Gérard Larcher favorable "si nécessaire" à une vaccination obligatoire des soignants
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le président du Sénat, sénateur LR des Yvelines. Questions et réactions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile d'Inter. Bonjour Gérard Larcher. Bonjour. Bonjour à tous deux. Merci d'être sur Inter ce matin. Commençons par la situation sanitaire en France. La campagne de vaccination, à la date d'hier, un peu moins de 3 900 000 Français avaient été vaccinés. Entre vendredi et dimanche, le gouvernement a décidé d'accélérer la cadence et 585 000 personnes ont reçu leur injection.
Après avoir dit que la France était à la traîne par rapport à un certain nombre de pays comparables, de pays européens, reconnaissez-vous la volonté du gouvernement là d'accélérer le mouvement ?
D'abord la situation est inquiétante et notamment en Ile-de-France. Vous l'avez dit, je suis sénateur des Yvelines et je suis préoccupé. Hier après-midi en recevant une fédération hospitalière, il m'était confirmé la déprogrammation d'intervention non Covid pour libérer des lits de réanimation. Sur la vaccination, mon vrai sujet, c'est quand même une interrogation par rapport à l'hésitation d'un certain nombre de soignants à se faire vacciner. J'ai dit depuis longtemps, c'est sans doute ma formation, que le vacciner, c'est se protéger soi-même, mais c'est aussi protéger les autres. C'est un acte de solidarité que de se vacciner. Donc j'espère que le temps de la persuasion va venir.
Sur le nombre de vaccins...
Sur ça, sur la question des soignants, vous êtes pour une vaccination obligatoire des soignants ?
Si nécessaire. Je pense qu'il faut encore... Je voyais l'appel des huit ordres hier. Je pense que vraiment, il faut entendre ce que disent les ordres et avoir bien en tête que c'est un geste symbolique, mais aussi efficace dans une solidarité collective.
Ça c'est pour les soignants, mais sur l'accélération de la vaccination, est-ce que vous la voyez ?
Je l'espère en tous les cas, il faut qu'on essaye d'éviter les faux pas d'hier, et d'être dans le... vous savez, savoir si c'est les pharmaciens ou les médecins qui ont la priorité dans l'attribution des vaccins.
C'est-à-dire, c'est quoi le problème ? Expliquez-nous.
L'expliquer, c'est qu'hier, très clairement, la direction générale de la santé a dit aux médecins, vous ne serez pas livrés cette semaine, puisque nous livrerons en priorité les officines. Et ça a soulevé une tension. Je crois qu'il faut qu'on sorte de ces conflits entre ceux qui sont les acteurs, les médecins, les pharmaciens. Nous en avons besoin, ce qu'on a surtout besoin, ces doses de vaccins. Il y a eu une forme de rattrapage parce qu'on avait des doses en stock au cours du week-end, ce qui démontre que la mobilisation entre l'État, les collectivités territoriales et les soignants, ça peut amener à un nombre de vaccinations extrêmement significatif.
Vous savez, il n'y a pas d'autre solution que le vaccin.
Les vétérinaires pourraient être réquisitionnés pour vacciner, à ton appris ce matin, le vétérinaire que vous êtes de formation, dit quoi ?
Oui, ils sont capables de le faire, mais mettons d'abord de l'ordre dans ceux qui sont dûment autorisés. Et peut-être peut-on penser aussi aux chirurgiens dentistes qui ont une expérience de l'injection dans des conditions difficiles. Mais d'abord, mettons de l'ordre. Arrêtons de faire des propositions tous les jours. Arrêtons le stop and go, qui est quand même la marque depuis le début de la crise. Le stop and go, ça crée la défiance.
Alors, toujours sur ce dossier sanitaire, hier à ce micro, Anne Hidalgo a critiqué le couvre-feu à 18h, estimant qu'il ne correspondait pas au mode de vie d'une grande ville comme Paris, et qu'il engorgeait supermarchés, transports, avec tout le monde qui s'y rue, à la même heure, juste avant 18h. Elle demande que le couvre-feu soit adapté ville par ville, région par région, territorialisé donc, en accord avec les élus locaux qui eux connaissent évidemment leur ville. Y seriez-vous favorable ?
