Jérôme Guedj : "Je suis aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle"
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7h49 sur Inter, Benjamin Duhamel, votre invité et député socialiste de l'Essonne. Bonjour Jérôme Gage. Bonjour Benjamin Duhamel. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Alors que l'on a du mal à y voir clair à gauche en vue de 2027, entre une primaire soutenue par Olivier Faure, qu'une partie du parti socialiste combat, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann qui ne veulent pas entendre parler d'un processus de départage. Je rajoute à cela François Hollande en embuscade, vous êtes une voix qui compte à gauche. Est-ce que vous avez fait votre choix pour 2027 ?
Mon choix Benjamin Duhamel, c'est de porter les convictions qui m'animent depuis toujours avec courage. Pourquoi tout ceci ne fonctionne pas ? Parce que ça oublie l'essentiel de l'engagement politique. Tout commence par les valeurs en politique et par la clarté d'une orientation programmatique. Et moi je pense qu'il est nécessaire que la gauche s'affirme pour ce qu'elle est. Je suis aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle. Pour porter la voix d'une gauche républicaine, la voix d'une gauche européenne, la voix d'une gauche universaliste, laïque, d'une gauche sociale, écologiste. Pourquoi est-ce que je le fais aujourd'hui à cet instant ?
Parce que c'est la majorité du peuple de gauche qui partage cette orientation. Et c'est aussi, et c'est extrêmement important, ce qui ne nous permettra pas uniquement de témoigner en 2027. Parce que c'est une voix qui est respectée au-delà de la gauche. Et moi je ne me résous pas à la victoire annoncée du Rassemblement National. Je souhaite qu'un candidat de gauche porteur de ses valeurs et de cette orientation soit présent au deuxième tour et puis séduire au-delà des rangs de la gauche.
Parce que c'est une orientation respectée et attendue. Et donc vous nous annoncez ce matin votre candidature à l'élection présidentielle. Il y a plein de questions qui se posent qu'on va essayer de détailler. Mais d'abord pour bien comprendre. Ça veut dire que vous allez participer à la primaire de la gauche face à Marine Tondelier, Clémentine Autain ? Non, tout ceci me paraît très baroque.
Parce que ça met la charrue avant les bœufs. Quelle est l'orientation programmatique ? Quelle est la clarté dans les valeurs ? Certains d'entre eux considèrent qu'il est possible de discuter avec la France insoumise là où il y a une rupture qui s'est opérée avec cette partie de la gauche radicale. Moi je suis le candidat pour porter d'abord cette question des valeurs. On ne transige pas avec la République. On ne transige pas avec la laïcité, avec l'universalisme. On est intransigeant sur les questions de lutte contre le racisme, de lutte contre l'antisémitisme, de mobilisation sur les discriminations. Or primaire, vous ne participeriez pas à cette primaire.
Il faudra un cadre collectif qui d'abord commence à porter ensemble ces valeurs sur les principes. On ne peut pas brutaliser le débat public. Moi je revendique en politique le courage de la nuance. C'est-à-dire l'idée selon laquelle on ne cherche pas des boucs émissaires matin, midi et soir. Vous savez, dans la vie politique, il y en a certains qui pensent que tout le problème vient des immigrés et d'autres qui pensent que tout le problème vient des riches. Vous savez quoi monsieur Duhamel ? On a besoin d'immigrés mais dans le cadre d'une immigration planifiée et organisée. Et on a besoin de riches qui contribuent à la justice fiscale et au redressement du pays.
C'est ça le courage de la nuance, ne pas céder au campisme ambiant qui rabougrit la gauche en réalité.
Vous parlez brutalisation, vous parlez d'ambiguïté vis-à-vis de la France insoumise. En fait vous portez une candidature qui veut faire un cordon sanitaire avec la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon jamais d'alliance. Je l'ai dit et je l'ai incarné.
