Narcotrafic : "Il y a une facilité d'accès à la drogue aujourd'hui, en particulier à la cocaïne"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 25 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:19OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes d'accord avec le diagnostic du gouvernement sur un point de bascule en 2025 ?
- 1:55OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous pensez des termes "mexicanisation" ou "narco-état" ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui explique ce sentiment de point de bascule dans la violence liée au narcotrafic ?
- 3:37OuverteRéponse directe
Ce niveau de violence est-il lié à l'explosion du marché de la cocaïne en France ?
- 4:21OuverteRéponse directe
Les derniers chiffres sur la cocaïne remontent à 2023 : 1,1 million de consommateurs. Vous percevez cette explosion dans votre cabinet ?
- 5:37RelanceRéponse directe
La consommation de cocaïne est-elle désormais généralisée à toutes les couches sociales ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:30Invité politiqueFait
« Ce qui est certain, c'est que c'est une menace au moins aussi équivalente que celle du terrorisme qu'on a connu il y a quelques années. »
- 3:51Invité politiqueChiffre
« En gros, on augmente les saisies de produits à peu près, en ce qui concerne la cocaïne, de à peu près 20 à 25 tonnes tous les ans. »
- 4:01Invité politiqueFait
« C'est l'expression, c'est le tsunami blanc dont la France est victime. »
- 4:30PrésentateurChiffre
« 1,1 million de personnes qui en ont consommé au moins une fois cette année-là. C'est deux fois plus qu'en 2017. »
- 5:15Invité politiqueFait
« On voit très clairement des éléments très clairs du type rajeunissement du premier contact. »
- 9:35Invité politiqueFait
« On a eu un point de bascule, effectivement, important avec la crise Covid, qui a facilité aussi tout ce qu'on appelle le Uber Sheet. »
- 11:30PrésentateurChiffre
« 7 milliards en France, on dit ce matin. C'est ce qu'on estime. Et 200 000 personnes liées de près ou de loin au trafic de drogue. »
- 13:46Invité politiqueFait
« L'addiction à la cocaïne a de particulier, c'est que les gens pensent que c'est un produit qui va doper intellectuellement et physiquement. »
- 18:52Invité politiqueChiffre
« On a quand même divisé par quatre le nombre d'homicide et de tentative d'homicide en deux ans de temps. »
- 19:54PrésentateurChiffre
« 29 tonnes saisies pour les 4 premiers mois de l'année, c'est le double de l'année d'avant. »
Temps de parole
- Invité politique35 %
- Présentateur21 %
- Invité politique 217 %
- Présentateur 216 %
- Auditeur6 %
- Auditeur 25 %
≈ 0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans le grand entretien ce matin, nous vous proposons donc une plongée dans la France du narcotrafic et des consommateurs. L'assassinat du frère Damine qu'est s'assi le 13 novembre dernier à Marseille. Premier assassinat d'intimidation contre un militant antinarco a provoqué un électrochoc, une prise de conscience de la menace que constitue cette criminalité désormais, qui est aussi une menace sur la santé publique, puisque la France, selon l'OFAST, l'office anti-stupéfiant, fait face à un tsunami blanc de cocaïne depuis quelques années.
Chers auditeurs, le standard vous est ouvert pour témoigner ou poser vos questions au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Et pour creuser le sujet, Benjamin, nous avons deux invités.
Bonjour Christian Sainte. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin au micro de France Inter. Vous êtes directeur national de la police judiciaire. Vous avez donc sous votre autorité les enquêtes liées au narcotrafic. Docteur Amine Benyamina, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous êtes président de la Fédération française d'addictologie, chef du service de psychiatrie et d'addictologie de l'hôpital Paul Brousse.
Au lendemain de la mort de Mélique Essassi, le gouvernement a parlé de point de bascule dans la violence des mafias marseillaises, de menaces équivalentes à celles du terrorisme. Christian Sainte, est-ce que vous êtes d'accord avec ce diagnostic ? Est-ce qu'on est à un point de bascule en 2025 ?