Le Sénat demande la territorialisation des mesures depuis l'automne. Nous avons, dans le texte d'urgence à la fin de l'année dernière, voté à l'unanimité le principe de la territorialisation. Et c'est naturellement, dans un dialogue entre nécessité sanitaire, État, collectivité territoriale, qu'il faut trouver la meilleure solution qui soit. Paris est dans une situation ce matin où on voit la tension sur les lits de réa, et le Finistère connaît, j'allais dire, une forme de sous-tension, et on en est heureux dans le Finistère. Est-ce que la réponse doit être la même, dans le Finistère ou en région Île-de-France ? Pas de toise unique, c'est ça ce que vous dites ?
Mais nous le disons, nous l'avons voté, nous l'avons réclamé, territorialisé, mais aussi une décision qui appartient aux politiques, et pas simplement une décision technique.
Oui, vous parlez de l'Île-de-France, le confinement de l'Île-de-France n'est pas d'actualité, vient de dire le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, malgré une très forte tension qu'il reconnaît dans les hôpitaux, en ce moment même en Île-de-France. Est-ce qu'il faudrait, vu ce qu'on entend, les 40% d'opérations qui sont déprogrammées en Île-de-France désormais, est-ce qu'il faut reconfiner l'Île-de-France ?
Je ne sais pas si la décision doit être prise de reconfiner, je crois qu'il faut insister en Île-de-France, sur l'addition, accélération de la vaccination, gestes barrières, gestes sanitaires, il faut trouver l'équilibre entre sécurité sanitaire et les réalités économiques et sociales. J'espère que M. Salomon ne dit pas cette chose-là aujourd'hui pour dire l'inverse demain, comme il l'a fait dimanche et lundi sur la question de la distribution des vaccins aux médecins et aux pharmaciens.
Encore un mot de l'intervention d'Anne Hidalgo hier à ce micro, elle propose aussi de rouvrir au plus vite les lieux de culture, avec évidemment des gestes barrières, des protocoles, considérant ce qu'on dit ce matin, la situation épidémique en Île-de-France. Est-ce que cela vous semble envisageable ou trop dangereux, Gérard Larcher ?
On a un vrai sujet culture. La culture est décrétée comme un bien non essentiel, je ne suis pas certain que la culture ne soit pas un bien essentiel. Un bien essentiel pour la cohésion d'ailleurs sociale, et ce bien essentiel, il va falloir le reconnaître. En même temps, je n'oublie pas que, pas loin du Sénat, à l'Odéon, il y a un certain nombre de professions du spectacle vivant qui marquent leur inquiétude, qui ont bien le sentiment, ce n'est pas parce qu'on réouvrira demain musée et théâtre qu'on aura une solution. Je crois que là aussi, c'est cet équilibre entre bien essentiel, qui est pour moi la culture, et sécurité sanitaire.
Je crois qu'il faut se préparer, et je sais que Roselyne Bachelot y travaille, à des protocoles de réouverture, dès que la situation est rendue possible. Des protocoles de réouverture, sans tarder, et pas en stop and go.
Gérard Larcher, il y a beaucoup de questions d'actualité sur lesquelles on aimerait vous entendre ce matin. D'abord la semaine dernière, Nicolas Sarkozy a été condamné à un an de prison ferme pour corruption et trafic d'influence, il fait appel. Mais depuis une semaine, on entend les principaux leaders de votre parti, fustigé, je cite, une justice d'exception, une justice politisée, une justice corporatiste, et des juges qui auraient des arrières-pensées, des juges qui s'acharneraient sur un ancien président de la République. Est-ce que vous reprenez ces mots, Gérard Larcher ?
Moi, j'ai été stupéfait de la décision. J'ai exprimé, à titre personnel, mon amitié, ma confiance à Nicolas Sarkozy. Mais au-delà de tout ça, ce qui me préoccupe beaucoup, et ça n'a pas commencé avec cette décision, c'est l'état des relations entre justice, société et politique. Il y a, me semble-t-il, un caractère essentiel à avoir confiance dans la justice, et que la justice ait des relations apaisées avec la société. Or, la justice, elle a besoin de souplesse, certes, elle a besoin de réactivité, elle a aussi besoin de moyens. Depuis des années, nous sommes tous responsables. Nous avons tenu la justice dans un état, parfois, de paupérisation.