Vous savez en 2024, j'ai fait le choix de ne pas être candidat après la dissolution dans le cadre du nouveau Front populaire. J'étais le seul dans cette situation et je me félicite aujourd'hui que c'est la position qui rassemble le plus largement à gauche en tous les cas. Oui mais sauf qu'il y a parfois des paroles ambiguës au Parti Socialiste sur les différentes alliances. Vous avez parfaitement raison et moi on crève de l'ambiguïté, on crève de la gaudille. Moi je dis les choses avec détermination. Il n'est pas possible de s'abîmer avec ceux qui s'éloignent, vous savez, des choses qui sont absolument essentielles pour apaiser le débat. Moi ce qui m'intéresse c'est la République sociale.
On peut être authentiquement de gauche, radicalement de gauche, transformer la société mais être intransigeant sur les questions républicaines, celles que je viens de vous mentionner.
Jérôme Gatch, je ne sais pas vous faire offense que de dire que vous n'avez ni la notoriété ni la même place dans le débat public que peuvent occuper Raphaël Glucksmann, François Hollande. En fait c'est une candidature de témoignage, c'est une sorte de quart d'heure de célébrité que vous nous proposez ce matin en étant candidat ?
Non, parce que ce que je viens de vous indiquer sur les valeurs, ce que je veux défendre sur une République qui protège, c'est-à-dire qui assume le besoin de protection de nos concitoyens. Sur les questions de défense évidemment, en renforçant le lien armée-nation ou en augmentant le budget de la défense. Sur les questions de sécurité, il n'y a pas de justice sans ordre républicain. Sur les questions de souveraineté, de protectionnisme, sur toutes ces questions de protection. Donc ne répondez pas tout à fait à ma question, Jérôme Gage.
Eh bien, c'est une ligne politique qui est majoritaire. Moi, elle m'anime depuis toujours. Peut-être qu'elle est majoritaire, Jérôme Gage, mais il s'avère, et j'en parlais, qu'il y a à gauche un candidat qui est à plus de 10% dans les sondages qui s'appelle Raphaël Glucksmann, qui, comme vous, incarne une forme de gauche réformiste, qui, comme vous, refuse toute alliance avec la France insoumise. Qu'est-ce que vous avez de plus que lui ? En quoi votre candidature sert-elle à quelque chose à partir du moment où vraisemblablement il va être candidat ?
D'abord, moi, je suis issu du Parti Socialiste, qui est le parti qui est ma famille politique, et je m'adresse à l'ensemble des Français. Parce que je considère que prendre en compte les vulnérabilités, être le candidat de la fiche de paix, de ces invisibles de la solidarité, du pouvoir d'achat... Mais tout ça, Raphaël Glucksmann pourrait nous le dire à ce micro, Jérôme Gage. Eh bien, nous ne sommes pas concurrents avec Raphaël Glucksmann. Moi, je souhaite que nous travaillions tous ensemble sur cette orientation politique de cette gauche républicaine, de cette gauche européenne, de cette gauche universitaire.
Et vous avez des différences idéologiques avec lui ?
Eh bien, mettons-nous autour de la table, devant les Français. Portons une orientation politique qui marque en effet une différence et une rupture, avec une gauche qui hésite, avec une gauche qui hésite avec la République, avec une gauche qui hésite avec l'universalisme, avec une gauche qui hésite... Mais c'est quoi vos différences idéologiques avec Raphaël Glucksmann, Jérôme Gage ?
Quand on porte une candidature, c'est qu'on n'est pas satisfait de l'offre électorale ?
D'abord, à ma connaissance, Raphaël n'est pas encore candidat à l'élection présidentielle. Et que, par l'annonce que je fais aujourd'hui, c'est peut-être la nécessité d'accélérer. Moi, je ne me résous pas à la victoire du Rassemblement National. Je pense qu'il faut accélérer à la fois le travail programmatique et le travail stratégique. Parce que la gauche du réel et la gauche des solutions, que j'appelle de mes voeux, qui n'est pas une gauche incantatoire, qui n'est pas une gauche yacafaucon, qui n'est pas une gauche qui pense qu'on peut creuser les déficits de manière infinie. Moi, je suis pour qu'on crée des richesses pour pouvoir les partager.
Je suis pour l'alliance des productifs entre les salariés, les entrepreneurs, les chercheurs, les PME, les artisans, les commerçants, plutôt que l'économie financiarisée ou l'économie de la rente.