Ce qui est certain, c'est que c'est une menace au moins aussi équivalente que celle du terrorisme qu'on a connu il y a quelques années. Et effectivement, aujourd'hui, toute la question, c'est de savoir si M. Cassassi a fait l'objet d'un contrat, en quelque sorte, à raison de son positionnement de frère, de celui qui représente le symbole de la lutte anti-narco. Voilà, c'est ça la vraie question. On aura la réponse peut-être dans quelque temps.
On entend parler de mexicanisation, de narco-état. Qu'est-ce que vous pensez de ces termes ? Est-ce que c'est excessif ? Ou est-ce que ça ressemble à la situation ?
Narco-état, non. On n'en est pas évidemment là, et très loin, heureusement, fort heureusement. Mexicanisation, sans doute, parce qu'en fait, il y a une allusion très claire et un lien très fort avec les consommations de cocaïne qui, évidemment, viennent d'Amérique du Sud. Et c'est forcément l'activité des cartels colombiens, notamment, mais pas que, qui, aujourd'hui, impacte très sérieusement et a une influence importante sur les trafics de stupéfiants dans notre pays. On vous donne la parole dans un instant, Dr Benjamina, mais juste, Christian Sintre, pour tenter, là encore, de brosser le tableau de cette France touchée par le narcotrafic en 2025.
Comment est-ce que vous expliquez que ces mots soient utilisés ? Point de bascule. Qu'est-ce qui fait que, là, on a le sentiment d'être passé dans une autre dimension quand il s'agit de la violence liée au narcotrafic ? Moi, je pense qu'en fait, c'est ce à quoi on assiste depuis quelques temps. C'est la facilité avec laquelle des individus décident de faire commettre par d'autres des assassinats, des règlements de comptes, des contrats. On pourra en reparler si vous le souhaitez, mais effectivement, aujourd'hui, on est quand même aussi dans l'ère du numérique. Et tout ce qui supporte le trafic de stupéfiants s'appuie sur ces systèmes-là.
Et le recrutement de tueurs à gage, en réalité, puisque c'est de ça dont il s'agit, facilite évidemment grandement l'exécution et la mise en œuvre de contrats. Et je pense que ça, c'est un marqueur très fort. Et quelqu'un décide, à un moment donné, d'éliminer quelqu'un d'autre qui lui pose ce problème pour des raisons qui lui appartiennent. Et effectivement, il met en ligne le contrat et derrière, on a une réponse.
Ce niveau de violence, il est lié à quoi ? L'explosion du marché de la cocaïne en France ?
Indubitablement. Alors, on a la cocaïne et les produits de synthèse. On a une augmentation très sensible de ces deux drogues. Et on le voit bien. En gros, on augmente les saisies de produits à peu près, en ce qui concerne la cocaïne, de à peu près 20 à 25 tonnes tous les ans. Mais évidemment, ça n'est qu'une partie de ce qui circule. C'est l'expression, c'est le tsunami blanc dont la France est victime. Oui, on a affaire à des multinationales criminels. Il ne faut jamais l'oublier. Et en fait, en l'occurrence, ces sociétés de malfaiteurs n'envisagent qu'une chose. C'est de vendre des produits, c'est de produire davantage et de faire baisser les coûts.
Alors, sur ce marché, il faut évidemment parler des consommateurs. Amine Benyamina, les derniers chiffres dont on dispose pour la cocaïne remontent à 2023. 1,1 million de personnes qui en ont consommé au moins une fois cette année-là. C'est deux fois plus qu'en 2017. Vous percevez cette explosion de la consommation dans votre cabinet ? Absolument. D'abord, je voulais remercier France Inter d'avoir remis la jambe qui manquait, notamment sur ce fléau fantastique et extraordinaire et inquiétant du narcotrafic et qui, par ailleurs, ne peut se régler aussi qu'avec la présence des soignants, des soins et des patients. On parlait hors antenne avec M.
le directeur national et il est convenu vraiment de travailler ensemble. Et ça, c'est extrêmement important. Je voulais vous remercier. Évidemment qu'on le perçoit, ça commence par l'arrivée des bateaux, entre guillemets, sur la côte atlantique et ça arrive dans nos cabinets. On voit très clairement des éléments très clairs du type rajeunissement du premier contact, que la cocaïne, puisque vous parlez de ça, touche tout le monde, alors que dans les années 80-90, c'était un marqueur social pour les personnes qui avaient des moyens et qui étaient au-delà de la loi et qui n'avaient peur de rien, d'une certaine manière. Ils pouvaient même se prévaloir de consommer de la cocaïne.
