Gaza : le député LFI Hadrien Clouet exhorte la France à "constituer la coalition la plus large possible" pour "contraindre" Israël
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Adrien Chouet. Bonjour. La France prépare un nouveau largage d'aide humanitaire sur la bande de Gaza. Hier, le reporter de France Info était justement dans cet avion militaire qui participe à ces largages sur l'enclave palestinienne. Que dites-vous face à cela ? Trop peu ? Trop tard ?
Je dis que les gens meurent de faim, aujourd'hui comme ils mourraient de faim, hier. Voilà ce qui se passe à Gaza. Une famine qui est délibérément orchestrée par le gouvernement d'extrême droite de M. Netanyahou et une tentative d'achat de bonne conscience par certaines puissances occidentales qui font des largages aériens. On l'a vu d'ailleurs, c'était une des discussions de vos invités juste avant. Les largages, pour une bonne partie, n'arrivent même pas. Il y en a qui tombent dans l'eau, il y en a qui arrivent en territoire israélien. Et lorsque une palette arrive sur place, vous avez des gens qui sont à plusieurs centaines pour essayer d'accéder à ce minimum d'aide humanitaire.
On parle de 20 grammes, 20 grammes par Gazaoui. Donc ce sujet n'est en aucun cas réglé. Il faut ouvrir immédiatement l'accès à l'aide humanitaire parce que l'équivalent d'un camion, c'est des dizaines de palettes.
France Info, justement, je le disais à un reporter, on se rend compte que l'armée française, en tout cas, fait attention à faire tomber les palettes dans des endroits où il n'y a pas de risque. C'est ce qu'on entendait dans le reportage. Mais tout de même, vous dites acheter une bonne conscience. Mais en tout cas, est-ce que la France n'a pas la nécessité de faire cela si Israël ne consent pas à rouvrir les points de passage terrestres ? Non, la France doit exiger la rouverture des points de passage terrestres. Mais c'est ce qu'elle fait, la diplomatie française réclame cela
et pourtant Israël ne coopère pas dans ce sens-là. Quel grand succès ! La diplomatie française doit utiliser les moyens qu'elle a à sa disposition pour contraindre M. Netanyahou à ouvrir ses points de passage. À savoir, par exemple, l'embargo sur les armes. Par exemple, le gel des avoirs. Par exemple, le fait de ne pas laisser ce monsieur survoler le territoire national alors qu'il est poursuivi par la Cour pénale internationale et que son avion doit être arrêté, arraisonné, il doit être livré à la justice mondiale.
Alors, l'embargo sur les armes que vous citez, en fait, la France ne livre pas d'armes à Israël. Le premier fournisseur d'armes à Israël, ce sont les Etats-Unis. Si la France décidait cet embargo, est-ce que vous pensez que ça aurait malgré tout une efficacité ?
Oui, je pense que ça en aurait une. D'abord parce que, oui, des armes transitent par le territoire français. Vous vous souvenez qu'à Foss-sur-Mer, il y a quelques semaines de cela, on a arrêté une cargaison. Et vous avez vu aussi qu'il y a un ensemble d'équipementiers français qui contribuent à l'armement israélien. Par exemple, des grandes entreprises dans l'aéronautique qui fournissent des drones, qui ont un usage militaire en Israël. Donc, il n'est pas vrai que la France ne soit pas fournisseuse. Elle l'est. Donc, on a un devoir moral d'appliquer le droit international et d'empêcher les massacres de se poursuivre par tous les moyens disponibles en France.
Et puis, évidemment, porter une voix forte. Lorsque la France parle, parfois, elle est suivie. Regardez, par exemple, sur la reconnaissance de l'État palestinien. Ça fait des années qu'on le demande. Ça fait 11 ans que l'Assemblée nationale a voté la reconnaissance de l'État palestinien. M. Macron nous annonce peut-être qu'il va le faire en septembre. Alors, ça risque de reconnaître un cimetière géant. Mais enfin, au moins, on a gagné moralement sur la reconnaissance. Eh bien, que se passe-t-il ? Différents pays suivent et emboîtent en disant...
