Marie Lebec - L'interview politique du 04/12/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et ce matin, David Rovodallon, vous recevez Marie Lebec, députée Renaissance et ancienne ministre.
Bonjour Marie Lebec, vous êtes députée Renaissance des Yvelines depuis 2017. Vous avez été ministre chargée des relations avec le Parlement. Et si je ne me trompe pas, vous étiez la première femme jamais nommée à ce poste. C'était le gouvernement de Gabriel Attal, on l'a oublié. Ça semble, il y a des siècles aujourd'hui. Donc, vous êtes spécialiste des relations avec le Parlement. Vous allez peut-être pouvoir nous éclairer sur ce qui se passe depuis des semaines à l'Assemblée. Et justement, qu'est-ce qui se passe ? Est-ce qu'on va avoir un budget dans quelques semaines ? Même les observateurs les plus avertis sont un peu perdus.
Bonjour. Oui, effectivement, la situation à l'Assemblée, elle est un petit peu complexe parce qu'on est en pleine discussion budgétaire et avec deux discussions qui avancent en parallèle, à la fois le budget de la Sécurité sociale et le budget de la Nation. À l'Assemblée, en ce moment, on essaye de tomber sur un accord sur le budget de la Sécurité sociale. Évidemment, c'est délicat parce qu'il y a beaucoup de sujets, on va dire, chauds, avec par exemple la suspension de la réforme des retraites pour ne parler que de ce sujet-là.
Je pense que pour les artisans du centre-droit au centre-gauche, c'est-à-dire des DR, le parti de Bruno Retailleau, jusqu'au parti socialiste, il y a une voie de passage, une voie étroite. Et paradoxalement, la discussion, elle est riche, elle est nourrie depuis le début, note que personne n'a claqué la porte, donc il faut quand même qu'on essaye de trouver. En tout cas, c'est absolument fondamental qu'on y arrive d'ici la fin de la semaine.
Alors, personne n'a claqué la porte, mais il y a quand même des gens qui coincent les doigts de Sébastien Lecornu dans la fenêtre. Par exemple, Édouard Philippe, qui est quand même censé être membre de l'ex-majorité et qui a estimé, devant les membres de son mouvement Horizon, c'était cette semaine, c'était même il y a deux jours, on ne peut pas voter pour le PLFSS, c'est-à-dire le budget de la Sécurité sociale. Avec des amis comme ça, Renaissance et Sébastien Lecornu n'ont pas besoin d'ennemis, non ?
Oui, alors on prend à peu près acte de la position d'Édouard Philippe, c'est sûr que ça nous a peut-être un peu pris au dépourvu par rapport à ce qu'on pouvait espérer de la part de Horizon, qui est un partenaire de la majorité depuis 2022. Moi, je pense que chacun est libre d'exprimer ses convictions sur le sujet. C'est sûr que c'est un peu dommage de le faire en amont de la discussion, alors que celle-là doit encore avoir lieu, qu'il reste encore 700 amendements, il va y avoir des modifications, il y a des ajouts possibles, il y a des batailles à mener aussi dans le cadre de ce PLFSS.
Donc il faut peut-être laisser le temps au débat, c'est un peu le sens aussi de l'avis parlementaire, c'est d'accepter que le texte initial n'est pas forcément celui qu'on va voter et des modifications possibles. Je comprends que pour Horizon, il y a peut-être des points qui apparaissent comme très durs ou très bloquants. C'est pareil du côté de Renaissance, c'est certainement pareil du côté du Parti Socialiste ou des Républicains. Et paradoxalement, d'une, ce budget, il est fondamental pour le pays.
Et deux, je pense que ce qui est demandé aujourd'hui par nos compatriotes, c'est une forme de stabilité, chacun ayant bien en tête que ce budget, il ne sera pas 100% satisfaisant, mais qui permettra à la nation de continuer à progresser et de sortir de leur nerf.
