Faits divers et True Crime, a-t-on atteint l'overdose ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à tous, bienvenue dans le débat de midi, je suis ravi de vous accueillir pour le mois d'août. Alors Paola Poirari a tout laissé en ordre, il y a une petite pâche. Enfin bref, merci à elle pour avoir tenu ce micro en juillet et bon repos si elle nous écoute. En tout cas, le débat de midi, fidèle à sa mission d'explorer les thèmes de notre société, va prendre des risques aujourd'hui en parlant faits divers. Alors je vous explique, en fait la semaine dernière j'étais dans une soirée et quelqu'un vraiment m'a demandé quel était mon fait divers préféré. C'est vrai que ça m'a interloqué, K.
Jusqu'à présent j'étais plutôt sur des questions c'est quoi ta pizza préférée ou plus jeune, c'est quoi ton schtroumpf préféré. Mais mon fait divers favori, aucune idée. Par contre, tous les convives de la soirée ont pu citer des exemples. Alors nous sommes fans de faits divers, c'est vrai, de Xavier Dupont de Ligonnès en passant par l'affaire Grégory ou d'Amer, les documentaires ou fictions évoquant les affaires mystérieuses où les serial killers rencontrent un succès toujours plus grandissant. Que dire de l'affaire Palmad qui a suscité cette année une couverture médiatique incroyable.
Tout média confondu, deux fois plus d'articles que par exemple sur Kylian Mbappé pendant la Coupe du Monde. Alors est-ce l'inquiétude, l'horreur qui nous attire ou au contraire l'extraordinaire et la fréquentation des monstres ? Le fameux, et dire qu'il habitait à côté de chez moi ? Alors pourquoi une telle passion pour les faits divers ? On en discute jusqu'à 13h dans le débat de midi. Vous pouvez réagir vous aussi via l'appli France Inter en nous laissant des messages et surtout également des notes vocales. Car vous pouvez bien sûr participer au débat, le débat de midi, l'heure du crime. Enfin bon, il est midi 5 on va dire. En tout cas, on en discute sur France Inter.
Jean-Mathieu Pernat, le débat de midi sur France Inter.
Et pour en parler de ces faits divers autour de la belle table du débat de midi, nous recevons Andine Millau. Bonjour. Bonjour. Vous êtes autrice, ancienne journaliste à Libération, spécialisée dans les faits de société et la chronique judiciaire. Vous êtes autrice des livres Les monstres n'existent pas et Le candidat idéal. Également à vos côtés, Franck Canesse, bonjour. Bonjour. Vous êtes président et cofondateur de SoPress. Alors SoPress, il y a Society, SoFoot, SoFilm. On connaît bien vos déclinaisons et en kiosque, on peut trouver, eh bien, Colcase, Affaires Mystérieuses, Disparition, Butin, Introuvable. C'est un hors-série disponible dans toutes les librairies.
Également, Damien Delseni, bonjour. Bonjour. Vous êtes rédacteur en chef poli-justice du Parisien, animateur du podcast Faits Divers du Parisien Crime Story. Et puis en duplex depuis France Bleu, depuis Toulouse, France Bleu Occitanie, Élise Costa, bonjour. Bonjour. Vous êtes plume de parquet pour Slate, créatrice du podcast Fenêtres sur cours et autrice du livre Les Nuits que l'on a, Les Nuits, pardon, que l'on choisit. Alors, forcément, quand on parle Faits Divers, Franck Canesse, je me tourne vers vous parce que ça m'a rappelé un été, forcément, ce thème. Et vous aussi, j'imagine, il y a eu un avant, un après, on peut dire, pour le groupe Society avec des magazines consacrés à l'affaire.
Xavier Dupont, Ligonnès, entre 300 et 400 000, c'est ça, numéros ? 450 000, même. 450 000, numéros vendus. Donc, c'était deux numéros. C'était une enquête que des journalistes de Society avaient menée. Est-ce que vous avez compris maintenant avec le recul, c'était en 2020, était 2020, donc nous sommes trois ans plus tard. Est-ce que vous avez compris le succès et l'intérêt, justement, du lecteur pour cette affaire ?
Oui, je pense qu'on l'a traité de manière un peu différente de la façon dont elle avait été traitée avant. Déjà, c'est une affaire qui était beaucoup traitée et tout le monde pensait avoir tout lu sur l'affaire. Et nous, on arrivait avec énormément de choses nouvelles. Donc, forcément, ça suscitait un intérêt et le bouche à oreille a fait son job très, très vite.
Et après, je pense qu'on avait une manière de le traiter qui était un peu différente, puisqu'on était beaucoup sur l'aspect humain de l'affaire et pas le fait que le monstre Xavier Dupont-Ligonnais serait un être humain au fond, mais bien plus sur le fait que ses deux meilleurs amis, notamment, avaient également été victimes de ce fait divers. Et en fait, on était vachement sur le fait qu'un fait divers fait toujours plus de victimes que les victimes réelles du fait divers. Et donc, ce cercle comme ça, qui était abîmé par l'affaire, je pense que c'est ça qui a beaucoup touché aussi les gens.
C'est-à-dire qu'on suivait plus les péripéties, finalement, de ses deux amis, Teneur et Rétif, que de Xavier Dupont-Ligonnais lui-même.
Et c'est devenu, en effet, un énorme succès qu'on a pu trouver dans les kiosques par abonnement. Damien Delseni, c'est vrai qu'aujourd'hui, les faits divers, je le disais, on en voit beaucoup, notamment, on le voit sur les plateformes, il y a énormément de fictions autour. Mais concrètement, le fait divers de tous les jours, celui que vous traitez aussi dans Le Parisien, est-ce que vous trouvez qu'on s'y intéresse davantage ou ça a toujours été le cas, finalement ?
Alors, ça a probablement toujours été le cas, mais c'est vrai qu'il a pris une place un peu différente au cours de ces dernières années. Je pense surtout par le nombre, en fait, de médias qui s'y sont intéressés pendant très longtemps. Le fait divers, il y a des dizaines et des dizaines d'années, était une espèce de rubrique un peu cachée dans les quotidiens, qui était d'ailleurs un peu dépréciée par rapport au reste. Et peu à peu, le fait divers, il a grignoté dans les pages des journaux, que ce soit la presse écrite, la radio, la télé. Il s'est fait une place. Effectivement, aujourd'hui, il occupe une place prépondérante. Alors, aux Parisiens, ça a toujours été un marqueur fort du journal.
Donc, on a toujours eu cette culture du fait divers. Mais c'est vrai qu'il est plus présent, il est plus massif. Il n'est pas toujours, je trouve, très bien traité. Parce que forcément, comme il y a beaucoup de monde, on finit d'abord par raconter un peu toujours tous la même chose. Et parfois de manière un peu cheap, je dirais. Mais en tout cas, effectivement, il intéresse plus. Mais tous les faits divers ne sont pas... Enfin, moi, je classifie toujours les faits divers. Et je pense que l'affaire Dupont-de-Ligonnès, pourquoi elle fonctionne et pourquoi elle fonctionne toujours aujourd'hui, c'est parce qu'elle a tous les ingrédients du fait divers qui intéressent.