Ça ne fait pas infléchir la position israélienne. La guerre est toujours aussi féroce, sans doute. Il n'y a pas eu vraiment de conséquences concrètes sur la suite de la guerre.
C'est reconnaissance annoncée. Parce qu'on ne le reconnaît pas encore. Mais du moment qu'on le reconnaît, ça veut dire qu'on reconnaît les frontières, pas juste des personnes qui seraient venues s'installer ici, mais bel et bien des occupants étrangers d'un territoire que la France reconnaît. Et donc, ça justifie encore plus de sanctions par rapport à ce gouvernement.
Mais concrètement, quand même, qu'est-ce que la France devrait faire ? Parce qu'on voit bien, évidemment, vous êtes dans votre rôle, vous êtes dans l'opposition. Mais est-ce qu'il faudrait, par exemple, comme l'a dit Marine Tondelier, est-ce qu'il faudrait que... donc des verts ? Est-ce qu'il faudrait que la France envoie la marine, la marine nationale, au large de Gaza ? Est-ce que ça, ça pourrait être une solution, par exemple ?
Alors, nous, les Insoumis, nous avons proposé le déploiement sous mandat de l'ONU. En fait, de casques bleus sur place. Parce qu'on peut envoyer la marine pour faire des transports plus faciles. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de port en eau profonde, au large de Gaza. Donc, ça vient largement limiter techniquement, logistiquement, la pertinence de la proposition-là. Mais oui, il faut que la France se déploie. Par exemple, vous avez bien vu qu'il y a deux semaines de cela, il y avait un bateau humanitaire, le Handala, qui était en route pour Gaza. Ce bateau n'a pas eu de protection militaire française, alors qu'il y avait des ressortissants français à bord.
Eh bien, moi, je dis, je pense à mes collègues Gabriel Catala ou Emma Fourreau, qui sont députés de la France Insoumise. Elles devaient avoir la protection militaire de la marine française pour arriver à Bonport
et livrer le lait infantile qu'elles avaient dans les sous. Pardon, mais ces bateaux dits humanitaires, c'est le second en quelques semaines. Mais est-ce que l'objectif, ce n'est pas essentiellement de faire de la communication ? Parce que quand ce bateau part, il sait que de toute façon, il ne pourra pas accoster.
Ah non, le fait qu'il accoste ou pas dépend de la position de la France. Si la France encadre le bateau et l'accompagne jusqu'à Bonport, je ne sais pas si la marine israélienne a écoulé des bateaux français.
Non, mais aucun bateau ne va accoster à Gaza. C'est fermé, ce n'est pas possible. Mais parce qu'il y a un embargo illégal.
Vous voudriez qu'un bateau français militaire escorche jusqu'à Gaza.
Bien sûr, si l'embargo est illégal, on a un devoir de le rompre.
Vous parliez tout à l'heure d'un mandat de l'ONU pour pouvoir intervenir. L'ONU, il y a un conseil de sécurité, des membres qui ont un droit de veto. Les Etats-Unis sont des alliés indéfectibles, surtout sous Donald Trump d'Israël. Les Nations Unies sont impuissantes dans ce dossier. On le voit depuis le début de la guerre, depuis trois ans. Comment vous pourriez convaincre l'ONU de donner un mandat pour une intervention militaire ou de maintien de la paix dans la bande de Gaza ? Des gens le proposant parce que personne ne le fait.
Et ensuite, parce que la France a un devoir... Est-ce que c'est peut-être infaisable ? Non, mais vous savez, les choses sont infaisables quand on ne les fait pas, c'est sûr. Mais la France a un devoir de constituer une coalition la plus large possible avec les 150 pays du monde qui aujourd'hui reconnaissent d'ores et déjà l'État de Palestine. Et je pense que tous ces pays, ensemble, ont la capacité de contraindre, en prenant des mesures fortes par rapport au gouvernement israélien, contraindre la réouverture des points de passage et contraindre l'accès à l'aide humanitaire et la protection des populations civiles. Il faut condamner le gouvernement israélien.
