cessent, et ensuite que le travail se structure. Il est à la fois sécuritaire, il est aussi technique. C'est tout ça qu'on prépare.
Emmanuel Macron