Bien au-delà du fan classique qui lit les pages de faits divers tous les jours, l'affaire Dupont-de-Ligonnès, elle dépasse complètement ce cadre-là. Parce que la définition d'un bon fait divers, c'est une histoire extraordinaire qui arrive à des gens très ordinaires. Et c'est comme ça qu'il y a un phénomène d'identification. Vous disiez tout à l'heure, quand je pense que c'est mon voisin qui l'a fait ça, le fait divers, c'est ça. Ça fonctionne quand on peut s'identifier à l'histoire parce qu'elle peut peut-être nous arriver ou elle peut peut-être arriver à des gens qu'on connaît. Le fait divers totalement violent, purement violent, purement glauque, il ne fonctionne pas.
Il fonctionne sur un trait de temps qui est très bref, en fait. Il fonctionne sur la sidération, sur l'horreur, etc. Mais ça ne dure pas à plusieurs jours. Le fait divers qui arrive, l'affaire Grégory qui dure depuis 40 ans, elle dure parce qu'on a dépassé depuis longtemps le problème d'un meurtre d'enfant. C'est une histoire familiale, c'est un lieu, c'est une ambiance, c'est toute une époque. Et effectivement, ça dépasse le cadre du crime comme l'affaire Dupont-de-Libonnès.
Alors, Élise Costa, vous êtes donc en duplex depuis Toulouse. Pour vous, c'est ça aussi notre fascination aujourd'hui pour le fait divers, ou même qu'on a toujours eu. Ça pourrait nous arriver et qu'on est aussi fascinés par ce fait divers à côté duquel nous sommes passés ?
En fait, je pense que ça dépend aussi beaucoup du thème qui va être abordé dans le fait divers. C'est-à-dire que, par exemple, effectivement, l'affaire Xavier Dupont-de-Libonnès, elle a tellement, non seulement le mystère, mais elle a aussi la catégorie socioprofessionnelle, j'ai envie de dire, dans laquelle le crime s'est déroulé. Enfin, à chaque affaire, à chaque grosse affaire, il va y avoir, en tout cas, un élément qui va faire que les gens vont se passionner pour telle ou telle affaire. C'est pareil aussi avec l'affaire Jacques Viguier qui, justement, est arrivée à Toulouse. C'était quoi l'affaire Jacques Viguier ?
Alors, c'est l'histoire d'un professeur de droit accusé d'avoir tué sa femme Suzy et qui a été acquittée en appel à Albi. Et donc, en fait, dans cette affaire-là, il y avait aussi, c'est pareil, le milieu social. C'est un professeur de droit, donc on peut imaginer, enfin, en tout cas, l'imaginaire peut se développer et se dire que si quelqu'un sait faire disparaître un corps, c'est bien lui. Enfin, que ce soit vrai ou non, je veux dire. Mais, en tout cas, dès lors qu'il y a un mystère, c'est sûr que ça va entraîner un débat et les gens vont pouvoir en parler entre eux en se donnant les hypothèses possibles, etc.
Alors, on dit mieux, vous-même, c'est vrai qu'il y a un de vos livres qui s'appelle Les monstres n'existent pas. Et c'est cette fréquentation des monstres aussi dont on parle quand on évoque les faits divers. Pour vous, il y a aussi ça, je ne dirais pas une fascination envers ces personnes-là, mais tout de même de se dire qu'on peut les approcher, les observer ?
Alors, effectivement, Damien l'évoquait, il y a dans cette attraction vers le fait divers, ce côté de se dire, ah, cette personne me ressemble, mais quand même, finalement, moi, mes petites transgressions, mes petits arrangements avec la morale, ce n'est pas si grave. C'est-à-dire une identification et un phénomène de réassurance sur soi-même. Ça, c'est le phénomène qu'on prend pour frissonner, le fait divers pour frissonner et pour se rassurer. Voilà. Je vous avoue que ce n'est pas ce que j'essaye de faire quand je fais un livre, Les monstres n'existent pas.
Ce choix de titre, c'est plutôt justement pour montrer que le titre, Le monstre, qui a eu lieu sur l'affaire que je raconte dans ce livre, c'était les titres, c'était Le monstre, Le monstre, Le monstre, à propos d'une femme infanticide, pour se dire que c'est très loin de nous et quand même, nous, on est différents et ce qu'on fait, c'est vraiment moins grave. L'idée était justement de montrer que non, cette femme avait grandi parmi nous, dans la société, dans un village extrêmement inséré, aide-soignante auprès de personnes âgées, connue de tous, aimée de tous, et que donc, en fait, elle ne venait pas d'une autre planète, mais de parmi nous.
Que ça reste humain, en fait.
Et c'est aussi une des raisons, quand même, du fait divers, qui est de mieux en mieux traité, que ce soit, effectivement, dans les podcasts, du Parisien, dans Society, c'est qu'aujourd'hui, on essaye quand même de voir ce que ça révèle de nous, de notre société, et de ces gens qui viennent bien de parmi nous, en fait.
Oui, il faut qu'il connaisse. Oui, c'est ça, c'est-à-dire que, si on prend Xavier Dupont-Ligonnès, on va pas en faire deux heures sur Xavier Dupont-Ligonnès, mais ce qui est intéressant dans l'affaire Xavier Dupont-Ligonnès, c'est pas tant qu'il ait tué toute sa famille, en fait.
C'est que ça dit des choses sur le patriarcat, ça dit des choses sur des milieux sociaux, ça dit des choses sur des régions, ça dit des choses sur 15 ans, voire 30 ans d'évolution de la France, ça dit des choses aussi sur la bulle Internet, puisque c'est le moteur, finalement, le déclencheur de son axe, c'est-à-dire qu'il croit faire fortune avec Internet, et c'est au début, le mec, il invente un truc qui n'est plus ni moins que Booking.com, sauf qu'il a pas le même nom, et qu'il est pas aussi pointu que... Mais au départ, c'est pas une si mauvaise idée, il croit qu'il va faire fortune, et finalement, il fait pas fortune, et le fait de pas faire fortune va aggraver la situation, etc.
Mais donc, ce qui est intéressant, c'est aussi tout ce que ça raconte derrière, en fait. Et c'est là où ça devient vraiment un fait divers intéressant. Si c'est juste pour raconter un meurtre, bon, et je suis d'accord avec Damien, du coup, ça devient un peu cheap, quoi.
Alors, Damien Delceni, il y a, vous l'avez dit, il y a aussi une catégorisation, en effet, du fait divers. Il peut y avoir des affaires, on va dire, extraordinaires, comme on l'a dit, Xavier Dupont-Légonès, où on a en tête l'affaire Godard, des choses dont on n'arrive pas à trouver la solution, et donc qui passionnent. Et puis, il y en a d'autres. Alors là, on est, vous allez me dire, dans quelle sorte de fait divers ? Là, notamment, aux Parisiens, l'affaire Palmade, on a vécu, il y a eu énormément de choses. Je le disais, c'est vrai, je crois que le site du Parisien a eu une fréquentation, mais incroyable, lors de... Un record absolu de fréquentation du site, ouais.