C'était une sorte de marqueur positif. Alors, ce n'est pas le cas maintenant.
Oui, parce que sur les profils de ceux que vous recevez dans vos cabinets de consultation, il y a quelques semaines, Emmanuel Macron avait mis en cause ce qu'il appelait les bourgeois de centre-ville. Beaucoup de spécialistes ont dit que c'était réducteur, que la consommation était largement répandue. On a d'ailleurs entendu dans le journal de 8h des marins-pêcheurs. Vous confirmez, Amine Benyamina, que cette façon de réduire à une sociologie très précise était sans doute réducteur par rapport au profil que vous voyez passer dans vos cabinets ?
Absolument. D'ailleurs, j'avais dit qu'il avait raison et tort à la fois, parce qu'on a répondu par une tribune dans le journal Le Monde, en disant que oui, mais pas que, puisque la cocaïne, d'une certaine manière, et la drogue, devient d'une certaine façon un marqueur de démocratie. J'aime pas ce mot, mais tout le monde consomme des drogues. Vous allez dans n'importe quel coin reculer, je pense que la police le sait même mieux que nous, vous avez tout. Vous avez de la cocaïne, vous avez des extradites, les drogues de synthèse, et on a des capacités à toucher tout le monde pour l'instant toute simple. Le deal n'est plus un deal physique, c'est un deal numérique.
Et donc tout le monde est concerné par la drogue. Et vous avez des pratiques qui semblaient être des pratiques des grandes villes, ou bien d'une certaine bourgeoisie qui n'est pas concernée par la justice et par la police, qui concerne tout le monde. Et c'est la meilleure façon de pouvoir appréhender le problème de notre société. Et qui n'est pas étonnant, parce qu'on parlait de Marseille, on parle des grandes villes, mais toutes les villes sont plus ou moins concernées par le problème de la drogue et la violence qui va avec. Alors, on a justement un auditeur au Standard pour nous en parler, pour parler du fait qu'aucun territoire n'est épargné désormais. C'est Arnée. Bonjour Arnée.
Vous nous appelez d'Ardèche, dans une commune de 2500 habitants. On a voulu vous faire témoigner ce matin, après vous avoir entendu au téléphone sonne, il y a 15 jours. Dites-nous, Arnée, ce que vous voyez autour de vous.
Écoutez, on est dans un petit village de 2500 habitants, comme vous venez de le dire, en plein milieu des Cévennes. On est vraiment un territoire de carte postale très touristique en été, et bien plus calme en hiver. Alors, je fais bien la différence entre les deux, parce qu'en hiver, on a plus tendance à se retrouver, du coup, entre les gens qui habitent vraiment ici toute l'année, sachant qu'en été, on est peut-être plutôt tous occupés à notre saison, chacun de son côté. Donc, quand on se retrouve, on voit quand même, depuis quelques années, de plus en plus de cocaïne, même dans ce cercle restreint, de ce peu de gens qui restent ici sur place toute l'année.
Et on voit que ça s'est vraiment démocratisé au niveau des soirées, même les plus anecdotiques. On arrive à avoir des gens qui vont ramener leur gramme de cocaïne. Et on a vraiment toutes les strates de la population, mais des plus élevées jusqu'aux plus basses qui sont touchées. Il n'y a vraiment pas de différence entre les gens. Tout le monde, aujourd'hui, consomme même dans ce petit endroit des Cévennes, de la cocaïne, et ça de manière récurrente.
Vous avez dit, Arnais, c'est plus facile chez moi de trouver un gramme de coke qu'une pizza chaude l'hiver.
Justement, parce que quand on parle de l'arrière-saison, il y a beaucoup de restaurants qui ferment, et donc les gens se retrouvent dans peu d'endroits le soir. Et du coup, je pense vraiment que c'est un exemple qui est assez parlant quand on a l'habitude d'habiter dans des endroits comme ici, où hors-saison, il se passe vraiment beaucoup moins de choses. Et on va avoir une facilité à trouver des produits comme de la cocaïne bien plus facilement.