Le Sénat, il y a maintenant un peu plus de 6 ans, avait travaillé sur cette question, et puis, il n'y a pas eu de suite. Voilà pourquoi je regarde avec intérêt les propositions que fait le garde des Sceaux sur un certain nombre de positions. Première chose, est-ce qu'on continue les enquêtes préliminaires qui n'en finissent jamais ? Est-ce que le secret de l'instruction, qui est bafoué, on se met à le respecter ? Ça m'apparaît des éléments importants. Est-ce que la présomption d'innocence redevient une valeur centrale ? Est-ce qu'on trouve l'équilibre entre la responsabilité des juges et la protection des magistrats ?
Tous ces sujets-là, je dois vous dire qu'avec le président de la Commission des lois, François-Noël Buffet, dans la continuité du travail de Philippe Bas, nous allons prendre un certain nombre d'initiatives pour renouer le dialogue avec la justice.
Nicolas Sarkozy reste malgré tout, malgré cette condamnation, un recours pour 2022 ?
Écoutez, il a dit qu'il ne serait pas candidat, il me l'avait déjà dit bien avant. Et vous savez, je crois sincèrement ce qu'il m'a dit.
Et donc, écoutez-le. Venons-en à cette promesse de campagne d'Emmanuel Macron, dont François Bayrou est le meilleur avocat. La proportionnelle, évidemment, François Bayrou dit, je le cite, qu'avec l'explosion de l'abstention, les gilets jaunes, les manifestations parfois violentes, il faut la proportionnelle pour répondre à cette terrible perte de confiance. N'est-il pas tant, je vous pose la question simplement, d'y venir à la proportionnelle, Gérard Larcher ?
Face à la crise des gilets jaunes, face à cette défiance, face à cet éloignement entre citoyens et leurs représentants, la réponse, c'est la proximité. Et la proportionnelle, c'est l'inverse de la proximité. Un député sur un territoire identifié, et je sais aussi ce qu'on peut reprocher au système, certaines formations politiques ne seraient pas représentées, mais qu'est-ce qui compte ? C'est qu'une majorité de citoyens dans un territoire déterminé donnent leur confiance à un ou une députée. Donc je suis résolument hostile pour cette raison de proximité à la proportionnelle.
Mais cette raison de proximité, il y a une question de représentativité, Gérard Larcher. Et si Marine Le Pen, demain, dans un duel face à Emmanuel Macron, perdait au second tour avec 47 ou 48% des voix, c'est-à-dire des voix, un nombre de voix colossal, et qu'elle se retrouvait quelques semaines après avec 10 députés seulement à l'Assemblée nationale, est-ce que ce serait juste, équitable, est-ce que ce serait démocratique qu'elle n'ait que 10 députés ?
Ça veut dire que dans 577 circonscriptions, il n'y aurait pas une majorité de citoyennes et de citoyens pour donner leur confiance de manière majoritaire, ou à la majorité relative, s'il reste trois candidats par exemple, à un député ou une députée. C'est une logique de démocratie. En même temps...
En quoi c'est démocratique ? Je ne comprends pas quoi c'est démocratique. Vous savez très bien que les élections législatives étant placées trois semaines ou un mois après les élections présidentielles, eh bien il y a cette culture, ce fait qu'on retrouve à chaque fois, où les législatives confirment le vote des présidentielles et donnent aux présidents une majorité.
Une question. Est-ce que c'est un problème ? Est-ce que le calendrier électoral législatif pour les élections des députés est aujourd'hui adapté ? Aujourd'hui c'est vrai, c'est la réplique sismique de l'élection présidentielle. Réformons plutôt le calendrier des élections législatives, qui a été fait dans le cadre de la réforme du quinquennat. C'est d'ailleurs pour ça qu'il est important d'avoir une deuxième chambre, élue de manière différente, qui équilibre et qui n'est pas élue dans la foulée de l'élection présidentielle, vous avez bien compris sur la proportionnelle, j'y suis totalement hostile.
Vous avez sans doute vu cette enquête publiée hier par le quotidien L'Opinion, Gérard Larcher, qui montre que le front républicain se fissure. En cas de duel Macron-Le Pen, la moitié des électeurs de gauche s'abstiendraient au second tour. Quant aux électeurs de droite, 20% se reporteraient sur Marine Le Pen et 40% s'abstiendraient. Est-ce que ces résultats vous ont choqué ?