Vous avez un chiffre ou pas, là-dessus ? Parce que... C'est plusieurs millions de pages vues, enfin, c'est... Voilà, c'est un chiffre qui nous a... Mais qui nous a, nous-mêmes, surpris, en fait. Nous, on ne s'attendait pas du tout quand l'affaire démarre tard le soir. Bon, évidemment, on sait que c'est Pierre Palmade, mais Pierre Palmade n'était plus non plus une star de premier plan à ce moment-là. Et franchement, on n'avait pas du tout envisagé que ça prenne une place pareille. Parce qu'effectivement, là, on est typiquement dans un fait divers qui, si vous prenez juste le fait, qui est tristement banal, qui arrive tous les jours. Il se passe quelque chose.
Voilà, un accident de voiture à quelqu'un qui a pris de la drogue ou qui a bu. Et là, il se passe quelque chose. Mais honnêtement, qu'on ne maîtrise pas vraiment. C'est-à-dire qu'il y a une personnalité, évidemment, qui est impliquée, ce qui rajoute un ingrédient. Il y a aussi, dans la voiture qui arrive en face parmi les victimes, une famille avec une femme qui perd son bébé. Et là, vous avez, en fait, tout un tas de lumières qui s'allument, en fait, et qui évoquent quelque chose dans l'esprit des gens. C'est-à-dire qu'il y a la chute d'une célébrité, la déchéance de quelqu'un.
Ce n'est pas mal de dire ça, mais ça intéresse aussi quelqu'un qui a connu le sommet, qui se retrouve dans une situation comme ça, et puis, en face, vous avez des gens qui ont une vie parfaitement normale, parfaitement ordinaire et qui se retrouvent saccagés. Et ces personnes-là, elles ont fait un processus d'identification parce que ça peut être nous qui arrivons en face avec notre voiture, avec nos enfants à l'intérieur. Et puis, il y a le côté enfant, c'est-à-dire que la présence d'un enfant dans le fait divers, elle fait tout basculer, en général. C'est-à-dire que moi, j'ai le souvenir, par exemple, de l'affaire Maëlys, qui, avant d'être l'affaire Lelandais, était l'affaire Maëlys.
Avant même que le prénom de Nordal Lelandais soit prononcé et qu'on découvre le personnage, dès le premier jour de cette affaire, ça a marché pour une raison très simple. Maëlys, elle disparaît pendant un mariage. Tous les gens qui ont des enfants, ils ont cette peur panique. Quand vous allez au square, quand vous allez dans une cérémonie, vous tournez la tête 5 secondes, vous la retournez, il n'y a plus personne. Et votre enfant, il disparaît. Et ça fonctionne parce que, voilà, parce que la disparition d'un enfant, le mystère, et après, viennent se surajouter des éléments. Et Palmat, c'est ça.
C'est une espèce de juxtaposition de la déchéance de quelqu'un de connu, des victimes innocentes qui arrivent en face et dont la vie est brisée. La drogue, l'alcool au volant, et tout ça fait une espèce de cocktail, mais honnêtement, qu'on n'avait pas imaginé voir prendre une telle ampleur.
C'est ça. Et Lys Costa, c'est vrai que c'est un peu le fait, c'est vrai que ce fait d'hiver qui est arrivé, donc c'était en février, je crois, février dernier, a pris un peu tout le monde de court par son intérêt de la part du public.
Vous parlez de, pardon, excusez-moi, vous parlez de l'affaire Palmat ?
Oui, exactement.
Oui, oui, mais je pense que c'est exactement ce qu'on disait précédemment, c'est-à-dire qu'en fait, le fait que, par exemple, moi je trouve que c'est intéressant par rapport à la déchéance du personnage qui a été extrêmement connu dans les années 90 et qui était vraiment une superstar à la française. Et effectivement, il y a un côté un peu fascinant autour de ça de se dire, en plus, il a brisé la vie d'une famille complètement normale qui, elle, en plus, s'est retrouvée propulsée dans, déjà que c'est assez douloureux comme ça, mais en plus, elle s'est retrouvée propulsée dans un système médiatique qui, à mon avis, les a complètement dépassés.
Oui, c'est ça. En effet, on est vraiment sur ce sujet-là. Et en effet, quand on voit aujourd'hui ces faits divers et quand on voit l'importance aussi francanais, c'est qu'à un moment, les faits divers, tout à l'heure, vous le disiez, Damien Delsény, c'est devenu un peu plus touffu des journaux sur la Terre d'Avantage et rien que l'appellation, avant on disait des chiens écrasés. Aujourd'hui, on parle de faits divers, en gros. C'est-à-dire qu'avant, c'était considéré comme quelque chose d'un peu sale ?
Non, un peu sale, mais surtout parce que ça se limitait à des chiens écrasés. On était sur le fait, en fait, pur et dur. Et le fait pur et dur est rarement très intéressant. Ce qui est intéressant, c'est le contexte et c'est tout ce qui va être autour. Pierre Palmade, il y a effectivement ce que Damien a décrit, il y a aussi la vie secrète d'une star qui est révélée. C'est-à-dire que les gens du milieu savaient un peu quelle était la vie de Pierre Palmade, mais le grand public ne savait pas quelle était la vie de Pierre Palmade. Et donc, tout à coup, ils découvrent une vie faite d'orgies, etc. Ils se disent « Ah ouais, ok, d'accord, c'était ça, Pierre Palmade.
» Pour eux, Pierre Palmade, c'était un mec qui faisait un sketch sur une scène. Et en fait, ce n'est pas ça. Et donc, c'est un peu tout ce qui va aller autour, au-delà du simple fait. Et nous, je me souviens, au début de Society, on avait une rubrique qui a disparu. C'est marrant parce que maintenant, on est vachement connus pour nos faits divers. En fait, au début de Society, il y avait carrément un cahier faits divers qui s'appelait La Jungle, où il y avait à chaque fois trois, quatre faits divers qui étaient décrits et qui étaient enquêtés. Et sur plus ou moins de signes. Et en fait, à chaque fois, on partait de faits divers qui étaient souvent trois lignes dans des journaux.
Et nous, on creusait autour et on se disait ah tiens, ces trois lignes-là, peut-être que si on creuse autour, il va se passer qu'il y a des choses autour à raconter qui sont intéressantes. Ce n'était pas toujours le cas, donc ça prenait plus ou moins de place. Mais voilà, il y a encore ce truc de raconter en trois lignes juste des faits. Et ça, ça existe toujours, le côté chien écrasé. C'est juste qu'après, il y a des faits divers qui prennent plus d'ampleur. Mais ça, ça fait un petit moment que ça dure. Un fait entrer l'accusé, ça doit avoir 30 ans par exemple. C'est ça,
on est mieux, je vais réagir par rapport à fait entrer l'accusé. C'est une référence, vous justement, en termes de traitement de faits divers. Vous trouvez cette émission ?