Là, vous êtes quand même sympathique avec Edouard Philippe, parce que même les socialistes sont plus prêts aux compromis et plus à l'ordre. C'est quand même un ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, un membre de la majorité. Et là, il est quand même en train de mettre des bâtons dans les roues. Très sérieusement, même Olivier Faure a dit il y a quelques jours que c'est un ingénieur du chaos comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Non, non, je pense que, très honnêtement, de LR au Parti Socialiste, on a tous des visions très différentes de la façon de sortir de ce débat budgétaire. Je pense qu'on ne doit pas se jeter l'anathème l'un sur l'autre, parce qu'en fait, sinon, on n'y arrivera jamais. Moi, je ne veux pas justement qu'on rentre dans la démarche de la France Insoumise ou du Rassemblement National qui juste passent leur temps à insulter ceux qui ne sont pas en accord avec eux. Donc moi, je ne veux pas être dans cette logique-là.
C'est sûr que c'est un peu désespérant quand on est à l'Assemblée Nationale, qu'on passe nuit et jour à débattre de ce budget, de se dire qu'avant même la discussion budgétaire, certains décident de condamner le texte, mais ils sont aussi libres de leurs convictions et force à nous, maintenant, d'essayer de leur montrer qu'au final, et c'est aussi parce que c'est ce que nos compatriotes attendent, c'est ce que nos entreprises attendent, c'est ce que nos partenaires économiques, mais aussi géopolitiques dans le monde attendent, il faut qu'on arrive à avancer de cette discussion budgétaire pour ensuite aller sur des sujets qui permettront peut-être aussi de faire valoir d'autres convictions, d'autres points de vue.
Moi, je ne crois pas du tout que jusqu'en 2027, les mois qui restent ne doivent pas être des mois utiles, c'est fondamental, on ne peut pas se permettre une période de latence, et je pense qu'on n'est pas si mal engagé que ça dans le PLFSS, maintenant, il faut qu'on arrive à se mettre d'accord d'ici la fin de la semaine.
Alors, on va parler de 2027, bien sûr, mais d'après vous, c'est quoi la voie de passage ? Est-ce qu'on peut espérer un vote, même si on a vu que la partie recette avait été rejetée à l'unanimité, moins une voie il y a 15 jours ? Est-ce que c'est par ordonnance, une fameuse loi spéciale qui reconduit le budget de l'année dernière, ou est-ce qu'on va voir revenir le 49.3 ? D'ailleurs, Gérard Larcher, hier, a plaidé pour que Sébastien Lecornu, je le cite, envisage le 49.3, et Bruno Retailleau, l'ancien ministre de l'Intérieur, pour qu'il l'assume. Est-ce que, finalement, ce n'est pas la meilleure solution ?
Moi, je trouve ça assez, j'avoue, caustique, d'entendre ceux qui trouvaient qu'il n'y avait pas assez de place pour le débat budgétaire, maintenant, revendiquer l'usage du 49.3, alors que, très honnêtement, pour les ministres de la majorité à laquelle j'appartiens, qui ont décidé d'y avoir recours à chaque fois, on avait l'impression que c'était vraiment le déni du débat démocratique et le mépris du Parlement et de l'Assemblée, notamment. Moi, je trouve que c'est courageux de la part de Sébastien Lecornu d'avoir fait le choix de ne pas avoir de recours au 49.3.
Et d'ailleurs, je me rappelle qu'à la fin de la partie recette de mémoire, l'ensemble des prises de parole ont salué le fait que le débat avait été de bonne tenue, de bonne nature, et justement avait permis quand même à chacun d'exprimer son point de vue. Donc, moi, je ne suis pas... Enfin, je pense qu'il faut que Sébastien Lecornu puisse aller jusqu'au bout de cette démarche. C'est aussi aux parlementaires de prendre leur responsabilité et de trouver un accord. Peut-être qu'on ira vers une loi spéciale. C'est peut-être l'option qui semble le plus profiler aujourd'hui, parce qu'effectivement, on n'a pas pu étudier la partie dépenses à l'Assemblée nationale.
Mais je voudrais peut-être dire que si on fait une loi spéciale, ça veut dire aussi remettre le couvert en janvier. Donc, c'est une résolution partielle d'une difficulté, mais qu'à la fin, il faudra bien quand même qu'on accepte que chacun fasse des compromis. C'est un peu un jour sans fin. C'est un peu un jour sans fin, mais surtout, contrairement à ce qui a été dit, faire des compromis, ce n'est pas écraser l'autre. C'est que chacun puisse aller ensuite devant ses électeurs, dire, je n'ai pas tout obtenu, mais je me suis battu sur telle et telle mesure, et elles ont intégré le texte budgétaire. On a beaucoup dit le compromis, c'est écraser l'autre, ce n'est pas ça.