Non, ils font partie de ce que j'observais. Il faut en analyser les causes. Je crois que c'est l'échec dû en même temps. C'est l'échec aussi d'un certain nombre de politiques publiques, qu'elles soient au quotidien en matière sanitaire, en matière de sécurité. Ce qui se passe aujourd'hui dans un certain nombre de nos quartiers, n'est pas sans préoccuper les gens, sur des questions aussi sensibles que l'identité. C'est cet échec-là, l'échec en même temps du modèle social. Il faut donc qu'on trouve une alternative. Ça me rend encore plus déterminé à ne pas me résigner comme certains, à faire que le second tour, ce soit à nouveau Emmanuel Macron-Marine Le Pen.
et donc à mettre, j'allais dire, en capacité de challenger, c'est du vieux français bien sûr, en tous les cas, de jouer la compétition pour être présent au deuxième tour, pour les familles de la droite républicaine et du centre. Je crois que c'est tout à fait important et ça interpelle aussi la gauche. La gauche socialiste et la gauche sociale démocrate.
Vous n'avez pas marché en quête second tour, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, si vous n'arrivez pas à faire passer votre candidat le cap du premier tour, vous appelez à voter pour qui, à faire barrage ou pas ?
Pas à faire barrage, je voterai Emmanuel Macron, je ne m'abstiendrai pas, parce que moi je sais ce qui est le plus à craindre par rapport aux valeurs qui sont les miennes. Donc je n'ai aucune hésitation, je l'avais déjà fait en 2017. Mais ma responsabilité, c'est d'offrir une autre alternative, car l'hypothèse Marine Le Pen l'emportant n'est pas une hypothèse d'école. Je crois qu'il n'y a plus de plafond, comme on a dit longtemps.
On file au standard, où nous attend Jean, que je salue. Bonjour, bienvenue.
Bonjour et mes respects, monsieur le Président. Vous avez reçu récemment, monsieur Edouard Philippe, à déjeuner, je crois. « Ne pensez-vous pas qu'il pourrait faire un excellent candidat de l'ensemble de la droite aux élections présidentielles ? » Et Léa Salamé a eu raison de préciser à monsieur Dupont-Moretti que sur France Inter, il n'y avait pas que des auditeurs de gauche.
Ah ! Merci Jean pour cette question.
Merci Jean d'être un auditeur de droite sur France Inter.
Merci beaucoup. Vous nous appeliez de Chartres et le Président Larcher vous répond sur ce déjeuner avec Edouard Philippe.
C'est un voisin de Rambouillet qui vous répond. D'abord en considérant que France Inter, c'est aussi toute la France dans sa diversité. Sinon, vous n'obtiendriez pas les scores que vous obtenez.
C'est ce qu'on se tue à dire, mais bon.
Construction de large majorité. Vous voyez que je suis, entre guillemets, c'est très à la mode un influenceur. Ce que je veux vous dire, c'est qu'Edouard Philippe et moi-même, nous avons des relations depuis longtemps. Nous nous sommes parfois opposés sur un certain nombre de sujets et de dossiers. Mais c'est un homme que je respecte. C'est un homme qui, aujourd'hui, dans sa fonction de maire du Havre, mais fort de l'expérience de Premier ministre, peut contribuer à la réflexion collective. Nous n'avons pas été plus loin dans nos échanges. Il ne fait pas partie, pour moi, du spectre de ceux qui pourraient être aujourd'hui dans l'alternative au duel Emmanuel Macron-Marie Le Pen.
Qui est dans le spectre de ceux qui pourraient être ?
Vous les avez tous en tête, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau et d'autres qui peuvent venir. Mon travail avec les présidents de partis et notamment avec le président Jacob, c'est, s'il n'y a pas un candidat qui s'impose naturellement, derrière les élections régionales et départementales, eh bien, de proposer la méthode qui nous permettra d'avoir un ou une candidate.
Marc Ostandard, bonjour et merci d'avoir choisi ma question. Je vous en prie. Voilà, la crise que nous vivons est sans précédent. Pour en sortir, on n'échappera pas au bouleversement des règles du jeu des pouvoirs, telles que de nouvelles connexions entre le citoyen de base et la représentation nationale, via peut-être une réforme du CESE, pour une authentique démocratie continue, au sens où l'entend le constitutionnaliste Dominique Rousseau. d'une vraie proximité, en quelque sorte, pour reprendre votre terme. Pourquoi, monsieur, mettez-vous tant d'obstination à contrecarrer toute transformation de la Ve République, désormais dans notre temps ?