Merci beaucoup, Arnais, pour ce témoignage. Christian Sainte, vous l'entendez. Un village en Ardèche de 2500 habitants, plus facile de trouver un gramme de coke qu'une pizza chaude. Comment est-ce qu'on explique que désormais, et on parlait tout à l'heure avec Amine Benyamina de la sociologie de ceux qui consomment de la cocaïne, que là, toutes les villes de France, qu'il s'agisse de grandes villes, d'agglomérations, de villages, de villes moyennes, soient frappées par ce phénomène ? Moi, je pense qu'en réalité, ce qui se passe, c'est qu'il y a une facilité à l'accès à la drogue aujourd'hui et à la cocaïne, en particulier, mais pas que.
On a eu un point de bascule, effectivement, important avec la crise Covid, qui a facilité aussi tout ce qu'on appelle le Uber Sheet, c'est-à-dire la livraison à domicile de ces produits stupéfiants. Une forme d'ailleurs des prix qui ont sensiblement baissé et qui finalement donnent un accès beaucoup plus aisé, finalement, à ces produits. Et puis, une disponibilité du produit, ou des produits d'ailleurs, puisqu'on est aussi sur la multiconsommation en réalité, dans certains cas, une facilité à acquérir ces produits qui sont disponibles sur le marché.
Il y a une offre qui est très abondante, il faut le dire. C'est pour ça que les réseaux vont au-devant des consommateurs.
Alors oui, parce qu'en fait, les réseaux sont extrêmement actifs. Ils sont tous dans des conquêtes territoriales, en réalité, on le sait, y compris dans des contrées qui sont un peu plus retirées comme celles qu'évoquait tout à l'heure votre auditeur. Juste pour faire un point, puisque vous dites Uber Sheet facilité à aller vers l'achat de produits, ça veut dire que concrètement, les policiers que vous avez sous votre autorité, ça rend leur travail beaucoup plus difficile parce que l'idée, l'image d'épinal du consommateur qui va aller vers un dealer pour aller essayer d'acheter de la drogue, maintenant, les choses se font de façon beaucoup plus facile pour le consommateur.
Il commande sur son téléphone. Ça rend plus difficile aussi la lutte contre le narcotrafic. C'est tout l'enjeu du travail que nous faisons au niveau national pour arriver à mettre en cohérence les réseaux, c'est-à-dire comprendre comment fonctionnent les réseaux qui, en réalité, se répandent sur l'ensemble du territoire national, justement parce qu'effectivement, via Internet, via les messageries, il est très aisé de commanditer et de faire exécuter des contrats à distance, voire effectivement réaliser des livraisons. Et puis, effectivement, il ne faut pas oublier qu'il y a toute une économie qui vit là-dessus.
Et toute cette consommation produit de l'argent, de l'argent qui alimente les trafiquants...
7 milliards en France, on dit ce matin. C'est ce qu'on estime. Et 200 000 personnes liées de près ou de loin au trafic de drogue.
Ce sont les chiffres que donnent mes services, notamment sur le bas du spectre, et donc, effectivement, des familles qui vivent aussi sur ces trafics-là.
Amine Benyamina, cette facilité à l'accès à la drogue, la façon dont les dealers vont démarcher les consommateurs sur leur téléphone, avec des SMS, des messages WhatsApp, etc., j'imagine que, pour vos patients, c'est une difficulté supplémentaire quand ils souhaitent décrocher. C'est une difficulté supplémentaire, et puis, ça nous amène à adapter notre outil de soin. Parce que, lorsque j'ai un patient qui vient pour une prise en charge, je commence d'abord par lui dire, tu retires les numéros, tu fermes ton téléphone, tu ne te laisses pas envahir, ce n'est plus la personne qui aborde dans le quartier. On est sur la réalité.
Je le répète, sur un point de deal physique, vous avez 1000 points de deal numériques. Deux, trois points importants qui viennent corroborer ce que vient de dire le directeur national. On a une cocaïne, puisqu'il parle de ça, mais il n'y a pas que ça, très pure et pas chère, qui touche tout le monde. Ça, c'est la tendance actuelle. On a des métiers qui sont apparus dans la dernière livraison de l'OFDT. On a parlé des marins pêcheurs, j'ai entendu ce matin, c'est très bien de l'avoir dû, mais tous les métiers sont concernés. On a des classes d'âge qui sont concernées, des mineurs qui ont expérimenté, je ne dis pas qu'ils sont dépendants, qui ont expérimenté.