Si jamais vous le mettez sous embargo international, il ne pourra pas tenir une guerre. Il ne tient la guerre que parce qu'il est inscrit dans le commerce international et que vous trouvez des produits israéliens dans le moindre supermarché à côté de chez nous ou dans la pharmacie ou dans l'armement. Donc vous vous demandez, c'est un embargo non seulement sur les armes, mais sur tous les produits israéliens ? Ah bien sûr, il faut envisager l'embargo sur l'ensemble des produits israéliens pour faire céder le gouvernement. Évidemment que s'il cédait avec les armes uniquement, ça serait mieux. Mais ce n'est pas le cas, visiblement, aujourd'hui.
En tout cas, ils sont dans une posture d'une radicalité extrême. Vous avez peut-être vu ce qu'a dit le ministre de la Sûreté Nationale israélienne sur l'espanne des mosquées, qui a dit qu'il fallait annexer Gaza et déporter le reste de la population. Enfin, ce sont des propos qui sont épouvantables. Donc il faut se donner tous les moyens disponibles aujourd'hui pour les faire céder.
Dans cette escalade, il y a l'escalade verbale de la part de l'extrême droite israélienne. On a vu aussi ces images terribles, ces vidéos qui ont été diffusées par le djihad islamique et par le Hamas d'otages israéliens. L'un semble même creuser sa propre tombe, on le voit avec une pelle dans un tunnel. On a tout dit du lien entre, en tout cas de ce que disent les insoumis du Hamas. Quelle est votre réaction, vous, à ce qui a été publié, ces vidéos terribles ?
Eh bien, vous avez des gens qui sont affamés, c'est un crime, qu'il s'agisse de civils israéliens ou de civils palestiniens. Bien évidemment qu'il est inacceptable... Alors, vous mettez les ostages israéliens, je dirais... Alors, je veux dire, n'importe quelle personne qui est capturée et qui est soumise à des mauvais traitements ou à de la torture doit être défendue. Voilà, absolument, partout, tout le temps. Il n'y a pas de deux poids, deux mesures. Évidemment que la scène, elle est insoutenable. Et moi, j'écoute ce que disent les familles. Non, mais vous avez entendu ce que disent les familles ?
Non, mais eux, ils sont otages. Enfin, je veux dire, c'est pas exactement... Enfin, là, j'avoue que la mise en parlant... Les droits fondamentaux !
Non, mais est-ce que leurs droits fondamentaux sont respectés ? Mais est-ce que vous dénoncez... Ils sont enlevés, ils ont été kidnappés, ils sont soumets à des mauvais traitements. Donc, ils doivent être libérés.
Est-ce que vous dénoncez ce que fait le Hamas ?
Je suis en train de vous dire, je viens de vous dire, ils sont enlevés, ils sont retenus de force, ils sont soumets à des mauvais traitements. Évidemment que ces personnes-là doivent être libérées. Évidemment que vous dénoncez. Bien sûr, je dénonce. C'est ce que je suis en train de vous dire. Je dis que ces personnes doivent être libérées et surtout, elles doivent être accompagnées sur le plan médical, sanitaire et alimentaire, bien sûr. Mais écoutez ce que disent les familles de ces otages-là. Parce que les familles, elles se sont encore réunies hier à Tel Aviv. Vous avez peut-être vu également. Ils demandent enfin un accord de cessez-le-feu. Ce que refuse le gouvernement israélien.
En tout cas, depuis la publication des vidéos,
même les critiques de la guerre menée par Israël à Gaza, les critiques israéliens sont tous dans une position de... Tout le monde est d'accord. Il y a une concorde qui fait qu'en ce moment, ces derniers faits commis par le Hamas, ces vidéos diffusées, même là, ça atteint les plus critiques en Israël de l'offensive menée à Gaza.
Oui, mais il n'y a pas de rapport entre les deux sujets. Enfin, évidemment que tout le monde est choqué par ces images et exige la libération de l'ensemble des otages. Parce que vous savez, aujourd'hui, on ne sait pas encore combien sont en vie, malheureusement. Mais on sait qu'il y en a plus de quelques dizaines qui sont aujourd'hui retenues. Voilà, un peu plus de vingtaine. Tout le monde demande leur libération. Moi, j'écoute ce que disent les familles des otages. Comment ils veulent la libération ? Ce qu'ils exigent, c'est cet accord de cessez-le-feu pour avoir une solution négociée et que ces gens puissent revenir sans décéder là où ils sont retenus.
