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AutreLe Média (sur YouTube)· 29 septembre 2020 7 minActualité / polémiqueTravail & emploiSantéInstitutions & élections

BPI : TRAVAILLEURS PRÉCAIRES EN LUTTE CONTRE LEUR DIRECTION

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:30Fait
    « On est embauché sur des contrats, donc des CDD non-renouvelables, des CDD de 6 mois. »
  • 3:30Fait
    « On a été là, on a assuré des fonctions qui n’étaient pas dans nos fiches de poste, on a distribué des masques, on a distribué des gants. »
  • 5:00Fait
    « Moi je peux éventuellement vous recevoir dans 5 semaines. Courant Juillet, je vous recevrai fin août. »
  • 5:30Fait
    « Vous n’aurez pas d’allongement de contrats. Parce que 6 mois, c’est la philosophie de l’établissement. »
  • 6:30Fait
    « Il y a des gens qui viennent, il y a des gens qui partent, c’est comme ça qu’on fonctionne. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Les travailleurs de la bibliothèque publique d’information, située dans le Centre George Pompidou à Paris, sont en grève. Ils dénoncent la précarité de leurs conditions de travail et de leurs contrats. Entre les CDD de 6 mois non-renouvelables, dont le salaire ne dépasse pas le SMIC horaire, et la gestion plus que douteuse de la crise COVID, les vacataires de la BPI ne décolèrent pas, et comptent bien faire entendre leurs revendications.

Nous sommes allés à leur rencontre, à Beaubourg, devant le Centre George Pompidou. Écoutez. Ce qui se passe c’est qu’on est embauché sur des contrats, donc des CDD non-renouvelables, des CDD de 6 mois.

On se retrouve au bout de 6 mois à ne pas pouvoir re-candidater sur une période de 2 ans après avoir terminé notre contrat. On a essayé de comprendre pourquoi ça se passait comme ça. A chaque fois il y a des vacataires qui arrivent, qui au début sont contents de travailler dans cette institution, parce qu’on l’apprécie nous même en tant qu’usager, en tant que public, et on nous fait comprendre que c’est une « chance » qu’on soit recruté ici, qu’on soit payés au SMIC.

Ça fait plusieurs semaines qu’on a alerté la directrice parce qu’on voulait discuter de toutes ces questions, sur le fait qu’on soit payés au SMIC, mais aussi et surtout sur la question de la crise sanitaire. Parce qu’en fait, nous en tant que vacataires précaires, on a permis la réouverture de la bibliothèque. C’est à dire que sans nous, la bibliothèque n’aurait pas pu rouvrir tôt, début juillet.

On a été là, on a assuré des fonctions qui n’étaient pas dans nos fiches de poste, on a distribué des masques, on a distribué des gants, on a été mis à contribution pour faire plein de choses, et on a été très exposés depuis le mois de juillet. Parce que si on n’avait pas 4 mois d’ancienneté et qu’on tombait malade, on n'était pas indemnisés. Leurs contrats se sont terminés le 14 septembre.

Devant l’urgence de la situation, nos jeunes vacataires ont décidé de se réunir et d’interpeller la directrice de la BPI, Christine Carrier. Malgré plusieurs réunions, la situation ne s’est pas améliorée. La directrice nous a répondu : « Moi je peux éventuellement vous recevoir dans 5 semaines.

Courant Juillet, je vous recevrai fin août. Après la fin de mes vacances ». Madame Christine Carrier, la directrice de la BPI, nous donne ce rendez-vous, tout en sachant que pour beaucoup d’entre nous, nos contrats se terminaient le 14 septembre.

C’était un peu un jeu contre la montre. Nous on était dans l’urgence. Et la directrice n’a pas du tout réagi à cette urgence.

Donc 5 semaines d’attente pour obtenir un rendez-vous. Elle nous a méprisé à fond. Dès notre premier rendez-vous elle nous a dit : “Moi c’est très simple, je vous reçois, c’est très bien ce que vous faites mais c’est un non à l’ensemble de vos revendications.

Vous n’aurez pas d’allongement de contrats. Parce que 6 mois, c’est la philosophie de l’établissement. Ici, ce qu’on veut c’est la flexibilité, c’est le turnover, on veut que ça tourne.

Il y a des gens qui viennent, il y a des gens qui partent, c’est comme ça qu’on fonctionne, et tout le monde en profite. Parce qu’ici vous êtes mieux qu’au McDonald’s. Donc voilà, comme ça un maximum d’étudiants pourra profiter de cet emploi.” Une précarisation qui devient de plus en plus problématique, dans les emplois de la culture, et plus particulièrement à la BPI.