On est sur des phénomènes extrêmement importants sur lesquels il faut être vraiment vigilant. Évidemment, dans les solutions, on les verra peut-être tout à l'heure, on a quelques idées à mettre en avant. Et ce qu'il faut avoir en tête, sur la grande masse des consommateurs, ceux qui sont à l'origine du gros chiffre, ce sont les dépendants et les malades. Je prends quelques exemples. Si je prends l'alcool, mais il n'y a pas que ça. 10% des personnes qui consomment l'alcool consomment 75 à 70% de la quantité.
C'est pareil pour le cannabis, c'est pareil pour les drogues dures et c'est pareil pour les drogues de synthèse, dont on dira peut-être un mot, qui constituent un des gros enjeux pour nous tous. Amine Mediamina, est-ce que vous pouvez simplement nous préciser quelle est la spécificité de l'addiction à la cocaïne ? Est-ce que c'est une addiction particulière ? Alors, je vais parler en tant que médecin, en tant que prof de médecine, c'est ce que je dis à mes étudiants, et en tant qu'observateur. L'addiction à la cocaïne a de particulier, c'est que les gens pensent que c'est un produit qui va doper intellectuellement et physiquement.
En revanche, c'est l'un des plus puissants produits qui entraîne une addiction psychologique. Donc, on a peu de signes de sevrage physique et donc on a le sentiment que, n'ayant pas de signes de sevrage physique, il n'y a pas d'addiction. En revanche, c'est destructeur sur le plan physique, sur le plan cardio-vasculaire, sur le plan neurologique. Il y a bien une addiction. Il y a une énorme addiction. Et le problème de ce produit, c'est qu'il n'y a pas de substitut comme on peut avoir avec l'héroïne ou bien avec des produits à base opiacée. Et donc, c'est le gros enjeu des chercheurs actuellement. Donc, c'est une grosse difficulté de décrocher. Complètement.
Christian Saint-Iffaut, il faut revenir avec vous sur la lutte au quotidien que mènent vos services contre le narcotrafic, avec des organisations tentaculaires, aux ramifications internationales. On a beaucoup parlé, notamment dans le cadre de l'assassinat du frère Damien Kessassi, de la DZ mafia. Ça veut dire que votre travail au quotidien, c'est à la fois les petites mains, ceux qui sont embauchés, mais aussi les commanditaires qui peuvent se retrouver à l'étranger, à Dubaï ou au Maroc. C'est sur ces deux pieds-là que vous devez marcher. Il ne peut y avoir qu'une seule approche.
Le niveau territorial, c'est les opérations Placnet qui permettent de dégager un certain nombre de choses, parce que ça donne aussi du résultat. Qui fonctionnent, parce que vous savez ce qui a été dit sur les opérations Placnet, que ça nécessitait beaucoup de moyens pour, à la fin, des saisies, pas forcément à la hauteur des objectifs. C'est-à-dire qu'on ne réglera pas tous les problèmes par ce type d'opération, mais ça permet au moins de reconquérir du territoire qui est de saisir des armes, de saisir de l'argent et de saisir des produits stupéfiants et de rendre aussi une vie plus normale, j'ai envie de dire, aux habitants qui, dans ces quartiers-là, sont en difficulté.
La deuxième chose, c'est que nous devons travailler également sur le milieu du spectre et évidemment travailler sur ceux qui sont les animateurs des réseaux sur le territoire national. Et nous travaillons également à l'international, ça ne peut se faire que dans une chaîne de coopération entre tous les services qui sont impliqués sur le territoire national, police nationale, gendarmerie nationale et douane. Et d'ailleurs, c'est tout l'enjeu du ministre de l'Intérieur de s'assurer qu'effectivement, il y ait une coordination poussée entre les services. Il n'y a que comme ça, et on parlait tout à l'heure aussi de l'aspect sanitaire qui, à mon avis, doit être pris aussi dans toute cette chaîne.