Alors, je trouve que c'est très regardé, en tout cas, que les gens en parlent beaucoup. Enfin, on me parle énormément du dernier fait entrer l'accusé. En plus, il y a des rediffusions, donc on en parle d'anciens aussi. Et qu'effectivement, ils ont été quand même c'est-à-dire qu'on va se donner énormément de temps. En termes de prod, ils sont à 3-4 mois, ce qui est, je crois, un peu les plus longs prod pour les émissions de faits divers. Et à aller voir aussi, à se dire, on fait, ils passent après tout. Fait entrer l'accusé, c'est-à-dire qu'ils attendent une condamnation définitive.
S'il y a un pourvoi en cassation, ils attendent le résultat, ils attendent que la personne soit définitivement condamnée. Ce qui peut poser d'ailleurs des soucis en termes de réinsertion quand c'est des condamnations pas trop longues pour les gens. Pour le téléspectateur et pour la qualité de ce qu'ils produisent, ça a cet énorme avantage que du coup, ils vont avoir des juges, des policiers qui vont témoigner. Et c'est vrai, donc du coup, ils nous emmènent complètement dans les coulisses des juges d'instruction qui parlent, des policiers enquêteurs qui parlent. C'était assez rare avant eux. Enfin, ils ont vraiment amené ça.
C'est-à-dire qu'en fait, aujourd'hui, véritablement, ce que vous disiez tout à l'heure, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on ne se contente plus du fait. On veut aussi, en tant que spectateur, que lecteur, on veut aussi l'enquête, en fait, tout simplement.
On veut la vie de ces gens, en fait, de part et d'autre. C'est vraiment le caractère humain qui est très, très important. C'est aussi bien les victimes que les protagonistes principaux.
Allez, on va continuer à parler faits divers dans un instant. On va voir si ça correspond vraiment à notre époque. On parle d'une époque violence. Alors, est-ce que les faits divers sont plus violents et correspondent parfaitement ou pas à l'année 2023 ? Ce sera juste après Étienne Dao avec Vanessa Paradis tirer la nuit sur les étoiles.
Sur France Inter.
Le débat de midi. On parle faits divers. Et oui, jusqu'à 13h sur France Inter. Alors, faits divers, est-ce qu'on est arrivé un peu à saturation ? On voit qu'il y en a partout actuellement, que ce soit sur les plateformes, dans les journaux, à la radio, bien sûr, à la télévision. Et pour en parler, nous avons réuni aujourd'hui Élise Costa, qui est plume de parquet pour Sled, créatrice du podcast Fenêtres sur cours, autrice du livre Les Nuits que l'ont choisi. Également, Franck Hannais, président et cofondateur de Sopresse. Damien Delsenic, rédacteur en chef Polyjustice du Parisien, animateur du podcast Faits divers, du Parisien Crime Story.
Et Ondine Milot, autrice, ancienne journaliste à Libération, spécialisée dans les faits de société et la chronique judiciaire, autrice des livres. Les monstres n'existent pas et le candidat idéal. Vous pouvez bien sûr réagir via l'appli France Inter pour nous laisser des messages et également des notes vocales. Et oui, alors ça, il ne faut pas hésiter. On diffusera bien sûr à l'antenne pour en débattre ensuite avec nos invités. Et d'ailleurs, là, on a reçu quelques mails. Et alors, j'avais justement une question à vous poser. C'est souvent la question d'ailleurs qui revient, Damien Delseny, à propos des faits divers.
Ça, c'est Eric qui nous dit vous vous intéressez aux faits divers en parlant de nous, en disant que au débat de midi, nous sommes des pompiers pyromanes. Vous vous intéressez aux faits divers comme quelque chose d'un peu répugnant et réservé au peuple. Mais en fait, vous alimentez cet intérêt. Est-ce que vous comprenez ça aussi ? C'est souvent ce qu'on dit à nos propos, quand nos rédactions s'intéressent en effet aux faits divers. On dit à vous alimenter ce genre de choses.
Oui, c'est un peu un débat un peu éternel. Mais le fait divers, on ne le crée pas nous. C'est-à-dire qu'il survient, on le traite, on l'analyse. Encore une fois, je pense qu'on essaie tous, en tout cas aux Parisiens, de donner la place qui est justifiée. Encore une fois, on ne traite pas un fait divers pour faire peur aux gens ou pour les horrifier. Je pense que, de toute façon, ça ne fonctionne pas. Quand on décide de raconter une histoire ou de se pencher sur un dossier plutôt qu'un autre, c'est parce qu'on va sentir que peut-être derrière, il y a des personnages. Ça va dire quelque chose, effectivement, ce qu'on disait de la société dans laquelle on vit aujourd'hui.
Donc, on ne fait pas du buzz pour faire du buzz ou de l'affreux pour faire de l'affreux parce que, d'abord, ça n'intéresse personne, même pas le journaliste qui va s'en occuper d'ailleurs. Et je pense qu'au bout du bout, que ce soit l'auditeur, le lecteur ou le spectateur, il ne sera pas pris dans une histoire qui n'a pas de ressort autre que, effectivement, le pur fait violent et affreux. C'est ça.
Élise Costa, quand on dit souvent, aussi, c'est souvent une remarque que l'on a à propos des faits divers, c'est le miroir de nos sociétés. Est-ce qu'on peut le résumer ainsi ou alors, comme ça a toujours été le cas, on ne peut pas non plus tirer une conclusion sur une société qui est plus violente qu'une autre ?
Non, ça, le fait que la société soit plus violente aujourd'hui qu'avant, je n'y crois pas du tout. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est que quand on assiste à un procès, c'est sûr que, parce que les procès, généralement, d'assises, en tout cas, ils durent entre, je ne sais pas, trois jours et puis ça peut aller à plusieurs semaines.
Ce qu'on va voir, c'est qu'on va avoir un condensé d'humanité et un condensé, effectivement, de la société au travers des témoins mais même des enquêteurs parce que chacun va arriver avec sa façon de parler, sa façon de travailler, sa façon de voir le monde aussi et durant toutes ces journées d'audience, du coup, on va avoir effectivement un résumé et c'est vrai, tout ce qu'on a dit avant et c'est la différence, je pense, avec, par exemple, les chaînes YouTube qui s'intéressent au true crime, c'est qu'en tant que journaliste, on va essayer d'aller au-delà du crime et de dire autre chose que les faits sordides ou les détails glauques, etc. Et ça, le procès d'assises est très bien pour ça.
Un mot, on en parlera tout à l'heure mais juste sur cette définition, on entend beaucoup en ce moment true crime, qu'est-ce que c'est ?
C'est une définition qui est américaine et c'est l'équivalent de notre fait divers, qui est aussi une expression très française et tout à l'heure vous parliez du fait qu'on était passé de chiens écrasés à fait divers mais aujourd'hui, même on parle de, on dit plus, affaires criminelles parce qu'on sait justement qu'on peut la déployer et qu'on peut tirer plusieurs tiroirs.
On dit, mais ce que dit Lise Cossel, c'est assez intéressant justement sur ce travail journalistique par rapport aux faits divers, il n'est pas seulement que de dire les horreurs qu'il y a dedans, il y a aussi de parler de l'humain, il y a aussi de décrire ce qui peut se passer, c'est ça aussi la différence tout simplement entre recevoir un fait divers en pleine figure et lire une enquête journalistique et un travail journalistique.