Adrien Clouet, député insoumis. J'aimerais que l'on revienne sur cette étudiante palestinienne qui a été accueillie en France et qui devait faire ses études à Sciences Po Lille. Des anciennes publications clairement antisémites ont été relevées sur ses comptes sociaux. Elle a été immédiatement expulsée, entre guillemets, du territoire français. Elle est désormais au Qatar. Et la diplomatie française a décidé de geler les coopérations diplomatiques pour faire venir des réfugiés de Gaza en France. Quelle est votre réaction à cette réaction du Quai d'Orsay de tout geler ?
Sur la réaction du Quai d'Orsay, elle n'a aucune espèce de mesure ou de proportion par rapport au fait. Cette étudiante a fait des publications antisémites, donc elle n'a pas sa place à l'université française, même si personnellement, je reste tout de même partisan à chaque fois qu'on condamne les gens en France et qu'on leur impose les stages de citoyenneté en France parce que je ne suis pas sûr que l'expulsée au Qatar favorise le fait de lui faire prendre conscience et de lui infliger une peine d'avoir la rééducation sur ces questions-là.
Il n'y a tout de même pas eu un manquement au fait, et d'ailleurs c'est pour ça que le Quai d'Orsay a décidé de geler, c'est que cette étudiante avait publié ses publications sur les réseaux sociaux et ça n'a pas été vu avant qu'elle arrive en France et qu'elle soit inscrite à l'université.
Non, ça n'a pas été vu parce qu'un accord universitaire, vous savez, ça se fait sur les résultats scolaires, donc vous n'allez pas éplucher les comptes Twitter. Il ne faudrait pas. Une fois que c'est vu et que c'est repéré, c'est normal d'avoir une sanction. Il fallait l'expulser.
Il fallait l'expulser.
Il fallait en tout cas les inscrire de l'université. Moi, à nouveau, je pense qu'elle serait passible de sanctions en France et que ce serait plus efficace de lui imposer une peine en France plutôt que de l'expulser vers le Qatar où, à mon avis, il n'y aura pas de suite et de conséquences et d'apprentissage sur ça. Comme on fait pour les questions d'antisémitisme en France. Quand quelqu'un est condamné, on lui inflige une peine, une sanction, un stagiste de citoyenneté, c'est normal.
Fallait-il continuer à lui verser sa bourse puisque c'était une étudiante boursière, d'une bourse française ?
La bourse, elle est sur critères scolaires. Donc soit on condamne en France et dans ce cas-là, on suspend, soit on expulse, de faire la moitié du chemin. En revanche, ce qui est honteux et choquant, c'est que le Quai d'Orsay annonce qu'on va laisser à Gaza des milliers de personnes en attendant. Enfin, c'est une situation que je trouve extraordinaire. Vous avez une personne qui commet un délit et vous condamnez l'ensemble des autres personnes qui viennent du même endroit.
Mais d'un côté, des manquements ont été relevés. On se rend compte que les recrutements ou en tout cas, la manière de désigner les personnes qui viennent en France a posé problème vu que, nous le disions, elle avait commis des publications qui étaient clairement antisémites et on ne l'avait pas remarqué. Peut-être que le temps de réévaluer nos manières de recruter des étudiants à Gaza et de les faire venir en France, il faut peut-être geler le processus.
C'est en tout cas le déduqué d'Orsay. C'est sûr qu'une fois qu'ils seront morts, ils n'auront pas le temps de dire quoi que ce soit. Donc non, je ne crois pas. Là, on parle de vie ou de mort et sur des horizons qui sont à l'espace de un ou deux jours. Tous les gens qui sont concernés, les jeunes dont le déplacement est gelé, peuvent mourir du jour au lendemain. De famine, de bombardement par des snipers israéliens en se rendant sur les palettes alimentaires. Et puis, moi, j'aimerais bien qu'on applique là aussi le droit à tout le monde. De la même manière que c'est normal et c'est la moindre des choses. C'est un délit. L'antimitisme, ce n'est pas une opinion.