Il faut que chacun y trouve un peu son compte, et je pense qu'on peut y arriver.
Alors, aller vers les électeurs, justement, vous avez évoqué 2027, on constate aujourd'hui qu'il y a pléthore de candidats dans le bloc central. On a parlé d'Edouard Philippe, qui est plutôt le mieux placé dans les sondages, même s'il dévisse depuis quelques mois. Comment faire pour les départager ? Moi, j'en ai compté une dizaine, plus ou moins crédibles, plus ou moins sérieux, sans vouloir leur faire outrage. Comment on fait pour les départager ? Est-ce qu'il faut faire une primaire ? C'est quoi votre position là-dessus ?
Moi, déjà, d'une, je vais me ranger, je pense, à la position de ce que dit Gabriel Attal, parce que je pense qu'elle est assez juste.
Vous, vous êtes team Gabriel Attal.
Je suis team Gabriel Attal. En tout cas, je suis membre du parti Renaissance. Clairement, j'ai eu cette relation privilégiée que vous avez soulignée avec Gabriel d'avoir été membre de son gouvernement. Et il se bat pour que Renaissance continue à être un acteur majeur du bloc central. Et je salue totalement cette démarche. Et je trouve aussi qu'il se démène beaucoup pour que, justement, on ait un projet. Vous savez, Renaissance, on va rentrer dans une phase où ça fait dix ans sous la tutelle du président de la République que nous sommes aux affaires. Il faut à la fois, je pense, qu'on soit dans la continuité de ce projet.
Et en même temps, ce projet, il est forcément adapté aux défis de demain, à ce que la société va être. D'ailleurs, quand on a été élu en 2017, on ne parlait pas autant d'intelligence artificielle. On parlait peut-être moins du harcèlement scolaire. Il y a d'autres défis qui sont devant nous. Et donc, il faut constater qu'il faut faire des propositions. Et donc, on a dit, Gabriel l'a très bien dit, il faut en priorité qu'il y ait un projet. Et après le projet, départager les candidats, ça ne peut pas être qu'une affaire de personne. Je trouve que c'est quand même une démarche assez sensée. D'autant que, pardon, mais c'est peut-être l'avantage d'être le dernier né dans la vie politique.
Mais tant le Parti Socialiste que les Républicains nous ont démontré que le candidat issu d'une primaire n'est pas forcément le mieux placé pour gagner une élection. Donc, je trouve que ça doit nous alerter. Il faudra probablement un mécanisme de départage. Moi, je ne suis pas totalement favorable à la primaire aujourd'hui. Mais surtout, on parle d'une primaire, j'entends certains dire presque de Sarah Knafow à Raphaël Glucksmann. La question, c'est quel est notre projet commun et qu'est-ce qu'on pourrait porter ensemble, même sur une primaire beaucoup plus réduite qui semblerait quand même plus raisonnable. Je pense que c'est ça, la priorité.
Et je suis toujours étonné qu'on fasse des réunions pour débattre de la primaire alors qu'on ne sait même pas qu'est-ce qu'on pourrait porter ensemble.
Donc, pas de primaire. Un projet d'abord. Est-ce que le candidat, on va dire, doit être celui du bloc central, c'est-à-dire de l'ex-majorité relative ou est-ce que ça doit aller ? Bien sûr, pas jusqu'à Sarah Knafow et au Parti Socialiste, comme vous le disiez, mais jusqu'à LR. Vous étiez d'ailleurs, je crois, vous avez commencé votre carrière comme membre de l'UMP. Est-ce qu'il faut un candidat commun Macroni, républicain, droite ?
Franchement, c'est très difficile aujourd'hui de dire ce qui va en être parce que déjà, on a les élections municipales qui va être une échéance importante pour notre vie politique et puis il reste encore quand même de nombreux mois devant nous dans lesquels il peut se passer beaucoup de choses. Le sujet, moi, c'est pas est-ce qu'on inclut LR ou pas ? Est-ce que d'ailleurs en ont le souhait ? Certains nous combattent quand même assez vigoureusement depuis huit ans maintenant. Le sujet, c'est est-ce qu'on arrive à se mettre d'accord sur une ligne commune ?