Une précarité contractuelle qui ne correspond pourtant pas au niveau de formation, souvent Bac+4, voir Bac+5. Le problème c’est que c’est une vision des choses qui est très vieille, et qu’aujourd’hui on a du mal à leur expliquer que dans la culture, que ça soit dans les musées, je le dis aux gens : “quand vous êtes dans un musée il y a beaucoup de gens qui sont très précaires, qui sont engagés à un mois, deux mois, on leur demande de parler 30 000 langues, d’être flexible, de pouvoir se déplacer en région parisienne etc. Et ils sont très peu payés.

Ils ont peu de droits. Ils ne restent pas assez longtemps pour pouvoir se battre, pour améliorer leurs conditions.” Cette politique des ressources humaines, menée par la BPI et sa directrice, est difficile à comprendre pour ces ex-vacataires, toujours mobilisés pour retrouver un contrat.

J’ai été embauchée sur des compétences spécifiques, parce que je suis bilingue anglais-français. C’est un travail qui est rémunéré au SMIC alors qu’on m’a demandé des compétences particulières : de savoir des gérer des groupes de personnes et d’animer des ateliers de conversation de langue. Quelque chose qui demande pas mal de temps de préparation et aussi une expertise.

Mais on ne va pas déroger à la philosophie du turnover, il ne faut surtout pas permettre à quelqu’un d’avoir un contrat plus long de 8 mois. Les besoins de la bibliothèque c’est d’avoir des personnes qui sont formées, qui sont à l’aise dans les équipes, qui sont confiantes par rapport au public, parce qu’on travaille au service des personnes. Au niveau du planning, des ressources humaines, le coût à la BPI pour avoir cette nouvelle main d’œuvre en turnover permanent, c’est énorme en fait.

Donc on a expliqué par rapport à l’ensemble de la bibliothèque que d’avoir des contrats plus longs, ça serait sain, ça serait juste pour tout le monde. Un mouvement de grève s’est mis en place et a contraint la BPI de fermer, ce qui a conduit Christine Carrier a accorder quelques concessions. De 6 mois, les CDD passent désormais à 9 mois.

Elle nous dit qu’elle peut pas aller plus loin parce que plus de 9 mois ça impliquerait de devoir payer les allocations chômages, les ARE et l’établissement de ne peut pas se le permettre… Tout d’un coup au moins on a une réponse un peu sincère, sur la nature de ce refus là, finalement. Elle accepte d’augmenter quelques-uns d’entre nous, les encadrants de vacataires de rangement, de 5 %. C’est à dire qu’ils sont actuellement à 10,60€, et ils vont passer à 11,16, en brut de l’heure.

A la BPI, les contrats précaires s’ajoutent au sous-effectif. Une politique de précarisation de l’emploi qui semble contraire aux recommandations du ministère de la culture. En effet, dans une instruction datant du 27 juillet 2015, voici ce qui est dit : “Je ne saurais insister sur le fait que retenir une durée de contrat, ou un délai entre deux contrats, de manière à garantir une exclusion permanente de tout droit à la cdisation d’agent contractuel, ne peut en aucun cas constituer une politique des ressources humaines supportable”.

Nous avons essayé d’interroger Christine Carrier, afin d’avoir le son de cloche de la direction, et de savoir pourquoi la BPI ne suit pas les indications du Ministère de la Culture. Nous n’avons malheureusement pas obtenu de réponse… Denis Kaidi, un des vacataires que nous avons rencontrés, a son avis sur la question. Ce qu’on nous dit c’est que la direction de l’établissement, eux ils sont pas dupes du fait que les 6 mois de CDD non-renouvelable, c’est pour ne pas nous payer les ARE.

Ça se passe pas comme ça dans les autres institutions. A la BNF, on leur a proposé des CDI après qu’ils aient fait grève et qu’ils aient lutté pour ça. Donc au ministère de la Culture, apparemment, il semblerait qu’on soit informé de la situation - vraiment singulière - de la BPI.

La direction de la BPI nous renvoie vers le ministère, la directrice Madame Christine Carrier nous dit : “Moi je me bats pour vous, j’essaye d’obtenir des budgets. Est-ce que vous savez comment ça se passe dans le monde réel, des négociations ? C’est très difficile.

Si vous voulez une revalorisation salariale vous ne pourrez pas avoir plus d’heures donc il faut choisir “… Il faut choisir en fait. Il y a des miettes et il faut que vous choisissiez. C’est un peu le message qui nous est envoyé.

De l’eau a coulé sous les ponts, depuis 2015. Ainsi, Le Ministère de la Culture voudrait-il faire des économies sur le dos des emplois précaires ? Nous avons tenté d’en savoir plus auprès de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot.

Nos demandes d’entretien sont cependant restées sans réponses… La mobilisation ne faiblit pas pour autant, du côté des vacataires. Un préavis de grève a été déposé. Ils continuent de réclamer le renouvellement de leurs contrats, une revalorisation salariale et un protocole sanitaire plus clair, pour faire face au COVID-19.