Oui, je voulais rebondir aussi sur ce monsieur qui disait que c'était répugnant, je pense que ça, je ne suis pas du tout d'accord puisqu'en fait il s'agit de parler de la violence et ce qui est, je le trouverais pugnant moi c'est la violence cachée, c'est-à-dire la violence qui encore existe dans les familles, qui encore existe dans les couples et finalement lorsqu'il y a un procès d'assises où les choses sont plutôt bien faites, lorsqu'il y a des journalistes qui enquêtent, la violence elle est mise sur le tapis, elle n'est plus cachée et on agit quand même, on essaye de voir quels ont été les signes avant-coureurs, c'est quand même ce qui fait progresser la société en prévention, tous les progrès qui ont été faits là dans la lutte contre les violences aux femmes, dans la lutte contre les maltraitances aux enfants, c'est aussi quand même parce que des histoires ont émergé et que ces histoires singulières, on s'est demandé à quel point elles représentaient en fait des faits de société et on s'est rendu compte que oui, massivement, quand vous allez aux assises, ce qui peuple les assises, c'est des violences aux femmes et des violences aux enfants, c'est pas le braqueur original, roule-tabille, super histoire, non, c'est des choses très dures mais qui ne sont pas répugnantes, qui sont la vie, quand on dit un enfant sur dix victimes, une femme qui meurt tous les trois jours, c'est la vie et en parler à travers des histoires, c'est aussi permettre d'attirer l'attention et c'est comme ça quand même qu'on a fait des progrès de société et de lutte hyper importants.
Quand Camille Kouchner sort son livre, c'est une histoire mais tout ce qui se passe derrière, c'est une seule histoire, celle de son frère et d'elle, tout ce qui se passe derrière, c'est important, vraiment.
et je pense qu'on a fait aussi sur ce registre particulier des progrès sur la façon de les raconter aussi. C'est-à-dire que si vous lisez Réinventer l'amour de Mona Cholet, il y a un chapitre assez important sur les féminicides qui est assez dur à lire mais qui montre bien la façon dont on a évolué dans la façon dont on parle des féminicides et qu'on appelait avant crime passionnel. C'est-à-dire que crime passionnel, il y a presque un côté positif c'est-à-dire que ça devenait un truc c'était la passion qui avait engendré le crime, c'était presque romantique c'était horrible mais pendant des années ça a été ça.
Et aujourd'hui, c'est pour ça que j'aurais tendance à dire que je ne pense pas que la société soit plus violente aujourd'hui, je pense qu'au contraire elle prend davantage conscience de sa violence et elle essaie de la traiter et d'y faire face et de la regarder en face et de la traiter de manière objective et un peu j'allais dire normale. Je trouvais anormal de dire crime passionnel pour un féminicide en fait. Et aujourd'hui on dit féminicide. Donc ça évolue.
Alors en effet, Elis Costa, vous vouliez réagir par rapport à...
Oui, c'est-à-dire que par exemple, vous savez le terme par rapport à tout ce qui a été dit, effectivement le terme crime passionnel n'est plus utilisé dans les journaux mais il n'est plus non plus utilisé au sein des cours d'assises et ce qui est intéressant c'est qu'en fait on se rend compte que le droit pénal c'est le miroir, enfin pardon, pas le miroir mais c'est vraiment la vitrine de la justice en France et du coup les magistrats etc.
se savent regarder et ce qui est intéressant par rapport au terme de féminicide c'est que c'est un terme qu'on a commencé à avoir d'abord dans les journaux puis ensuite de plus en plus et c'est un terme qui n'est pas dans le code pénal pas plus qu'infanticide mais ce que j'ai remarqué moi c'est que petit à petit on l'entend au sein des cours d'assises c'est-à-dire que même les magistrats vont dire ce terme qui pourtant n'existe pas dans le code parce qu'ils savent que ça répond à une exigence que oui que ça répond à une exigence de la société
c'est ça Damien Delséni pour vous aujourd'hui en effet c'est assez étonnant parce qu'on l'entend souvent ce que je vous disais tout à l'heure sur le côté la société est violente donc les faits divers sont de plus en plus violents et pourtant quand on remonte quand on se plonge dans les archives on se rend compte par exemple quand on lit même l'autrice Colette qui a suivi les procès de Landru de la bande à Bono on se rend compte que ça a toujours été le cas donc pour vous le procès d'une société de plus en plus violente on ne peut pas dire qu'une société est plus violente par rapport aux faits divers ah non
ça je suis convaincu comme tout le monde ici que la société n'est pas plus violente aujourd'hui simplement médiatiquement parlant moi je ne suis pas si vieux que ça mais moi j'ai commencé ce métier il n'y avait quasiment pas d'internet il n'y avait pas de chaîne d'info aujourd'hui ce qui change tout c'est qu'un fait divers il va être dupliqué sur des dizaines et des dizaines de canaux tous les jours avant vous aviez 2-3 quotidiens qui s'intéressaient un peu à ça une télé vaguement aujourd'hui un fait divers il peut occuper toutes les antennes radio, télé et presse écrite pendant 3-4 jours donc il y a un effet un peu masse un peu loupe qui fait qu'effectivement on a l'impression que pendant 3 jours on vit dans une société complètement débordante de violences mais je pense que c'est juste une perception par rapport à l'offre médiatique qui est celle d'aujourd'hui qui n'était évidemment pas la même il y a 20 ans il y a 30 ans il y a 40 ans vous rappelliez Landru la bande à Bonneau effectivement c'était pas des enfants de coeur non plus mais simplement l'éco-médiatique il était beaucoup moins important moi je vous raconte juste une anecdote pendant les années où j'étais encore reporter aux Parisiens je me suis occupé des affaires corse pendant plusieurs années à une époque on descendait en Corse parce qu'il y avait eu 25-30 règlements de comptes dans l'année tout le monde trouvait ça énorme mais moi un jour il y a un type qui m'a dit sur place reprenez les chiffres les statistiques d'il y a 50-60 ans en Corse il y avait 350 morts par an alors 30 c'est déjà beaucoup trop mais en fait dès qu'on se pose 5 minutes sur la matière fait divers et qu'on regarde ne serait-ce que c'est pas la peine de remonter 2 ou 3 siècles en arrière vous remontez parfois 40-50-60 ans et vous découvrez qu'en réalité le phénomène il n'a pas beaucoup évolué ce qui a encore une fois je pense évolué c'est cette offre et c'est cet effet masse qui fait que peut-être chez les auditeurs chez certains spectateurs et chez certains lecteurs il y a un côté un peu il y a une tolérance à la violence qui est peut-être différente aujourd'hui il y a peut-être des choses qu'on ne tolère plus parce que justement cette violence elle est beaucoup plus exposée qu'avant même sur la médiatisation