Donc il faut condamner les gens qui le pratiquent. J'exigerais aussi qu'on condamne, je pense à des gens comme Nini Nauri, qui font de l'apologie de génocide en France. Il faut condamner toutes les personnes dans ce pays qui appellent au meurtre et à la violence, y compris lorsqu'ils appellent au meurtre et à la violence de Palestiniens. Je prends l'exemple de Nini Nauri, vous savez, qui disait qu'il n'y a pas de population innocente à Gaza. Donc il appelle objectivement et qui justifie l'assassinat et le meurtre de gamins en masse. Voilà. Donc, au bout d'un moment, appliquons le droit à tout le monde. À tout le monde à égalité.
Avec Adrien Clouet, député LFI de Haute-Garonne. Alors, on l'évoquait à l'instant, Catherine Vautrin, la ministre du Travail et de la Santé, vient de dévoiler les axes de son projet de loi contre la fraude sociale qui est prévue à l'automne, ce projet de loi. Elle espère ainsi faire économiser à l'État 13 milliards d'euros. La fraude sociale est une trahison de celles et ceux qui cotisent pour financer notre modèle social, dit-elle. Alors, est-ce que vous vous réjouissez du fait qu'il y ait moins d'argent public injustement distribué ?
Ah ben, si jamais c'était le cas, on pourrait que s'en réjouir, mais là, il faudrait parler un peu des 211 milliards d'euros d'aides aux entreprises sans aucune condition. Mais revenons quand même sur le cadre général de Mme Vautrin. On est le 4 août. Vous savez, aujourd'hui, c'est la journée historique de l'abolition des privilèges en France. Ça serait bien qu'on abolisse le privilège de certains ministres. Tu allais dire n'importe quoi, c'est le plateau de télé, c'est en contradiction. Notamment, Mme Vautrin vient nous parler de fraude. Alors, on est dans un pays où il y a 100 milliards, tout le monde doit bien comprendre, il y a 100 milliards de fraudes fiscales.
Des très riches qui mettent du fric dans les paradis fiscaux ou utilisent des régimes de donations, etc.
Ou du travail au noir également.
Ça comprend le travail au noir, ce chiffre. Tout à fait. Ça le comprend, mais ce n'est pas la plus grande partie en termes de volume de capital. Vous avez 100 milliards d'euros de fraude fiscale. Elle s'intéresse à 13 milliards d'euros qui seraient de la fraude sociale. Elle s'appuie sur un rapport le Haut Conseil aux finances publiques. 13 milliards d'euros.
Ce chiffre de 13 milliards d'euros,
c'est le bon, selon vous ? Qu'est-ce qu'il veut dire, justement ? Donc, elle s'arrête sur 13 milliards. Dans ces 13 milliards, qu'y a-t-il ? Il y en a neuf qui seraient de la fraude d'entreprise auprès de l'URSSAF ou de professionnels de santé par le biais de prescriptions. Donc, on arrive à la fin à 4 milliards d'euros. Quand même, on part d'une histoire de il y aurait 100 milliards d'euros à récupérer. Elle nous arrive sur un truc où il n'en reste plus que 4 à la fin. Donc, si vous vous intéressez qu'à la soi-disant fraude des assurés, il n'y a pas 13 milliards à récupérer. Ces 13 milliards n'existent pas. Mais allez voir du côté des entreprises.
Il y a une somme monstrueuse.
4 milliards, une somme monstrueuse. Attendez, tous les 4 matins, les macronistes font des chèques de 4 milliards au CAC 40. Oui, c'est pas une somme monstrueuse.
Mais c'est 10% des économies sur le budget, là.
Oui, c'est 10% des économies. Alors maintenant, est-ce qu'on peut les récupérer ? Qu'est-ce que ça veut dire, en fait ? Parce que dans ces chiffres, il y a les sommes qui sont identifiées et celles qui sont déjà prévenues. Donc, en fait, il n'y a pas 4 milliards à récupérer. Mais même s'il y avait ces 4 milliards d'euros, que fait Mme Vautrin ? Elle fait une politique qui est injuste à deux égards. D'abord, elle dit qu'elle va taper sur l'assurance chômage. Alors, l'assurance chômage, là, on va encore baisser de niveau parce que l'assurance chômage, elle estime que c'est 100 millions d'euros des sommes qui sont indument versées.