Vous savez, moi, quand j'échange avec certains, peut-être dirait qu'ils sont d'accord pour intégrer les républicains et d'autres disent c'est trop conservateur pour moi, c'est beaucoup trop loin de ma ligne politique, vis-à-vis de mon électorat, c'est très compliqué. Peut-être préférer plutôt se tourner vers justement Glucksmann que vers les républicains. Donc, moi, je pense que le sujet, c'est d'une, agissons pour que, enfin, déjà, démontrons dans les faits, notamment par le débat parlementaire, qu'il peut y avoir des moments d'accord et un peu de concessions l'un vis-à-vis de l'autre. Travaillons chacun un projet. Aujourd'hui, les républicains, ils partent quand même d'assez loin.
Je veux dire, ils ont eu leurs élections internes il n'y a même pas un an. Je pense qu'on n'en est pas encore là pour que les derniers mois, les prochains mois se déroulent dans les meilleures conditions, qu'on laisse un bilan qui soit propre, qui permette aux candidats suivants de se positionner correctement. Ça, c'est les priorités. Et deux, que chacun œuvre un projet à voir si on est d'accord. À ce titre, notamment Horizon, puisque vous citiez Edouard Philippe qui est peut-être le mieux placé aujourd'hui, n'a pas encore lui-même présenté son projet. Et donc, je pense qu'on a encore un peu de temps devant nous avant de trancher cette question.
Il a promis un projet massif, je cite, on l'attend dans les prochains mois. Alors, les sondages ces dernières semaines ont quand même donné une très large avance au premier tour aux candidats du RN. A priori, celui qui a été testé pour cause de problèmes judiciaires de Marine Le Pen, c'était Jordan Bardella. Il est à 35, voire 36 %. Des sondages discutables, certes, de deuxième tour le don gagnant dans toutes les configurations. Sondage de deuxième tour, à ce stade, ça n'a pas grand sens, mais ça a quand même marqué les esprits. Ça vous inquiète, vous, cette irrésistible ascension de l'extrême droite ?
Oui, de toute évidence, on l'a vu aux dernières législatives et moi, contrairement à d'autres, je ne suis pas, notamment parce que je suis un peu plus jeune, je ne suis pas rentrée en politique pour combattre le RN, mais ce qui est évident, c'est que cette bataille, pour moi, elle est absolument fondamentale parce que je ne partage pas et je sais que souvent, ils sortent l'argument de « ah, c'est le mépris des 11 millions d'électeurs », mais je ne partage aucune conviction du RN. Je pense qu'ils font fausse route dans la conduite du pays et je pense en plus qu'ils ne sont pas ni honnêtes ni transparents dans leur vote.
On le voit à l'Assemblée nationale, typiquement sur les hausses d'impôts qui ne sont pas assumées, typiquement sur leur abstention sur la nationalisation de ArcelorMittal. Et donc, très clairement, pour moi, c'est bien sûr un parti que je combats politiquement, avec qui je ne partage pas de conviction et surtout, je pense qu'ils font fausse route sur le chemin qui doit permettre au pays de continuer à être cette sixième puissance mondiale attendue sur la scène internationale avec une voix forte, des valeurs-forces qui se positionnent comme un acteur majeur de l'Europe. Et donc, en ça, je continuerai de la combattre.
Il y a un sujet qui monte beaucoup, c'est l'union des droites. On la voit fleurir un petit peu partout à l'occasion des prochaines municipales, notamment vous, dans votre circonscription. En 2024, vous avez affronté un candidat NFP, mais aussi un candidat des Républicains soutenu par le RN. Donc, vous connaissez l'union des droites ? Est-ce que c'est un phénomène qui vous inquiète ?
Encore une fois, je pense que d'ici à ce que ça arrive, on a un peu de temps à chaque élection. Moi, en tout cas, si je dois m'adresser aux Républicains, je pense qu'on a quand même plus de points de vue en partage. On peut avoir des désaccords, des désaccords de fond. On l'a vu sur notamment la question, par exemple, de l'immigration. Donc, ça, c'est évident. Mais je pense malgré tout qu'on a quand même un peu plus de valeurs en partage. Après, on a bien vu le grand saut de Éric Ciotti. Donc, il faut voir dans les prochains mois.
Merci, Marie Lebec et à très bientôt
sur Radio-G. Merci à tous les deux. Demain, 7h45, nous retrouvons Paul Amard pour sa semaine politique.
Marie Lebec