si on prend l'affaire du petit Grégory par exemple c'est l'affaire la plus médiatisée en fait divers d'Ever il n'y a jamais eu une affaire aussi médiatisée que l'affaire du petit Grégory si on regarde le documentaire sur Netflix ils ont pu faire un documentaire qui est uniquement sur la médiatisation de l'affaire c'est-à-dire que eux vu que France 3 a fait un très bon documentaire sur l'affaire ils se sont dit il faut qu'on prenne un autre angle et la façon dont c'était médiatisé était beaucoup plus dégueulasse que la façon dont c'est médiatisé aujourd'hui l'affaire du petit Grégory c'est horrible la façon dont c'est médiatisé c'est atroce on ne respecte pas le deuil des familles on ne respecte rien il n'y a rien qui est respecté aujourd'hui ce n'est plus du tout le cas peut-être à de rares exceptions près mais les faits divers sont traités je pense avec plus de décence qu'hier
il est vrai que quand on lit des choses sur l'époque donc en 1984 sur l'affaire du petit Grégory on voit quand même aujourd'hui des journalistes qui ont accès aux scènes de crimes très facilement
des journalistes qui manipulaient les parents c'était atroce il y a quand même un journaliste
il y a un journaliste qui a volé
la photo du petit Grégory sur la tombe et qui après allait voir les parents vous vous rendez compte on a volé la photo de votre fils etc les parents ils étaient en pleurs et trois jours après il est revenu il dit j'ai retrouvé la photo tout ça pour se faire accepter par les parents et être celui qui allait avoir le recueil des témoignages des parents il y avait des méthodes qui étaient des méthodes de salopards ça n'existe plus et ça en effet
on le voit tout à fait on le voit très bien dans ce documentaire les affaires du petit Grégory on le voit on est face à se sonder juste une petite parenthèse à propos de l'affaire Grégory Damien Delseniv vous êtes rédacteur en chef police-justice aux parisiens juste est-ce que cette affaire c'est toujours celle qui hante quelle que soit la rédaction en France le petit Grégory dès qu'il se passe un petit truc sur ce sujet on a l'impression qu'il y a une alarme qui sonne dans une rédaction
il y a deux choses que j'ai noté sur l'affaire Grégory d'abord c'est le côté transgénérationnel moi j'ai des enfants qui ont une vingtaine d'années passionnés pour cette affaire là ça veut dire que nous on a connu cette affaire moi j'ai connu cette affaire j'étais enfant quelque part j'ai grandi avec ça un peu en toile de fond les enfants qui ont 20 ans aujourd'hui découvrent cette affaire et se passionnent pour cette affaire ceux qui sont plus anciens ont vécu avec cette affaire et puis évidemment l'affaire Grégory elle a ce côté qu'a un peu l'affaire enfin même beaucoup l'affaire Dupont-Ligonnais c'est que c'est un feuilleton qui n'est pas terminé on ne sait pas alors tout le monde a son avis en plus c'est ça qui crée aussi c'est de l'intérêt pour un fait divers c'est que tout le monde peut donner son avis à la machine à café moi je pense que si moi je pense que ça moi je pense que c'est lui et cette affaire elle dure toujours effectivement il y a des espèces de rebondissements comme dans un feuilleton comme dans une série ponctuellement donc elle est fascinante pour ça bien sûr
on dit mais je le disais tout à l'heure vous avez donc vous avez spécialisé dans les faits de société chronique judiciaire qu'est-ce que le monde de la justice pense justement des faits divers et de ce traitement est-ce qu'il s'intéresse aux faits divers particulièrement c'est ça qui est étonnant c'est qu'il en parle tous les jours mais est-ce qu'il est-ce qu'il l'évoque est-ce que ce traitement aujourd'hui des faits divers médiatiques est-ce que ça l'intéresse
vous voulez dire les magistrats les magistrats les avocats alors bon les avocats pénalistes oui on va dire on a quand même des conversations enflammées non mais c'est vrai eux-mêmes en plus ont accès parfois à des choses enfin pas parfois par leur métier mais du coup ils s'échangent des infos entre eux donc ça donne effectivement on a des discussions très importantes tout le versant pénal de la justice tous les magistrats qui vont être dans le pénal parce que c'est une petite partie en fait du monde de la justice et les avocats aussi pénalistes oui je crois qu'ils sont assez passionnés parce que quand on discute avec eux ça part tout de suite très vite sur leur dossier mais sur tout un tas d'autres dossiers qui ressemblent etc mais il faut voir que la justice c'est pas que le pénal et que voilà si vous allez au prud'homme ou ailleurs vous pouvez tomber sur des magistrats des avocats qui ne s'intéressent pas du tout aux faits divers
Élise Costa vous-même qui êtes comme on dit plume de parquet pour Slate ces faits divers est-ce que en gros est-ce que des avocats ou des magistrats est-ce que c'est leur discussion du quotidien ils s'y intéressent au traitement justement de faits divers par les médias et ils regardent vous savez sinon des true crime aussi sur Netflix
ah oui oui ils regardent et puis ils suivent même en direct parce que je sais que notamment Stéphane Durand-Soufflant qui travaille pour le Figaro je l'ai déjà vu faire où en fait il écrit un papier où il allume le président parce que les débats sont pas assez bien menés ou parce que ça traîne etc et que le lendemain soudain la tournure des débats change et la façon de faire change donc ils se savent regarder ils sont très attentifs parce que mais vous savez aussi le parquet l'avocat général ils représentent la société ils sont avocats de la société donc forcément c'est leur métier ils doivent faire attention à ça mais je me souviens même aussi au début quand j'ai commencé je demandais un peu naïvement à un confrère je lui disais mais en fait quel est l'intérêt pour les enquêteurs de te parler et il disait mais quand tu rentres dans un bureau dans un commissariat dans le bureau en fait des enquêteurs ils ont des coupures de presse des affaires qu'ils ont traité parce qu'en fait c'est une façon de montrer aussi qu'ils font bien leur travail donc bien sûr que ça les passionne aussi et que bon alors évidemment ça les embête toujours un peu quand on va un peu trop fouiller ou quand on pose un peu trop de questions mais enfin quand même il y a une dynamique qui se joue entre la presse et puis le monde judiciaire
allez on va continuer à parler justement des faits divers et de notre passion malgré bien notre peur des monstres ou pas justement on va en discuter dans un instant on continue vous pouvez bien sûr réagir via l'appli France Inter en nous laissant des messages et des notes vocales et tout de suite on va écouter et bien Noël Gallagher et oui on aime beaucoup avec les « High Flaming Bell » « Open the doors » « See what you find »
Le débat de midi
on parle d'un sujet purement estival vous avez sûrement vu des magazines en parler notamment un bien sûr parce qu'il est autour de la table donc voilà j'en parle c'est pour ça notamment Society bien sûr on parle des faits divers d'ailleurs avec France Inter il y a un hors-série de Society « Call case » « Affaires mystérieuses » « Disparition » « Butin » « Introuvable » c'est parfait à lire bien sûr sur la plage et pour en parler donc dans le débat de midi nous avons Élise Costa qui est plume de parquet pour Slate également dont je disais Franck Hannais donc président et cofondateur de Sopresse Damien Delseni rédacteur en chef Polyjustice du Parisien et on dit Milo Autry ancienne journaliste à Libération alors vous avez pu et bien on peut laisser vous savez des notes vocales sur l'application France Inter comme nous laisser des messages et justement et bien Marouane nous a laissé une note vocale à propos des faits divers et on l'écoute tout de suite