Et généralement, au terme d'accidents de déclaration, c'est-à-dire que les gens n'étant plus accompagnés à France Travail, ils se trompent dans les déclarations. Donc, il y a ce qu'on appelle des trop-perçus. Ça fait des indus et après, on leur récupère sur le tard. Mais donc, c'est une défaillance de l'institution, généralement, qui occasionne ces 100 millions d'euros. Et dans le même temps, pourquoi Mme Vautrin raconte tout ça ? Pour faire un écran de fumée géant et cacher le fait que dans notre pays, un tiers des gens n'ont pas accès aux prestations et aux droits auxquels ils ont le bénéfice reconnu. C'est le cas aussi pour l'assurance chômage.
Vous avez entre un quart et un tiers des gens tous les jours qui auraient le droit à l'assurance chômage qui n'y recourent pas parce qu'ils ont peur de se planter, de mal remplir le truc et d'avoir une Mme Vautrin ou ses sbires qui leur courent après pour leur récupérer 15 euros sur leur compte courant. Et donc, l'assurance chômage, il n'y a quasiment rien à récupérer là-dedans. C'est une blague. On parle de 100 millions d'euros. Je parlais de 100 milliards au début. On est sur une échelle de 1 à 1 000 sur le fric à récupérer. Et enfin, sur les arrêts maladie, pareil.
Attendez, parce que je veux bien comprendre ce que vous dites. En gros, la lutte contre la fraude sociale, selon vous, ce n'est pas un sujet. Parce que la fraude sociale n'est pas un sujet.
Il n'y a quasiment rien à récupérer. Ça dépend. La fraude sociale, je le disais, si c'est du côté entreprise ou praticien de santé, là, il y a 9-10 milliards. Mais Mme Vautrin est en train de nous parler de l'assurance chômage. Oui, mais par exemple,
sur les transporteurs sanitaires, Catherine Vautrin, elle évoque les dispositifs de géolocalisation, de systèmes électroniques de facturation pour éviter, est-ce qu'on sait que la facture du transport sanitaire ne cesse de gonfler ?
Oui, pourquoi ?
Notamment avec le recours au taxi et au VSL. Donc ça, ça pourrait être une bonne mesure. On ne va pas taper chez le patient. On vérifie si les prestations sont les bonnes. Mais posons bien la question.
Pourquoi ça augmente depuis 15 ans ? Je vous laisse me répondre. Je vais le faire tout de suite. Parce qu'on ferme le service de santé de proximité. Enfin, pourquoi les gens prennent les transports sanitaires et vous croyez qu'ils se disent « Chouette, je suis malade, j'ai envie de faire 40 bornes ». Bien sûr que non. C'est parce qu'il n'y a plus de CHU à proximité, il n'y a plus de clinique, il n'y a plus de laboratoire. Donc les mêmes qui nous ferment tout ça après nous disent « Regardez, c'est terrible, on est obligé de prendre des véhicules pour y aller ». Ben oui, Coco, on prend le véhicule pour y aller puisque tu nous as mis à 50 km plus loin le centre de santé.
Quant à la démarche concrète, géolocaliser les taxis, qui va faire le contrôle ? Franchement, on va avoir un débat avec la caisse primaire d'assurance maladie qui va appeler le chauffeur de taxi en disant « Écoute, tu as fait un détour de 5 km ». Alors c'était pourquoi ? Oui, c'est parce que la dame que j'avais, c'est une personne âgée, eh bien sa carte vitale était chez ses enfants, j'ai dû se faire le détour pour la récupérer. Ben non, ce n'était pas sur le plan initial.
Mais alors qu'est-ce que vous proposez pour lutter contre la fraude sociale puisque vous dites que quelqu'un qui fraude aux prestations sociales n'est pas pour ? On est d'accord là-dessus. Mais alors comment on vérifie
que personne ne fraude ? Eh bien par exemple, il faut plus de personnel dans les services qui sont en charge des versements pour vérifier la concordance des informations et des pièces, éviter qu'il y ait des erreurs. Il faut des gens pour accueillir à l'accueil de France Travail pour que les gens qui font une déclaration ou téléversent, vous savez les documents, c'est comme ça que ça marche, vous savez, vous avez toujours le rez-de-chaussée à France Travail, vous arrivez, vous pouvez mettre votre document, il est enregistré en ligne.