Jérôme Gage, je note quand même un paradoxe. Vous dites, je veux tout faire pour que le Rassemblement National ne gagne pas l'élection. Si je compte bien, et je crois que je compte bien, si vous êtes candidat, ça fait une candidature issue de la primaire, une candidature de Jean-Luc Mélenchon, celle probable de Raphaël Glucksmann, même peut-être celle de François Hollande. Ça veut dire qu'on a quatre candidatures. Bientôt à gauche, vous aurez davantage de candidats que d'électeurs.
Évidemment que ce n'est pas le scénario que j'appelle de mes voeux. Je souhaite que l'orientation politique que je défends et dans laquelle plusieurs de ceux que vous mentionnez peuvent se reconnaître. doit s'affirmer, doit être plus tonitruante, ne pas laisser s'engager la petite musique d'un rassemblement ambigu dans la relation avec la France insoumise, dont le contenu programmatique n'est pas arrêté.
Là encore pour être concret, si Raphaël Glucksmann est candidat, si François Hollande veut l'être et si vous l'êtes, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous proposez une sorte de contre-primaire où vous allez vous mettre d'accord pour que vous ne soyez pas tous candidats ?
Sur la base de cette ligne programmatique, nous serons amenés à discuter ensemble et devant les Français pour pouvoir illustrer cette culture du courage, de la nuance, cette culture du compromis. Vous savez, il y a une contradiction dans la primaire de la gauche que vous mentionnez. À l'intérieur, il y a des gens qui, là, ont fait le choix, comme nous, socialistes. En tous les cas, Olivier Faure, lui, décide d'y participer pour l'instant de manière isolée. Alors que nous avons décidé de ne pas censurer le gouvernement de Sébastien Lecornu au nom de l'intérêt général des Français. Quand d'autres considèrent qu'il doit y avoir une clarification dans le cadre de cette primaire.
Et donc, quand vous dites qu'on se mettra d'accord, ça veut dire qu'il faut qu'on soit cohérent.
Ça veut dire qu'il y aura un processus de départage entre Raphaël Glucksmann, François Hollande et vous, si d'aventure vous êtes tous les trois candidats.
Et au-delà de tous les acteurs de la gauche républicaine, de l'écologie républicaine, de la société mobilisée, des intellectuels, de tous ceux qui doivent participer et alimenter ce débat, parce que vous savez, on est en situation d'urgence, on a des clivages essentiels. Moi, je veux être le candidat de la démocratie, de l'état de droit et de la république sociale parce que les trois sont menacés par le trumpisme d'un côté, le mouvement réactionnaire et une forme de démantèlement libéral, des solidarités absolument essentielles à notre pays.
Un tout dernier mot, Jérôme Gage, pour vous situer idéologiquement dans le cadre d'un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella. Pour qui vous voteriez ? Moi, je veux tout faire pour que ce second tour n'existe pas.
Oui, ça c'est la réponse assez évidente. Je considère aujourd'hui que c'est précisément une offre cohérente au premier tour qui doit éviter ce qui serait le pire des scénarios. Donc, vous les renvoyez dos à dos, Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella ? Ce qui serait le pire des scénarios parce que c'est la victoire assurée de Jordan Bardella. Donc, vous les renvoyez dos à dos, Jérôme Gage. Une gauche qui a tourné le dos à un certain nombre de valeurs essentielles et qui va donc effrayer plus que rassembler.
Moi, je veux une gauche rassurante, une gauche apaisée avec des convictions assumées. Vous ne répondez pas à ma question entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella ? Vous feriez quoi ?
Mais évidemment que je veux éviter cette situation parce que cette situation, c'est la victoire de Jordan Bardella. Et la meilleure manière d'éviter cela, c'est un rassemblement de la gauche sur une ligne claire, sur une ligne de la gauche républicaine, parce que le rassemblement national, c'est le démantèlement des solidarités et c'est le risque pour l'ensemble de notre pays. Merci Jérôme Gage qui déclare donc ce matin sur France Inter sa candidature à l'élection présidentielle.
Jérôme Guedj