Est-ce que le fait divers ne dépasse-t-il pas la fiction ? Est-ce que c'est pas ça aussi qui est passionnant dans les faits divers ? C'est de constater que la fiction même écrite ou scénarisée finalement dans la réalité on a des aberrations et des situations qui sont parfois ubuesques et qui fascinent parce qu'elles sont juste encore plus folles que ce que la fiction aurait pu nous proposer
Voilà une note vocale laissée par Marouane de Paris sur l'application France Inter n'hésitez pas à faire comme nous également alors on dit Mio c'est vrai on l'entend souvent ça finalement la réalité plus forte que la fiction
Il a évidemment raison dans le sens où on voit bien maintenant que les producteurs des plateformes les diffuseurs les producteurs de cinéma sont à la recherche d'histoires vraies plus que jamais c'est-à-dire qu'on nous demande on nous sollicite nous les journalistes et puis on voit bien de toute façon ça se multiplie Il y a un côté aussi je pense à une époque aujourd'hui où on est submergé de contenus de canaux etc où on n'a jamais consommé autant d'histoires finalement et comme tout consommateur un peu addict à un certain contenu il lui faut une dose plus forte et le côté histoire vraie enfin genre ça a vraiment existé ça rajoute un truc voilà et c'est vrai effectivement que la fiction l'imagination pâtit un peu parfois de cette recherche à tout prix du vrai voilà
et c'est ça aussi c'est vrai Franck Hannaise quand on voit un fait divers alors parfois même le plus surrealiste parce qu'il y en a qui sont très drôles forcément parfois des faits divers qui sont absurdes c'est vrai qu'on se dit mais personne n'aurait pu inventer ça
non mais si on prend je ne sais pas je prends les derniers qu'on a traités dans Saiti l'affaire Chevaline par exemple
tu ris de Chevaline
donc c'est fou c'est fou parce qu'à chaque fois qu'on ouvre un tiroir c'est toujours plus fou en fait c'est-à-dire qu'on a l'impression que l'affaire n'en finit jamais et effectivement on aurait écrit ça en scénario on se serait dit mais n'importe quoi l'affaire que j'avais du Pont-Ligonnais c'est pareil on ouvre une porte c'est une secte on ouvre une autre porte c'est un truc échangiste on ouvre on se dit mais c'est tout ça dans la même affaire vous êtes cinglé en fait c'est pas crédible sauf que c'est la vérité en fait et voilà c'est-à-dire que souvent la vie des gens est souvent plus folle
que ce qu'on peut imaginer il y a des ramifications presque scénaristiques on va dire notamment la tuerie de Chevaline ou des choses on dirait si on voit dans un film on se dit c'est un peu trop exagéré et là c'est vrai qu'on parle de secrets nucléaires en même temps d'agents secrets c'est ça c'est ça qui paraît
quand on découvre nous quand on fait l'enquête et qu'on découvre que en fait la femme du frère irakien en fait il y a des ramifications aux Etats-Unis avec les trucs plus ou moins louches de services secrets on se dit mais non mais où ça va quoi ça devient n'importe quoi et on n'a toujours pas la réponse et on n'a toujours pas la réponse mais ça devient fou
Damien Delseni vous animez aussi le podcast du parisien fait divers Crime Story ce titre d'ailleurs Crime Story montre bien une histoire aussi à raconter vous en parliez au début d'émission de personnage est-ce que véritablement on est avec ces faits divers on trouve comme le disait on dit milieu à l'instant donc une histoire plus vraie que vraie avec des personnages plus personnages plus personnages finalement
moi je trouve ce qui rend ce métier c'est pour ça que je le fais sans discontinuer depuis 25 ans moi c'est ce qui me passionne parce qu'en fait le fait divers moi je compare toujours ça une forme de bulle et vous percez la bulle le fait perce la bulle et effectivement après vous allez attraper ce que vous allez attraper mais vous le savez pas en arrivant sur un fait divers ce qui va se passer c'est que vous découvrez et ce qu'on dit sur Dupont-de-Ligonnès mais ce qu'on peut dire même sur des affaires peut-être un peu moins majeures mais quand même des affaires comme Daval ou comme la disparition Delphine Jubilard c'est que vous arrivez sur une disparition vous savez pas si ça va durer deux jours trois jours trois semaines trois mois on n'en sait rien on arrive et effectivement une fois qu'on a percé la bulle du fait brut on va découvrir des personnages avec des secrets avec des histoires et plus il va y avoir de secrets plus il va y avoir d'histoires plus forcément ça va être intéressant pour nous et évidemment pour le lecteur parce que Dupont-de-Ligonnès et c'est d'ailleurs aussi pour ça que ces affaires ne sont pas résolues parce que Dupont-de-Chevaline on peut travailler dessus il y a tellement de portes évidemment les enquêteurs ils sont comme nous c'est à dire qu'à un moment donné ils vont chercher en Irak ils vont chercher en Suisse ils vont chercher peut-être tout près de Chevaline parce que c'est peut-être là que ça s'est joué aussi mais le fait qu'il y ait plusieurs pistes qu'il y ait des histoires dans l'histoire qu'effectivement le fait divers il a ce pouvoir de venir percuter encore une fois des univers qui sont totalement déstabilisés et dont on va effectivement découvrir les secrets l'affaire Daval ou l'affaire Jubilar pourquoi elle passionne autant le fait en tant que tel il n'est pas très très original en réalité simplement il va tout de suite percuter des familles percuter des univers percuter des univers sociaux percuter des villes aussi des villages on n'en a jamais entendu parler Cagnac-les-Mines c'est connu parce qu'il y a l'affaire Jubilar donc il y a aussi des villes qui maintenant portent ça comme un fardeau parce que c'est devenu la ville du fait divers mais tout ça fait qu'on va découvrir la tuerie du Grand Bornan il y a très très longtemps l'affaire Flactif et avait aussi ce pouvoir de faire ressortir tout un tas de secrets de non-dits et c'est ça qui évidemment est fascinant
je voulais réagir justement par rapport à ça puisque à ce que disait Damien Delsény c'est ça aussi tous ces faits un monde qui ressorte
Oui et puis encore une fois on l'a déjà dit mais tout ce qu'on identifie tout d'un coup comme un problème de société enfin là il parlait de féminicide et ces affaires-là elles ont fait beaucoup aussi pour faire avancer tout ce qu'on voit On l'a vu l'année dernière
notamment avec un film La nuit du 12 qui parlait d'un féminicide et c'était au départ ce qu'on appelait un fait divers en fait véritablement qui se passait en Savoie qui a eu d'ailleurs le César cette année du meilleur film c'est un féminicide