Que vous soyez accompagnés et pas que par des gens d'un service civique dont c'est le premier boulot pour lequel on leur donne une tâche qui est ingérable dans cet accompagnement des personnes vers leurs droits. Donc c'est comme ça qu'on fait en fait pour lutter contre les indu, les erreurs et les différents types de trop perçus. Et enfin, sur les arrêts maladie, puisque c'est le deuxième angle qu'a annoncé Mme Vautrin dans ses propositions, enfin un arrêt maladie, c'est sur prescription médicale. Donc moi, j'aimerais bien qu'on m'explique comment l'assuré se fait tout seul son arrêt maladie. Et vu qu'il ne fait pas tout seul, c'est qu'il n'est pas responsable.
Il y a des médecins qui contrôlent. La parole du médecin n'est pas du médecin traitant par exemple qui arrête.
Oui, mais dans ce cas-là, pourquoi vous les dérembourser et les assurer eux-mêmes ? Vous voyez bien que ça n'a aucun rapport avec l'objet et avec les causes éventuelles de certains arrêts maladie. Un arrêt maladie, il faut quand même le rappeler, ce n'est pas un truc de confort. L'arrêt maladie, il existe, il a été inventé dans le droit français pour que les gens malades ne contaminent pas leurs collègues. Parce que lorsque vous déremboursez, les gens vont avec la grippe au boulot et vous avez trois grippés à la fin de la journée.
Adrien Clouet, député insoumis, je voudrais vous poser très rapidement une question. Il y a un rapport de l'OFAST sur le narcotrafic qui vient d'être révélé. Il montre que la France est devenue l'un des pays européens les plus touchés par le trafic de cocaïne. On parle de tsunami blanc. Est-ce que le gouvernement a pris la mesure suffisamment à vos yeux du problème ? Et vous, comment vous lutteriez contre ce phénomène ?
Oui, c'est un bilan catastrophique. Vous le dites, le rapport est clair. Il n'y a plus aucune zone en France qui est épargnée par les différents trafics de stupéfiants. C'est un aveu d'échec de messieurs Darmanin et Retailleau. C'est-à-dire que leur politique consistant à faire du tout répressif dirigé uniquement sur les petits dealers est une politique d'échec. Moi, je pense qu'il faut avoir une politique sur trois angles. D'abord, une politique qui extrait les gens du trafic. Ça, par exemple, ça passe par la création d'un statut de repenti dans lequel vous avez une protection. Comme en Italie. Exactement. Voilà, vous avez le bon exemple. C'est exactement ça.
Comme en Italie, repenti, c'est-à-dire que vous avez une protection des droits parce que vous avez extrait de ce système-là et vous avez pu dénoncer les personnes dedans. Deuxièmement, il faut un usage des biens mal acquis au service de la communauté. C'est-à-dire que vous sachez que lorsque vous dénoncez du capital qui a été blanchi, etc., il va rester au service, par exemple, de la ville et faire des dénonciations en outils de développement. C'est ce qui se passe
avec les voitures, par exemple. Oui, exactement. On saisit les voitures des narcotrafiquants pour les réutiliser pour la police, par exemple.
Exactement. Mais est-ce qu'on n'utiliserait pas de manière utile l'ensemble des biens mal acquis pour le développement des villes ? Parce que lorsque des villes ont une partie de leur développement qui est basée sur des trafics illégaux, évidemment, il faut les utiliser. Et enfin, il faut légaliser la construction du cannabis pour taper au portefeuille les grands groupes illégaux qui trafiquent. Et pour les empêcher de trafiquer, il faut reprendre la main nous-mêmes avec un contrôle de l'État.
Merci Adrien Clouet, député LFI de la Haute-Garonne, vice-président de la Commission des Affaires Sociales de l'Assemblée Nationale d'avoir été l'invité du 830 France Info. Merci à François Baudonnet d'avoir été là. L'info continue sur France Info.
Hadrien Clouet