Narcotrafic, tous concernés, c'est le thème de notre journée spéciale. On a justement Mylène au standard. Vous nous appelez de Nantes. Bonjour, bienvenue Mylène. Et vous, vous sentez concerné ?
Oui, oui, bonjour. Oui, je me sens concernée. Moi, ça fait 14 ans que je vis dans une cité à Nantes. Je ne dirai pas où parce que j'étais à ma sécurité. Au début, c'était très calme. On ne les voyait pas trop. Mais là, depuis trois semaines, on se fait tirer dessus à la Kalachnikov. Ça fait quand même trois fois. Je vous avoue que ça fait bizarre de voir des impacts de balles dans le hall de l'immeuble. Les enfants, on ne les envoie plus jouer dehors parce que des fois, ils viennent tirer aussi pour se taper sur les petits qui sont en bas, en pleine journée, en pleine après-midi. Donc, on joue au badminton dans le palier, sur le palier. Et moi, j'écoute tout ça et je me pose une question.
Je me dis, en France, le pays est aussi riche que la France quand même. On est quand même un pays riche. On ne se pose pas la question de pourquoi est-ce que les gens consomment de la drogue pour tenir le coup. À un moment donné, je pense qu'il y a une défaillance globale de la société. Des consommateurs, nous, on les voit. C'est des gens de France Inter, c'est des gens qui travaillent au palier de justice, c'est des avocats, c'est des médecins, c'est des gens qui ont des véhicules de société qui viennent acheter de la drogue chez nous. C'est des gens, des fois, qui ont des véhicules de mairie qui viennent acheter de la drogue chez nous.
C'est des gens qui fument du krach, on les voit en bas, c'est des zombies. Mais on a tout. On a toute la société qui vient chez nous. On a eu des opérations de place nette, on a des policiers qui courent après les dealers, mais les dealers courent très vite. Et en fait, ça revient tout le temps. Merci. Ça bat et ça revient et on se sent à mon avis.
Merci Mylène pour ce témoignage qui est quand même complètement dingue. Enfin, je veux dire, les tirs de Kalachnikov en pleine journée. Ce qui est fou, c'est qu'en fait, on s'est presque habitués à ce genre de situation.
En fait, effectivement, on le voit bien, c'est qu'on a une augmentation de ce type d'affaires, que le passage à l'utilisation de l'arme, y compris par des mineurs, parce que c'est un aspect aussi très important sur lequel il faudrait insister aussi, c'est le rajeunissement des effectifs criminels, j'ai envie de dire, de ceux qui participent à ces actions et quelque chose qui caractérise vraiment aujourd'hui la criminalité qui tourne autour du narcotrafic. Et effectivement, nous, notre mission, c'est d'enquêter, c'est de faire, de monter, de démanteler des réseaux et il n'y a que par la voie judiciaire qu'on arrive en profondeur à travailler sur ce type d'affaires.
Mais Christian Sainte, quand on entend ce témoignage frappant, il y a deux façons de voir les choses. Ou bien, on se dit, forme d'impuissance, puisque malgré les opérations Placnet, malgré l'action du gouvernement, ça continue, des tirs à la Kalachnikov, des habitants qui ne peuvent pas sortir de chez eux sans voir des dealers. Et il y a une autre façon de voir les choses qui est d'ailleurs souvent ce que dit le gouvernement, c'est précisément parce que notre action elle est efficace que les méthodes sont de plus en plus désinhibées, de plus en plus violentes.
Oui, enfin moi je ne me mettrais pas sur ce terrain-là, moi ce que je constate si vous voulez, c'est que par exemple sur Marseille qui reste quand même un fort symbole dans ce pays, on a quand même divisé par quatre le nombre d'homicide et de tentative d'homicide en deux ans de temps. Mais vous savez que certains expliquent que c'est parce qu'il y a eu une sorte de, pas de paix, mais en tout cas d'accalmie entre les gangs rivaux. Non mais l'accalmie elle vient d'où ?
Elle vient non seulement parce qu'effectivement il y a des équipes qui perdent par rapport à d'autres équipes mais il y a aussi beaucoup de malfaiteurs qui sont actuellement incarcérés, placés en détention, d'ailleurs dans des conditions qui susciteraient aussi des compléments d'informations sur ces sujets-là, mais on le voit bien, donc il y a une action répressive qui est portée et qui est efficace aussi de ce point de vue-là.