Merci pour cette question. Gérard Larcher vous répond.
Je pense qu'il faut mieux utiliser ce que nous propose la constitution de la Ve République. Vous parliez de démocratie continue, le Sénat va examiner dans quelques jours, et ça fait bien longtemps, l'utilisation, qui a été un peu oubliée, du droit de pétition. Plus de 100 000 citoyens nous ont demandé à réviser les conditions d'accompagnement des adultes handicapés. Et vous allez avoir un rapporteur, Philippe Mouillet, particulièrement engagé sur ce sujet, qui va rapporter un texte qui est issu de l'expression des citoyens. Moi, je n'oppose pas les formes de démocratie. Mais nous sommes dans un système de démocratie représentative.
Ce système de démocratie représentative n'exclut pas la démocratie participative.
Qui n'est pas très représentatif. Pourquoi ? Justement, la proportionnelle, le fait que l'Assemblée nationale...
Elle est représentative du choix des Français, la démocratie. Or, je vous rappelle, et je reviens et je me répète, que c'est le choix dans chaque circonscription des Françaises et des Français, qu'ils soient majoritaires ou à la majorité relative.
Allez, question sur l'appli France Inter. Alice de Lyon, allez-vous tout faire pour que le référendum sur l'écologie dans la Constitution ait lieu ?
Nous allons examiner de manière ouverte et positive le texte qui va nous être soumis. Nous allons, en même temps, regarder ce que nous a dit le Conseil d'État. Nous avons... Parce que la question climatique est une question importante. Qu'on ne peut pas balayer d'un revers de main ou dans une attitude politique. Il y a parallèlement la question de la loi sur le climat qui va venir...
Ce qu'on vous reproche, Gérard Larcher, on reproche au Sénat de bloquer ce référendum... Mais on ne bloquait rien du tout. À cause de la formulation, il faut voter dans les mêmes termes l'Assemblée nationale et le Sénat.
Bien sûr, le mot « garantie » nous pose problème.
La France garantit la préservation de l'environnement, de la diversité biologique et la lutte contre le dérèglement climatique. Voilà ce que propose l'Assemblée nationale. Et vous, vous dites, on ne veut pas du mot « garantie ».
Ce que propose le gouvernement, en l'état actuel... Le Conseil d'État a dit attention à ce que cette norme ne devienne pas une norme supérieure au principe, par exemple, de l'égalité homme-femme ou de la liberté d'entreprendre. Nous proposerons sans doute, mais il appartiendra à la Commission des lois de nous faire des propositions au Sénat, une rédaction un peu différente. N'oublions pas qu'en 2004, Jacques Chirac a introduit dans la Constitution la charte pour l'environnement. On a l'impression de l'avoir oublié. Nous aurons donc un débat. Le terme « garantie » pose problème. Ce n'est pas simplement Gérard Larcher qui le dit, c'est aussi le Conseil d'État. Et la charte suffit ?
Je ne dis pas que la charte suffit. Affirmer à l'article 1er cette préoccupation, notamment climatique, peut avoir un grand intérêt. Mais attention au mot. Attention au mot dans un monde où déjà la complexité des normes rend un peu paralytique une partie de l'action.
On entend votre enthousiasme débridé pour ce référendum. On entend votre enthousiasme débridé pour ce référendum.
Vous savez, on ne touche à la Constitution que d'une main tremblante. Et comme l'a dit le Conseil d'État, la Constitution ce n'est pas un catalogue de politiques publiques. Et c'est une des responsabilités du Sénat de ne pas être un catalogue de politiques publiques, mais bien d'une préoccupation que nous partageons pour le climat et l'environnement.
Dans l'actualité, Gérard Larcher, depuis plusieurs semaines, ces polémiques sur l'islamo-gauchisme, les études sur la race, ce qu'on appelle l'intersectionnalité polémique qui déchire l'université. On a appris qu'une enquête pour injure publique et dégradation avait été ouverte par le parquet après un collage d'affiches à Sciences Po au Grenoble sur lesquels on pouvait lire « Des fascistes dans nos amphis, l'islamophobie tue » avec les noms de deux professeurs. Gérald Darmanin a indiqué hier que ces deux professeurs font désormais l'objet de mesures de protection.