Oui mais c'est au départ un livre de Pauline Guéna qui a enquêté qui a passé un temps fou dans un commissariat et ils ont extrait cette histoire d'un livre où il y a plein d'histoires qui sont le quotidien du commissariat et c'est ça aussi que je trouve très intéressant dans cette démarche-là et dans la façon dont on aborde aujourd'hui les faits divers c'est-à-dire qu'on ne va pas forcément chercher que l'extraordinaire il y a ça il y a tout ce qu'on a dit sur Chevaline etc Ligonnès mais on va aussi parfois prendre des faits de société qui malheureusement représentent des violences ultra banales il y a ça aussi mais que le fait de le raconter à travers des gens en l'incarnant peut-être on peut faire passer des messages qu'on passe plus facilement qu'en donnant des chiffres
Élise Costa ça veut dire aussi que notre quotidien il y a un côté extraordinaire aussi à notre quotidien c'est ce qu'on recherche aussi à travers les faits divers
Oui après je pense aussi qu'il ne faut pas être arrogante dans le sens où il ne faut pas se dire le réel n'a pas besoin de fiction en réalité nous on se sert dans notre travail beaucoup de codes de la fiction notamment de codes du récit de structures narratives pour pouvoir raconter l'histoire parce que ce qui nous intéresse comme le disait Ondine c'est de faire passer des messages et de raconter autre chose et donc pour ça on va se servir des codes de la fiction donc du récit pour pouvoir emmener le lecteur ou le spectateur quand c'est à la télé et l'emmener là où on veut l'emmener
alors il y a aussi comment dire on va dire un aspect sur les faits divers celui-là qui est un peu plus compliqué et sur ça je m'adresse à vous Damien Delsigné en tant que rédacteur en chef police justice du Parisien parce que je pense que de temps en temps vous devez être percuté par ça c'est Pascal qui nous a envoyé ce message quid de l'analyse des récupérations politiques des faits divers est-ce qu'aujourd'hui on assiste aussi à de plus en plus de récupérations où ça a toujours été le cas ou aujourd'hui on instrumentalise davantage vous avez l'impression
alors c'est pas nouveau mais nous dès que la politique vient se mêler d'un fait divers on sait que le temps se couvre pour nous pour tout le monde en fait c'est à dire que c'est jamais une bonne nouvelle d'abord souvent parce que les politiques choisissent jamais le bon fait divers pour parler d'un sujet c'est moi je suis très frappé par ça c'est à dire qu'ils se trompent tout le temps de fait divers quand ils essaient de sortir quelque chose dont ils veulent faire un fait politique ou un fait de société et surtout en fait ça modifie tout ça perturbe tout et nous effectivement dès que ça devient dès que ça devient dès que ça devient politique ça devient gênant en réalité parce qu'on ne travaille plus de la même manière et effectivement on tombe après dans les outrances dans tout un tas de choses et c'est jamais une bonne nouvelle pour nous déjà au départ et on sait que c'est pas une bonne nouvelle non plus pour le lecteur ou pour l'auditeur parce que en fait ça vient perturber quelque chose alors je ne dis pas qu'on n'est pas une secte mais on sait que voilà un fait divers qui devient politique c'est pas bon
en plus de ça il y a eu une grande période moi j'étais à Libération qui était sous Sarkozy avec Rachida Dati ministère de la justice tout d'un coup on se retrouvait à mille au procès d'une joggeuse parce qu'il l'avait pris et il l'avait instrumentalisé mais en plus de ça ce qui est terrible c'est qu'ils ont les politiques utilisent le fait divers pour faire des lois donc à la va vite surfant sur l'émotion pour en gros détourner l'attention du peuple de l'économie du chômage des problèmes de pouvoir d'achat et donc on a des lois faites à la va vite à partir de faits divers qui ne correspondent pas à un besoin réel de la justice et qui aboutissent à un empilement de textes dont les cours d'assises et les tribunaux correctionnels sont embarrassés
il y a une certaine facilité finalement c'est à dire qu'en fait
je pense qu'il ne faut pas légiférer à partir du fait divers tout à l'heure je défendais la fonction du fait divers pour nous alerter je disais bien oui ça parle des féminicides ça parle des violences et des maltraitances aux enfants et ça nous permet de voir le phénomène plus général mais il faut passer par ce phénomène plus général analyser demander des rapports nommer des commissions comme maintenant c'est le cas avec la civise etc et après à partir du travail de ces commissions éventuellement légiférer et la civise fait des propositions justement de législation mais pas à partir du fait divers surtout pas il faut passer d'abord par le temps de réflexion le fait divers nous amène au fait de société et à partir du fait de société on peut faire des lois mais le fait divers qui fait loi et on en a eu à une époque c'est une catastrophe
il faut qu'il y ait sur cette récupération de temps en temps en effet on le voit certains politiques je dirais même pas que certains politiques même parfois ça fait carrément des thèmes de présidentielle
le mot récupération déjà dit tout en fait je veux dire dans votre question il y a déjà la réponse c'est à dire qu'on n'est pas dans le temps de l'analyse on n'est pas dans le temps de la compréhension on n'est pas dans le temps du recul on est dans le temps de la récupération donc on est dans l'urgence et dans une manipulation qui est une manipulation à des fins électorales ou en tout cas à des fins populistes et donc forcément ça n'apporte rien de bon et après j'ai l'impression que c'est quand même plus alors c'est peut-être parce que je suis de gauche mais j'ai l'impression que c'est plus le fait des gens de droite je ne sais pas pourquoi c'est peut-être faux ce que je dis il faut vérifier je ne sais pas j'ai l'impression quand même que le populisme est quand même sous un peu bref
une dernière chose parce qu'on va bientôt terminer je voudrais juste terminer par cette question aussi Damien Delsigny est-ce que vous pensez rapidement que les plateformes de type Netflix Amazon qui traitent aujourd'hui énormément de faits divers est-ce que ça empiète un peu vous sur votre métier à vous en tant que journaliste qui avait ses mains dans le cambouis toute la journée sur le fait divers est-ce que ça détourne ou ça peut le caricaturer
moi je n'ai pas cette perception moi c'est une matière qui me passionne et que j'aime beaucoup et j'adore cette matière moi j'ai commencé ce métier on m'a dit mais pourquoi tu fais ça t'es puni qu'est-ce que t'as fait et j'ai dit bah non mais moi j'aime cette matière donc moins que d'autres d'autres plateformes ou d'autres gens qui ne s'y intéressaient pas avant s'y intéressent fondamentalement ça ne me gêne pas au contraire moi je pense que plus on va après c'est toujours pareil il y aura un effet de masse il y en a peut-être beaucoup trop aujourd'hui on fera le tri et j'espère qu'il restera le meilleur après
et bien merci beaucoup en tout cas Damien Delseni merci à Andine Millot également Franck Hanez et Élise Costa qui était en duplex depuis Toulouse grâce aux moyens de France Bleu Occitanie une émission préparée par Constance Villanova Alois Nolet Savana Ruelan et Mathilde Texier réalisée par Etienne Berry à la technique c'était Ludovic Asselot ça fait du monde mais c'est le débat de midi c'est normal et nous bien sûr on revient demain pour le débat de midi à midi pour le débat de midi
Philippe Fait