Ça marche les prisons de haute sécurité de Gérald Darmanin ?
Personnellement, nous y sommes très favorables. Pour que les gros bonnets ne puissent plus gérer leur trafic ? Vous savez le déclencheur ça a été l'évasion de Mohamed Hamra très clairement qui a organisé quand même son évasion depuis sa cellule. Donc à partir du moment où vous arrivez à travailler sur une... à neutraliser l'accès à la téléphonie et donc à Internet déjà vous calmez un peu les choses de ce point de vue-là.
Christian Sainte, la base du problème c'est quand même ces arrivées massives de tonnes de cocaïne. Je crois que 29 tonnes saisies pour les 4 premiers mois de l'année, c'est le double de l'année d'avant. Cette cocaïne, elle arrive par les ports cachés au milieu de ces millions de containers. Qu'est-ce qu'on peut faire là ? On a l'impression que c'est vider la mer avec une petite cuillère.
On durcit effectivement les accès, les contrôles aux ports, vous le savez. Donc il y a beaucoup de choses qui ont été faites notamment sur les ports de la Manche en particulier. A l'instar d'ailleurs de ce que les pays étrangers ont pu faire également un peu au nord de l'Europe.
Là on parle quoi ? Dunkerque, Le Havre ?
Oui, principalement. Il y a tout un enjeu de sécurisation qui doit être mis en place et doit être poursuivi y compris des ports secondaires. Et puis les routes de la drogue changent. Et effectivement, il y a des solutions de contournement qui sont mises en oeuvre aussi par les organisations criminelles qui aujourd'hui procèdent à des opérations de drop-off par exemple, c'est-à-dire du largage de produits stupéfiants, des ballots de produits stupéfiants au large de la côte et qui sont récupérés ensuite par des complices qui sont à bord de bateaux de pêche en particulier mais pas que.
Et puis également des routes qui passent par l'Afrique et qui remontent maintenant le long de l'Espagne et qui y compris nous acheminent de la cocaïne par cette voie-là. Pour rester Christian Sainte sur ces organisations auxquelles vous devez faire face, ce sont des organisations qui sont suffisamment puissantes pour avoir cette capacité à corrompre ou à tenter de corrompre des policiers, des magistrats, des douaniers. Ça c'est aussi un degré supplémentaire dans la façon de tenter de s'immiscer dans l'appareil d'Etat. Est-ce que vous avez là encore des exemples concrets de ces tentatives de corruption qui évidemment compliquent votre travail ?
On a traité des dossiers qui effectivement portent sur des révélations de faits de corruption qui intéressent des agents publics quels qu'ils soient. Effectivement, vous en avez cité quelques-uns. C'est un enjeu pour nous qui est très fort de monter dans la lutte anti-corruption et dans la détection aussi de ceux qui sont des points de fragilité pour les procédures qui sont en cours que ce soit au niveau des enquêtes de police que ce soit ensuite au niveau de l'appareil judiciaire et donc effectivement cet aspect-là est pris en compte de ce point de vue-là.
C'est pour nous quelque chose qui est très sensible parce que la capacité de mettre des sommes d'argent sur la table par les malfaiteurs est extrêmement réelle.
Alors, à l'inverse, quelles sont les capacités de l'État ? Il y a une dimension qui est importante pour le travail des policiers et des stups, ce sont les sources, les indiques. Est-ce que ces sources sont suffisamment bien rémunérées ? Est-ce que ça vaut le coup de dénoncer un réseau, de dénoncer un go fast pour quelques milliers d'euros ? Est-ce que ces sources elles sont suffisamment protégées ? Ou est-ce qu'on peut faire mieux ?
Alors, deux choses. D'abord, effectivement, les sources sont essentielles pour les services de police pour pouvoir démanteler les réseaux, vous savez, en matière de police, si on n'a pas d'informateur, si on n'a pas d'informations, si on n'a pas d'informations, on ne peut pas faire de police judiciaire. Donc, c'est essentiel de garder les sources. Je signe et je fais procéder régulièrement, toutes les semaines, à des rémunérations de sources qui nous apportent des affaires, en tout cas, des informations sur lesquelles on ne pourrait pas faire d'affaires et démanteler les réseaux. Donc, ça, c'est un premier point.