Qu'en pensez-vous ? Moi, je suis l'élu d'un département où a été assassiné Samuel Paty. Ce sont donc des faits extrêmement graves, qui nous renvoient à la tribune de Marcel Gaucher, de Gilles Kepel, de Perrineau au mois d'octobre. L'islamisme, la persistance du déni à l'université, c'est un vrai sujet. Quand ils viennent à Kaczynski ou Kinkielkraut ne peuvent pas aller à l'université, quand on interdit un texte de Charbes, quand on a les plus grandes difficultés à faire jouer à la Sorbonne les suppliants de Deschilles, je me dis qu'il y a un problème.
Je crois à la liberté de l'enseignement chercheur, mais comme le disait une sénatrice, Marie-Noëlle Lindemann, elle n'est pas supposée être si proche de moi, et disait que le racialisme est à l'opposé de l'universalité des valeurs de la République. Et ça, je le crois profondément.
Vous avez déclaré à quelques instants, si en cas de duel Marine Le Pen-Emmanuel Macron, je n'hésiterai pas et je voterai Emmanuel Macron. Question Thomas de Lille. En cas de duel Marine Le Pen contre Anne Hidalgo ou Yannick Jadot, vous n'hésitez pas non plus ?
Non plus.
Ce sera la gauche plutôt que Marine Le Pen ?
Non plus.
Très bien, c'est clair.
Ça a toujours été mon attitude. Et c'est, j'allais dire, mon gaullisme profond qui me conduit toujours à privilégier ce qui m'apparaît, les valeurs de la République et l'intérêt de notre pays.
Un mot sur l'euthanasie. Pas moins de quatre propositions de loi sont en ce moment débattues à l'Assemblée ou au Sénat pour le droit à mourir dans la dignité. Selon un sondage Ipso, Gérard Larcher, 96% des Français se disent favorables à l'euthanasie. Le Portugal a voté sa légalisation fin janvier. L'Espagne s'engage sur la voie. Faut-il que la France le fasse aussi ?
D'abord, c'est un sujet tellement personnel, tellement douloureux. Vous savez, je pense à cet instant à la décision d'une ancienne ministre, Paul-Eldien-Chart. Et je dis tout ça avec beaucoup de respect.
Qui a décidé de partir il y a quelques jours, en Suisse, je crois.
Merci de le préciser. C'est une femme que j'ai pu apprécier à l'époque où j'étais président de la fédération hospitalière. Vous savez, la loi Clès-Léonetti, elle n'a pas cinq ans. Elle nous a préparé, dans le cadre de la loi, à définir une fin de vie digne, sans souffrance et sans acharnement. Avec notamment, vous savez, les directives anticipées. La culture des soins palliatifs n'est pas encore totalement entrée à l'hôpital. Je pense que nous devons nous appuyer sur la loi Clès-Léonetti. C'est vraiment ma vision des choses.
Pas plus loin que ça. C'est votre vision des choses.
Non, d'abord, donnons le temps. Laissons la culture des soins palliatifs. Mais je dis tout ça avec mes convictions.
Allez, c'est notre question gimmick désormais. Tous les invités ont droit à la question. Faut-il commémorer le bicentenaire de la mort de Napoléon et la Commune ? Pierre Nora a dit « Oui, Napoléon, non la Commune ». Anne Hidalgo hier disait « Oui, Napoléon, oui la Commune ». Vous êtes sur quelle ligne ?
Faire mémoire, en tous les cas, est important. J'étais à l'anniversaire de la naissance de Bonaparte à Ajaccio. La transformation qu'il a apportée au pays n'exclut pas la critique qu'on peut avoir sur une partie de son pouvoir.
« Oui, Napoléon ».
Et la Commune, c'est un élément qui est important dans notre histoire, à un moment où la Troisième République va naître, et on voit bien que la Commune va avoir une influence tout au long de la Troisième République. Essayons d'avoir... Non mais, attendez, c'est pas parce que je suis sénateur que je m'arrangerai de tout, mais ces mémoires sélectives, qui sont sectaires en quelque sorte, ça ne me plaît pas beaucoup. C'est toute la mémoire.
« Oui, Napoléon, oui la Commune ».
Voilà, merci M. le Président du Sénat, Gérard Larcher, d'avoir été au micro d'Inter ce matin.
Gérard Larcher