Et puis ensuite, vous le savez, nous souhaitons monter en puissance aussi sur les programmes de repentis, à l'instar de ce qui s'est fait dans d'autres pays étrangers. Et ça, je pense que c'est une source pour nous d'intérêt évident pour pouvoir aller un peu plus loin. Un dernier mot avec vous, Amine Benyamina, puisque là encore, on entendait tout à l'heure cette auditrice, Mylène, qui disait qu'elle était frappée de voir que c'était, au fond, une sociologie très large, la France, qu'elle voyait en bas de ses immeubles pour aller acheter de la drogue.
Est-ce que la stratégie consistant à culpabiliser le consommateur, je souviens d'Éric Dupond-Moretti, qui disait que le pétard fumé avait le goût du sang ? Est-ce que ça, c'est une stratégie ? Est-ce que c'est un discours qui est efficace ?
Je ne le pense pas. On l'a démontré à de nombreuses reprises. Ce qui est important, ce qui est efficace, et là, pour le coup, la filière du soin peut venir en aide à la filière sécurité, c'est que lorsqu'on ne peut pas contrôler l'émetteur, c'est-à-dire les grands trafiquants, les fameux oligopoles qui génèrent une masse d'argent fantastique dans le monde, on peut nous intervenir au niveau du récepteur. Et le récepteur, c'est quoi ? Ce sont les consommateurs. Et on a une politique qui a été inventée par la France qu'on appelle la réduction des risques.
C'est-à-dire, on fait de la prévention, de l'information, on permet aux personnes entre guillemets de ne pas être finalement la cible de ceux qui viennent leur proposer ces drogues à travers un travail pédagogique, à travers des modes de consommation qui sont moins impactants pour la santé et pour la société, on le sait. Et dans ce dispositif, le reste du monde a bougé, sauf la France. Et là, pour le coup, ce n'est pas un gros mot, mais je vais le dire, il faut probablement réfléchir à la modification du cadre légal, notamment un peu de dépénalisation, un peu de légalisation, pas pour tout.
Ça a été dit ici dans votre studio récemment et partout, je pense qu'il est utile d'introduire un delta, notamment des drogues comme le cannabis, et qui très clairement occupe beaucoup, beaucoup la police, beaucoup les services, et qui probablement peut être un élément qui diminue de delta d'abord. les revenus, et puis les petits délits, les petits consommateurs, et se concentrer sur ce qui fait la violence actuellement, les drogues dont vous parliez tout à l'heure avec M. le directeur national.
Ça, rapidement, Christian Sainte, faire évoluer le cadre légal pour que vos services puissent se concentrer sur la cocaïne, les drogues les plus sévères, et changer le cadre légal, par exemple, dépénaliser la consommation de cannabis. Oui, je ne m'avancerai pas trop sur ce sujet-là. Moi, j'ai un avis un peu partagé, je ne vous le cache pas, parce que je considère qu'effectivement, toute la consommation, y compris aux plus bas d'animaux, participe finalement au fond des trafics et toutes les conséquences qu'on a évoquées tout à l'heure.
Moi, ce que je voulais simplement rappeler ici, c'est que tous les effectifs et tous les policiers, les gendarmes, les douaniers qui travaillent au quotidien ont pris en compte sous l'autorité de nos autorités au plus haut niveau de l'État, quand même. Cette problématique du trafic des stupéfiants, c'est un enjeu majeur pour notre pays et tous les jours, tous les jours, tous les jours, je le vois, il y a des interpellations qui sont réalisées, il y a des mises en détention, il y a des procédures qui sont construites, c'est un travail, effectivement, qui est un travail en profondeur et je venais juste le saluer parce que c'est une réalité.
Merci, monsieur. On n'a évidemment pas épuisé le sujet, mais hélas, on n'a pas deux heures devant nous. Merci, Christian Sainte et Amine Beniamina d'avoir répondu à nos questions et à celles des auditeurs. Notre journée spéciale continue sur Inter, narco-trafic tous concernés. Le 13-14 de Jérôme Cadet est à Marseille et Fabienne Sainte-Est ce soir dans le 18-20 se penchera sur les narco-États.